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Savoir aimer, souffrir, voilà toute la vie; I n'est pas vers le ciel d'autre route suivie; Du Christ l'exemple l'attesta.
Aimer, dit le mondain, c'est la loi, je laccepte
ŒEn torturant le sens de l'auguste précepte),
Mais souffrir volontiers, souffrir avec bonheur !
n'a jamais compris k sublime folie
D'un cœur qui sur Ka croix de lui-même se lie, Aux pieds meurtris du Dieu sauveur.
Que la race des forts en nous se perpétue,
EU nous relèverons la patrie abattue,
Cette France toujours chère au cœur de Jésus.
Hontes, larmes el sang l'ont voilée! Elle expie
Pour avoir trafiqué dans un commerce impic Des dons qu'elle en avait recus.
Seigneur, souvenez-vous de votre Fille ainée.
Lui rendrez-vous bientôt sa belle destinée ?
L'hosanna n'aura plus sur terre assez d'échos
Quand les peuples, ainsi que de sa vicille histoire,
Pourront dire, acclamant notre commune gloire, Nunce Gesta Dei per Francos.
Le labarum nouveau qui doit sauver le monde
Déja de ses clartés inelfables l'inonde.
Il guidait les héros de Loigny, de Patay,
Aux exploits que l'histoire attendrie énumère
Prodigue glorieux pour la France, leur mère, D'un sang qui lui sera compté.
Mais ils n'ont qu'ébauché l'étonnante préface
Du triomphe promis, dont notre foi vivace
A pressenti le jour, grand entre les plus beaux,
Où la Francé viendra s'agenouiller contrite
Devant l'emblème saint qu'entrevit Margucrite Resplendissant sur nos drapeaux.
Patients nous gardons cette espérance intacte, Ccr le Verbe éternel jamais ne se rétracte.
L'enfer pour la ravir tente de vains efforts. Au cœur de notre Dieu, vraie arche trois fois sainte, La colombe tranquille échappe à son atteinte Tandis que tout sombre au dehors.
Ce cœur, sceau de l'amour, que l'amour le burine Irradiant de feux, R, sur chaque poitrine, Comme pour la fermer aux profanes ardeurs!
L'antique talion pour nous se renouvelle :
Cœur pour cœur, dit Jésus à la troupe fidèle
De ses chastes adorateurs.
Tous nos cœurs les voici, pour loujours, à bon Maitre, Heureux à votre joug de venir se soumettre, Car aux chrétiens vaillants le faix en est léger. Si vous saviez pour nous combien la part est douce, Pauvres cœurs ulcérés que le monde r'épousse ,
Que Jésus seul peut soulager!
Oh! ne résistez plus à son appel si tendre;
Ce n'était point assez pour lui de nous attendre ;
Au moindre de vos cris, prévenant il accourt.
Son cœur pleure du sang tout le long de la route.
Comprenant de douleur ce qu'une âme lui coûte Qui donc pourrait demeurer sourd?
Nous, les tenants du Christ, nous, phalange choisie,
A ses labeurs divins que l'Église associe ,
Arborons de son Chef l'invincible pennon.
Quand Satan le battra du souffle de sa haine,
Que ses plis palpitants, mieux qu'une langue humaine Chantent encor : Gloire à son nom!
Rangs serrés et front haut, face au siècle incrédule , Devant ces attentats que pas un ne recule!
Qu'importent là menace ou le propos railleur? Mais s'il ose y porter une main ennemie, Jurons que notre sang a sa pourpre ternie
Rendra sa première couleur.
Jusqu'à ce jour (Seigneur, ta bonté le retarde)
De ce dépôt sacré nons confions la garde
Aux anges qui du cloître ont fait un paradis,
Aux virginales sœurs de la divine amante
Dont la vie admirable à l'univers commente Les secrets à Jésus ravis.
Et puis tout imprégnés des saints parfums du cloitre, Quand il nous reviendra, nous sentirons s'accroitre Vers les hautes vertus notre élan familial ;
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Et nous comprendrons mieux parmi les fleurs de France Pourquoi le divin Cœur donna là préférence Au lis cultivé par Chantal,
Gloire aux modernes preux! Gloire aux soldats du pape, Que rassemble aujourd'hui la fraternelle agape Sous le toit généreux du Maurice breton.
Avec un juste orgucil la France te salue, Légion de héros, par le Seigneur élue, l'our le triomphe de son nom!
Si de plus sombres jours devaient surgir encore,
Dans notre ciel obscur, comme une blanche aurore,
Se lèverait aussi votre étendard vainqueur.
Et par vous, la patrie enfin libre d’entraves,
Sans forfairc pourrait douter des anciens braves Devant les fils du Sacré-Cœur!
Mon Dieu! mon roi! Ce cri des plus nobles audaces
Sur vus pas belliqueux soulèverait les masses
Et contre l'ennemi tonnerait comme un glas.
Car l'idéal chrétien en vous se réalise :
Pour servir à la fois et la France ct l'Église,
Vit-on votre bras jamais las?
Philibert Ancien.
Ca LA GAZETTE DE FRANCE 29 juillet
(Première lettre)
A l'extrémité de la Bretagne, non loin du joli cours d’eau appelé la Rance, entre les hauts remparts de granit de ce vieux nid de corsaires de Saint-Malo, les charmantes collines de Saint-Servan et de Châteauneuf d’un côté, et de l’autre les plages de jour en jour plus fréquentées de Dinard, de Saint-Énogat, de Saint- Lunaire; sous l’ombrage épais des futaies, au bout d’une large avenue de grands
€, les tre ntds
chènes, s'élève, moitié maison rustique, moitié château, le manoir de la Basse- Motte, résidence actuelle du général baron de Charette.
C'est là que le général a invité ses anciens compagnons d'armes à venir célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la création du régiment des zouaves pontificaux.
D'après les intentions bien arrêtées du commandant en chef des zouaves, les noces d'argent de son cher régiment doivent avoir et conserver jusqu'à la fin le caractère d'une « fête de famille, »
De nombreuses invitations ont été lancées dans toutes les directions à tous les survivants de la glorieuse phalange. De nombreuses réponses sont arrivées d'abord de tous les points de la France, puis de Belgique, de Hollande, d'Espagne, d'Italie, d'Angleterre, d'Autriche, de toutes les parties du monde, des quatre vents du ciel.
Qu'il est touchant cet empressement des soldats à répondre à l'appel de leur général ! Qu'il est solide le lien qui a si étroitement uni entre eux tous ces braves, pour que depuis un quart de siècle aucun fer ne l'ait pu trancher! Qu'elle est puissante l'affection mutuelle qui les anime, pour que rien ne soit capable de les arrêter, lorsqu'il s'agit pour eux de se revoir !
Pour beaucoup d'entre nos camarades, ce n'est point une petite affaire que d'arriver, [y en a qui s'imposent de rudes fatigues, de dures privations même, de vrais sacrifices afin de ne pas manquer à l'appel, Un de ces intrépides, c'est le capitaine Joubert, que le général saluera demain dans son discours. Il arrive du fin fond de l'Afrique, où il était allé tenter un essai de colonisation qui coûtera moins cher à la France que les expéditions aventureuses de M. Jules Ferry. Ils étaient partis trente camarades à destination des régions équatoriales, Des trente, sept seulement survivent, Viennent aussi des Belges et des Hollandais en masse, Aucun des Écossais ne fera défaut. Un zouave espagnol fixé depuis quelque temps à Naples n'a pas peur de venir passer vingt-quatre heures sur la baie bretonne formée par l'estuaire de la Rance. Une députation de sept Canadiens a franchi l'Océan, Ts seront iei ce soir; quelle poignée de mains à l'arrivée !
D'où vient cette force extraordinaire qui à permis au régiment de vivre et de se développer, qui le maintient encore, après une si longue dispersion de ses membres, dans son indissoluble unité, en dépit des obstacles de toute sorte et souvent formidables qui s’opposaient à son existence ? Quiconque connaît bien les zouaves pontifieaux a l'explication du mystère, Ces zouaves étaient tous, disons mieux, sont tous des volontaires, et du chef le plus élevé en grade au plus humble fusilier, ces volontaires sont des frères qui se connaissent et qui s'aiment, de la grande famille chrétienne et française, De tous les liens qui peuvent unir les hommes, ils sont unis entre eux par le plus puissant peut-être et le plus doux, la communauté de convictions.
— RG —
Les convictions, les croyances, la foi commune engendrant un commun amour, amour indivisible de l'Église et de la France, amour de la mere et de la fille ainée, voilà la source pure, féconde, intarissable d'où est sorti ce régiment singulier, voilà l'unique ressort de l'héroïsme incomparable qu'il déploya, durant dix années sur tant de champs de bataille, voilà l'irrésistible aimant qui les attirera demain à la Basse-Motte |
HS n'y seront pes tous, hélas! D'insurmontables obstacles en arrêteront quelques-uns. 1 m'a été donné de lire bon nombre des lettres dans lesquelles ces derniers font savoir qu'il leur est impossible de venir. Je vous assure que ce ne sont pas les moins touchantes de toutes celles que le général a reçues. Quelle vivacité de regrets dans lonte cette correspondance ! Comme on sent bien en la parcourant que les absents aiment autant le régiment que les autres, et qu'au moins de cœur ils seront anssi présents que ces derniers à la cérémonie de demain !
Demain, c'est le grand jour. On ne parle que de cela dans le pays. Demain, il sera bien difficile, pour ne pas dire vraiment impossible, de trouver à Saint- Malo et dans les environs un logement, un bateau, un véhicule quelconque, Ce jour-là tout est retenn, à cause de la fête de la Basse-Motte.
lei, vous le pensez bien, tout le monde est sur le pont et (pardon!) sur les dents. y avait tant à faire! DE Y a tant à faire encore! Mais aussi comme chacun s'emploie de bon cœur à la manœuvre! Partout règne une actirité aussi gaie que dévorante. Les visiteurs, ils sont de jour en jour plus nombreux, les visiteurs eux-mêmes ne sont pas à l'abri de la corvée. On trouve moyen d'utiliser les services des amis. Aussitôt pris, aussitôt enrôlé dans le bataillon des travailleurs.
Moi qui vous parle, j'ai été pris comme les autres. En ma qualité d’ancien secrétaire du général, on n'a fait tout de suite travailler à la correspondance, qui est énorme lous ces jours-ci. Dépêches et télégram es plenvent de toutes parts.
Au bureau, j'ai trouvé le comte de Champeaux-Verneuil, le vicomte Raymond du Puget, amis des plus intimes du général, puis laimable Gaston de Villèle, devenu Breton par son mariage, et bon nombre d’autres, Tout ce monde travaille à qui mieux mieux, y compris un secrétaire adjoint que je n'ai garde d'oublier, Sa toute gracieuse el toute charmante Vivacité, M'e Henriette de Charette, « la fille du régiment, »
La cour lout entière de la Basse-Motte est convertie en salle à manger, C'est là, sous une immense tente, que sont dressées les tables où s’assoiront, au nombre de sept ou huit cents, les convives du général,
Le déjeuner sera précédé d'une messe solennelle, à laquelle tous les gens de la contrée voudraient bien assister s'ils le pouvaient, La messe doit être célébrée par S. Exe. Mgr di Rende, Nonce apostolique, ou par un délégué de la noncia-
les ‘Un que urs
ei lure, Oui, par nn délégué, car il n'est pas sûr que Son Excellence elle-même puisse venir, Jusqu'au dernier moment cependant, on ose l'espérer, Espérance de zouave est espérance tenace. Puisse-t-elle n'être pas déçue !
Au pied de la façade méridionale de la Basse-Motte, s'étend en demi-cerele une jolie pelonse entourée de grands arbres.
Au sommet du demi-cercle, juste à souhait, se dressent quatre arbres très élevés, aux trones très droits. Ces quatre arbres seront comme les quatre colonnes entre lesquelles on dressera l'antel, TS le recouvriront d'un dais de verdure,
Quoique provisoire, l'autel sera magnifique. Me de Charette s'est chargée du soin de l'orner, C'est vous dire que tont sera digne de l'anguste sacrifice qui y sera célébré, célébration pour laquelle le Saint-Pére à daigné envoyer une antorisation spéciale.
A propos de Me de Charette, je ne compiends pas qu'elle puisse Y tenir, comme on dit. Je renonce à vous donner mème une faible idée de ses soucis et de ses occupations, surtout depuis une quinzaine, Et cependant, elle à pensé à tout, elle voit tout, elle ordonne et surveille tout, avee un zèle, un sang-froid, un tact, une distinction, une intelligence parfaite de toutes choses, qu'en vérité je ne me lasse pas d'admirer.
Et le général, me direz-vous, que devient-il au milieu de tout ee tumalte ? Oh! pour celui-là, il est, je crois, en dehors des règles ordinaires de l'humanité, [la au plus haut degré le don d'agilité et le don d'ubiquité. [est à la foi feu, acier, granit; feu par l'ardeur, acier par la souplesse et le ressort, granit, comme le sous-sol de la Bretagne, par l'inébranlable solidité avee laquelle il résiste à toutes les fatigues qui accableraient d’autres hommes.
L'heure du départ du courrier me force — bien à regret! — de clore ma lettre, J'ai encore tant de choses à vous dire ! Je voulais vous les dire, mais j'ai été si dérangé tout aujourd'hui que la chose ne m'a vraiment pas été possible, Je tàcherai de me dédommager demain, si je peux.
A bientôt, en tout eas, une autre lettre,
Léon Garoute,
(Deuxième lettre)
Dans l'ardeur de mon désir de ne pas manquer le courrier de cette après-midi, je suis venu mettre ma première lettre à la poste, à la gare même de Saint-Malo.
Au moment de partir, ma lettre étant déjà fermée, j'ai appris que venait d'arriver une dépéche annonçant que S. Exec. Mgr di Rende déléguait, pour le : remplacer à la cérémonie de demain, Mgr Sacrè, ancien aumônier en chef des z'uaves, à Rome.
Comme je n'avais plus le temps de modifier le passage de ma missive dans lequel je vous parlais des doutes que l'on était fondé à concevoir sur l'arrivée du Nonce à la Basse-Motte, je vous ai aussitôt expédié un télégramme,
En vous parlant des préparatifs de la fête, je n'ai pas dit un mot de deux des ouvriers les plus actifs qui collaborent à cette œuvre, Je dois réparer leur oubli, Tous les camarades connaissent leur zèle et le mal qu'ils se donnent. Is m'en voudraient de les passer sous silence. Ces deux infatigables sont :
f° Le zouave Lionel Royer, auteur du Combat de Patay, et de beaucoup d'autres œuvres remarquables, quelques-unes exposées au Salon, presque toutes inspirées par l'histoire on les gestes du régiment,
2 Le sergent Schmoderer, « le brave Schmod, » connu de tons, aimé de tons, tout à tous, qui n'eut guère qu'une passion dans toute sa vie : le régiment, D'un dévouement à toute épreuve, d'une bravovre dont nulle expression ne pourrait vous donner une idée, qui porte toujours saignante au cœur la blessure que lui a causée la perte de son Alsace, « Schimod » enfin, l'homme légendaire parmi nous, et qu'on ne peut mieux faire connaître qu'en le nommant, car Schmod, c’est vraiment l’incarnation du régiment, et quand on à dit « Schmod » on a tout dit.
Si j'avais plus de loisirs, je me plairais à vous parler plus longuement du brave Schmoderer. En vous racontant quelques traits de son existence de soldat, je vous mettrais à même de vous faire une idée de ce qu'étaient en réalité ces soldats du pape, dont se moquaient tant jadis (ils s’en moquent cependant moins depuis qu'ils les ont vus à l'œuvre en France) certains radicaux très braves, je le reconnais, dans les réunions publiques où dans les cabinets de rédaction de leurs journaux, mais beaucoup moins prompls au coup de feu devant l'ennemi qu'au coup de langue.
Ah! ma foi, je ne puis résister au désir de vous raconter le fait suivant :
C'était sous Orléans, à Cercottes, le 40 octobre 4870. Arrivés à Tours la veille, les zouaves s'étaient aussitôt mis à la disposition du Gouvernement de la Défense nationale, Dans la soirée, on en avait pu armer et équiper tant bien que mal environ 180. Aussitôt Charette leur donnait l'ordre de partir, Dès le lendemain malin, ils étaient à leur poste, aux avant-postes.
Le comte Le Gonidec de Traissan, aujourd'hui député, commandait la petite troupe. Cet officier, soldat et capitaine de premier ordre, a entre autres qualités un coup d'œil prompt et sûr sur le champ de bataille, et un sang-froid tont à fait imperturbable.
Par bonheur pour la France, Le Gonidec n'avait pas d'ordres précis, ce qui lui laissait une certaine liberté d'action. Du premier coup il juge la situation et voit le parti qu'on peut tirer d’une position commandant deux chemins bordant
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la forêt, dont l'un conduit à Orléans, position qu'on avait laissée inoccupée, FE Y embusque sa poignée d'hommes. Schmoderer en était,
Ces braves, habitués à lutter un contre vingt, défendirent la forêt d'Orléans avec tant d'intelligence et de courage, que le général van der Tann avouait plus tard, dans son rapport, que S'il n'avait pu envelopper ce jour-là l'armée de la Loire, c'était à l'intervention soudaine de trois régiments d'Afrique arrivés à l'improviste sur le champ de bataille qu'il attribuait la cause de son impuissance. Ces trois régiments n'étaient en réalité que nos trois compagnies de zouaves.
Dans la lutte acharnée qui s'engagea pied à pied contre les Prussiens, Schr0derer fat un instant enveloppé par quelques Bavarois, Après une course folle, ayant épuisé ses cartouches, mais ne perdant pas la carte, une idée lui traverse subitement l'esprit : — À moi, mes amis! Les voilà, s'écrie-t-il!
Les Prussiens se croyant surpris laissent tranquille ce nouveau La Tour d'Auvergne. Ï fallait le voir, la nuit suivante, racontant simplement, modestement, gaiement le fait, en frottant sa grosse et longue barbe, à ses camarades qui lui demandaient ce qu’il était devenu |
Lionel, aidé de quelques amateurs de talent, s'occupe de la partie artistique de ia préparation de la fête. Tout le reste est du domaine de Schmod. En un clin d'œil, celui-ci vous bouleverse la maison de fond en comble, organisant des chambres, fabricant des escaliers rustiques, avec des troncs d'arbres et des grosses branches, faisant un lit d'une planche, d'un canapé, etc., ete., ete, faisant merveille, en un mot.
Ce soir, Saint-Malo, Saint-Servan, Dinard, Paramé, tous les environs regorgent de voyageurs. Quelle fête de se revoir! Il se passe des scènes de reconnaissance très drôles. Que n’ai-je le temps de vous les raconter!
Devant les tables d'hôtes et les cafés de Saint-Malo, les joueurs de violon et de harpe font retentir partont la marehe des zouaves. On les applaudit fort. Après le concert, la recette est fructueuse.
De Saint-Malo à Saint-Suliac, la mer est blanche de voiles, La route de Saint- Malo à ia Basse-Motte est sillonnée depuis ce matin par des centaines de voitures. Tous les genres de véhicule font de la poussière le long du chemin.
A Châteauneuf, l'encombrement commence, Voyageurs de terre et voyageurs de mer arrivent en foule. Nous longeons presque au pas le mur de clôture du parce du château, gracieusement mis ces jours-ei à la disposition du général, par M. le marquis d’Audiffret-Pasquier, fils du duc.
A la Basse-Motte, foule énorme dans le pare où doit se célébrer la messe, veaucoup de Bas-Bretons dans leur pittoresque costume.
Dès mon arrivée, j'aperçois le général rayonnant de bonheur, et M"° et M'e de
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Charette, en ravissante toilette, robes blanches, plumes blanches et jaunes an chapeau, rubans jaunes à la ceinture. Blane et jaune, couleurs pontificales. 1 faut en convenir, c'était bien le cas de les arhorer aujourd'hui.
Dix heures sonnent, La messe commence, silence religieux. Grand recneillement.
Un peu en avant de l'autel, à droite, sur la pelouse, flotte la blanche bannière du Sacré-Cœur qui fut en si peu de temps arrosée de tant de sang à Patay, lieu sacré où Jeanne d'Are avait aussi déployé la sienne; glorieux drapeau qu'en moins d'une heure se passèrent successivement en main le comte Henri de Verthamon, le comte Ferdinand de Bouillé, le vicomte Jacques de Bouillé, fils du comte, Édouard de Cazenove de Pradine, gendre et beau-frère des précédents, d'autres encore, et que le sergent Le Parmentier ne laissa pas ramasser par des mains
ennemies.
Pendant la messe, de son bras qui n'est pas matilé, Cazenove tient de nouveau ( la bannière, ayant à ses côtés le jeune Guillaume de Bouillé, second fils de son (
infortané beau-frère, De l'autre côté de l'antel flotte la bannière pontificale tenue par le chevaleresque colonel d'Albiousse.
{ Dès l'introit, la maîtrise de # at-Servan fait entendre des chœurs de musiqne | religieuse parfaitement exécutés, 1 Après l'évangile final, un des prêtres assistants, un dominicain, donne lecture ! d'un télégramme de Mgr Macchi, autorisant de la part du Sounverain-Pontife (l Mgr Sacré à donner aux invités du général la bénédiction papale, Tout le monde I aussitôt s'agenouille, Le spectacle est grandiose et saisissant. La bénédiction donnée, la maitrise entame avec entrain une cantate, Cette € maitrise a l'avantage de posséder un soliste, M. Leduc, simple cordonnier à Saint-Servan, doué d'une voix magnifique dont il se sert magnifiquement, Pour être complet, je dois ajouter que durant l'office, de la fenêtre de la f | lé chambre d’où je vous écris, des photographes ont photographié l'autel, la pelouse € || el l'assistance, Parmi eux, deux prêtres bretons et M. Ordinaire, photezraphe à | Dinard, Û 1 A onze heures trente, l'appel des noms commence, FE s’agit de placer les con- \ 1 vives an déjeuner. Ce n'est pas une pelile affaire que de remplir avec ordre, l: remarquez bien, les vingt immenses tables qui sont dressées dans la cour, sur S |! lesquelles s’alignent près de six cents couverts. ( ‘1! Avant-hier, causant avee M" de Charette, je pris la liberté de lui dire : Savez- ; 1 vous bien, Madame, que ce n’est pas une petite affaire que de recevoir à déjeuner { | lL autant de monde que vous en aurez mardi? Que de tracas cette réception doit l ll | vous causer | Et le menu ?
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dre jeu ins I, le, res
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‘au son
que que ure tife
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DZ 1er loit
— Oh! me répondit mon interlocutrice, pour le menu, il n'y en aura pas, Point besoin de menu quand on ne doit faire qu'un mauvais déjeuner,
Chaque convive a devant lui, en guise de menu, une carte format in-8°, portant son nom.
Sur une face de la carte, Me de Charette a dessiné à la plume des monuments de Rome, la coupole et le portail de Saint-Pierre, le fort Saint-Ange, le pont Saint-Ange, ete.
La vaste salle est tapissée de drapeaux pontificaux et de banderoles à l'hermine de Bretagne, entre lesquels on remarque des éeussons : armes pontificales, armes de France, armes de Bretagne, noms de batailles où le régiment a versé son sang, dates, ele.
Beaucoup de personnes n'ont pu trouver place sous la tente.
En face de la table d'honneur, un portrait du pape Pie FX, auquel, de l'antre côté de la salle, fait vis-à-vis un éeusson sur lequel sont peintes la tiare et les clefs de saint Pierre.
A la table d'honneur, Mgr Sacré était placé en face de M" de Charette,
Au champagne, Charette prend la parole. Quel splendide orateur que ee diable d'homme! De sa voix de clairon, d'une puissance capable de couvrir le bruit de la mitraille, il commence. H fait l'histoire du régiment, à chaque instant interrompu par les applandissements et les vivats de l'auditoire. Quels bravos accueillent ces noms aimés : Lamoriciére, Pimodan, Beedelièvre, Monteuit, d'Aigneaux, le premier des numéros matrieules, d’Albiousse, tous les antres, morts ou vivants |
L'enthousiasme est indeseriptible quand il déclare que sa foi dans le régiment est la même en 1885 qu'en 18601 — Mais vous avez son discours.
Mgr Sacré prend la parole après le général.
IL célèbre la foi des zouaves qui enfanta les merveilles opérées par le régiment, foi dans les destinées de l'Église, foi dans les destinées de la France, et qui est encore le plus puissant lien qui nous unit.
Comme on l’applaudit encore, quand il déclare, en invoquant le témoignage de tous, que, pour les aumôniers et les soldats, le temps le plus heureux de la vie, c’est encore celui qu'on à passé sous l'étendard du régiment!
Enfin, d’Albiousse clôt la série des toasts. Plein de cœur, ce brave colonel sait trouver des paroles qui vont au cœur de tous. Je vous envoie le texte intégral de son discours, qu'on ne s’est pas fait faute d’applaudir.
Mais l'heure presse. Pendant que je me hâte de vous écrire ces lignes, la maitrise de Saint-Servan et son soliste, M. Ledue, chantent sur la pelouse, où l'on prend le café, une cantate sur l'air de la Vendéenne en l'honneur du Sacré-Cœur.
I n’y a pas, dit-on, de bonne fête sans lendemain.
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{ fl ‘He LE Î
Le 30, le zouave Christian de Kergariou a invité tous ses anciens camarades à aller passer la journée dans sa magnifique propriété de Bonahan, tout près de la Basse-Motte. Diner, bal dans le pare immense, ete.
Je n'ai pas le temps de faire des réflexions sur l'admirable # à d'anjourd'hui. Vos lecteurs les feront eux-mêmes.
En un mot, je vais résumer mes impressions : Réunion magnifique, spectacle réconfortant, d'une incomparable splendeur morale.
Que d'espérances an cœur à la vue de tant d'ardeurs et de dévonements! Ah! pourquoi tous les conservateurs ne ressemblent-ils pas aux zouaves pontificaux ? Pourquoi ne comprennent-ils pas comme eux leur devoir el ne l'accomplissentils pas comme enx ?
Léon GALOUYE,.
LE MONDE 31 juillet LE VINGT-HUIT JUILLET A LA RASSE-MOTTE
J'arrive de Bretagne, et je me demande si j'ai véeu dans un rêve les quelques heures dont je voudrais parler avec le sentiment d'enthousiaste gratitude qu'elles nous ont laissé à tous au fond du cœur. La Basse-Motte, résidence actuelle du général de Charette, n'est guère qu'à 100 lieues de Paris ; une journée de chemin de fer, rien de plus; mais à quelle incommensurable distance n'étions-nous pas des tristesses qui viennent chaque jour assaillir nos âmes de Français et de catholiques! Dire qu'à l'heure même où nous éprouvions les émotions dont nous garderons un impérissable souvenir, un Jules Ferry tentait d'opérer sa rentrée et qu'on se battait, sur les bancs de la Chambre, entre opportunistes et radicaux! Quelle opposition! La France est le pays des contrastes violents, et de là vient qu'on ne doit jamais cesser d’avoir foi en ses destinées. Le mal qui S'y fait crie vengeance; mais que de mérites en même lemps et que de vertus! Tandis qu'elle sert de champ d'exploitation à une bande qui l'opprime, mais ne la représente pas, quelle réserve de dévouement! Comme l'a dit un poète qui eut son heure d'inspiration :
O France...
Il ne faut donc jamais désespérer de tai, Puisque, malgré les jours de deuil et de mistre, Tu trouves un héros dès qu'il est nécessaire.
= 98 — | Ps Le héros, nous l'avions, nous l'acclamions sur ce coin de terre bretonne, et | le autour de Charette il y avait huit cents hommes, au bas mot, dignes de marcher | sous les ordres et sur les pas d'un tel chef; je ne sache pas qu'il puisse ètre fait [R d'eux un plus grand éloge. Les Français dominaient, et parmi les Français les Bretons; mais il y avait aussi des Canadiens et des Belges, des Hollandais et des | le Italiens. Cette réunion du 25° anniversaire donnait bien une idée de ce que fut | le régiment des zouaves, catholique par sa composition comme par son esprit, 1! composé des éléments les plus divers, mais constituant, grâce à la foi commune, ? le corps le plus compact qui se soit jamais vu. l- Entre ces hommes, Castellidardo et Spolète, Viterbe et Mentana, plus tard
Loiguy et Yvré-F évêque, ont formé un lien indestructible. Hs sont unis à toujours par les luttes sou. es, la gloire acquise, les épreuves subies. De toutes ces ä || épreuves, assurément, la plus dure est l'inaction forcée à laquelle ils sont condamnés depuis quatorze ans. Quelle autre institution eût résisté? Eh bien, le régiment existe encore, malgré tout, peut-être même le lien s'est-il fortifié, peut-être la confiance des soldats en leur chef s'est-elle accrue. Ils le prouvaient avant-hier, en affrontant, sur un appel de Charette, les difficultés d'un voyage long pour la plupart, pénible pour beaucoup. Et les lettres, et les télégrammes de tous ceux qui, n'ayant pu venir, exprimaient leurs regrets et attestaient, souvent en termes louchants, qu'ils étaient de cœur à la Basse-Motte!
S Ils avaient bien raison, ces camarades moins favorisés, d’éprouver des regrets
is que les échos de cette fête et les récits qui leur en parviendront vont rendre plus
u vifs encore. Je suis mieux placé peut-être que d’autres pour parler de ces choses :
n je me sens loute liberté de dire ce que fut et ce que fit ie régiment, tant fut
LS infime le rang qu'il m'a été donné d’y tenir; mais j'y ai suflisamment vécu et je |
e l'ai assez connu pour savoir à quel point il était impossible d'y entrer sans s'y
S donner tout entier. Servir une telle cause, et la servir sous de tels chefs! Aussi fi
à ai-je compris l'émotion de ces vétérans des campagnes de 1860, de 1867, de 1870, 4
l en se retrouvant groupés autour de leur général et de leurs officiers, devant un il
t autel en plein air, pavoisé aux couleurs pontificales. fl
e Mais le digne représentant du pape, dont la venue avait été espérée et annoncée, Je
e n'était pas là. Les anciens soldats de Pie IX n'ont pas eu la joie d’être bénis de AR
na la main même du Nonce de S. S. Léon XEILE, le grand ct glorieux successeur du il
e Pontife à la défense duquel ils s'étaient voués... ni A la place de Mgr di Rende, c'est Mgr Sacré, un ancien aumônier des zouaves FE
à Rome, qui célèbre la sainte messe. Spectacle vraiment inoubliable ! L’autel, de dimensions majestueuses et magnifiquement orné, se dresse sous les grands arbres du pare, à l'extrémité d’une vaste pelouse sur laquelle quinze cents persounies au moins, hommes, femmes, paysans des environs, tout ce que la France
me
se
| compte de plus noble à côté d’humbles et vaillants Bretons aux costumes pitto- qi
| resques, sont agenouillées. Près de l'autel, Me, M'e de Charette, qui ont arboré
à leur tour les couleurs du pape. Devant l'autel, deux drapeaux : l'un vient de pt Rome ; il est Lenu par le lieutenant-colonel d'Albiousse; Charette et le commandant de Lambilly l'entourent, L'autre drapeau.…., mais c'est une bannière du ne Sacré-Cœur, brodée à Paray-e-Monial; elle était à Loigny, cetle bannicre; les el deux Bouillé furent tuës en la portant; Cazenove de Pradine, qui la reçut de d' leurs mains, fut grièvement blessé. Cependant, la précieuse relique fut sauvée ; cest ell” que nous avons sous les Yeux; un homme et un enfant la tiennent ul ensemb:. ; et l'homme, c’est Cazenove de Pradine, le glorieux mutilé qui aujour- pi d'hui sert la France dans le Parlement comme il la servit sur Le champ de bataille ; (1 et l'enfant, c'est le jeune de Bouillé, fils et petit-fils des héros de Loigny!.….. h
Bien des yeux sont mouillés pendant que le vénéré Mgr Sacré célébrait cette se | messe, qui comptera, elle aussi, dans les annales du régiment. Mentionnons ici, et ce n'est que justice, les chants exécutés d'une façon remarquable par la l maitrise de Saint-Servan..…. Sc IL va être midi; c'est l'heure de la soupe, dit plaisamment le général; et il te fait l'appel de ses hôtes, ou du moins — car un appel de huit cents noms eût D été un peu long — des personnes qui doivent prendre place aux tables d'honneur. (UT Un mouvement de respectueuse sympathie se produit quand on entend nommer Me de Lamoricière, la veuve de l'illustre patriote et du grand chrétien dont la de
| | mort mit en deuil l'Église et la France. Charette appelle aussi l'amiral Véron, le ol
| nouveau sénateur d’Ille-et-Vilaine ; les ofliciers supérieurs défilent devant nous; de un certain nombre de dames sont présentes; les plus grands noms de la vieille P: noblesse résonnent à nos oreilles; et de simples artisans, des cultivateurs, des tu ouvriers, qui se battirent à Casteltidardo, à Mentana, à Loigny, vont également vi
| être admis aux mêmes tables, Comme devant l'autel tout à l'heure, les rangs sont mn confondus. Voilà l'égalité chrétienne, la bonne, la vraie!
É Les zouaves se rappellent tous avec quelle sollicitude M. de Charette veillait si à leur bien-être matériel et s’occupait notamment de « l'ordinaire. » Avant-hier, es l'ordinaire a été, à la Basse-Motte, absolument extraordinaire. Une immense al salle à manger, décorée avec le goût le plus parfait, s'était élevée comme par É, enchantement, I y a plus de huit cents convives; on ne comptait pas sur un Fi chiffre aussi considérable; et pourtant, pas un détail de service ne laisse à désirer. tu Comment a-t-on pu organiser, loin de tout centre, une réception pareille? C’est ta le secret du général; il est là, veillant à tout, comme jadis dans la caserne, | la s’oubliant lui-même — c’est son habitude, — se multipliant, ayant pour tous et n°
DA pour chacun une attention, un mot du cœur, quelque aimable saillie. Ït be % Puis il prend la parole et prononce, au milieu des acclamations unanimes »
0- qui soulignent chaque phrase, l'admirable discours que nous avons publié hier. ré Mgr Sacré lui succède; son allocution très élevée et apostolique produit une de profonde impression.
- Puis le colonel d’Albiousse. Nous le savions un officier de La plus haute valeur; lu nous le connaissons à présent comme un orateur du plus grand talent, Qu'on lise, es en effet, son discours, et qu'on dise s’il est possible d’allier plus de cœur à plus de d'esprit, plus de gräce à des pensées plus hautes... 4) je On quitte alors la salle du banquet; au dehors, de nouvelles surprises nous : | nt allendent, el cette fois M. de Charette lui-même en aura sa part, On ne l'a pas | '- prévenu qu'une cantale à été composée el apprise pour la circonstance. C’est en- C; core la maîtrise de Saint-Servan qui l’exécute, sous la direction de M. Le Gentil- Fi] homme, qu'on est toujours sûr de trouver où il y à du bien à faire. Les paroles à! Le sont Ge M. l'abbé Marbeuf..…. si ci, Mais le moment de se séparer est arrivé; les uns ont à se diriger vers la jp la petite gare de Châteauneuf; d'autres reviendront par le bateau à Saint-Malo-Saint- à! l Servan, ct l'heure de là marée approche. Ces derniers sont les plus heureux : ils il termineront la plus belle des journées par une traversée d'une heure dans le plus üt beau des pays. Les paysages qui se déroulent le long des rives de la Rance — EL ll. cette rivière qui est un bras de mer — sont incomparables. À | er On se quitte; le temps a fui trop rapidement; mais quel souvenir on gardera Ed \| la de cette réunion! Des amis qui ne s'étaient pas vus depuis quinze ans se sont it le embrassès; on à parlé des absents; on à parlé aussi des morts, des camarades S; de jadis qui tombèrent dans la Campagne romaine ou dans les plaines de la Loire. le Pauvres braves gens! héros illustres ou obscurs! on les pleure toujours, et poures tant, ainsi que le disait Charette avec son inimitable éloquence, parmi les sur- il | nt vivants il n'y en a pas un seul qui ne demande à Dieu comme grâce suprème de ; | nt mouiir COMIME EUX. ; Les saintes causes pour lesquelles les zouaves pontiticaux ont combattu et en 1” it si grand nombre ont succombé paraissent perdues ou bien compromises. Pie IX 1 r, est mort prisonnier au Vatican, et c’est d’une prison qu'a hérité le pape Léon XIE, Le se au grand cœur et à la haute sagesse duquel la Providence, qui veille sur son | ar Église, nous a fait la grâce de contier les destinées du monde catholique. La | in l'rance démembrée, affaiblie par les luttes intestines, livrée à des maitres d’'aven- l | g ture qui la déshonorent, souffre cruellement. Oui, il semble, à première vue que | sl tant d’héroïsme ait élé vainement dépensé au service du pouvoir temporel et de e, la patrie, que tout ce sang versé soit resté stérile, que tous ces dévouements ME et n'aient pas porté de fruits... Mais rappelons-nous ce que disait Lamoricière en f 1860 : « Dans ces temps où le trouble n'existe pas moins dans l’ordre des idées À Ë ?S » que dans celui des faits, l'avantage de ceux qui combattent pour un principe, ds 41
» c’est qu'alors même qu'ils succombent, leur défaite devient une éclatante pro- » lestation en faveur du droit. »
Et rappelons-nous aussi ce qu'a écrit de Lamoricière lui-même et de son œuvre de 1860 l'historien vraiment digne de lui qui nous a raconté sa vie : « En » apparence, cet héroïque dévouement était venu se briser contre des obstacles » insurmontables et ne laissait dans l'histoire que la trace d’une glorieuse, mais » stérile tentative. Au fond, il n’en était pas ainsi. Lamoricière avait ouvert une » voie féconde, et son entreprise marquait pour l’Europe catholique le commen- » cement d’une ère nouvelle, qui dans un avenir prochain s'épanouira sous nos » yeux. » Ce que disait en ces termes, il y a quelques années déjà, M. Keller, peut et doit être dit du régiment tout entier des zouaves comme de son premier el illustre créateur. Nous restons sur ces paroles, parce qu’elles résument les impressions, les résolutions et les espérances que nous avons rapportées de la fète du ?8 juillet.