UNION MALOUINE ET DINANNAISE
2 août
LES NOCES D'ARGENT DES ZOUAYES PONTIFICAUX
Une fête triomphale, sans pareille dans notre siècle, était célébrée mardi dernier, 28 juillet, dans le rustique manoir de la Basse-Motte, canton de Chàteauneuf-de-Bretagne, résidence actuelle du général baron de Charette et de sa noble famille.
Mille à douze cents hommes de cœur et de foi se trouvaient réunis autour du héros de Castelfidardo et de Loigny. Les sympathiques voyageurs étaient arrivés
de tous les points, par les routes de terre et de mer. Le vapeur Llle-et-Rance, entre autres, élégamment pavoisé, avait débarqué à Saint-Suliac près de cent cinquante invités.
IL s'agissait de la solennité des noces d'argent du brave régiment des zouaves ponlificaux, devenus les intrépides volontaires de l'Ouest quand le sol national fut envahi par l'étranger. On sait dans quelles tristes circonstances, hélas! et de quelle gloire pure les soldats chrétiens se couvrirent dans ces jours néfastes.
Dieu et patrie! telle était, telle est toujours la devise des zouaves pontificaux. Ils l'ont aflirmée de nouveau avec enthousiasme dans la journée désormais historique du ?8 juillet 1885.
Rien ne manque à l'éclat de cette splendide manifestation religieuse et patriotique : la voûte du temple vers laquelle montent la prière et les cantiques des âmes vaillantes, c’est le ciel même, dont l’azur sans nuages s’illumine d’un soleil resplendissant; ses colonnes sont les ‘rbres séculaires offrant leur ombrage protecteur aux fidèles prosternés.
Sur l'autel, érigé en face du poétique manoir habité par le général catholique, une belle statue du Sacré-Cœur de Jésus, sous un velum d'or, fixe les regards des spectateurs émus; au-dessous, une croix d’ébène, des cierges peints et des fleurs. |
Un bas-relief, devant l'autel, reproduit l’image du festin dans lequel Jésus rompit le pain avec ses disciples.
S. Exec. le Nonce apostolique, retenu par les devoirs impérieux de son ministère, est remplacé par Mgr Sacré, premier aumônier des zouaves pontificaux, curé d'Anvers.
M. l'abbé Boutevilain, chanoine honoraire, curé de Châteauneuf, et le R. P. Douceaux, religieux dominicain, sont les acolytes du célébrant.
L'oflice divin commence dans un pieux recueillement.
Un des glorieux mutilés des champs de bataille de 1870-1871, M. Cazenove de Pradine, ancien député royaliste breton, debout devant l'autel, tient.en main l’immortelle bannicre du Sacré-Cœur, sous les plis de laquelle les zouaves combattaient et qui fut teinte à Patay du sang généreux des Verthamon et des Bouillé.
Celle bannière, naguère suspendue au-dessus du lit mortuaire du comte de Chambord, porte d’un côté l'inscription suivante : Cœur de Jésus, sauvez la
France! de l’autre : Saint Martin, patron de la France, priez pour nous!
Un jeune homme de quinze ans, Guillaume de Bouillé, fils et petit-fils de deux héros morts en défendant la patrie, est là près de l’étendard. sacré, avec M. Cazenove de Pradine, gendre lui-mème du comte de Bouillé.
M. d’Albiousse, colonel des zouaves pontiticaux, tient, à gauche de l'autel, un drapeau aux couleurs du Souverain-Pontife.
| nee, Pendant la religieuse cérémonie, la maitrise de Saint-Servan, si habilement cent dirigée par M. Le Gentilhomme, et dont la bonne volonté égale le talent distingué, Ha chante le Pater Noster de Niedermeyer; l'Angelorum, du frère Elphège, organiste ives de Sainte-Anne d'Auray; puis à l'élévation, l'air fameux que répètent à Saint- | na Pierre de Rome les sept trompettes d'argent. | de Les trois st'ophes suivantes de l’Ange et l’Ame, paroles de Myr de la Bouil- | lerie, mises en musique par le frère Elphège, sont admirablement chantées par IUX, M. Leduc. Les derniers vers sont redits en chœur par la maitrise : his- Un chérubin dit un jour à mon âme :
rio- — Si tu savais la gloire de mon ciel!
mes Si tu voyais les purs rayons de flamme Que sur mon front projette l'Éternel!
es Je répondis à l'archange céleste :
lec- — Toi qui vois Dieu plus brillant que le jour, D'un Dieu caché sur un autel modeste, | que, Sais-tu l'amour?
ds | : 7.
dés L'ange reprit : — Sais-tu ma joie immense De contempler en face un Dieu si beau ?
| Le ciel pour moi tous les jours recommence, sus Et tous les jours mon bonheur est nouveau. Je répondis : — Sais-tu ce qu'est l'hostie, son Toi dont le cœur ne s'est point égaré?
\UX, Près d'un Dieu bon, près de l'Eucharistie, As-tu pleuré?
O chérubin de la sainte patrie,
Louons ensemble un Dieu si bon pour nous; A toi le ciel, à moi l'Eucharistie!
LOVE Notre partage à tous deux est bien doux.
ali J'aspire un jour à voir aussi mon Père ; ni | Muis ici-bas l'autel est tout mon bien; a, D Voilà mon sort. Ton bonheur, je l'espère. | il illé. J'aime le mien. A é ile de | AN u la L'exécution de cette hymne dont la pieuse suavité pénètre l'ame, est suivie du cantique populaire et patriotique des pèlerins bretons. eux A l'issue de la messe, le R. P. Douceaux, dominicain, anc‘ 1 aumônier des 1veC zouaves, lit une dépêche de Rome, du cardinal Macchi, autorisant Mgr Sacré à qi donner la bénédiction papale.
un La foule s’agenouille devant le vénéré prélat; Mgr Sacré prononce les paroles il
solennelles, étend les mains et bénit,
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