MES FRERES
La patrie demande aujourd’hui à la Religion d’inaugurer ce jubilé de la fête nationale, Cet acte remet en ma mémoire les pages du Lévitique où ilest dit: ‘* Le Seigneur parla encore à Moïse sur le mont de Sinaï. ”” Après lui avoir enjoint de célébrer avec le peuple d'Israël l’année sabbatique, il ajoute: ‘ Vous compterez aussi sept semaines d'années, c'est-à-dire sept fois sept, qui font en tout quarante-neut ans, et au dixième jour du septième mois, vous férez sonner du cor dans toute votre terre, vous sanctiferez la cinquantième année, Tout homme rentrera ‘ans le bien qu'il possédait et chacun rétournera à sa première famille, parceque c'est l’année du jubiié, l'année cinquantième, ?”
La société Saint-Jean-Baptiste qui représente la nation canadienne-française a voulu solenniser le cinquantième anniversaire de sa fondation. Obéissant en quelque manière à l'ordre donné au législateur hébreux, elle a élevé la voix, et, retentissante comme la trompette, sa parole portée au loin sur les rives de nos fleuves, repercutée par les échos de nos montagnes, à été entendue de toute la terre de l'Amérique Septentrionale. De l'Orient, de l'Occident, du Midi, du Septentrion sont accourus les descendants des Français pour prendre part à nos pompes et à nos réjouissances, Il me semble qu’ils cherchent à rentrer en possession du bien possédé par leurs pères, mais certainement tous ont désiré au moins pour un instant revenir à leur première famille.
Peuple croyant, les Canadiens veulent que ce jubilé soit sanctifié par le sacrifice divin ; comme les anciens patriarches
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ils ont dressé un autel à la face du ciel; le pontife a prononcé les sublimes et puissantes oraisons et ie sang de l’'Auguste Victime a coulé au pied de cette montagne qui rappelle les premiers souvenirs de la colonie. En effet, d'ici notre œil aperçoit ie rapide Sainte-Marie et le site sur lequel jadis s'élevait Phumbie bourgade d’Hochelaga où abordait le premier Français, Jacques-Cartier. Ici peut-être s'est reposé le navigateur Maloum avant de gravir cette montagne sur laquelle il planta la croix, prenant ainsi possession de ce pays qu'il trouva si beau, et qu’il nomma royal. C’est un acte de foi qui remplit la première page de notre histoire, c’est encore un acte de foi qui commencera ce chapitre qui n’en sera point l’un des moins émouvants de nos annales. La religion a répondu avec bonheur à cet appel. Sans doute le peuple canadien le méntait, et, en se plaçant sous la protection du ciel, il obtiendra les secours dont il a besoin pour rester fort et vigoureux Telles sont les idées que je développerai succinctement.
Pour donner plus d'autorité à mon discours j’emprunte les paroles d’un illustre écrivain: Lacordaire. ‘ C’est Dieu qui ‘€ a fait les peuples et leur a partagé la terre, et c’est aussi lui ‘“ qui a fondé au milieu d’eux une société universelle et ‘€ indivisible ; c’est lui qui a fait le Canada et qui a fondé ‘“ l'Eglise. De telle sorte, que nous appartenons tous à deux ‘6 cités; que nous sommes soumis à deux puissances, et que ‘ nous avons deux patries : la cité éternelle et la cité ter- ‘€ restre, la puissance spirituelle et la puissance temporelle, la ‘ patrie du sang et la patrie de la foi. Et ces deux patries ‘ quoique distinctes ne sont pas ennemies l’une de l’autre ; ‘€ bien loin de là elles fraternisent, comme l’âme et le corps. ‘€ fraternisent ; elles sont unies comme l’âme et le corps sont ‘unis; et de même que l’âme aime le corps, bien que le ‘€ corps se révolte souvent contre, de même la patrie de l’éter-…
‘ nité aime la patrie du temps et prend soin de sa conser- “€ vation bien que celle-ci ne réponde pas constamment à son ‘amour. Mais il peut arriver que la cité humaine se dévoue ‘€ à la cité divine, qu'un peuple s’honore d’une alliance parti- ““ culière avec l'Eglise ; alors l’amour de l’église et l'amour ‘ de la patrie semblent n’avoir plus qu’un même objet ; le ‘ premier élève et sanctifie le second et il se forme de tous ‘ deux une sorte de patriotisme surnaturel dont Saint Paul nous ‘ a donné l’exemple et l'expression dans ces sublimes paroles ‘ de son épitre aux Romains, où il demande d'être séparé du ‘€ Christ par l’anathème en faveur de ses frères.” Tous les prophètes sout remplis de ces élans patriotiques, depuis David demandant au Seigneur de se lever et d’avoir pitié de Sion, jusqu’à Jésus-Christ pleurant à la vue de Jérusalem et disant avec une pieuse douleur : “ Ah! si tu avais connu, même en ‘ce jour, qui est encore le tien, ce qui peut te donner la paix.” Voilà pourquoi l'Eglise ici-bas est heureuse de s'unir à la patrie et dans ses joies et dans ses douleurs. Si l'épidémie décime les citoyens, si là voix du canon annonce l'invasion par l'ennemi, en un mot, dans toutes les catastrophes publiques, l'Eglise s’alarme avec la patrie, avec la patrie elle souffre, avec la patrie elle s’'empresse de secourir ses enfants ‘qui périssent sous les coups du fléau, ou tombent frappés par les balles à la défense des frontières. Qu'un citoyen illustre soit ravi, le deuil de la nation est partagé par l'Eglise, avec la patrie l’Eglise pleure sur la tombe du grand homme. Mais aussi qu’une joie s’annonce pour le pays, qu’une fête patriotique viennent réveiller dans l’âme des citoyens des souvenirs ‘et promettre des espérances ; lorsque le peuple revêtu de ses beaux habits quitte le travail et laisse briller sur sa figure ce je ne sais quoi annonçant le bonheur et dans l’enfant et dans le “vieillard, l'Eglise alors dilate ses entrailles et invite à l’allé-
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gresse universelle. Le ministre du Seigneur, l'organe de: l'Eglise, est fier de prendre la parole pour chanter les gloires de la nation. Mais son ministère doit aussi lui rappeler de tourner les joies de la patrie terrestre vers les joies du ciel. Ce devoir est facile à remplir, car le prêtre canadien peut, en toute vérité, rendre à ses compatriotes ce beau témoignage qu’ils se sont toujours montrés les dignes enfants de l'Eglise ; que vous tous, mes frères, si vous ne pouvez vous vanter, comme vos pères, d’avoir vu le feu des batailles, vous pouvez dire que vous soutenez les combats du ciel et vous intituler du nom glorieux de soldats du Très-Haut. Le peuple canadien s’est toujours considéré comme l'enfant du Seigneur, son humble servant.
Chaque nation dans l’humanité, dit le comte de Muistre, comme chaque individu dans la familie, chaque famille dans la nation a reçu une mission spéciale qu’elle doit remplir, un but déterminé qu'il lui faut atteindre. Dieu est infiniment sage ; dans tout ce qu’il fait, il agit pour une fin déterminée. Voilà une vérité incontestable, Dans les œuvres de ce grand architecte il n’y a point de lacune et rien n'est laissé au hasard. Tout est coordonné dans l’idée divine d’un plan infiniment sage où doit éclater la gloire de Dieu dans la manifestation de ses divins attributs, surtout de sa puissance et de sa bonté, de sa miséricorde et de sa justice, et l'humanité toute entière concourt à la réalisation de ce plan.
L'histoire vient de témoigner de cette grande vérité. Ainsi on voit le peuple Juif chargé de conserver intactes et de transmettre à travers quarante siècles, au milieu des bouleversements des empires qui l’environnent, les idées de Dieu et d’un rédempteur futur. Le peuple Grec et le peuple Romain préparent les voies au christianisme. Il en est de même pour toutes les autres nations. L’Ecriture Sainte confirme ces promesses. Il y a longtemps, mes frères, que Dieu a disposé des.
nations. Le jour même, ce jour éternel, où il disait à son fils : ‘Tues mon fils, je t'ai engendré aujourd’hui ”” il ajoutait immédiatement : {* Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage. Ainsi le fils de Dieu recevait en même temps de son père la substance divine et le domaine des choses créées, la filiation et l’hérédité.
‘ Les nations étant de toute éternité le patrimoine du fils ‘“ de Dieu, qu’en fera-t-il? De même qu’un bon maître cultive ‘et féconde sa terre avant de lui rien demander, le fils de ‘ Dieu fait homme et venu dans le monde pour visiter les t nations de son patrimoine, leur a donné avant de rien leur “ demander. Et voici les dons qu'il leur a faits en tant que ‘“ nations: premièrement, le don du pouvoir temporel, en ‘ retenant pour lui le pouvoir spirituel ; secoudement, Jésus- Christ a réglé et adouci la souveraineté en ôtant au pouvoir ‘ son caractère de domination pour l’élever à l’état de service ‘ public.
‘ À côté du bénéfice se placent ordinairement les charges. ‘Il avait servi les nations, il avait droit de leur demander ‘ service à son tour. Ce service, c'était d'accepter la loi de ‘“ Dieu, de l’aimer, de la défendre, de la propager. d’en faire ‘ le fond de leurs mœurs et de leurs instruments. Un peuple ‘ n’était plus appelé à faire la guerre, à étendre ses frontières ; ‘“]a vocation des races chrétiennes, c'était de répandre “ la vérité, d'éclairer les nations moins avancées vers Dieu, de ‘ leur porter, au prix du travail et au hasard de la mort, les ‘“ biens éternels, la foi, la justice, la civilisation, but digne ‘ du ciel et de la terre. de l'intervention de Dieu et de l’acti- ‘ vité du genre humain.”
Eh bien! le peuple canadien, dont la patrie est la belle vallée du Saint-Laurent, a, lui aussi, une mission, c’est la véritable mission des races chrétiennes, des races baptisées, ça été d’implanter sur ce sol vierge d'Amérique l’étendard du
catholicisme, de convertir les tribus infidèles, et sa mission encore c’est de travailler à l’extension du royaume de Dieu par la formation d’une nation avant tout française et catholique. Ceux qui pourraient douter de cette mission, n’ont qu'à ouvrir les pages de l'histoire, assister à la fondation de la colonie, suivre ses progrès ; ils n’ont qu’à parcourir les diverses parties du pays, et ils verront cette mission tracée en lettres de sang depuis l'embouchure du Saint-Laurent jusqu’au fond de nos lacs géants cù il va prendre ses eaux. Dans leurs courses audacieuses à la conquête de nouvelles terres, les Portuguais cherchaient la gloire des découvertes ; les Espagnols, de l'or ; les Hollandais, des comptoirs pour vendre leurs riches étoffes ; l'Anglais, la liberté ; les Français, nos pères avaient l’ambition de répandre le nom et l'amour de Jésus-Christ, Nous voyons les rois de France se proposant, avant tout, lorsqu'ils jettent sur nos bords d'intrépides colons, de convertir les malheureux indigênes ; Jacques-Cartier en posant le pied sur ce sol, plantera de suite la croix, l’étendard de l'église; il prendra possession de ces contrées au nom de son Seigneur et Maître François I, sans doute, mais d’abord au nom de la religion.
C’est en vain qu'on voudra s'éloigner de ce noble but, la Providence ne le permettra point. Elle engloutira dans l'Océan les vaisseaux d’un Robervalle, d’un marquis de la Roche, parce que les repris de la justice, qu’on voulait donner comme premiers habitants à la colonie, étaient indignes de la mission réservée à la nation française en Amérique. La Providence fera échouer de même les efforts d’un Chauvin, parce que ce dernier n’est point catholique, mais elle bénira les travaux d’un Champlain, d’un Laviolette, d’un Maisonneuve venant comme cé céleste envoyé procurer aux hommes les plus abandonnés les biens véritables qui seuls pouvaient les rendre heureux, même en cette vie. Telle a été notre voca-
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tion ; y avons-nous répondu ? Car il ne suffit pas d’être appelé, il faut répondre à sa vocation. C’est demander ce que notre patrie a fait pour Jésus-Christ et son église.
L'Eglise canadienne a couru deux grands périls, périls suprèêmes ; elles eut à combattre le paganisme et le protestantisme ; elle dût lutter contre l’Indien féroce, aveuglé par la superstition, et contre les Anglais devenus nos maîtres assez longtemps despotiques, après avoir été pendant cinquante ans les rivaux de nos ancêtres et leurs ennemis dans une guerre continuelle.
Le sauvage, l'Eglise canadienne le convertira ; l'Angleterre devra céder devant la fermeté du Canadien catholique réclamant de justes droits.
‘ Foi et honneur ! s’écrie le pieux et regretté abbé Ferland ; portant ces deux mots sur les lèvres et dans le cœur, les missionnaires français ont fait briller le fl:mbeau du christianisme et de la civilisation au milieu des peuplades plongées dans la nuit de l’infidélité.”’ Quelles luttes, quels travaux, quelles souffrances ! Mais aussi queiles conquêtes et “quelle gloire! Le martyre, la mort attend le pionnier, le missionnaire ; mais le sang répandu pour la foi est fécond et produit au centuple les conversions et appelle sur ses traces d’autres missionnaires, d’autres martyrs. Qu'importe, ils sont fidèles à leur mission, ils étendent le règne du Christ.
Les Canadiens succomberont dans ce duel de cent cinquante ans contre la puissante Angleterre, mais ils auront lutté vaillamment contre le protestantisme dont la domination les faisait trembler ; ils tomberont après avoir subi de ces défaites qui sont glorieuses à l'envie des victoires, et après avoir vengé dans un suprême effort leur drapeau maiheureux aux journées de Montcalm et de Wolfe, ils seront abandonnés de la mère-patrie; la France alors dans les bras de la volupté, n'a pas trop à faire que de satisfaire aux plai-
sirs de son maître, Délaissés de leurs chefs, les Caradiens s'uniront à leurs prêtres, et loin de se décourager en face de leurs vainqueurs, ils réclameront leurs droits ; ils souffriront,. mais ils sauveront leur nationalité, leur religion.
Longtemps l'Angleterre restera sourde, ses préjugés lui faisant regarder comme suspect tout sujet qui ne reconnait pas la suprématie spirituelle de ses souverains. Mais enfin éclairée, surtout édifiée par les paroles et les actes du grand évêque canadien, Mgr Plessis ; désarmée par la loyauté et la fidélité de ses nouveaux sujets, elle fera taire ses préjugés de sectes et donnera leurs effets au traité de Paris. L'Eglise catholique avec toute son organisation sera reconnue devant la loi, et un jour le Canadien dont le cœur était toujours resté attaché à la France, qui perdait jamais l’espérance de revoir ceux qu'il appelait ‘nos gens,” le Canadien. dis-je, reHgieux avant tout, bénira l'Angleterre de Pavoir arraché violemment à la mèrepatrie, et par là de l’avoir soustrait aux horreurs de la révolution française, et de l’impiété qui avait préparé cette tourmente et l’a suivie. Aujourd’hui, après un siècle de luttes, le peuple canadien est plus fort que jamais et il marche glorieusement dans la voie que lui a tracée la Providence. Il continue d’évangéliser les nations, c’est lui qui envoie ces légions de sœurs et de missionnaires pour répandre les bienfaits du christianisme depuis l’Atlantique jusqu'aux bords du. Pacifique, et vers les glaces du nord jusque sous le cercle polaire où le soleil ne se couche pas en été et ne se lève pas en hiver. Voilà notre mission ; pour la résumer cinq noms suffisent : Jacques-Cartier, Samuel de Champlain, Maisonneuve, Jean de Brebœuf et Mgr de Laval, noms immortels, inscrits dans les fastes de notre histoire, comme synonymes de tous jies dévouements, de toutes les vertus religieuses et patriotiques. Puisse notre pays dans l’avenir demeurer fidèle à sa mission ! Car c’est un fait encore constaté par l’histoire:
que tout peuple comme tout individu ne répondant pas à l'appel de Dieu, ne tarde point à sentir les effets de la colère céleste. Le Tout-Puissant frappe le coupable pour le ramener à de meilleurs sentiments, mais si le coupable continue dans ses dérèglements, Jéhovah le frappe de sa verge et le brise comme un instrument inutile, comme on brise un vase d'argile. fusqu’ici le peuple canadien a répondu à sa vocation, il a grandi, prospéré et bientôt, je l'espère, il marchera à l’égai des grandes nations. Pour atteindre à ces destinées quelle ligne de conduite doit-il tenir P
L'un des plus célèbres économistes de notre temps a consacré sa vie entière à l’étude de la question sociale et politique ; après quarante années de méditations, de voyages, d'observations, il est arrivé à la conclusion que le secret de la force, de l’érergie, de la virilité des nations gît dans l’attachement au sol et dans l’accomplissement des principes du décalogue. Je le demande avec orgueil, nos pères ont-ils fait autre chose? Après cela, faut-il s'étonner de la vitalité de notre peuple ? Qu'il imite donc les ancêtres et il restera vigoureux, puissant en œuvres et il vivra dans une longue suite de générations.
Comme nos pères, aimons la patrie ; ayons un amour sincère, un amour saintement passionné de la patrie et de tout ce qui touche à la patrie. Oui il faut que le cœur d’un enfant soit attaché au cœur d’une mère; car dans un sens vrai, la patrie est une mère et la langue populaire à consacré cette appellation : les enfants de la patrie.
Entretenons dans nos âmes ce feu sacré du patriotisme, ce dévouement à la terre où l’on a vu le jour, cet attachement aux objets de la nature qui ont les premiers frappé nos regards et qui ont été témoins des premiers pas dans la vie; cet amour de la patrie est inné en nous, c’est le produit le plus naturel et le plus spontané de notre humanité telle que le créa-
teur l'a faite. La vie s'attache aux lieux où elle est née et où, comme l'arbre, elle a poussé ses premières racines ; dans tous les temps et dans tous les lieux, chez le nègre des sables brûlants de l'Afrique comme chez l’esquimau de la mer Glaciale, ce sentiment est aussi fort que la mort. Ce sentiment naturel développé, perfectionné par le sentiment religieux, fait les héros et les soutient daas leurs labeurs.
La religion est la plus haute école de patriotisme! dans l'humanité, elle a toujours été l’inspiratrice du patriotisme, elle est comme l'âme divine de cette grande chose humaine ; ‘°elle en est la sève la plus vivace et la racine la plus pro- ‘fonde. Les annales religieuses et patriotiques des peuples ‘vous montrent partout et toujours les héros les plus dévoués ‘au culte de la patrie venant puiser aux autels de leur ‘religion les plus sincères inspirations, leur patriotisme ; et ‘vous entendez retentir à travers toute leur histoire ces deux ‘mots que proclament les soldats de la religion et de la ‘patrie : pro aris et focis, que les chevaliers ont traduit par ces deux paroles: Religion et patrie : c’est le cri de ralliement de la Saint-Jean-Baptiste.
Mes frères, je ne veux pas qu'on prenne mes paroles pour des reproches, qui seraient intempestifs, mais il me semble qu’il ne comprend pas tout-à-fait le patriotisme, le Canadien, à moins de très graves raisons, le Canadien qui laisse cette contrée pour aller vivre dans un pays qui n’est plus celui qui l’a vu naître, ni la terre qui porta son berceau et recueillit les cendres de ses aïeux.
La terre paternelle étant devenue trop petite pour la nombreuse famille, faut-il quitter la paroisse et le clocher de son enfance ? Alors, pour moi, le véritable patriote, c’est le courageux colon qui s'enfonce dans les profondeurs de la forêt, non plus comme nos pères, pour y combattre le farouche Iroquois ou repousser un ennemi envahisseur ; mais pour y lut-
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ter pendant des années contre les privations de tout genre, dans l'isolement d'abord et dans l'ennui, se soumettant chaque jour au dur sabeur du défrichement, Voilà, dans mon humble idée, l'exemple du patriotisme le plus pur. Honneur à ces courageux pionniers qui ont déjà transformé en belles et prospères paroisses une si grande étendue de nos forêts ! Honneur à ces braves qui, tous les jours encore, se dirigent vers les vallées de l'Ottawa, du Saint-Maurice et du Saguenay, pour donner à la patrie de nouvelles conquêtes, de nouvelles. richesses ! Là 1ls transmettront à leurs descendants, qui les en béniront, notre sainte religion, la belle langue française, nos mœurs si douces, nos usages et nos coutumes si polis et si bienveillants, juste récompense d’un noble patriotisme. Comme le satellite de la terre en tournant sur lui-même par ie mouvement. qui lui est propre n’en gravite pas moins autour de notre globe, ainsi l'amour de la patrie emporte avec lui l'amour pour tout ce qui touche et tient à la patrie. Avec l'amour de la patrie, mes frères, conservez et transmettez à vos enfants le respect €t l'amour des ancêtres. Le passé pour tous les hommes a quelque chose de majestueux et de sacré qui commande la vénération. Lorsque le passé est glorieux, il doit devenir comme le pain quotidien qui entretiendra la vie d’un peuple. Oui, Canadiens, mes compatriotes, aimez et admirez vos pères, ils furent une race robuste, parce qu’ils ont été les observateurs constants du décalogue, imitez-les, ils furent des citoyens, amis de la justice, fiers de la parole donnée, soumis à leurs souverains, quels que soient les torts dont ils aient à se plaindre. C'est le commandement du supérieur: “Soyez soumis aux princes, même aux princes. indignes, car ils sont toujours les dépositaires de l'autorité. ” Le serment était pour nos ancêtres ce qu'il est réellement, la chose la plus sacrée, la base, le seul maintien des sociétés ; au contraire le parjure est une infamie qui souille, rabaisse
au dernier degré celui qui s'en rend coupable et sa honte rejaillit sur sa famille, sur ses concitoyens.
Imitons nos pères, ils eurent la vaillance en partage ; sous le drapeau français comme sous le drapeau anglais leur valeur fût appréciée. Si la France a pu enregistrer dans ses fastes les journées de Carillon, de la Monongahela, des plaines d’'Abrabam, l'Angleterre n'est pas moins fière de ses campagnes contre les colonies américaines lors de la guerre de l'indépendance, en 1872.
Conservons cette ardeur guerrière ; si la patrie et la religion le demandent, soyons prêts à offrir notre bras comme ces intrépides soldats du pape, ces zouaves qui, au dix-neuvième siècle, ont renouvelé les expéditions saintes du moyen âge.
Imitons nos ancêtres, ils furent des hommes de fermeté ; c'est dans les luttes qu'ils ont grandi et obtenu justice.
J'ignore ce que l’avenir nous réserve; cependant, sans être prophète, je puis affirmer que des combats nous attendent. Mais il ne faut point craindre la lutte, quand elle est juste ; car c'est la lutte qui amène la victoire, et la victoire donne les palmes et les lauriers.
Comme nos pères, soyons fixés inébranlablement à notre foi; défendons-la envers et contre tous. La foi catholique, le plus beau, le plus riche présent fait aux hommes, ah! puisse-t-elle animer toutes les actions de mes compatriotes! ‘Qu'aucun d'eux ne fasse l'épreuve de ce grand vide qui s'opère dans le cœur de chaque homme, de chaque peuple perdant ce bienfait du ciel; ce vide est pesant comme un supplice, fatiguant comme une agonie,
Avec la foi, vous ferez de grandes Choses. Pour la conserver, ne craignez point les peines, ni les combats. Car si l'Eglise et la vérité ne peuvent être en repos ici-bas, certainement elles ne sauraient succomber. Lors donc que la lutte commence, nous devons nous estimer heureux, car nous
devons estimer que le triomphe est proche, L'orage grandira peut-être encore autour de nous, la foudre éclatera peut-être, mais, fils des croisés, notre âme ne peut faiblir, le courage ne peut nous manquer, nous ne reculerons jamais.
En agissant ainsi, vous marcherez sur les traces de vos pères, et vous pourrez comme eux, au soir de la vie, vous endormir tranquilles sur vos travaux, comptant que celui qui ne laisse pas sans récompense un verre d’eau donné en son nom, saura vous rendre au centuple ce que vous aurez fait pour lui dans ces beaux combats de la patrie et de la foi,
En terminant, je demanderai au pontife de l'Eglise de faire descendre la bénédiction du ciel sur ce peuple empressé au pied des autels. Que cette bénédiction soit féconde, comme la bénédiction de Dieu au jour de la création, aux jours d'Abraham, d’Isaac et de Jacob. Qu'à mon pays soit accordée la longueur des jours; qu'il ait dans la main gauche les richesses et les prospérités ; dans sa droite la force corporelle et dans sa volonté la vigueur morale et religieuse, gage de la puissance et de la gloire.
L'après-midi du 24 devait se passer en jeux, amusements, etc., sur le terrain de l’exposition, mais la messe était à peine terminée, que le mauvais temps reprenait comme de plus belle, et empêchait la mise à exécution de cette partie du programme.
Il fallut se borner aux amusements à l’intérieur. Parmi ces derniers, le principal inscrit sur le programme était le grand drame Ze Courrier de Lyon, joué par les membres du club artistique franco-canadien. C'était la deuxième fois seulement que ces amateurs paraissaient sur la scène, leur club n'ayant été fondé que tout récemment, le 15 Avril dernier. Il est appelé à combler une grande lacune à Montréal et à nous rendre de grands services au point de vue de l’art. Voici les
noms de ses fondateurs : MM. Edmond Templé, président ; Resther, président honoraire ; D. Ravaux, vice-président ; H. Boisseau, vice-président honoraire ; J. E. Tremblay directeur régisseur ; R. Ravaux sous-régisseur ; G. Laudaens, sécrétaire-Trésorier, et MM. Ecrément, Victor Templé, Vermond, A. O’Reilly, H., Girard, A, Valeur J. Valeur, E. Rabat, Beaujau, Coté, St. Louis, Malingre, Stanislas Coté et Corriveau.
La reprise du Courrier de Lyon par le cercle artistique Franco-Canadien nous remet en mémoire cette fameuse affaire Lesurques qui passionna tant l'opinion publique et qui la passionne encore aujourd'hui. Depuis que le monde est monde on n’a peut-être jamais vu dans les annales judiciaires une erreur aussi monstrueuse, erreur due, on doit le dire, à une suite malheureuse de circonstances tellement extraordinaires qu’elles paraissent tenir plus du roman que de la réalité.
On sait que dans la nuit du 8 floréal, 1792, une troupe de brigands attaqua la malle-poste qui faisait le service de Lyon à Paris. Ces scélérats réussirent leur coup, le courrier et le postillon furent assassinés près d’une petite auberge du village de Lieusaint et le coffre qui contenait les valeurs fut entièrement dévalisé.
Le crime avait été préparé et accompli par un nommé Dubosc, malfaiteur des plus dangereux et aussi des plus intelligents, homme étrange qui disparaissait parfois un an ou deux sans qu’on pût savoir où il se trouvait pour reparaître quand il y avait un coup fructueux à faire. Aussi, à part quelques complices dévoués, peu pouvaient se vanter de l'avoir vu. et de lui avoir parlé; personne n'aurait pu reconnaître le bandit Dubosc, et la police elle-même, qui connaissait parfaitement son nom comme celui d’un homme dangereux, n’au-rait pas été capable de dire quelle personne portait ce nom.
Et alors, et c’est ici que cette affaire devient extrêmement curieuse, il se trouva qu’il y avait à Paris, un brave bourgeois.