LE MONITEUR UNIVERSEL
30 juillet
LES NOCES D'ARGENT DES ZOUAVES PONTIFICAUX
Le télégraphe nous à transmis un résumé suecinet, mais très exact, de la belle fèle qui vient d'avoir lieu à la Basse-Motte. Je voudrais revenir, une fois encore, avant de quitter ce coin de terre où tant de cœurs ont battn à l'unisson, sur l’ensemble de cette émouvante cérémonie,
Oui, émouvante, aucun mot ne saurait mieux traduire l'impression unanimement ressentie, Comment, d’ailleurs, en eût-il été autrement? Tous les souvenirs évoqués rappelaient aux uns et aux autres des dangers courus ensemble, côte à côte, sur les champs de bataille d'Ftalie et de France, et si le sentiment du devoir accompli avec courage, avec noblesse et abnégation laisse au cœur un calme bienfaisant, la pensée de tous ceux qu'on a perdus, de tous les camarades, de tous les amis morts en héros ct en chrétiens, dans les plaines de Castelfidardo et de Mentana, ou dans les champs couverts de neige de Patay, assombrit la joie de lous, rend presque douloureuse la poignée de main échangée par des braves qui, pour beaucoup du moins, ne s'étaient pas revus depuis quinze ans passés.
Mais ces quinze ans n'ont en rien relâché le lien qui existait entre eux, et la seule nouvelle de la fête qui se préparait, de cette célébration du vingt-cinquième anniversaire de la formation du régiment, a suffi pour faire vibrer tons les cœurs. Si beaucoup ont pleuré aujourd'hui en écoutant leur général, leur Charette, car il leur appartient comme ils lui appartiennent, bien d'autres ont versé des larmes de regret, en se voyant dans l'impossibilité de répondre à l'invitation qui leur était adressée.
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J'ai lu une lettre touchante d'un ancien zouave qui n'avait pu quitter la Pointeà-Pitre assez à temps pour se rendre à la Basse-Motte ; j'ai entendu les quelques Canadiens délégués par leurs camarades pour les représenter, exprimer combien il en avait coûté à ceux qui restaient loin d'ici de n'avoir pas pu prendre leur part de cette fête de famille. Eu effet, c'était bien une vraie famille que ce régiment de zouaves pontiticaux, une famille où toutes les nationalités se trouvaient confondues, où dominait seulement l'élément français, que renforçaient les Belges, les Hollandais, les Espagnols, les Italiens inscrits dans la légion.
Aussi la solennité que je vous ai décrite a-t-elle gardé comme elle le devait, du commencement à la fin, ce caractère de fête de famille que vous indiquait ma dépèche. De politique il n'en a pas été dit un mot : de quelle politique d'ailleurs eût-il été question dans cette réunion à laquelle toutes les nations étaient représentées ? On a parlé du passé, passé glorieux, et que personne ne peut attaquer ; on à songé à l'avenir, à l'avenir de la papauté, et e’eût été manquer à la tradition — chose inconnue aux zouaves — que de ne pas se dire prêt à porter au Saint- Siège un vaillant appui au cas où le pape ferait appel à ses fidèles.
Tout concourait donc à faire de cet anniversaire si particulier une fête d'un charme et d’une émotion à nulle autre pareille. La simplicité grandiose de la réception donnait à cette solennité le ton qui lui convenait.
Le pays est merveilleux, et soit qu'on se rende à la Basse-Motte par la grande route de Saint-Malo, soit qu'on remonte en bateau à vapeur la Rance jusqu'à ‘Saint-Suliae, les yeux éprouvent un enchantement continu. De grands champs coupés par des haies, ombragés par les arbres qui se dressent entre les sillons, bordent la grande route; l'aspect général du pays est plus normand que breton; le regard se glisse, en passant, dans les coulées pleines d'ombre, vers les fontaines où résonne le battoir des laveuses coiffées du bonnet aux larges ailes, ou, du haut d'une colline — le chemin monte et descend sans cesse, — parcourt un large horizon miroilant de verdure sous le beau soleil qui respiendit.
D'un point, on embrasse d'un seul coup d'œil une longue nappe d'eau, la Rance, dont la marée haute emplit le large lit; d'un autre point, un peu plus loin, à la Poudrière, on aperçoit, perdu dans les arbres et dominé par son château dont les cheminées percent à travers la futaie d'un pare, le bourg de Châteauneuf. On continue encore, on contourne le château, une habitation du XVII: siècle élevée à côté des ruines du vieux castel de la famille de Rieux, et bientôt, dans un fond où règne une fraicheur, appréciable après trois lieues de route, on devine la modeste habitation, moitié ferme et moitié château, où le général de Charette passe avec sa gracieuse et aimable famille la plus grande partie de l’année.
C'est là qu’on nous a reçus aujourd'hui. C'est là que se sont trouvés réunis tous ceux que le général —le père, comme l’a nommé le lieutenant-colonel d’Albiousse,