‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 74 sur 84 · RÉUNION DES ZOUAVES A ANTER · texte numérisé non relu

RÉUNION DES ZOUAVES A ANTER

Ty a vingt-cinq ans, en 1860, se constituait le régiment des zouaves pontificaux. Et c'est pour célébrer cet heureux anniversaire que, dimanche dernier, tous les anciens frères d'armes du régiment s'étaient donné rendez-vous à Anvers, La nouvelle de l'arrivée dans cette ville, à l'effet de présider la fête jubilaire, de l'héroïque général Charette, le commandant qui, le dernier, conduisit les zouaves pontificaux à l'ennemi pour la défense des droits menacés du Souverain-Pontife, avait attiré une foule considérable.

Dès dix heures du matin, le Cercle catholique d'Anvers est rempli d'anciens zouaves, tous gaillards solides, à la physionomie énergique et décidée, et qui, certes, ne devaient pas avoir froid aux yeux au jour de la bataille, 1 y en est venu de tous les côtés, d'Allemagne, de France, mais surtout de Hollande et notamment de la Frise.

La plupart des zouaves portent à la bountonnière la décoration militaire de Castelfidardo — ruban rouge et blane — et celle de Mentana — ruban bleu et blanc.

À dix heures et demie, les zouaves, sous la conduite de M. le comte de Villermont, président du comité des Œuvres pontificales, quittent le Cercle catholique et se rendent, précédés du drapeau du régiment, à la collégiale de Notre-Dame, où une messe solennelle doit être chantée par Mgr Sacré, protonotaire apostolique ad inst. part., doyen d'Anvers ct aumônier des zouaves pontificaux depuis la formation du corps.

Les zouaves prennent place dans le chœur de l'église pendant que le drapeau jaune et blanc est planté devant l'autel.

La maitrise de Notre-Dame occupait le jubé et jamais elle n’a chanté avec plus d'âme et plus de talent.

A midi, les zouaves quittaient l'église de Notre-Dame pour retourner au Cercle catholique, où devait avoir lieu à une heure de relevée, le banquet jubilaire, sons

la présidence du général Charette, venu tout exprès de France pour présider cette fête fraternelle.

Les vastes salles du Cerele sont bondées de monde, D'anciens frères d'armes se reconnaissent; ce sont des poignées de mains, des embrassades sans fin. On évoque les vieux souvenirs de garnison et de bivouae, on se rappelle les dangers et les joies partagés en commun.

Mais tout à coup une rumeur remplit la salle, un mouvement se produit chez les zouaves, qui se précipitent en tumulte vers la porte. C'est le général Charette dont l’arrivée est annoncée, qui cause cet émoi.

Au moment où l’ancien commandant fait so. entrée, un immense hourra sort de toutes les poitrines. Les zouaves se pressent et entourent leur vaillant chef qui les a si souvent conduits au feu et à la victoire; le drapeau du corps est présenté au général qui, tont ému, le salue, puis adresse à $es compagnons d'armes quelques paroles de reconnaissance.

Le général Charette est le type de l'officier français gentleman : de haute taille, blond de cheveux, les veux bleus, d'une grande douceur, longue moustache et barbiche à la française.

On se dirige ensuite vers la satle du banquet.

C'est la salle du Cercle qui a été choisie pour la circonstance. Elle est magnifiquement ornée et avec un goût tout à fait artistique.

Tout autour et le long des galeries supérieures courent des drapeaux aux couleurs pontificales semés de eartels portant les noms des différents combats livrés par le régiment : 1860-1861, Castelfidardo, Ponte Corvo, Ceprano; 1867, Canino, Ischia, Monte Libretti, Nerola, Viterbo, Ponte Nomentano, Mentana; 1870, Rome.

Sur les côtés, des trophées, des drapeaux tricolores belges.

Au fond, un grand trophée de drapeaux aux couleurs du pays qui ont fourni des soldats au corps des zouaves; devant, les bustes en marbre de Pie IX et de Léon XTIT.

Dans le fond opposé de la salle, est disposée la table d'honneur; perpendiculairement à celle-ci, quatre grandes tables, où prennent place les quatre cents zouaves qui ont répondu à l'appel du comité.

Sur l'assiette de chacun des convives est déposé un souvenir commémoratif de la fête consistant en un joli dessin lithographié très réussi et dû au crayon d’un zouave, M. Émile van Deurme. Voici en quelques mots le sujet : au centre et au premier plan, le drapeau du régiment surmonté des armes pontificales ; au-dessous et en perspective, le dôme de Saint-Pierre, le pont du Tibre et le fort Saint-Ange.

Tout autour et encadrant le dessin, une double banderole où sont inscrites les dates des différentes affaires auxquelles le régiment a pris part.

Tout à coup retentit une sonnerie de clairons : c’est le général Charette qui

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fait son entrée dans la salle du banquet. Tous les convives sont debout; une immense acclamation salue l'apparition du général, pendant que les dames des galeries agitent leurs mouchoirs, que la musique entonne l'hymne de Léon XTIT el que le drapeau du régiment est planté à proximité du général.

A la table d'honneur prennent place à côté du général Charette : Mgr Sacré, président d'honneur de la Fédération des anciens zouaves pontificaux; Mgr Fevt, professeur à l'Université de Louvain; M. le comte de Villermont; le R. P. van Aerts, aumônier; les capitaines de zouaves Le Gonidec (Bretagne), le marquis de Résimond, président de la Fédération des anciens zouaves pontificaux belges, le R. P. Vandermeulen, pénitencier de Saint-Pierre à Rome; M. Paaps, révérend curé-doyen de Lubbeek, aumônier; le sénateur comte de Buissercet de Blacrenghien, qui enrôla le premier zouave pontifical; le capitaine Jules Desclée; les lieutenants baron Vanderstraeten-Waillet, comte d'Acrschot, et de Kerchove, des zouaves pontificaux ; le lieutenant-colonel retraité Dierieckx; M. de Brie, juge de paix à Arendonek; les barons Snoy et de Doetingen; le comte de Hemptinne ; M. Beceten, ancien zouave pontifical qui après l'affaire de Ponte Corrèse fut porté à l’ordre du jonr pour sa brillante conduite pendant le combat; MM. Émile van Deurme, Looymans (Hollande), Le Dieu, comtes d'Ursel et d’Alcantara, de Bocckx (Gand), Paul Herring (Anvers).

Les délégnés de la presse sont placés près de la table d'honneur. Nous remarquons la présence de deux confrères de la presse hollandaise, plus celle des représentants de l'Eseaut et du Handelsblad, d'Anvers ; du Gendsenblad, de Gand; du Journal de Brurelles, du Patriote, Au Tirailleur et du Courrier de Brurelles.

Le service froid du banquet se fait dans d'excellentes conditions et avec un ordre parfait, grâce au zèle et à la vigilance de M. Émile van Deurme, qui à lui seul à organisé tous les détails de la fête, avec l'aide dévouée de MM. Aerts et Herring.

Pendant le banquet, l'orchestre répand sur les convives des flots d'harmonie ; la joie et l'entrain le plus cordial règnent à toutes les tables, C'est une vraie fête de famille.

Mais l'heure des toasts a sonné. Mgr Sacré se lève et prononce le toast suivant à S. S. Léon XTIT :

MOoNSEIGNEUR, MESSIEURS ET CHERS ZOUAVES,

Nous célébrons aujourd'hui le vingt-cinquième anniversaire d’un fait historique qui marquera dans les annales de l’histoire de l'Église, d’un fait qui montrera à la postérité qu’au XIXe: siècle la foi n'était pas éteinte, que le courage et le dévouement chrétien n'étaient pas un vain mot dans l'Occident, que l'esprit chevaleresque y brillait de tout son éclat, et que si la foi chrétienne suscita des croisés au moyen àge et fit demander par le grand saint Louis une bannière

à l'archevêque de Paris, la même foi sut aussi faire naître de nouveaux croisés an XIXe siècle et demander un drapeau au Vicaire de J.-C. Et quel est done ce fait historique? C'est la création, la formation du régiment des zouaves pontificaux.

Régiment des zouaves pontificaux !

Que de grandes choses ne renferme point ce nom!

Former un régiment des zouaves pontificaux, c'est enrôler au service de la vérité et de la justice une phalange d'hommes résolus, décidés, qui viennent épouser la cause délaissée du droit de la morale et de l'honneur, embrasser le parti du faible contre le fort; c'est enrôler de jeunes chrétiens décidés à courir à une mort certaine pour la défense de l'Église opprimée. Et c'était à le noble but de l'organisation de notre cher régiment, mes braves; l'immortel Pie IX le déclara formellement dix jours après la bataille de Castelfidardo. Permettez que je vous cite quelques passages de cette mémorable allocution consistoriale du 28 septembre 1860.

Écoutez et vous reconnaitrez avec moi que vous pouvez être fiers d'avoir servi dans l'armée pontificale :

Le Saint-Père, après avoir stigmatisé, comme elle le méritait, l'invasion impie et injuste des principautés de l'Église, et repoussé avec une sainte indignation le nom de mercenaires que le Gouvernement piémontais ne rougissait point de donner aux soldats pontificaux, fit un éloge pompeux de l’héroïque chef de son armée, le général de Lamoricière, de ses officiers ct de ses soldats qui, dit-il, attaqués inopinément par l'ennemi (remarquez bien ces mots) se sont battus avec sourage pour la défense de la cause de Dieu, de l'Église, du Saini-Siège et de la justice. Pro Dei, Ecclesiæ, hujus Apostolicæ Sedis ac justitiæ causa fortiler dimicarunt » (Applaudissements prolongés, cris de Vive Lamoricière !).

« Nous ne pouvons retenir Nos pleurs, ajouta ensuite le saint pontife en pensant à tant de » braves guerriers, à tant de jeunes gens d'élite qui étaient accourus, dans un sentiment plein » de religion et d'honneur, au secours de ce principat sacré de l'Église romaine et qui ont péri » dans cette injuste et cruclle invasion. Le deuil qui retombe sur leurs familles devient Notre » propre deuil, Nous avons du moins la consolation d'y apporter quelque soulagement et quelque » consolation par la mention très honorable que Nous faisons, à la face du monde entier, de leurs » enfants et de leurs proches, qui en donnant leur vie ont fourni un si magnifique exemple de » fidélité, de dévouement et d'amour à Notre cause et à celle du Saint-Siège. L'univers entier » retentira de la gloire immortelle de leur nom. »

Eh bien, dites-moi, mes braves, n'est-elle pas belle, n'est-elle pas noble, n'est-elle pas glorieuse la cause pour la défense de laquelle notre cher régiment à été formé? Et ne voyez-vous pas quelle place vous oceupiez dans le cœur du Vieaire de #.-G.? Sont-ce done des mercenaires ceux qui s'enrôlent pour une telle cause? Ah! je le sens, en écoutant ces graves paroles inscrites à jamais dans le Ballaire romain de Pie IX, vous avez un seul regret, c'est celui de n'avoir pu verser avec vos frères martyrs votre sang pour là défense de l'Église.

Oui, c'est la conviction intime de la grandeur de cette sainte cause qui a produit dans tant de cœurs de zouaves pontifieaux et de leurs mères des sentiments si élevés, dont les annales de notre régiment nous ont légué de si touchants souvenirs, Qu'il me soit permis, pour vous montrer ce qu'est un zouave, ce qu'est le cœur de lu mère d'un zouare pontifical, de vous citer entre mille le trait suivant que nous rencontrons à l'origine de ces annales, done, en 1860 ; trait que le grand évêque de Poitiers, Mgr Pie, ne trouva nullement déplacé de citer dans le discours qu'il prononcça dans sa cathédrale, le 44 octobre 1860, à l'occasion du service solennel pour les soldats de l'armée pontificale :

J'ai connu au camp de Terni un bel et pieux jeune homme de dix-neuf ans; Georges comte

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d'Héliand, fils unique d'une sainte mère, lequel succomba à Castelfidardo. Voici ce qu'il écrivit à un de ses anciens maîtres la veille de son départ : « Nous partirons demain soir; ma mère » à loujours le même courage. J'en voudrais avoir autant. La séparation est bien dure; c'est » peut-être la dernière fois que je verrai ici-bas ma mère et mes sœurs. Je me console en » pensant que je vais à Rome pour défendre la cause de Dieu. »

Et voici ce qu'écrivit la mère héroïque de ce jeune zouave après sa mort à un de ses anciens mailres :

« Vous avez eu la bonté d'être pour mon fils un second père ; priez done avec nous pour que » Dieu lui fasse miséricorde, s’il lui restait encore quelques fautes à expier. Je reçois à l'instant » une lettre qui n'apprend qu'il a eu la tête emportée le 18. Je devrais remercier Dieu qui fait » jouir mon Georges d’un bonheur que je n'aurais pu lui donner s’il me l'avait laissé, et surtout » des grâces sans nombre qu'il a accordées à ce cher enfant pendant le peu de temps qu'il » à passé sur la terre. Plus heureuse que bien des mères, j'ai pu jouir un instant de la bonne » conduite de mon Georges; j'ai pu voir qu'il avait profité des principes reçus de vous et de ses » pères. Puis pour le préserver des dangers qu'il devait encore rencontrer et pour le recevoir » avec un cœur pur et sans souillures, le bon Dieu me l’a repris. Que son saint nom soit béni! »

Et cet amour vraiment filial, ect attachement inaltérable à la personne du représentant de J.-C. sur La terre, au chef visible de l'Église, à l'immortel Pie IX, qui vous distinguait entre tous les fidèles, où le puisiez-vous, mes chers zouuves, si ce n’est dans celte même convietion intime de la noblesse, de la grandeur de la cause, des intérêts sacrés que vous veniez défendre? Et cet amour, cet attachement vous le conservez toujours vivant dans vos cœurs intrépides et chrétiens ; oui, vous le nourrissez, vous le fortifiez dans le cœur de vos fils, vous l'avez porté cet amour sur la personne du successeur de Pie IX, le grand pape Léon XIII qui occupe si dignement le siège de Pierre, et si jamais ce père bien-aimé doit faire appel à votre courage, sa voix ne se fera pas entendre dans le désert, mais vous accourrez sur-le-champ par milliers en rangs serrés pour mettre vos bras, vos poitrines, vos forces, votre sang, votre vie à son service (Oui! oui!).

Vous n'aurez point besoin d'un Pierre l'Ermite pour vous prêcher la croisade, mais votre titre seul de zouave pontifical vous dira : « Allez! Dieu le veut! en avant! » (Applaudissements). Et si des raisons majeures empêèchaient quelques-uns d'entre vous de se diriger en personne vers la Ville éternelle pour défendre le Vicaire de J.-C, ah! je n'en doute nullement, ils feront occuper leur place par leurs fils, qui se montreront dignes de leurs pères, et en outre ils se feront les apôtres de la nouvelle croisade dans leur pays (Applaudissements).

Permettez donc, mes chers amis, que je vous propose de boire à la santé, au long pontificat de notre pape bien-aimé Léon XI et de voter avec moi l'envoi immédiat d'un télégramme à Sa Sainteté pour lui exprimer les sentiments de respectueux dévouement et de filial attachement des zouuves ici présents. Vive Léon XIII!

Des applaudissements énergiques et prolongés répondent à ce toast filial; de loutes les poitrines part un même cri Vive Léon XIII! pendant que l'orchestre joue l'hymne papale.

Un télégramme portant le toast de Mgr Sacré est immédiatement adressé à S. E. le cardinal Jacobini, à Rome.

M. je marquis de Résimond, capitaine et président de la Fédération belge des

zouaves pontiticaux, prend la parole à son tour et boit en ces termes au héros de la fête, le général baron de Charette :

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