‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 47 sur 84 · CR CHIENS · texte numérisé non relu

CR CHIENS

Donc, rallumer ce feu sacré au souvenir des actes d'héroisme du passé, héroïsme inspiré par le patriotisme et la foi, n'est-ce pas rendre à la patrie, à l'Église, le plus grand de tous les services ?

Voila ce qu'a voulu faire le général de Charette, en réunissant, le 28 juillet dernier, à la Basse-Motte, les glorieux survivants de ces vaillants bataillons, au moins deux fois décimés, en combattant, en Italie pour l'Église, puis en France pour la patrie! Cette pieuse et patriotique inspiration était digne de sa grande foi et de son grand cœur, et l'enthousiasme avec lequel ses anciens frères d'armes y ont répondu, lui à prouvé que les soldats étaient restés fidèles à leur chef et dignes de lui.

Comment du reste pourrait-il en être autrement? Outre la communion parfaite de sentiments catholiques et français, qui font du sien et des leurs un seul cœur, il y a cel ascendant moral, cet amour sincère, cet enthousiasme irrésistible, que le héros vendéen communique à tous ceux qui le connaissent et qui en font un véritable fascinateur,

Quiconque connait Charette l'aime et se ferait tuer avec lui, tant l'amour de Dieu et de la France qui le consume est épidémique et contagieux.

Aussi n'est-ce point réunion qu'il convient d'appeler le concours de ses ils, se pressant autour de lui comme des frères autour d'un père, à la Basse-Motte ; cela n'a qu'un seul nom, fête de famille.

Mais si ce nom est le vrai, humainement parlant, il ne l'est pas moins au point de vue spirituel, car la confraternité des zouaves s’est établie et se maintient indissoluble par ce lien, le plus solide de tous, l'union du chef et des soldats dans une même foi, source d’une même charité.

C'est pour cela que, doué d'un tact à la hauteur de son intelligence, le héros chrétien à voulu que celte fête et tout d'abord et conservät jusqu'à la fin un caractère religieux, et que le sacrifice des sacrifices, le saint sacrifice de la messe, füt le premier acte de cette journée bénie.

Hélas!

Les jours de joie ont leurs tristesses.

Tout le monde espérait que cette sainte messe serait célébrée par S. Exec. le Nonce apostolique, Mgr di Rende, et que le digne représentant du pape viendrait bénir ce régiment, créé tout d’abord, en 1860, pour défendre la papauté si injustement attaquée.

Dieu ne l’a pas permis. Reteau par des complications imprévues, S. Exc. le Nonce s’est vu contraint d'annoncer, au dernier moment, qu'il ne pouvait quitter ’aris, mais qu’il serait à la Basse-Motte de cœur.

Heureusement était accouru d'Anvers un autre prélat, archiprètre de la cathé-

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drale de cette ville, Mgr Sacré, qui fut le premier aumônier des zonaves el les accompagna à Castelfidardo. C'est lui qui, assisté du vénérable doyen de Saint- Servan et du R. P. Douceaux, également ancien aumônier des zonaves, a célébré le saint sacrifice, sur ee ravissant autel en plein air, vrai bosquet de fleurs et de verdure, et nous donna ensuite, au nom de S. S. Léon NITT, une bénédiction spéciale que le vénéré et digne successeur de Pie IX venait d'adresser an général.

Quel spectacle grandiose dans sa simplicité de voir tous ces fronts, les uns déjà dénudés, d'autres blanchis, d'autres encore portant de nobles cicatrices, groupés, autour du drapeau pontifical, porté par le colonel d’Albiousse, et du drapeau du Sacré-Cœur, porté par le jeune de Bouillé, accompagné de son oncle de Cazenove, le glorieux mutilé, drapeau teint du sang de son ptre et de son grand-père, s'inelinant sous la bénédiction de Dieu, auquel ils avaient offert leur vie, pour lequel ils sont toujours prêts à la donner!

Ah! personne n'a été surpris en ce moment solennel, de voir couler vos larmes, grand cœur de Charette; vous pleuriez et nous pleurions tous,

Puis, lorsque cette femme, aussi héroïque que l'époux qu'elle pleure, Me Ge Lamoriciére est venue baiser cet étendard, rougi du sang des héros, lorsque, après elle, le général et sa famille, puis nous tons y sommes venus coller nos lèvres, quelle émotion douce et profonde, indeseriptible, ear elle est de celles qu'on ressent, mais qu'on ne saurait exprimer!

L'heure du banquet sonne. Voici la salle, la salle d'un conte de fée, De toutes parts éclatent des eris d'admiration, Le fait est qu'il est impossible d'en imaginer une mieux décorée, Au milieu, dominant la tabi>; d'honneur, un superbe portrait de Léon XIE, partont les couleurs du pape et du Sacré-Cœur, des cartouches rappelant les noms des principaux combats auxquels le régiment a pris part, puis une profusion de guirlandes, de feuillages et de fleurs.

Nous ne dirons rien du festin, sinon qu'il était exquis, arrosé par d'excellent vin, et surtout égayé par la joie communicative de tant de vieux camarades, si heureux de se revoir, certains après vingt-quatre ans,

Mais voici qu'après avoir cireulé autour de toutes les tables et échangé de ces poignées de main si cordiales, comme il sait les donner, avec les onze cents on douze cents convives, le général, de sa voix vibrante, réclame le silence.

Comme par enchantement, au tumulte le plus joyeux succède instantanément le calme le plus absolu et le plus attentif.

Nous ne dirons qu’un mot de son incomparable discours, puisque nous avons le bonheur de le donner à nos lecteurs, c'est que, si ce sont ses lèvres qui le prononçaient, son cœur le dictait d’un bout à l’autre, ce cœur qui fait les véritables oraleurs. Aussi, avec un cœur comme le sien, on conçoit aisément quel orateur empoignant doit être et est aussi Charette.

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Mgr Sacré lui répond, Tâche diMeile pour tout autre, qui ne posséderait pas, comme notre ancien aumônier, également un cœur d'élite, Aussi a-t-il été éconté, compris, acclamé, comme il méritait l'être,

I fallait bien que le régiment remerciàt les deux orateurs, en particulier notre général l’inspirateur de cette fête de famille, et les deux fées si charmantes dans leurs simples et ravissants costumes aux couleurs pontificales, qui nous faisaient croire voir deux anges émergeant de buissons de margncrites et de lis, Me et Me de Charette, la mère et la fille du régiment.

Eh bien, tous ceux qui ont eu la joie d'entendre celui qui avait accepté cette noble et douce mission, le colonel d’Albiousse, diront comme nous non seulement qu'il a été à la hauteur, mais qu'il s’est élevé jusqu'au sublime.

Du reste, il suffit de lire ces paroles de foi, d'honneur, de chevalerie, de grâce et de feu, pour être transporté d'admiration.

Quand le général Charette et aussi son digne colonel parlent, on peut dire que leurs paroles sont encore plus des actes, des actes de foi. Res, sedum rerbu.

Aussi l'enthousiasme a-t-il été aussi unanime qu'indescriptible.

Mais tout doit finir, même les plus beaux jours. Cependant, avant de voir ses amis se séparer, le général a voulu que comme toute bonne fête bretonne, celle-ci ne se terminât pas sans un chant en chœur.

L'air était tout trouvé, l« Vendéenne.

Grâce à la maîtrise de Saint-Servan, si habilement conduite par M. Gentilhomme et qui avait chanté à ravir pendant la messe, groupée derrière l'autel rustique, nous avons assisté à un de ces concerts en plein air, près desquels les autres ne sont que de froids échos.

Après chaque couplet, célébrant notre bien-aimé général, cette bonne autant que belle M" de Charette, et la toute gracieuse fille du régiment, avec quel entrain tous nous répétions le refrain si populaire |

C'étaient des cœurs qui chantaient en chœur!

Et maintenant comment terminer ce récit malheureusement bien pâle et bien incomplet, si ce n’est en exprimant la profonde et vive reconnaissance de tous les heureux hôtes de la Basse-Motte, vieux et jeunes, nobles et paysans, riches et pauvres, mais tons égaux, devant Dieu, aux veux du pape et dans le cœur de Charette ?

Oui, mon général, le 28 juillet 1885, vous avez rendu un nouveau et signalé service à l'Église et à la France, en rapprochant tous ces cœurs et en y réchauffant cet amour de Dieu et de la patrie, qui, à votre exemple, a déjà enfanté tant de prodiges, et qui, tous nous l'espérons, consolerà encore nos deux mères, l'Église et la France, par de nouveaux. Ce sera un de vos plus beaux titres d'honneur.

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On a dit qu'il s'était glissé à la Basse-Molte des reporters républicains, Tant mieux! I aurait fallu que chaque journal républicain eût en là un témoin de ce qui s'est fait, de ce qui s'est dit,

Comme un républicain, qui s'y trouvait et qui d'abord avait essayé de rester indifférent, dominé par l'ascendant de la foi et du patriotisme, empoigné par l'enthousiasme général, si loyal et si franc, il se fût écrié, en cherchant à dissimuler deux grosses larmes, au milieu de l'admirable et sublime discours du colonel d'Albiousse : «I n'y a pas à dire, ces b...-h sont convainens; en vérité, c'est qu'ils croient ce qu'ils disent. »

Oui, nous sommes convainens et nous croyons; aussi espérons-nons le sait.

Quia he est victoria que rincet mundum, fides nostra.

Ch. TResvaux pu FRAvAI.

Soixante-onze printemps ont passé sur ma tête Sans avoir ralenti les élans de mon cœur,

Et tout rempli d'espoir, j'attends le jour de fête, Qui doit de ma patrie assurer le bonheur;

Où le premier soldat et du pape et du roi,

Des zouaves entouré, tout fier de leur victoire, Montrant sur son drapeau ces mots : Dieu et le roi, Leur dira : Mes amis, lisez; c’est votre gloire!

Frédéric ne BoussiNEAU.

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