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LES FRÈRES D'ARMES

IL y à quinze jours de cela, Le Tirailleur se trouvait à Anvers au milieu de tous ces braves et héroïques volontaires catholiques qui ont défendu jusqu'au dernier moment la noble cause à laquelle ils s'étaient vouês : j'ai nommé les soldats de Charette, les zouaves pontificaux.

Le ?8 juillet dernier, le général Charette conviait à son château de la Basse- Motte, en Bretagne, tous ses anciens compagnons d'armes, à l'effet de célébrer avec eux le vingt-cinquième anniversaire de la formation du régiment.

Répondant à l'appel de leur ancien chef, ceux-ci étaient accourus de partout. Ce fut un spectacle émouvant de voir ces vaillants entourer leur ancien commandant, lui presser les mains et pleurer d'attendrissement au souvenir des dangers parlagés en commun sur tant de champs de bataille. Ce jour-là, plr ‘ours de nos compatrioles qui avaient servi sous les ordres de l'héroïque Charette, obtinrent de celui-ci la promesse formelle qu'il arriverait au milieu d'eux, à Anvers, quand les volontaires belges célébreraient à leur tour l'anniversire de la formation du régiment.

Le 30 août dernier, se réunissaient, en effet, au Cercle catholique d'Anvers, les nombreux survivants belges du corps des zouaves pontificaux, auxquels élaient venus se joindre d'anciens compagnons d'armes venus de Hollande, d'Allemagne et de France.

Ah! ce fut un bel et touchant spectacle que celui de l'entrée de Charette, apparaissant au milieu de ses braves qu'il avait si souvent conduits à l'ennemi ct à la victoire,

Un hourra frénélique salua le vaillant soldat, l'héroïque descendant du héros des guerres de la Vendée.

Comme Belge, j'étais fier de me trouver mélé à tous ces compatrioles qui avaient si noblement soutenu notre vieille réputation de bravoure à l'étranger ; comme ancien soldat, j'étais heureux de fêter avec les survivants de l'héroïque régiment l'anniversaire de la formation de ce corps d'élite dont, ne l’oublions pas, le premier organisateur fut un de nos compatrioles, porteur d’un nom illustre, Mgr de Mérode.

Rien ne saurait dépeindre l'émotion avec laquelle le noble Breton serrait la

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main à tous ses volontaires, qui, les larmes aux veux, acclamaient leur ancien commandant,

C'est en ce moment qu'uvisant un vieux grognard, la chevelure tonte blanche et la moustache en brosse, le général Charette s'éeria tout à coup en riant :

— Tiens, mais c'est bien toi, mon brave Lintermans, notre vieux « Brin d'amour, » comme on l'appelait au régiment,

— Moi-mème, mon général!

— Et ce pauvre Rigolo, est-il toujours présent à l'appel?

« Brin d'amour, » c'est le vieil instructeur par les mains duquel ont passé tous les volontaires du corps. Quant à Rigolo, — un grand épagneul à poils roux qui avait été adopté par le régiment, — c'est ou plutôt c'était le chien de Lintermans, TE était inscrit sur les contrôles et participait à toutes les affaires. C'est ainsi qu'à Mentana, on le vit accompagner les zouaves courant à la baïonnette aux Garibaldiens qui détalaient à toutes jambes, pendant que Rigolo les happait aux mollets, accompagnant de ses jappements victorieux les clairons sonnant la charge,

Pendant que l'ancien commandant cireule au milieu de ses zouaves, de tous les côtés partent les cris de Vive Charette! Des zouaves entonnent le vieux refrain du régiment qu'on chantait dans les marches ou au bivouac.

Il faut avoir été soldat soi-même, avoir connu les bonnes et solides amitiés du régiment, pour apprécier ce qu'il ÿ a de doux et de réconfortant dans ces réunions d'anciens compagnons d'armes.

Autour du général Charette sont groupés les officiers belges qui ont servi sous ses ordres.

Voici le capitaine marquis de Résimond, chef de la Fédération belge des zouaves pontificaux, le héros de Cività Castellana, où, avec sa seule compagnie, il tint résolument tête aux forces ennemies de beaucoup supérieures qui l'entouaient, C'est lui encore qui, arrivant avec sa compagnie à Albano, où sévissait le choléra, procéda, aidé de ses soldats, dont dix payèrent de leur vie cet acte de dévouement, à l'enterrement de quatre-vingts cadavres de cholériques abandonnés sur la voie publique, À côté de lui, je vois le capitaine Jules Desclée, qui, le 10 octobre 4867, à Subiaco, à la tête de sa compagnie, battit sur toute la ligne les Garibaldiens, faisant mordre de sa main la poussière à deux de leurs officiers. Plus loin, on me montre le capitaine Martini, les lieutenants de Kerchove, de Rely, Rutten, Searsez, Kervyn de Volkaersbeke, le capitaine français Le Dieu, le lieutenant hollandais Looymans, l'adjudant Vittrant.

Officiers et soldats, réunis en ce jour pour acclamer leur ancien commandant, tous ont bravement payé de leurs personnes dans les nombreuses affaires auxquelles ils ont pris part.

Et dire qu'il y a eu ici un journal libéral assez cynique pour oser affirmer que ces héroïques volontaires de la catholicité détalaient devant les chemises rouges des Garibaldiens !

Voyez-vous ça! Il faut croire que la Chronique Y était, pour en parler avee tant d'assurance. Cela nous étonnerait cependant quelque peu, étant donné que nous avons des raisons pour croire que le seul feu qu'elle ait jamais vu, c'est celui des fourneaux, et les seules batteries qu'elle ait attaquées sont les batteries de cuisine, marmites et casseroles.

Ah! ce n'est pas elle qu'on prendrait jamais à battre l'estrade autrement que sur les trottoirs de Bruxelles. Quant à son service de patrouille, il est assez connu pour savoir qu'il ne s'exerce que chez les truands et les ribaudes.

Mais en voilà assez avec la Chronique; laissoas-la à ses chemises rouges cet revenons bien vite à nos zouaves.

On s’est assis à la table de banquet. La salle à été décorée avec un goût artistique par un ancien zouave, M. Émile van Deurme, au crayon duquel nous devons également le souvenir lithographié qui s'étale sur le couvert de chacun des convives.

Aidé de son ancien compagnon d'armes, M. Eugène Aerts, lequel, depuis qainze ans, n'a cessé de payer vaillamment de sa personne pour le succès de toutes les réunions et fêtes di corps, M. van Deurme à tout organisé et tout fait pour que la fête ;ubilaire fût digne de son héres.

Un mot en passant, de £e type de soldat chrétien et patriote :

M. van Deurme, après s'être, dès l'âge de dix-huit ans, mis au service de la cause de la religion et du bon droit comme zouave pontifieal, voulut payer ensuite sa dette à la patrie, en serva ‘ dans l'armée belge. Aujourd'hui, rentré dans la vie civile, il a été choisi par . ‘ concitoyens pour commander une des compagnies de la garde civique d’Anve.

Est-il besoin de vous dire que le banquet a été une fête toute de confraternité

militaire ?

A l'heure des loasts, l'ancien aumônier du corps, Mgr Sacré, le vénérable curé-doyen d'Anvers, a eu des paroles éloquentes pour ceux dont il partagea naguère les dangers sur les champs de bataille, en allant porter les suprèmes consolations de la religion aux blessés et aux mourants.

Puis le capitaine de Résimond a évoqué le souvenir des frères d'armes tombés au champ d'honneur en regardant l'ennemi en face. Et ils sont nombreux ceux qui ont trouvé ainsi une mort héroïque.

Un immense hourra s'est élevé quand le capitaine de Résimond a porté la santé du général de Charette. Tous les anciens sont debout et acclament leur chef adoré pendant que l'orchestre entonne la marche du régiment.

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Jamais il ne m'a #té donné d'assister à nn spectacle à la fois aussi grandiose et aussi émouvant.

Mais c’est surtout quand le général de Charette, de sa voix claire et vibrante comme un clairon, vient à son tour rappeler les souvenirs du régiment que l’émotion est à son comble.

Mais aussi quelle communauté dans l'héroïsme, entre le chef et ses soldats!

Voici un fait entre mille qui en dit long sur le général de Charette et ses braves :

C'était le 8 octobre 1867; le lieutenant-colonel de Charette avait reçu l'ordre de marcher sur Monte Libretti et Nerola avec une colonne de zouaves et de gendarmes. Il trouva ces deux bourgades évacuées par les Garibaldiens que des hauteurs de Nerola on voyait campés dans la plaine. Partout les habitants le receyaient en libérateur et exprimaient la plus vive indignation contre les excès des Garibaldiens, Le colonel de Charette s'avança le lendemain sur l'ennemi qu, à son approche, s'était mis en position sur les flanes du Monte Carpignano, dont le sommet forme la limite des territoires italien et pontifieal, Mais avant qu'il fût arrivé à portée de fusil, les Garibaldiens repassèrent la frontière, Malgré toutes les provocations du colonel de Charette à la tête de ses zouaves, Menotli Garibaldi refusa d'engager le combat, Fattendait probablement des renforts et cherchait à fatiguer les troupes pontificales par des marches et des contremarehes incessantes.

A deux portées de fusil. des Garibaldiens, les pontificaux pouvaient distinguer deux compagnies italiennes, chargées de surveiller les Garibaldiens, mais qui alendaient peut-être qu'une violation de la fronticre par les pontifieaux leur donnàt un prétexte pour se joindre aux soldats de Menotti. FE fallait au colonel de Charette le sentiment profond de la grande responsabilité qui pesait sur lui, et toute l'autorité que son énergie el sa fermeté lui donnaient sur ses troupes pour parvenir à les empêcher de se précipiter sur les Garibaldiens sans s'arrêter à la question des limites territoriales.

Peu après avait lieu la bataille de Nerola, où les Garibaldiens, malgré leur grande supériorité numérique, furent complètement battus. Dans cette affaire Charette eut son cheval tné sous lui.

Une autre fois, le vaillant soldat s'étant aperçu qu'il y avait chez ses hommes un moment d'hésitation, se porta résolument en avant de la ligne et montrant à ses soldats l'ennemi, il poussa à lui, marchant le premier au feu et entraînant à sa suite tous ses zouaves.

Telle n'a à coup sûr pas été la conduite de Garibaldi à Mentana, où ce héros de la révolution faisait faire prudemment demi-tour à son attelage, quand il entendit les balles commencer à siffler aux oreilles de ses partisans,

Étonnez-vous après cela que le général de Charette soit devenu l'idole de ses soldats ?

Aussi fallait-il voir l'entrain avec lequel tous ses zouaves choquaient leurs verres à celui de leur ancien commandant quand, faisant le tour des convives, le général Charette est venu trinquer avec tous ses anciens camarades,

Et maintenant qu'il ne nous reste plus ce souvenir de cette fête, que le général el ses soldats, après s'être retrempés dans cette réunion fraternelle, se sont de nouveau séparés, saluons une dernière fois ces braves.

Que leur exemple ne soit pas perdu pour nous, que leurs traditions de vaillanee el de dévouement deviennent les nôtres! Ts ont été, je l'ai déjà dit, la premicre garde catholique à l'étranger; imitons-les dans notre pays menacé, lui aussi, par celte secte antipatriotique qui a nom la franc-maçonnerie et qui, sous le nom trompeur de « libéralisme, » essaye de provoquer chez nous la guerre civile. Que la jeunesse belge se forme parlout en jeunes gardes catholiques, qu'elle devienne, dans la ville comme au village, les tirailleurs, les enfants perdus de la bataille, éclairant et flanquant les gros bataillons du grand parti conservateur, marchant au combat et à la victoire!

C'est le vœu le plus cher du Tirailleur.

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