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de cette grande ville qui compte par les souvenirs qui s’y rattachent, par son histoire, par son commerce. au lieu de ce port immense où les vaisseau.: de toutes les nations viennent apporter la richesse et la vie, on voyait alors une petite ville où nous, Canadiens, ne jouissions que des droits que nous pouvions défendre à la force de nos bras, où il n’y avait pas de place pour les faibles, où il n’y avait de sécurité pour personne, où le souffle empoisonné du fanatisme encourageait la guerre de races, un port où il n’y avait qu'un cabotage, où rien enfin ne donnait l'espoir à la génération d’alors que le centre de la Patrie Canadienne grandirait au point d’être un jour le centre commercial d’un pays grand comme l’Europe.
La province de Québec était alors une fidèle image de ce qu'était notre ville--l’inertie était partout ; le peuple, mécontent du joug si lourd qui pesait sur lui, appelait de tous ses vœux des libertés qui lui échappaient comme l'horizon, lorsqu'il se croyait près de les conquérir. Mais, Messieurs, il y avait du cœur, de la foi quelque part ; la vie nationale s'était réfugiée, concentrée dans les âmes ardentes de quelques patriotes, qui aimaient, jusqu’à braver la prison, braver l'exil et l’échafaud, cette province de Québec à laquelle vous allez boire avec enthousiasme dans quelques instants.
Oh, Messieurs, n'oublions pas en ce beau jour les hommes auxquels nous dûmes nos libertés, ces héros de nos luttes politiques, dont on peut dire de chacun avec le poète.
Un homme à la franche parole, Qui n’a jamais fléchi devant aucune idole.
Tout a bien changé dans la position où était alors le Bas- Canada, grâce au régime libéral que nous ont valu les luttes de nos hommes d'Etat. Nous étions alors comme perdus dans limmensité de notre patrie; aujourd’hui nous sommes à l’étroit dans nos vieillés paroisses et nous déversons le trop
plein de notre population sur les provinces voisines et les Etats-Unis. Nous envahissons l'Ouest du Canada. Nous sommes fixés à demeure dans plusieurs comtés d'Ontario, et si nos voisins reculent leurs frontières du côté de l'Ouest, nous reculons les nôtres dans la même direction, et cela sans secousses,
Là où nous nous établissons, c’est dire que ce/a sera la Province de Québec, car nous restons là-bas et nous sommes ici. Nos institutions, nos coutumes, nos mœurs, notre langue et notre religion forment comme un héritage, un rempart qui résiste à toutes les armes dirigées contre nous.
Permettez-moi d'exprimer ici un vœu qui, j'en suis sûr, devra se trouver dans vos cœurs, c’est que le mouvement migratoire de nos populations se dirige du côté de nos terres colonisables, qui sont si fertiles et si nombreuses, et surtout que nous aidions d’une façon efficace aux colons.
Si l’on déployait dans ce but la centième partie du zèle qu'on a mis à organiser cette magnifique suite de fêtes, la colonisation ferait merveille, et le cœur de ce vrai patriote, le curé Labelle, serait bouillant de joie, le curé Labelle, Messieurs, qui est à cette grande et belle œuvre ce qu'ont été Papineau, Lafontaine, Morin, Panet, Taché, Cartier, à nos luttes politiques.
Messieurs, toute médaille a son revers—si jai dit quelques mots des gloires de la province de Québec, et si j’ai parlé de ses forces. je ne puis cacher ses côtés faibles, Si nous sommes plus nombreux, plus grands qu’en 1834, nous sommes peutêtre moins forts, à cause de notre désunion et de la confusion qui règne dans nos rangs.
C'est un point noir qui doit affliger tout bon patriote ; c’est pourquoi je ne veux pas m'y arrêter dans ce jour consacré à la joie, mais j'espère qu’il sortira de cette assembie
qui réunit sous le même toit des hommes qui se combattaient la veille, une idée généreuse de paix et de réconciliation,
Un grand philosophe a dit que si les torts n'étaient que d'un côté, les discussions seraient bientôt terminées, Pénétrons-nous de cette pensée et les mains se tendront les unes vers les autres comme par enchantement,
En terminant, Messieurs, il m'appartient comme à chacun de vous de faire des vœux pour la prospérité de la province de Québec que nous aimons tant, cette patrie
Où mûrit l’héroisme, où fleurit la gaité, Terre où nous respirons avec fierté,