‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 62 sur 84 · GE UPS ER ANS SEE SEE ER SA · texte numérisé non relu

GE UPS ER ANS SEE SEE ER SA

— avait appelés à lui, De toute part on accourait au rendez-vous, les routes étaient couvertes de piétons et de voitures. Nombre de ces invités débarqués le matin mème à Saint-Malo se hâtaient sans songer à la fatigue du voyage.

Uu autel rustique avait été dressé, comme je l'ai dit, sur la grande pelouse. Un grand baldaquin jaune reliait entre eux les arbres qui soutenaient le dais. Des cierges, peints à la mode romaine par un ancien zouave, un artiste de talent, Lionel Rover, entouraient le labernacle que surmontait une statue du Sacré- Cœur, Un grand panneau en chène sculpté, curieux bas-relief découvert dans le pays par le général, formait le devant de l'autel. |

La foule arrivait toujours, foule intéressante à étudier par son caractère, par cet heureux mélange de toutes les conditions. Le paysan à la veste bretonne, le fermier des pays d'alentour, depuis le Mans jusqu’à Vitré, tous anciens zouaves,

.y retrouvaient leurs ofliciers, leurs compagnons du temps passé, et les mains se

serraient en évoquant quelque épisode d’un combat où tous portaient la même tunique de soldat.

Pendant la messe, dite par Mgr Sacré, premier aumônier des zouaves, la pelouse offrait le coup d'œil le plus pittoresque et le plus attachant. Devant l'autel, M. de Cazenove de Pradine, à peine valide, tant il souffre encore de ses blessures reçues à Patay, tenait la bannière du Sacré-Cœur, ayant à côté de lui le jeune de Bouillé, dont le grand-père et le père ont arrosè de leur sang, en 1870, ce glorieux étendard. De l’autre côté, le lieutenant-colonel d’Albiousse soulevait le drapeau papal, et derrière eux, en un large demi-cercle, se tenaient agenouillés les assistants. A la bénédiction papale, toutes les têtes se sont courbées; hommes, femmes, enfants se sont prosternés, tandis que résonnaient les hymnes sacrées. L'effet de cette messe, en plein air, ainsi chantée, ainsi écoutée, ne peut se rendre.

Bientôt après, l'immense tente dressée derrière l'habitation se remplissait des invités. Neuf cents places avaient été disposées et plus de deux cents personnes ont dû attendre que les premiers placés laissassent libres quelques tables. La décoration générale était pleine de goût et de simplicité. M"° de Charette et M'e de Charette l'avaient dirigée elles-mêmes et fait placer autour de chaque poutre de longues guirlandes de verdure qui les dissimulaient entièrement. Partout étaient disposées dés fleurs, au bas de l’estrade d'honneur, sur les tables, aux parois de la tente que garnissaient des écussons de distance en distance et une multitude d’oriflammes jaune et blanc. La table d'honneur occupait presque tout un côté de la salle. Au-dessus, le portrait de Léon XIIF, en face les armes papales portant en exergue les noms de Castelfidardo, de Rome et de Mentana. |

A la table d'honneur avaient pris place M"° de Lamoricière, sa fille, la com-

réle

par , le 68, SC

ne

la ant ses lui

en 1sse jen!

son!

ient insi

des nes

La » el que ent.

les dispait face t de

oni-

tesse de Castres, Mgr Sacré, vis-à-vis la baronne de Charette, vêtue d'une robe blanche à large ceinture jaune, coiffée d'un large chapeau vendéen en paille blanche. C'étaient encore le comte de Monti, M" de Beaufort, M" de Biré, l'amiral Véron, le marquis de Gombert, M. de Lorgeril, M" de Palys, le général de Biré, Me la comtesse de la Ferronnays; d'autres encore. Quant au général de Charette, veillant à tout, songeant à ses invités et s'oubliant lui-même, il a laissé sa place inoccupée.

Je vous ai dit déjà quel enthousiasme avait soulevé le général de Charette en prononçant à la fin du repas le discours qu'il à adressé à ses invités. I parlait aux vivants, il a surtout beaucoup parlé des morts — ils ont été nombreux dans cette héroïque phalange, — Chaque nom qu'il citait, en faisant l'historique de ce régiment qu'il a si souvent conduit au feu, soulevait des applaudissements frénétiques et faisait couler bien des larmes, car il y avait là non seulement des compagnons d'armes, mais des fils, des frères, des veuves de ces vaillants.

Tous ces souvenirs étaient rappelés d’une voix vibrante, que l'émotion faisait parfois trembler et qui reprenait, sonnant comme un clairon, l'appel de ceux qui

“ont succombé.

Puis n'est-ce pas une belle phrase, une belle pensée, que celle dite en parlant du brave de Pimodan : « Le sang répandu est encore la plus belle protestation? »

Ah! comme tous les cœurs ont battu lorsque, après avoir rappelé les combats d'Orléans, de Brou, de Patay, du Mans, le général de Charette s’est écric : « Et maintenant j'en appelle à vos souvenirs : Avons-nous fait notre devoir à Rome!

» Je réponds hardiment : Oui!

» En France, avons-nous été à la hauteur de notre légende? Oui, mes amis, et je me porte garant que, quelle que soit la position dans laquelle nous pourrons nous trouver, nous ferons notre devoir, comme soldats, comme Français, el contre les ennemis du dehors, et contre les ennemis du dedans, selon l'expression de l’ordre du jour de notre licenciement, signé du ministre de la guerre, le général de Cissey. »

Mgr Sacré à parlé ensuite; son allocution à été charmante. Le lieutenantcolonel d'Albiousse a pris le dernier la parole, et il a trouvé encore le moyen, dans son énergique improvisation, d’éveiller des sentiments nouveaux, de faire pleurer les assistants, et tout le premier le général de Charette, en portant les toasts sur lesquels on devait se séparer...

Que l’on comprend, après une telle fête, le général s'adressant à tous avec ces mots : « Ah! je suis bien heureux, je ne sais pas si vous l’êtes, niais moi je le suis profondément. » Oui, tout le monde l'était, tout le monde obéissait à une

pensée commune, tout le monde ressentait la méme forte émotion. Je ne saurais rien ajouter qui rendit mieux ce que chacun éprouvait, I n'y à pas un de ceux qui se trouvaient à cette solennité qui ne doive en garder le plus durable

souvenir.

G. LéRis.

Page 1