‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 54 sur 84 · WE RS T=— \ È · texte numérisé non relu

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celles du Canada, de l'Écosse, des divers pays auxquels appartiennent les vaillants soldats reçus par le général de Charette, et des inscriptions rappelant les combats principaux des zouaves,.

Me de Charette prend place en face de Mgr Sacré, entre l'amiral Véron, sénateur, et M, Guibourg, ancien magistrat, qui porte si allègrement eu ce jour le poids de sa verte vieillesse. Le général, lui, est partout, s'occupant de tout.

Le service magnifique est fait avec un ordre parfait.

Les zouaves n’entendent aujourd'hui que le bruit des applaudissements cet les détonations du champagne, signal des toasts.

Dans un mouvement d'expansion qui va droit au cœur de ses invités, M. le général de Charette s'écrie : « Ah! mes amis, je suis bien heureux! Je ne sais pas si vous l’êles, mais moi je le suis complètement. »

Puis il prononce, au milieu des bravos, un discours, causerie héroïque, retraant l'histoire du régiment des zouaves pontificaux...

Ce discours militaire et religieux est interrompu à chaque instant par les plus chaleureux applaudissements; l'émotion est à son comble, les larmes coulent, les bravos, les vivats retentissent et se prolongent..….

Parmi les anciens zouaves pontiticaux aujourd'hui prètres, présents à cette magnifique fête, nous avons remarqué au moins vingt ecclésiastiques décorés de la croix de la Légion d’honneur ou de la médaille militaire.

Une surprise des plus agréables attendait les zouaves après le festin. La maitrise de Saint-Servan se dirige vers la pelouse faisant face au manoir, et va exécuter une cantate composée sur l'air de la Vendéenne, pour les noces d'argent du régiment, par M. l'abbé Marbeuf, professeur à Ancenis.

Comme les bardes des anciens jours, M. Leduc chante en artiste et en poète, c'est-à-dire avec l'accent pénétrant de l'âme. .

— Bis! bis! crie la foule électrisée.

— Vit: le Sacré-Cœur! s'écrie le général, en remerciant l'artiste, et il le prie de vouloir bien répéter la dernière strophe.

Les zouaves demandent la cinquième glorifiant le Bayard moderne.

L'enthousiasme est indescriptible.

M. Leduc, malgré la fatigue qu'il doit éprouver, veut bien se rendre aux désirs exprimés. Non seulement il s’y rend, mais il demande qu'on improvise séance tenante un hommage en l'honneur de M"° et de M'° de Charette.

M. Paul Bazouge, rédacteur du Salut, s'écarte de la foule puis revient cinq ininutes après apportant à M. Leduc les couplets demandés...

Cette improvisation chantée avec une émotion communicative, est l'objet d'unanimes applaudissements et chaleureusement bissée. Le refrain est redit avec un enthousiasme croissant.

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Le photographe qui le matin a demandé au soleil sa collaboration pour la reproduction de la cérémonie religieuse, lui demande le soir celle de la cantate, dans laquelle figurent au premier plan Me et M'e de Charette, dans le gracieux costume des Vendéennes aux couleurs pontificales : large chapeau de paille orné d'un nœud jaune et d'une plume blanche, robe blanche et ceinture jaune,

Le souvenir de cette fête triomphale restera photographié aussi dans le cœur des compagnons d'armes, des amis du héros de Castelfidardo, de Mentana, de ’atay, ct l'histoire des noces d'argent des zouaves pontificaux occupera une place d'honneur dans les annales de la catholique et patriotique Bretagne.

Jean et Francis Bazouce.

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LE SALUT 30 juillet

.. Ah! je suis bien content; je ne sais pas si vous l'êtes, mais pour moi je le suis, s'écriait le général de Charette, s'adressant à ses invités dans l'émotion d'une indicible joie.

De grosses larmes roulaient comme des perles sur son male visage, el nous avions tous, en regardant le général après le magnitique discours que vous venez de lire, ce sourire mélé de larmes qui montre que le cœur parfois se fond comme une cire dans une émotion qui n’est presque plus de la terre.

Quelle plume pourrait rendre cette fête incomparable où Dieu et la patrie ont si violemment remué les cœurs!

Essavons pourtant, puisque c'est le devoir, mais en nous souvenant de la belle expression du général : Il y « des sentiments dont les paroles sont encore inconnues.

Dès la veille, Saint-Malo, Saint-Servan, Paramé, Dinard offraient un aspect inaccoutumé. On était venu de tous les points de l'horizon, et des Canadiens n'ont pas hésité à faire douze cents lieues pour répondre à l'appel de leur général. Avec quelle joie, quelle curiosité ils parcouraient la cité natale de Jacques Cartier ; avec quel bonheur ils revoyaient leurs anciens compagnons d'armes!

Les échos de la place Chateaubriand retentissent du chant des zouaves, répêté par le quatuor napolitain, et près du Casino, au bord de la mer argentée et bleue comme celle d’un golfe italien, un groupe répète le délicieux refrain de Santa Lucia.

ILest sept heures, nous partons. Temps radieux, une brise joyeuse fait claquer

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les oritlammes sur l'Élle-et-Ranñce, pavoisée aux couleurs françaises et pontiticales.

Cà et là, des rencontres touchantes : on s'embrasse avec émotion; on ne s'était pas vu depuis si longtemps!

— Te souviens-tu?.….

Et le récit commence des pages héroïques du passé,

— Tiens! c'est Couthouis, dit une voix de zouave, en serrant x main d'un homme qui rit et pleure en même temps.

Nous avons près de nous «le brave Couthouis, » le zouave vendéen, un des plus vaillants et plus tidèles serviteurs de l'Église, de la France et du roi.

Plusieurs ecclésiastiques se mêlent aux zouaves, Ce sont, dit-on, d'anciens aumoôniers. Belles figures.

Les zouaves admirent d’un œil ébloui le paysage des rives de li Rance.

Le temps est délicieux, les sites ravissants, mais nous avons hâte d'approcher.

Nous débarquons à Saint-Suliac, où le jeune et éminent sculpteur chargé du monument du roi défunt, M. Caravanniez, est venu passer quelques semaines au bord de la mer, Il a modelé une statuette du général de Charette qui est un chef-d'œuvre de ressemblance et d'art.

Par tous les points convergeant à la Basse-Motte, c'est un défilé de voitures et de piélons : calèches, landaus, phaëtons, carrioles, véhicules de toutes sortes ont été réquisitionnés pour la fête des zouaves pontificaux.

Tout est admirablement prévu. Foule énorme à l'entrée de la Basse-Motte, où un contrôle des plus sévères a été établi.

Le général et M" la baronne de Charette out tout préparé, lout ordonné. De vaillants commissaires de la fête les secondent.

Chaque invité reçoit une carte avec vignette d’un dessin exquis dû à M" Ja baronne de Charette.

La messe est annoncée pour dix heures. Quinze cents personnes environnent l'autel.

Un immense rideau de verdure formé par une colonnade demi-cireulaire de sapins, ayant pour coupole le ciel, abrite contre le vent un merveilleux autel rustique. Quatre pins sylvestres dont la cime est retranchée forment les pieds d’un dais gigantesque aux couleurs pontificales.

Au fond, la statue du Sacré-Cœur environnée de cierges splendides.

M" la baronne de Charette et M'e de Charette dans une ravissante toilette à aux couleurs pontificales reçoivent leurs invités, auxquels le général serre la main

avec un sourire ému.

Un coup de cloche! la messe va commencer; les fronts se découvrent. tout le monde tombe à genoux : le général arrive el remet à M. Cazenove de Pradine la bannière du Sacré-Cœur teinte du sang de si nobles et de si chères victimes.

Un frisson passe dans l'assistance en voyant le jeune Ferdinand de Bouillé, l'UE âgé de quinze aus à peine, soutenir l'étendard taché de sang des deux Bouillé

l tombés à Patay après Verthamon.

2 M. le colonel d'Albiousse tient de l'autre côté le fanion pontitical,

| La maîtrise de Saint-Servan, sous l'habile direction de M. Le Gentilhomme, | fait entendre d'harmonieux accents; alors il monte des âmes vers le ciel un encens Ë de prière et d'amour, un souflle ardent de foi et de patriotisme qui courbe tous î les fronts et secoue tous les cœurs.

Le général a la tête appuyée à un des piliers de sapin abritant l'autel. Le héros pleure et prie comine un enfant. Autour de M"e et de M'e de Charette, toutes les dames sont agenouillées, On dirait un essaim d'anges vivants de la patrie. C'est un inoubliable spectacle, À la bénédiction papale, tout le monde prie et tout le monde a des larmes dans les yeux.

Saint Louis rendait la justice sous un chène. On sentait presque, sous ces sapins verts, présente son âme protectrice à cette admirable scène.

On entrevoyait instinctivement comme un rève glorieux sous la bannière du é Sacré-Cœur et on disait en voyant prier cette phalange de chrétiens vaillants : Ù Quelle France et quels Français!

Après la messe, les assistants se pressent autour de li bannière du Sacré-Cœur Ù ct la baisent picusement.

4 Le défilé dure une demi-heure. L'émotion nous a brisés; le général célèbre les | noces du régiment, et il le prouve en appelant ses invités au repas des noces.

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