‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 45 sur 98 · DISCOURS DE L'HONORABLE M. CHAPLEAU · texte numérisé non relu

DISCOURS DE L'HONORABLE M. CHAPLEAU

M. le President, Messieurs,

Il me faudrait le concours de la poësie et de la musique pour célébrer dignement les gloires de ce jour qui réunit autour de nos bannières nationales les innombrables enfants de la patrie canadienne. Par malheur, je suis brouillé depuis longtemps avec les muses, si jamais j'ai eu des relations avec ces illustres sœurs, 11 me faudrait le langage académique des princes de la littérature et de la rhétorique, et ce don des dieux n’est pas arrivé jusqu’à moi. Quand le plateau chargé de ces mets divins passa devant moi, je m’aperçus qu’il était presque vide; ceux que l’on avait servis avant moi avaient tout pris. Je ne dirai pas les noms de ces coupables, malgre que j'en voie deux dans cette salle ; encore moins les accuserais-je ; mal m'en prendrait ; l’un pourrait aller se remettre sur le banc pour me condamner, l’autre pourrait me pendre.

Pourtant non, l’on n’avait pas tout pris : il restait quelques bribes dont je dus m'accommoder. Cela me fit un plat modeste que je viens partager avec vous. Que voulez-vous ? Si je n’ai pas sa beauté, j’ai du moins la candeur de la jolie fille qui ‘‘ ne donne que ce qu’elle a.” Encore une fois je vais enlever l'encre de la plume de ceux qui s’obstinent à vouloir écrire que je ne parle pas français, je vais en faire l’aveu moimême en vous parlant..…...canadien.

Oh! de cette éloquence-là, par exemple, j'en ai; j'en ai plein la bouche, j'en ai plein mon cœur! Et comment n’en serais-je pas pénétré aujourd’hui? Cette éloquence de l’âme tressaillant de patriotisme,

PTT O patrie, ineffable mystère, Mot sublime et terrible ! inconcevable amour !

cette éloquence, dis-je, a envahi, depuis trois jours, notre grande ville. Elle y parle une langue que tout le monde comprend, que tout le monde applaudit. Et quelle thèse émouvante ! Ce n’est pas seulement une idée, toute grande qu’elle soit, que ces fêtes évoquent ; elles rappellent à nos souvenirs les pages les plus attrayantes de notre histoire, Sous les auspices de la Saint Jean-Baptiste, qui a si grandement fait les choses, la procession nationale a été pour ainsi dire l’histoire du Canada, en tableaux qui parlaient au cœur, à l'imagination, et nous retraçaient en traits aussi pittoresques qu’ineffaçables les phases les plus dramatiques de notre histoire. Le cycle entier a été parcouru: c'était d’abord la période de la découverte et de l'établissement du pays; Jacques-Cartier, le hardi marin, envoyé par François I à la conquête d’une partie de l'héritage d’Adam qu'il ne voulait pas, disait-il, laisser seul en partage à son frère le roi d'Espagne ; c’est Frontenac, la personnification de la lutte triomphante contre l'Angleterre et les sauvages non chrétiens ; c’est la période de la fondation définitive de la colonie.

Puis vient la phase militante, je devrais dire la phase de notre âge héroïque, où le courage, l'audace, l’activité, la valeur personnelle suppléent au nombre. Napoléon, parlant un jour des guerres de la Vendée, disait qu’elles avaient été une lutte de géants ; de quels mots caractéristiques n’auraitil pas appelé la lutte héroïque des Canadiens, faiblement soutenus par la France, contre les forces combinées de l’Angleterre et de ses colonies |

Énfin arrivent les jours de deuil de la conquête. Ici com. mence une lutte non moins héroïque que la précédente; c’est la lutte pour l'existence d’une poignée de colons cédés par un marché diplomatique, et que le vainqueur veut traiter en peuple conquis. Tout le génie politique de l’Angleterre, toute l’astuce et la persévérance de ses hommes d’Etat, acharnés à la réalisation d’un projet d’assimilation des races, viennent se briser contre la résistance, pendant trois quarts de siècle, des Canadiens-français, soutenus par leur foi, par leur attachement à leurs traditions, à tout ce qui les constitue une race distincte en Amérique.

Puis vient 1834, avec Duvernay et la fondation de la Saint- Jean-Baptiste, qui se lie si intimement avec le jour que nous célébrons et en est en quelque sorte l’aurore. C’est la réalisation d’une idée qui doit être féconde en grands résultats, Les créateurs d’institutions de ce genre ont-ils toujours la conscience de la grandeur de l’œuvre qu’ils font ? On peut en douter. Ces créations sont presque toujours un fait providentiel, la résultante d'idées que la force des choses a fait naître et dont les événements déterminent forcément la grandeur. Jusqu'en 1834, les Canadiens avaient lutté sans entente. Les personnalités brillantes n’avaient pas manqué ; ces chevaliers aguerris et indomptables s'étaient fait une large place dans le parlementarisme, comme les chevaliers du moyen-âge s'étaient taillé des marquisats et des duchés dans la féodalité. L'union manquait entre le peuple et ses chefs naturels, trop isolés dans leur lutte. La fondation de la société Saint-Jean-Baptiste, sa constitution, son programme, appelaient le peuple à la rescousse et sanctionnaient l’union des chefs avec la masse du peuple, comme la Grande Charte de Jean-Sans-Terre avait jadis scellé le pacte d’alliance entre les barons normands et le peuple anglais.

La fondation de la Saint Jean-Baptiste ne réveillait pas

l’idée nationale, puisqu'elle était restée vivace dans les cœurs, mais elle l’appelait à l’action, activait sa flamme. Plus que cela, et surtout, elle prêtait au mouvement national toute la force de l’association, cette grande arme du XIXe siècle, le point d’appui que cherchait Archimède pour soulever le monde,

De cette époque la lutte prend un nouveau caractère ; elle se poursuit avec des viscissitudes diverses, où se trouvent de faux mouvements dont les institutions humaines ne sont jamais exemptes ; mais l’idée féconde, l’idée de la Saint-Jean Baptiste, est toujours là, domine les événements, plus forte que les hommes et les choses, et elle finit par triompher, sous l’union du Canada, avec la conquête de tous nos droits politiques, civils et religieux.

Quel contraste! Quelle comparaison, naît spontanément dans l’esprit, à la pensée de ces deux époques! D'un côté un pays agité, réclamant ses droits, n’ayant que des perspectives sombres devant lui. Cette Saint-Jean. Baptiste de 1834 a plus l'apparence de préparatifs aux combats que l’air d’une fête. La foi seule, et une foi à soulever des montagnes d’obstacles, dût empêcher les Canadiens réunis dans les jardins de Mac- Donald de douter de l'avenir de leurs compatriotes. D'’antres auraient pu croire alors que c’en était fait des Canadiens comme peuple appelé à jouer un rôle important dans le monde. Mais l'esprit aperçoit un autre tableau. La race opprimée de 1834 arrivée en 1884 au plein développement de ses droits, parfaitement assise dans la province de Québec, songeant à étendre ses rameaux ailleurs et à rapprocher de l’arbre principal ceux que les circonstances et le va et vient des événements ont semés un peu partout chez nos voisins. Lorsqu'on lit les journaux de l’époque et ceux du temps actuel, on mesure bien vite, dans l’ordre politique, l’étendue du chemin. En 1834, MM. Viger et Morin étaient à Londres plai-

dant notre cause ; aujourd’hui sir Charles Tupper occupe un poste d’ambassadeur à Londres, traite avec les puissances du continent de nos intérêts commerciaux, et M. Fabre fonde un journal canadien à Paris. Elles seraient bien ridicules aujourd’hui les tirades à la liberté, les cris de mort aux tyrans que l’on poussait à cette époque troublée. Aujourd’hui nous jouissons d’une façon incontestée de plus de liberté qu'aucun peuple de l'univers. C’est à un point que nous n’y songeons plus. C'est presqu’un malheur, car nous sommes exposés, à défaut d’ennemis à combattre, à diriger contre nous-mêmes les coups que l’on portait alors contre une oligarchie méprisée. C'est le plus grand danger, le seul que nous courrions aujourd'hui. Ah! suivons donc le conseil paternel que nous donnait l’éloquent prédicateur de la Saint-Jean-Baptiste lorsqu’il nous disait, dans ses élans patriotiques, que si les Canadiens d'aujourd'hui allaient se diviser, ils perdraient le fruit des labeurs du passé. Si le vent de la révolte se mettait à souffler parmi nous, nous ne pourrions continuer l’œuvre glorieuse si bien commencée. Faisons aujourd’hui, sur l’autel de la patrie, le vœu de ne jamais susciter ces divisions qui absorbent un temps et des efforts qui seraient bien mieux employés aux grands intérêts que nous sommes tenus de servir; qu'il n’y ait jamais parmi nous cle ces gens qui se donnent pour mission

4 D'abattre ou 4l'avilir tout front qui les dépasse, Et de faire peti” ce que Dieu voulait grand.”

La patrie vaut bien le sacrifice de tous nos griefs, de nos plaintes, de nos ambitions, de nos préférences.

A ce prix seulement nous achèterons le futur glorieux que nos héros ont rêvé pou: leurs enfants ; à ce prix seulement nous éviterons les obstacles qui pourraient mettre en péril la destinée providentielle de notre nation. Dieu et la patrie le veulent, tous ceux qui ont du cœur et de la foi doivent le vouloir aussi.

J'ai parlé de dangers. Pour ceux qui n'ont pas comme nous confiance dans la destinée providentielle de notre peuple, il semble qu'il y a danger imminent. Nous sommes envahis de partout ; les flots des peuples, qui différent de nous par la langue, la religion, les mœurs, se pressent, toujours montants, toujours renouvelés, sur les rives de notre pays. Et dans le vieux monde, l’Italie qui se fait persécutrice, la France qui se fait païenne semblent nous prédire que les nations catholiques, que les races latines ont vu leurs meilleurs jours, et que notre nationalité, produit de ces deux civilisations, est en danger.

N'’ayons crainte, cependant. Il ne tient qu’à nous de tout sauver, de vaincre tous les obstacles, d'arriver au but et d'accomplir notre destinée. Voyez-vous cette embarcation qui paraît si frêle ? vous croiriez que la vague bondissante va bientôt la briser et l’engloutir ; elle a disparu un moment, mais le moment qui suit vous la montre se dessinant fièrement sur l’azur du ciel, sillonnant la crête de la vague et plongeant hardiment dans le gouffre qui se creuse devant elle. Elle disparaît au loin dans le plus fort de la tempête, et vous plaignez en les admirant les marins de ce vaillant esquif. La tourmente est passée, et la vague fatiguée, humiliée, repentante, rapporte à la terre les débris accusateurs de sa funeste colère. En vain y cherchez-vous les épaves de la fière embarcation dont vous déploriez tantôt la perte. Allez plutôt là-bas ; vous la verrez dansant gaiement sur son ancre, séchant ses voiles au soleil qui a reparu ; son équipage a rangé avec soin toutes les pièces du gréement, la boussole a été recueillie religieusement, et les matelots, réparant leurs forces, chantent leur dernier exploit, rêvant déjà au prochain voyage.

Et que faisons-nous en ce moment ? Ne chantons-nous pas les luttes du passé, les espérances, les grands projets de l’avenir ? Comme l'équipage dont je parlais, nous avons traversé heureusement la tourmente. Eux durent leur salut à la cons-

truction parfaite de leur embarcation, à leur expérience de la mer, à la vigueur de leurs bras, à leur boussole, Nous avons passé par de rudes tempêtes ; nous pouvons en braver de plus rudes encore, si nous conservons la perfection de nos institutions, l'excellence de notre éducation, la vigueur de nos mœurs, la direction infaillible et lumineuse de notre foi.

J'ai dit tantôt que la Saint-Jean-Baptiste avait été la grande charte de la nation canadienne, Le jour que nous célébrons est une des grandes séances de ses Etats Généraux ; c'est aussi le jour des grandes manœuvres, un camp de Châlons. canadien. Le prophète éclatait en transports enthousiastes en chantant la beauté des innombrables tentes d'Israël, resplendissantes de blancheur et de lumière, et annonçant au loin la force du peuple choisi entre les nations. Quei spectacle pour nos martyrs, morts pour la foi, nos soldats, morts pour la patrie, nos victimes, tombées pour la liberté, quel spectacle pour toutes ces grandes âmes que celui présenté par cette fête! Au premier plan du tableau, ils ont vu tout un peuple agenouillé près de l'autel du Dieu trois fois grand, offrant à ce Dieu des nations les premiers élans de son patriotisme, abaissant devant sa toute-puissance des fronts et des regards que la foi et la liberté portent vers les cieux ; puis cette marche solennelle, déroulant dans les rues de la grande cité les anneaux sans fin de cette chaîne vivante et forte ; ces chants de gloire, ces hymnes de triomphe, ces âpres senteurs de liberté sortant partout du sol et embaumant l'atmosphère, cette joie, cette allégresse s’étalant, s’écrivant de toutes couleurs, de toutes formes, de tous caractères ; et au milieu de tout cela, comme un lien doux et puissant, comme une étreinte magnétique, ce sentiment d'amour national, de solidarité sympathique, ce sentiment d’union, si puissant dans sa foi, si fécond dans sa puissance |

Voilà ce que j'ai ressenti, voilà ce que vous avez dû éprouver dans ce grand jour que nous célébrons.

Le jour que nous célébrons c’est le renouvellement du bai. ser fraternel à nos frères des Etats-Unis. Ce que la France est à nous, nous le sommes à nos frères d'Amérique. Je ne suis pas de ceux qui regardent l’émigration comme un crime ou comme un écart de patriotisme, L'émigrant français aux Etats-Unis, comme le colon canadien dans Ontario, est une avant-garde, un éclaireur de la grande armée d’invasion dont M. Rameau nous a prédit la victoire pour le siècle qui nous suivra, L'Anglo-Saxon émigre aux Etats-Unis pour aller s’inféoder aux institutions républicaines ; il ne revient pas. Le Canadien-français qui émigre n’a pas de plus grande ambition là-bas que de fonder une petite coJonie française pour se protéger, s’aider, se souvenir ; il revient aux jours de fête de famille ; il reviendrait aux jours de danger de la patrie. Il reste là-bas ce qu’il est ici, français et catholique. Le travailleur canadien a joué son rôle dans la République voisine ; il a imprimé le cachet de son intelligence et de sa force aux grands travaux de l’Etat ; semblabie en cela à ces glorieuses corporations ouvrières du moyen-âge, qui couvrirent le sol de l'Europe de ces monuments gigantesques qui ont servi de jalons à la marche de la civilisation, des arts et de la foi dans l'Occident,

Plus loin que la ligne 45ème, plus loin que la dernière, la plus éloignée des colonies canadiennes en Amérique, au-delà du grand Océan, se trouve un beau pays, que nous n’avons pas oublié aujourd’hui.

Dans le déploiement fastueux de votre procession, qui de vous n’a pas admiré la grande cavalcade qui nous rappelle un des plus beaux souvenirs historiques de la France? Dans la recherche de nos gloires passées, dans l’épanouissement de nos joies nationales, la France occupera toujours une place royale dans nos affections. Son histoire n’est-elle pas la nôtre,

jusqu’au jour où nous avons commencé l’histoire pour notre

propre compte? La France, nous y sommes attachés encore par tant de liens, que rien ne peut altérer le sentiment qui nous fait partager ses joies et ses douleurs et vivre de sa vie, Nous ne pouvons, lorsque nous voulons caresser des rêves ambitieux, nous empêcher de penser que notre vocation #n Amérique est un peu celle de la France en Europe.

: Quand Dieu frappe un grand coup, c'est par la main des Francs.”

La France, elle traverse en ce moment une crise terrible,

‘4 Ce siècle, dont l’écume entraîne dans sa course,

Les mœurs, les rois, les Dieux 1...

Ce siècle verra-il l'effondrement de cette nation privilégice, que Dieu avait bénie parce qu’elle s'était donné pour mission de christianiser l'univers en le civilisant ? Elle avait porté la croix jusqu'aux e“trémités du monde, comme pour récompenser le Christ d'avoir donné la liberté au monde comme un des fruits de l’arbre sacré du Golgotha. Et maintenant, c'est au nom de cette liberté qu’elle chasse le crucifix de ses tribunaux, de ses écoles, de ses hôpitaux, ces temples sacrés de la charité, de la vérité, de la justice. Quelle sanglante ironie ! Mais attendez; l’école impie, qui insulte ainsi l'humanité, n'aura qu’un triomphe d’un jour ; jamais elle ne réussira à déchristianiser la France ! Ecoutez la protestation calme de la conscience publique qui parle pour la famille, pour la société outragées: ‘‘ Vous avez réclamé la liberté de penser, vous avez demandé la liberté de la presse, vous avez voulu la liberté d'association, la liberté des réunions. Vous avez risqué le salut de la France pour obtenir ces libertés. Eh bien! au nom de cette liberté, nous vous demandons le privilège d’instruire nos enfants, de soigner nos malades, de nourrir nos pauvres, et de prier pour vous, pour la France.” Tôt ou tard, cette uoble protestation sera entendue, sera exaucée. N'allez

ne

pas croire que la foi est morte en France, La croix reste dans les temples plus vénérée qu'auparavant: elle a plus d'empire que jamais sur les consciences ; elle a repris dans le sanctuaire de la famille tout le prestige qu'on a cru lui faire perdre dans la société officielle. Non, c'est plus fort que la philosophie, plus fort que la Révolution, la France baptisée par Clovis, confirmée par Charlemagne, sanctifice par Saint- Louis, la France est et restera très chrétienne. Le langage, cette incarnation sublime de la pensée, comme le Verbe est l’incarnation éternelle de l’idée divine, le langage, plus fort que les décrets passagers d’une législation perverse, le langage a conservé la croix comme le nom symbolique de ce qui est grand, généreux, honorable, La France guerrière, la France héroïque, la France religieuse dit le fond de sa pensée quand elle emploie ce symbole divin comme la récompense, le couronnement des glorieuses carrières ; aussi, malgré sès gouvernements libres-penseurs, elle n’a pas changé, elle ne changera pas le nom glorieux de la croix de la Légion d'honneur. Elle a pu avoir le triste courage de renier le Christ dans son enseignement ; elle n'aura pas la force d'arracher la croix de la poitrine de ses savants et de ses braves, de ceux qui ont passé dans la vie ou dans la mort en faisant le bien. Croix glorieuse qu'ont embrassée avec un égal amour les rudes soldats du premier empire, les fils des Vendéens et les défenseurs du Saint- Siége ! Croix glorieuse qui a décoré la poitrine des princes, des prélats, des rois comme un symbole d'honneur, de gloire et de foil Croix glorieuse, dont je m’honore comme je m'honore de la décoration pontificale qui brille à côté d'elle sur ma poitrine. Foi, honneur, c’est-à-dire, catholique et français, les deux noms de baptême de tout vrai Canadien ! Voilà, messieurs, les pages d'éloquence canadienne que j'ai lues dans le déploiement de notre fête et que je vous ai répétées dans leur émouvante simplicité. Joyeux chant de gloire, sa-

lutaire enseignement, leçon sublime que le passé nous donne pour nous guider dans l’œuvre de l'avenir ! Foi, travail, courage, union. Voilà l’idée qui a présidé à la fondation de la Saint-Jean-Baptiste, voilà le parfum qui se dégage de la grande manifestation d’aujourd’hui, voilà la pensée féconde qui restera du ‘‘ jour que nous célébrons.”?

M. J. A. Ouimet, M. P., proposa ensuite la santé du Canada. Ayant bu, dit-il, à la santé de la France et des Etats-Unis, il est maintenant temps de boire à celle du Canada. Rien n’est si beau et si précieux que son pays. Nous sommes les enfants du sol et nous en sommes fiers.

Nous sommes fiers aussi des ancêtres qui l’ont conquis et qui nous l’ont légué. Nos ancêtres ont découvert ce pays et l’ont fécondé de leur sang.

Depuis la cession à l’Angleterre, ils l’ont reconquis une seconde fois en lui obtenant la liberté des droits constitutionnels.

Si nous sommes fidèles à notre mission et à nos traditions, avant longtemps ce pays sera le nôtre. Nous aimons notre patrie, et quoi qu’il arrive par la suite, quelles que soient ses destinées, nous continuerons à la défendre et à constituer une nation.

Le passé est une garantie de l’avenir et ceux qui vivront pour voir la célébration du centenaire de la St-Jean-Baptiste, seront fiers des progrès accomplis par les Canadiens-français.

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