L'UNIVERS ILLUSTRE
4 25 juillet
1 LES NOCES D'ARGENT DES ZOUAVES PONTIFICAUX
4 IL a été donné à notre époque de scepticisme, de matérialisme et d’affaissement
1 moral, d'assister à plusieurs grands spectacles qui semblaient, au milieu des
E menaces amoncelées, comme un gage d’immortel espoir, comme un étonnant défi
00 jeté au malheur des temps. (A
à Le moins remarquable de ces grands spectacles n’a pas été, certes, à plus d'un
4 litre, cetle résurrection de la chevalerie des anciens âges, que les générations ré-
4 centes ont vu s’accomplir.
1 En plein XIX° siècle, il s'est en effet rencontré des hommes qui se sont armés
- de la foi avant de s’armer de l'épée, qui ont arboré un emblème sacré à la tête de
É. leur légion, qui ont sacrifié leur fortune et Jeur jeunesse, qui ont lutté, qui ont À répandu leur sang pour la défense de la faiblesse opprimée, de la justice violée, du droit outragé. Il y a vingt-cinq ans, au juste, que s’est manifesté ce prodige ; 00 car c'est vers les derniers jours du mois de juillet 4860 que, sous l'impulsion des Lamoricière, des Becdelièvre et des Charette, se formait à Rome, le noyau de ; cette héroïque phalange qui fut le régiment des zouaves pontificaux. C'était au milieu de l'indifférence des uns, de l'hostilité des autres. Une telle
entreprise offensait la mollesse, irritait l'assoupissement, inquiétait la haine. Dans le camp même des catholiques, elle ne rencontrait presque partout qu'opposition et que défiance. Ce n'est pas trop de dire que le régiment s'organisa envers et contre tous, et qu'il fallut à ses premiers chefs une énergie surhumaine, une ardeur d'apôtres, pour triompher de tous les obstacles.
Les événements, hélas! ne devaient pas tarder à prouver, par des arguments trop cruellement irréfutables, aux esprits à courte vue, qu'en travaillant pour le pape, pour le Saint-Siège et pour l'Église, ils travaillaient aussi pour ls France.
Et, depuis ce jour de leur organisation première, est-il besoin de rappeler, même à grands traits, leur histoire? Le régiment est devenu légendaire; lui, son uniforme, son drapeau, ses soldats, son chef et ses combats.
Comme ils ont porté ce nom de zouaves, comme ils l'ont, pour leur part. illustré! Quel enthousiasme, quelle gaieté et quelle crânerie dans la vaillance Presque toujours c'est un ennemi dix fois plus nombreux qu'ils combattent. À Castelfidardo, ce guet-apens, c'est Pimodan qui leur apprend à mourir sans reproche et sans peur. À Mentana, au moment où l'ennemi menace de les déborder de toutes parts, c'est Charette qui les précipite à la charge en leur criant : «€ Allons! zouaves, ils vont croire qu'ils ne sont pas en fuite! » C’est encore Charette qui les commande, à l'heure de la résistance suprême, sur la brèche de la porte Pia. C'est encore lui qui, Rome violée et le Pontife prisonnier, les ramène à la défense de la terre natale, au secours du pays envahi.
Alors, oh! alors, dans l'horreur de ces sombres jours, où les plus fermes se sentaient parfois tentés de désespérer de la patrie, faut-il rappeler comment cette poignée de braves sut élever son héroïsme à la hauteur du périll Avec une éloquence digne du sujet, l'illustre cardinal Pie, prononçant l'éloge funèbre des morts du combat de Patay, s'est acquitté de cette tâche, et dans un journal qui, malheureusement a été réservé à quelques intimes, le général de Charette a redit lui-même les glorieuses tristesses de ces sanglantes étapes. Nous n’essayerons pas de recommencer à notre tour un pareil récit. Nous ne montrerons pas les zouaves à Cercottes, avec Le Gonidec de Traissan; nous ne les montrerons pas à Patay
et au Mans. Pouvons-nous cependant passer tout à fait sous silence les épisodes à jamais fameux de Loigny? Entraînés par Sonis et par Charette, les zouaves s’avancent le fusil au bras, comme à la parade, comme à une fêle, ainsi que le dit le lieutenant-colonel de Troussures, sous la pluie des balles prussiennes. Le général de Sonis tombe à leur tête; puis c'est Charette qui, la cuisse traversée par une balle, renvoie au combat ceux qui voudraient l'emporter; ils abordent enfin les rangs ennemis à la baïonnette et lorsque finit la lutte, plus des deux tiers des soldats de Pie IX gisent, laissés pour morts sur le terrain.
Durant cette prodigieuse journée, cinq fois s'était abattu pour être aussitôt
| haine.
[u'oppo- \ envers ine, une
guments | pour le France.
rappeler, lui, sou
eur part.
‘aillance | mbattent.
urir sans e de les ar criant :
st encore brèche de nnier, les
fermes se ment cette Avec une inèbre des urnal qui, tte a redit verons pas S ZOUAVES s à Patay s épisodes $ ZOUAVES i que le dit ennes. Le versée par rdent enfin x tiers des
re aussitôt
et par cinq fois relevé, ce glorieux étendard des zouaves, portant comme blason le Sacré-Cœur brodé par les Visilandines de Paray-le-Monial; cinq porte-étendards, Verthamon, Bouillé, Cazenove, Le Parmentier et Landeau, l'avaient tour à tour ressaisi et tenu haut dans la mélée, Bannière à jamais glorieuse, non moins gloricuse, non moins vénérable que la bannière d'une Jeanne d'Are! Je l'ai vue et je l'ai touchée, et je ne puis me souvenir sans une émotion indicible de l'instant où j'ai approché mes lèvres de cette blanche étoffe, empourprée du sang des héros.
Au jour même où j'écris ces lignes, le mardi 28 juillet, les zouaves pontificaux se réunissent pour célébrer leurs noces d'argent, Le général de Charette, à l'occasion de cet anniversaire, a écrit à tous ses anciens compagnons d'armes pour les inviter à passer la journée dans son château de la Basse-Motte, un vieux manoir champêtre, caché sous la verdure au picd de la colline de Châteauneut-en- Bretagne. Il a fait appel à tous : aux Hollandais, aux Belges, aux Italiens, aux Canadiens, comme aux Français. Beaucoup sans doute n'ont pu se rendre au rendez-vous, parmi les survivants des vingt-cinq mille zouaves qui successivement ont porté l'uniforme du régiment, mais on ne saurait douter que le nombre des assistants n'en ait pas été moins imposant.
Le seul espoir de se trouver réunis, de revoir quelques heures leur général, aura sufli pour faire entreprendre à beaucoup un long ct fatigant voyage; car, en dehors de cette fraternité que créent des luttes, des aspirations, une foi commune, il y a entre les zouaves de Charette un lien particulièrement puissant : c’est le culte qu'ils ont voué à leur général, c'est l'admiration dont ils l'entourent, c'est l'affection, le dévouement qu'ils ont pour lui. Par la générosité, par la loyanté de sa nature, par son intrépidité chevaleresque, par son charme tout personnel, Charette s'est, pour ainsi dire, conquis sans réserve tous les cœurs. Sa figure est de celles qui sont faites pour devenir populaires, pour forcer la sympathie et pour soulever l'enthousiasme. Son caractère et sa vie ont commandé l'estime universelle.
Aussi pouvons-nous ajouter que cette fête, en somme tout intime, et dont la partie essentielle consistait en une messe célébrée par Mgr Sacré, représentant S. Exc. le Nonce, sur un autel rustique orné par les soins de la baronne de Charette, a dù être bien émouvante dans sa cordiale simplicité.
Nous garderons longtemps un vif regret de n'avoir pu personnellement nous rendre à la gracieuse invitation du vaillant général des zouaves.
Robert VALLiEr.
RE
al
CO
pl
nl
ap