L'ESPÉRANCE DU PEUPLE
28 juillet
Personne n’a su inspirer et conserver l'esprit de corps comme l’a fait le général de Charette parmi les zouaves. En écrivant leur belle devise : « Tous pour un, un pour lous; » en maintenant parmi des compagnons d'armes dispersés aux quatre coins du monde la foi qui fait les martyrs, il garda pour chacun d'eux le patriotisme, l'amour de la patrie qui fait les héros.
me Lis AU ns NRA 16e É | (| (fl { f] | di {|
ed
Le général de Charette résumait en sa personne le régiment des zouaves; ilen L || était l'âme et la vie, Allant de l'un à l'autre, il était le lien qui les rattachait tous L ensemble, un pour tous. C'est dans cette pensée d'union qu'il résolut de convo- À quer tous les zouaves du monde à une fête de famille qu'il appela les noces j d'argent du régiment. | h Le voyage était long pour quelques-uns. fe Tous ne pouvant répondre à l'invitation, deux Canadiens, un Américain, un de Hollandais, un Espagnol, un Napolitain, de nombreux Belges, vinrent au nom c de leurs compatriotes d Les fatigues de ce voyage furent considérables, mais quand ils arrivèrent en France, ils firent la boule de neige et n'arrivérent plus isolés, mais par dizaines et par centaines. d Quelle ne fut pas leur joie, chemin faisant, de se reconnaitre ! Que de chaudes il poignées de mains échangées! Que d'embrassements reçus et donnés ! Quels ï | récits émouvants n'entendaient pas les voyageurs étonnès qui les écoutaient ! le À Dol, à Saint-Malo, à Saint-Servan, les zouaves remplissaient les hôtels, fu encombraient les chemins de fer et les bateaux à vapeur allant au grand rendezvous de leur général, à la demeure de la Basse-Motte. ré Le 28, au malin, ils partaient, qui en voiture, qui par la ligne de Dinan, pe pendant que d'autres plus favorisés se rendaient par le bateau à vapeur Llle-et- | Rance, frété par le général, I était superbe le steamer qui les emportait. À son de | mat flottait le pavillon pontitical, et les zouaves chantaient le Sale Regina et d' leur marche renommée, La Basse-Motte n'est pas une maison princière, Tout y est simple. el On sent, dès les premiers pas que l'on fait dans son pare magnifique, que c'est so la demeure d'un gentilhomme breton qui conserve, abrités pour ainsi dire contre et les bruits du dehors, les souvenirs d’une époque épique; c’est le soldat de Dieu, la È miles Dei, prèl encore, toujours prêt à faire son devoir jusqu’à l'immolation. É On arrive à travers ce beau pare au cœur de la propriété, Le général est là, : | Me la Générale est à ses côtés; tous deux reçoivent les invités. av | Quelle gracieuse réception ! Quelle bonne poignée de main | de il Une accolade vous dit : Entrez, vous êtes de nos amis. É Devant la maison, une pelouse superbe, encadrée par des bois séculaires; au ÿ fond, sous un baldaquin rustique, dont les colonnes étaient des pins revêtus de 4 leurs écorces, s'élevait un autel avec des gradins. Sur l'autel, un Sacré-Cœur. du Ë Au pied de l'autel, un prêtre vénérable, aux cheveux blancs, le premier aumônier d': ll des zouaves, célébrait la messe. Un ancien zouave blessé, l'abbé Pinsonneau, la pa :k répondait, Auprès de lui, le P. Douceaux, dans sa blanche robe de dominicain. | En avant, à droite, MM. de Cazenove de Pradine et Guillaume de Bouillé tenaient 20
est tre ul,
h là,
au de ier
la in.
nt
la bannière du Sacré-Cœur, teinte du sang des Verthamon et des Bouillé ; à gauche, le colonel d'Albiousse tenait le drapeau aux couleurs pontificales; tout près, le général, en dehors des rangs, son chapelet à la main.
Derrière l'autel, la maitrise de Saint-Servan, habilement dirigée par M. Gentilhomme. Sur les côtés, à l'ombre des grands arbres, les zouaves et les invités formaient une couronne ouverte.
Le recueillement et le silence étaient partout; une même pensée de foi unissait celle assistance qui priait pour ceux qui élaient restés sur les champs de bataille ou morts des faligues des campagnes d'Italie et de France.
Je n'ai rien vu de ma vie d'aussi touchant et d'aussi consolant.
Cela nous rappelait le récit des messes que les Vendéens nos ancètres entendaient au milieu des forêts, où dévotement agenouillés, appuyés sur leurs fusils, ils priaient le rosaire à la main.
C'est là qu'ils juraient de défendre la religion, leurs prêtres, leurs familles et leurs maisons, Que de souvenirs rappelés redevenus vivants! Que de larmes furtives !
La bénédiction papale couronna la cérémonie religieuse. Tous, à genoux et répondant aux prières, courbérent la tête et reçurent la bénédiction du grand pontife qui continue héroïquement les souffrances de Pie IX.
Puis des groupes se formèrent, et l’on vit se renouveler les scènes inénarrables de la route, les reconnaissances, les embrassements attendris de compagnons d'armes après quinze et vingt ans de séparation.
Pour le banquet, une tente magnifique occupait toute la cour derrière la maison ; elle était ornée avec un goût exquis. Les piliers et la charpente disparaissaient sous des guirlandes de lierre entremêlé de fleurs; partout des drapeaux pontificaux et des inscriptions rappelaient les actions où le régiment des zouaves avait vaillamment fait son devoir.
Au milieu, un grand portrait de Léon XIIT bénissant l'assemblée.
Le banquet était présidé par l'amiral Véron, l'ami dévoué de l’amiral Courbet, ayant à ses côtés M"° de Lamoricière. Vis-à-vis de lui étaient assis le général de Biré et M"° la marquise de Charette.
Le banquet, très bien servi, fut très cordial.
Trois discours furent prononcés.
Le général de Charette parla le premier, Ce fut un récit imagé des services du régiment, depuis Castelfidardo jusqu'à la campagne de France, récit couvert d'applaudissements, et qui enseignait à tous que la foi, au lieu d’éteindre le patriotisme, ne fait qu’en élever le sentiment et grandir l'expression.
Mgr Sacré, premier aumônier des zouaves, parla ensuite avec onction des zouaves qu’il aimait de tout son cœur de prêtre et du bonheur qu'il éprouvait de
Te
Phone PA PTE + TT 2 Ch pe À
voir une nouvelle génération de zouaves se préparer à suivre l'exemple de leurs ainés.
Le colonel d'Albiousse devait répondre aux deux discours. Personne n'était plus que lui autorisé à le faire; personne ne s'en acquitla avec autant de honheur.
Quoi qu'on fasse, jamais on ne rendra la physionomie vraie d'une réunion où tous les mots portaient, où Lous les noms suscilaient des acclamations, des cris de : Vive Léon XII! Vive Charette,
Le général de Charette remercia en peu de mots, et les larmes aux yeux, les orateurs qui l'avaient complimenté, et donnant le signal, les zouaves chantérent leur refrain de marche,
Après le repas, zouaves et invités revinrent s'abriter sous les grands ombrages de la pelouse, où d'autres surprises les attendaient.
Des musiciens les y avaient précédés; des photographes, braquant leurs objectifs aux fenêtres, saisissaient les groupes sur le vif; la maitrise de Saint- Servan chantait une cantale de circonstance aux applaudissements de la foule, et de temps à autre, on entendait éclater, comme un clairon d'appel, la voix du général qui acclamait le Sacré-Cœur, embrassait un castelfidardo, un retour de ’alay, un zouave du plateau d’Auvours. Et, charmantes sous leurs robes blanches, leurs écharpes aux couleurs pontificales et leurs chapeaux vendéens, M"° la marquise de Charette et M'e de Charette étaient entourées et félicitées d'une fête aussi merveilleuse.
Nous leur envoyons d'ici des remerciements que notre émotion nous a empèché de traduire comme nous l'eussions voulu.
Si d'autres plus heureux ont parlé avant nous, ne serait-ce pas manquer à la mémoire de nos chers et nombreux martyrs que de garder le silence ?
Pouvons-nous oublier que c'est à notre contrée qu'appartiennent les premiers chefs du régiment des zouaves, les Lamoricière, les Charette, les Pimodan et les Becdelièvre ?
Ne sommes-nous pas fiers d’avoir fourni le plus grand nombre de volontaires, el n'est-ce pas le sang des Bouillé mêlé à celui de Verthamon qui teint la bannière du Sacré-Cœur?
Ah! ces taches sanglantes, déjà jaunies par le temps, que nous avons vues et baisées avec respect, nous rappelaient qu'au temps des Croisades Geoffroy IT, chef de la maison de Chateaubriand, blessé en défendant à la bataille de la Massoure le fanion de saint Louis, fut autorisé par ce grand roi à porter sur son écu trois fleurs de lis d'or et celle devise : Mon sang teint la bannière de France.
Le sang dont la bannière du Sacré-Cœur porte les marques est celui des
114 All k \}l | — À | le zouaves. Pourquoi n'ajouterait-on pas à leur devise cette seconde devise : « Le BV. 4: sang des zouaves teint la bannicre du Sacré-Cœur et le fanion de li France? » 40 ( : G. Moisar. 5 | , . , . , , . FA | ji La presse de Paris et de province était représentée, En voici les noms : 24 | is Le Gaulois — Le Moniteur universel — L'Univers — Le Figaro — Le Gil ë «| Blas — Le Monde illustré — L'Espérance de Nancy — Le Temps — L'Éclaireur a | es de Rennes — Le Salut — L'Union Maleine et Dinannaise — La Revue de mal nl Bretagne — Le Monde — L'Espérance du Peuple — Le Journal de Rennes — ts | La Gazette de France. ‘Re il es 4 La vue de la bannière du Sacré-Cœur, tenue par M. de Cazenove et son 5 | rs neveu, Guillaume de Bouillé, nous remettait en mémoire les strophes que notre ct | = ami Émile Grimaud consacrait aux Fils d'un preur, le 10 décembre 1870, et que ‘1 | el nous croyons devoir reproduire, tant elles nous semblent avoir d'à-propos : ‘4 du + il de LOIGNY ‘| es, . M — LR 0) La lutte avait longtemps sévi. Devant l'armée | as Par un valcureux chef, par Sonis animée, | SSI L'Allemand s'enfuyait, | Et pour nous la victoire allait pencher sans doute ; LAN hi- Mais, à l'abri d'un bois, tonnait une redoute, ÿ | Et son feu nous broyait. $ | la de Santé ln nenae dit à au | e Sonis sous l'azur étincelle le glaive : ë {l « Sur ces pièces fondons, amis! Qu'on les enlève! À [l rs » Baïonnette en avant! » .! | el I les appelle en vain, en vain il les excite : k (| Eux, reculent, tremblants, dans leur terreur subite, à et | S, Plus que la feuille au vent. à 2Fe L'âme de désespoir et de rage inondéc, (3 Le général vers vous, enfants de la Vendée, el Fait voler son cheval :
I, « Venez, venez, à vous que nul effroi n'arrête, 4 la » Montrer comment on meurt! » — « Allons! » leur dit Charette... L on Ils traversent le val. HN de
Le regard plein de flamme et le cœur plein de force, Un contre cinq, ils vont, sans brûler une amorce, les Ces sublimes soldats !
Combien sont-ils? Trois cents, criblés de projectiles ; Spartiates nouveaux conduits aux Thermopyles
Par deux Léonidas!
La mitraille qui pleut du front de la colline
Abat Sonis, abat Charette qui s'incline Pour lui tendre la main.
Les zouaves ont vu fléchir les deux victimes ;
Hs s'arrétent : « Non, non, disent ces magnanimes, » Allez votre chemin! »
Et la douleur accroit, s'il se peut, leur furie : Sur les canons éteints quelle horrible türic! Quels coups et quels efforts!
Loigny! combien de bras qui laissent choir la crosse ! Kersubiec, Cazenove, Houdet, Mauduit, La Brosse, Gisent blessés ou morts.
Et le clairon résonne, enthousiasmant l'âme ;
Et le Sacré-Cœur luit sur la blanche oriflamme, Que soutient Traversey.
IL tombe; Bouillé prend l'étendard et l'emporte,
En poussant un hurrah de sa voix la plus forte... Mais il s'est aflaissé.
Et vers Jacques soudain voici bondir son père,
Frissonnant, l'œil en feu, tel que de son repaire Bondirait un lion.
Croyez-vous que de pleurs sa paupière se trempe ?
La patrie avant tout : il enlève ta hampe, Glorieux fanion !
Et, pendant que son fils saigne et râle sur l'herbe,
11 dresse haut dans l'air, par un geste superbe, Le drapeau qu'il défend.
Hélas! un coup le frappe, il s'affaisse lui-même,
En soupirant : « Jésus! » non loin de ceux qu'il aime, Son gendre et son enfant !...
Ah! tressaillez d'orgueil, croisés, race loyale, Dont le sang empourpra la bannière royale Et le divin Tombeau :
Des rives du Jourdain aux rives de la Loire, Le ciel éclaira-t-il, parmi vos jours de gloire, Un autre jour plus beau ?
Le poète, qui suit du cœur cette bataille, Des géants de Vendée a reconnu la taille, Et son œil s'est mouillé!
L'Histoire ouvre son livre aux feuillets d'or des braves, Et réunit vos noms, martyrs saints, fiers zouaves, O Bonchamp! 6 Bouillé!
Émile Gniwaun,
Le discours du colonel d'Albionsse, admirablement prononcé, a été accueilli par un grand enthousiasme.
M. de Charette, au comble de l'émotion s'est éerié : « Ah! Messieurs, comment voulez-vous qu'un général ne soit pas fier, quand il a un tel colonel! »
Après ces mots, le général dit : « Allons, Messieurs, en avant! » Tout le monde sort en chantant la marche du régiment :
En avant marchons (bis), Soldats du pape, à l'avant-garde !
En avant marchons!
Le pape nous regarde.
En avant, bataillon !
Au milieu des nombreux et précieux souvenirs qui décorent le salon de la Basse-Motte, nous avons remarqué une maquette du monument à élever à la mémoire de Mgr le comte de Chambord,
Cette maquette donne bien l'idée du monument, et nous devons complimenter l'artiste, M, Caravaniez, qui en a eu l'idée et que la commission a chargé d'exécuter les statues dont nous avons déjà parlé.
Nous profitons de cette circonstance pour engager les personnes qui n'auraient pas encore souscrit à ce monument, à le faire le plus tôt possible.
À peine la cantate était-elle achevée, que l'on réclamait avec instance un couplet pour M" de Charette. Ce couplet fut improvisé sur-le-champ par M. Paul Bazouge, rédacteur du Salut, de Saint-Malo.
Avant de l'entonner, on alla prier Me de Charette de s'avancer près des exécutants, Voici ce couplet :
Nous tous qui célébrons ici
La gloire dans cette retraite,
Chantons Madame de Charette
Sachons lui dire encor merci!
Des naufragés le souvenir nous crie. (1) Saluons-la, Messieurs, d'un chant vainqueur,
Elle prira pour la patrie.
Sous l'étendard du Sacré-Cœur.
Q) Mu de Charette s'est montrée d'un admirable dévouement pour les nanfragés du Rocabey.
Impossible de readre les applaudissements qui accueilli ent cette improvisation. Les auditeurs, mis en goût, demandèrent alors un Gernier couplet en l'honneur de la fille du régiment.
M. Bazouge répondit aussitôt à leur désir, et M'e de Charette dut venir à son tour s'entendre célébrer dans les vers suivants :
Notre cœur, qui jamais ne ment, Dévoué jusqu'au sacrifice, Marcherait sans crainte au supplice Pour la fille du régiment.
Dieu gardera cette fille chérie,
Lui donnera la gloire et le bonheur ; Nous verrons grandir la patrie, Sous l'étendard du Sacré-Cœur,
Le martyrologe serait trop long si nous voulions le dresser ; toutefois, parmi nos chers blessés qui avaien! bravé les fatigues de ce long voyage, pouvons-nous oublier le nom du caporai Renaudineau, qui a perdu la vue à la suite de ses ‘ampagnes ? — Une lettre d'invitation de son général lui arrive à la Bernerie ; on la lui lit. — C'esi un ordre pour lui, il n'hésite pas, se met en route et sous la garde tantôt d'un voyageur, tantôt d’un ancien compagnon d'armes, il arrive à la Basse-Motte le 28 au matin. — Il assiste à la messe, au banquet, chante le refrain des zouaves et s’écrie enthousiasmé : « J'ai perdu la vue, je ne vois rien, mais je devine, il me semble que j'assiste aux actions où je me suis trouvé et mon cœur de zouzve déborde. » Et il eriait : Vive Charette! Vive Léon XIIT!
N'est-ce pas touchant? N'est-ce pas admirable ? Avec de pareils soldats que ne peut-on espérer ?
LES ZOUAVES PONTIFICAUX DU MORBIHAN A LEUR GÉNÉRAL Général,
«€ S'il arrive à l'homme, a dit Montalembert, d'entendre une mélodie qui a » charmé ses premières années, elle le transporte, non sans profit pour son » àme. au seir. de ses rêves et de ses espérances d'autrefois.
» à. revit, il se ranime, il se retrempe dans sa primitive ardeur; et s'il est » bien inspiré, il repasse tout ce qu'il a appris, souffert et accompli. »
N'est-ce pas là, dans le langage le plus élevé, la traduction de nos sentiments les plus intimes ?
Nos rêves et nos espérances!
— Ti —
C'est-à-dire : le Sacré-Cœur, Rome, le Souverain-Pontife, la patrie,
Notre primitive ardeur!
C'est-à-dire, général, notre unanimité à répondre à votre premier signal, pour la défense de l'Église et de la patrie.
Ah! que ces deux mères chéries, l'Église et la France, fassent appel à votre épée, et votre légion se groupera autour de vous nombreuse, forte, disciplinée, prète au combat!
Nos espérances! Nous les conservons vives et entières, parce qu'elles ont comme but les vérités immuables de notre foi.
Notre primitive ardeur, général, nous venons, grâce à vous, de nons y retremper; gràce à vous, nous avons repassé tout ce que nous avons appris, souffert et accompli, et nous vous déelarons simplement, mais énergiquement, que nous sommes prêts à marcher de nouveau pour apprendre, souffrir et accomplir encore.