MES CHERS AMIS ET COMPAGNONS D'ARMES
Je viens d'abord vous remercier de tout cœur d'être venus, à notre appel, fêter les noces d’argent de notre cher régiment. Vous prouvez par votre présence combien vous l'aimez. Voilà quinze ans que la violence sacrilège l’a dispersé dans le monde entier, et malgré le temps — ce destructeur impitoyable, — malgré tout, vous ètes restés fidèles à vos sentiments de dévouement el d'enthousiasme,
Dans nos réunions fraternelles nous n'avons jamais oublié de nous rappeler le passé dans lequel nos âmes se retrempent, de nous rappeler nos chefs, nos compagnons d'armes que le ciel a enlevés de nos rangs. Aujourd'hui, vingt-cinquième anniversaire de la fondation de notre régiment, restons fidèles à notre tradition; oui, ils sont là au milieu de nous ceux que nous disons morts, nous le voyons des veux de la foi le bataillon céleste, il partage, lui aussi, en ce moment nos joies. Saluons avec envie et vénération. Disons du fond de notre cœur : Vive Pie IX ! comme autrefois; cela soulage, cela fait du bien. Saluons aussi Lamoricière, Pimodan, de Mérode, Becdelièvre (Applaudissements). Saluons surtout notre bon colonel Allet qui aimait tnt son régiment, qui nous portait tous si profondément dans son cœur; saluons tous nos morts des glorieux champs de bataille et des hôpitaux. Oui, saluons-les tous avec enthousiasme, car ils ont conquis le ciel, les uns à la pointe de l'épée, les autres par le sacrifice et le dévouement, Maintenant que nous avons rempli notre devoir envers le bataillon du ciel, qui est & jourd’hui dans le sein de Dieu, retournons-nous vers notre plus grand soutien, vers notre espérance, vers notre commandant, le général de Charette, ce chef aussi noble que dévoué et généreux.
Oui, mes amis, Dieu nous à laissé celui qui nous enlevait au feu, qui nous conduisait à la victoire. Celui qui vous aime est ici, au milieu de vous, pour vous. Merci, mon général, au nom des zouaves pontificaux des différentes nations ici réunis! Vos zouaves ont depuis toujours lu dans votre cœur que vous les aimiez, lisez dans le leur, mon général, il est ouvert, vous y verrez refléter les mêmes sentiments. Prenez-les, ces cœurs, ils sont à vous et à la papauté. Que la Providence vous conserve pour l'avenir et le bonheur du régiment, Que Dieu protège notre commandant, le général de Charette ! Au général! Vive Charette !
La fin de ce toast est accueillie par un tonnerre d’applaudissements enthousiastes, tous les convives sont debout et acclament l’héroïque et bien-aimé chef du régiment des zouaves pontificaux. Partout retentissent les cris de Vive Charelte! Vive notre commandant! tandis que l'orchestre entame la marche des zouaves pontificaux qu’accompagnent en chœur les convives.
Mais le général de Charette s'avance et fait signe qu'il veut parler. Aussitôt le silence se fait. C’est d’une voix vibrante d'émotion que s'exprime l'ancien colonel des zouaves pontificaux. .. |
Tous les verres sont levés et des bravos enthousiastes répondent au toast du général à Sa Sainteté,
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Puis, au milieu des acclamations et des vivats des convives, le général Charette fait le tour de toutes les tables, choquant son verre à celui de ses anciens compagaons d'armes.
lei se place un incident touchant arrivé au vieux zouave Lintermans, un ancien sous-oflicier des carabiniers belges, entré en 1866 au régiment des zouaves pontilicaux; le général, d'un mouvement irrésistible d'émotion, se jette dans les bras du vieux soldat et l'embrasse sur les deux joues. C’est un spectacle vraiment émouvant, aussi voyons-nons d'anciens zouaves essuyer furtivement uue larme qui, à celle heure, à jailli de 1er paupière.
Le vieux Lintermans se lève, et la voix brisée par l'émotion, boit au général Charette qui gaiement lui répond en buvant aux deux plus anciens du régiment, Lankaert el à « Brin d'amour, » le sobriquet de Lintermans au régiment, Une salve d'applaudissements éclate, un zouave agite le drapeau du régiment et les cris de Vive le drapeau! retentissent de tous côtés.
C'était tout à fait empoignant.
Le silence et le calme s'étant rétablis, M, le révérend curè-doyen Paaps porte uu toast en flamand, dans là moedertaal, comme il dit, à Mgr Sacré. EL rappelle à ce propos les paroles du pape, disant en parlant de la France : « Tant que dans ce pays il y aura une croix el une épée, il ne faut pas désespérer! »
Nous aussi nous ne devons pas désespérer, car Charette porte l'épée et Mur Sacré porte la croix! (Applaudissements). Je bois à la santé de Mgr Sacré! Vive Mgr Sacré et vive le pape libre! (Applaudissements ; la musique entonne l'hymne de Pic IX).
M. Paul Herring boit ensuite aux comtes de Villermont et de Buisseret de Blacrenghien, président du comité des Œuvres poutificales et organisateur du corps des zouaves belges. «& Vous avez, dit l'orateur en s'adressant à ces Messieurs, beaucoup fait pour le régiment, Néanmoins, nous attendons encore beaucoup de vous » (Applaudissements). Il remercie ensuite la presse catholique pou: tout ce qu'elle à dit de bien et d’élogieux pour ce que les zouaves pontificaux ont de plus distingué, le général et ses officiers.
Mgr Feyt remercie les catholiques étrangers présents à la fête, et boit aux zouaves belges et hollandais.
M. Wilhem (Hollande), dans un discours en hollandais, rappelle que l'union fait la force et boit à l'union de tous les catholiques.
Le général Charette se lève une dernière fois pour remercier ses chers zouaves de l'accueil enthousiaste qu'ils ont fait aux différents toasts portés à leur général. « Inscrivons, s’écrie-t-il en montrant le drapeau, inscrivons sur notre drapeau en même temps que dans notre cœur, ces mots : Tout pour le régiment, tous pour un, un pour tous! »
Les cris de Vive Charette! répondent à ces fières et bonnes paroles, en même lemps que les convives entonnent le chant des zouaves :
En avant, marchons /bis).
Charette est notre général!
ILest cinq heures quand la fête est terminée; les anciens compagnons d'armes du général l'entourent et cherchent à lui presser une dernière fois la main. Il semble qu'ils ne peuvent se résoudre à se séparer de lui. Ce spectacle est des plus touchants; aussi le général Charette est-il vivement ému.
En somme, fête charmante, toute de confraternité et d'union. Cette journée, en consacrant le jubilé du corps des zouaves pontificaux, a rappelé éloquemment que dans ce siècle de scepticisme, d’indifférence et d’égoisme, il s’est trouvé des chrétiens qui, soldats de la foi, ont tout sacrifié, honneurs, richesses, tout abandonné, parents et amis, pour aller servir dans la personne du pape la cause de la religion, du droit et de la justice opprimée par la force brutale.
Ce sera leur éternelle gloire à ces héroïques zouaves pontificaux, dont on célébrait hier l'anniversaire jubilaire.
Et ce qu'ils ont fait, il n’en est pas un qui ne soit prêt à le refaire encore!