‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 81 sur 84 · LE BANQUET HUGHES-LAROCQUE · texte numérisé non relu

LE BANQUET HUGHES-LAROCQUE

Le capitaine Beauset proposa la santé des zouaves pontit eaux, et M. Gustave Drolet, chevalier de la Légion d'honneur et chevalier de l'Ordre de Pie IX, répondit :

«... Laissez-moi vous parler un peu de cet officier de si grande distinetion, de cet illustre Allet, patron de notre Union, qui sans avoir le feu, l'impétuosité, l'élan, le diable au corps de son brillant lieutenant M. de Charette, était bien cependant le plus beau type de militaire que l'on pouvait rêver, par sa taille gigantesque d'abord, par son calme inaltérable, par sa bravoure, par son jugement, sa courtoisie et son sang-froid légendaire.

» J'ai eu le bonheur, il y à quelques années, d'aller présenter mes respecls à ce vieux serviteur de l'Église, chez lui, à Lonèche, dans le Valais. Le chagrin qu’il éprouvait de la situation faite au Souverain-Pontife qu'il avait servi pendant quarante ans, commencçait à le miner sourdement, et le regard tourné vers Rome, il languissait. 11 mourut quelques mois après ma visite.

» Jamais je n'oublierai mon arrivée chez lui dans les Alpes. Me soulevant de terre comme une plume, le colonel m'éleva jusqu'à la hauteur de ses lèvres et m'appliqua deux baisers sonores en me disant de cette bonne grosse voix familière à tout le régiment : « Ah! cher M. Droket! Que c’est donc bien d'être venu du Canada voir votre vieux colonel! » Et il pleurait.

» J'ai vu en Suisse, conservée comme une relique, l'armure que portait à la bataille d'Ivry, l'ancêtre du colonel des zouaves, l'armure du fameux chevalier Barthélemy Allet, l'ami de Henri IV. Notre colonel était bien le digne héritier et descendant de cet homme de guerre. Permettez-moi de vous raconter un trait qui peint l'ancêtre, sa loyauté, et que l’on aurait pu attribuer à celui qui fut notre chef, tant il avait les mêmes vertus militaires :

» En 1590, le chevalier Allet, commandait un régiment de Suisses, faisant depuis longtemps campagne pour le compte de Henri IV, qui oubliait facilement de payer ses troupes. L'histoire rapporte qu'un jour un des capitaines d'Allet s'approcha de Henri IV et lui tint ce propos laconique :

— Sire, trois mots ?

Dites, capitaine, Argent ou congé ?

—- Capitaine, répondit le Béurnais, quatre mots?

— Sire, dites.

— Ni l'un ni l'autre.

— Pas d'argent, pas de Suisses, dit-on aussitôt duns le camp royal.

» Quelques heures plus tard, le combat s'engageuit. Henri IV, passant devant le front de son armée, cria au çlonel Allet : « Si vous ne pouvez faire crédit au roi de France, Messieurs, je » vais vaincre sans vous, — Sire, répondit le brave Allet, qui ignorait ce que son suballerne » avait fait, en soupconnant de félonie ou de lâcheté un de ses plus tidèles soldats Votre Mu- » jesté «a dicté mon arrêt de mort. »

» [n'y avait pas d'argent, mais il y eut des Suisses tout de mème qui se battirent comme des lions. La bataille d'Ivry fut gagnée, et Henri IV versa de grosses larmes quand on lui rapport le corps de l'héroïque colonel Allet, littéralement criblé de blessures.

» On n'a pas dégénéré dans cette illustre famille depuis trois cents ans. Le patron de notre Union était dans tous les combats, par sa vaillance et par son courage, ce que son ancètre était à Ivry. Je ne sais plus si c'est le colonel Allet ou le général de Charette qui disait un jour à des recrues exposées à un violent feu d'artillerie, en se plaçant devant elles et leur montrant les batteries ennemies : « Ga, Messieurs, c'est du canon ; ça tue, voilà tout. » Ils auraient pu le dire et le faire tous deux.

» Nos deux colonels, également braves et aussi insouciants l'un que l'autre de leur sécurité personnelle, n'étaient pas également chanceux au feu cependant, Je crois que le colonel Allet n'a jamais été touché qu'une fois, tandis que M. de Charette ne sort jamais d'une affaire sans avoir eu au moins deux chevaux tués sous lui, et revient toujours blessé, quand on ne le relève pas parmi les morts, comme à Patay.

» Voilà, Messieurs, quels étaient nos chefs! Voilà quels étaient les modèles que nous avions sous les yeux! Voilà la pépinière d'où sont sortis tant de héros, tant de martyrs, qui a fourni tant de braves officiers aux armées européennes, tant d'officiers distingués du 65°, du 9e, du 85e et de tous les corps de volontaires canadiens.

» C’est à cette école de l'honneur et de toutes les vertus militaires que les vaillants colonel Hughes, capitaine Larocque, capitaine Garneau, capitaine Chagnon et tant d'autres se sont formés.

» Ces Messieurs ont fait l'admiration du Canada tout entier par leur conduite héroïque pendant ki campagne du Nord-Ouest. Ils n'avaient qu'à suivre les exemples de ces hommes de guerre, Charette, Allet, Montcuit, d'Albiousse, Lallemand, Le Gonidec, de Couëssin, Kermoal, il faudrait les nommer tous, pour rester toujours dans l'alignement de l'honneur militaire.

» Si le valeureux colonel Hughes à montré tant de bravoure, tant de sang-froid, pendant trois heures qu'il resta exposé au feu de l'ennemi à la Butte-aux-Français, c’est qu'il était pénétré du sentiment du devoir et qu'il sentait qu’il devait non seulement entraîner son jeune bataillon par son exemple, mais encore faire honneur à son vieux régiment des zouaves pontificaux, qui avait les yeux sur lui.

» Merci au colonel Hughes, au capitaine Larocque ct au capitaine Garneau d'avoir si bien représenté les zouaves de Charette. Bannissant toute idée politique, ces trois braves officiers se sont montrés esclaves de la discipline et de la loi, et sans discuter la cause pour laquelle la patrie avait requis leurs services, ils obéirent promptement et honnêtement, en vrais soldats, comme leurs anciens chefs le leur avaient enscigné. Aime Dieu et va ton chemin.

» N'est-ce pas, Messieurs, que nous avons raison d'être fiers d'avoir eu le grand honneur d'appartenir à ce corps illustre et d'avoir coudoyé et vécu de la vie de ces héros ?

» Aujourd'hui le régiment des zouaves pontificaux est là, l'arme au pied, au repos, mais non licencié, Vienne l'heure où Charette poussera de nouveau son cri de guerre Dieu et patrie, vous verrez qu'un grand nombre de ses anciens et de leurs enfants, s'empresseront de boucler leurs sucs et de répondre à son appel, car là où les pères ont passé passeront bien nos enfants.

so » Mais l'heure est à Dieu.

, je » L'histoire a déjà enregistré toutes les actions d'éclat et de dévouement de notre régiment. QUTTE Plus tard, quand nous serons vieux, ce qui arrive bien vite, hélas ! nos petits-enfants liront dans | Ma- | l'histoire de l'Église, dans l'histoire de France, dans l'histoire du Canada, les brillants faits | d'armes des zouaves du pape, et leurs professeurs leur diront : « Tu sais, petit, ton grand-père | des eut aussi l'honneur de faire partie de cette phalange chrétienne ! » Alors nos petits-fils s'appro- | orti cheront de nous avec respect et nous diront : | « Dites donc, grand-père, est-il vrai que vous avez eu le bonheur de servir dans les zouaves otre de l'illustre de Charette et que vous avez été soldat du saint pape Pie IX? » | “ait » Quels délicieux moments ne passerons-nous pus, quand nous reporterons nos esprits vers des ces heureuses années où nous faisions notre modeste partie dans ce concert de dévouement, de | les sacrifice et de fidélité à la bonne cause ? | dire » Alors, nous raconterons à nos petits-enfants qu'en plein XIXe siècle l'Église faible comme à une femme, bonne comme une mère, fut un moment abandonnée par la vieille Europe, lassée arité de s'entendre appeler juste. Nous dirons à ces chers enfants que de toutes les parties du monde | Lui une jeunesse ardente accourut dans la Ville éternelle, pour monter la garde à la porte des tomvoir beaux des Apôtres et pour protester contre la révolution, les mauvaises passions, le vol, le bripas gandage, les violences et contre la maxime : La force prime le droit. Et nous leur dirons que les enfants du jeune Canada étaient là. | ions » L'avenir n'est connu que de Dieu, mais comme disait le brave d'Albiousse : « Tant qu'il urni y aura en France une croix et une épée, nous avons le droit d'espérer. » Nous st etout, Cana- | 85e diens, nous pouvons espérer, car Lous, nous nous souvenons que Pie IX nous a dit dans l'au- | dience qu'il daigna accorder aux zouaves du premier détachement « qu'une ancienne prophétie onel » annonçait que le salut de la papauté lui viendrait d'Amérique. » | sont » Aurions-nous été l'avant-garde de l'armée de la délivrance? Espérons-le. Dans tous les cas, sentinelles, prenez garde à vous! »

ul rre, l'uis M. de Montigny étant appelé le doyen des zouaves pontificaux fit un discours qui fut uu- accueilli par des applaudissements répétés. M. Piché répondit à la santé des dames, et M. J. À. Prendengast à la santé de la presse. rois Ce banquet a eu le plus grand succès.

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