‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 50 sur 98 · TI · texte numérisé non relu

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Messieurs, j'ai dit que nous devons défendre l'autonomie de la province de Québec.

Le pacte fédéral nous impose des devoirs envers la confédération, et nous devons les remplir avec fidélité et dévouement. Mais il nous reconnaît aussi des droits, et nous voulons qu'ils soient respectés.

Notre liberté religieuse et notre autonomie provinciale nous sont garanties, et nous ne devrions jamais permettre que l’on porte atteinte à ces éléments précieux de notre nationalité,

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Nous voulons l'union fédérale, mais non pas l'absorption des provinces. Nous voulons travailler pour le bien commun, apporter notre part d’efforts et de sacrifices à la prospérité et à la gloire du Canada, notre patrie commune ; mais nous voulons en même temps conserver notre personnalité nationale, notre caractère particulier, les traits distinctifs de notre race, et notre sphère dans les limites tracées par le pacte fédéral.

En un mot, nous voulons être Canadiens, loyaux et fidèles sujets de Sa Majesté Britannique, mais nous voulons aussi qu’il nous soit permis d’ajouter à notre nom de Canadien celui de Français, et nous tenons avant tout à rester catholiques.

Nous ne voulons pas la division, mais la distinction des pouvoirs, —pas l’indépendance, mais la liberté,—pas un Etat dans l'Etat, mais une grande famille, distincte des autres grandes familles de la nation, gardant sa physionomie propre, son foyer, sa cité, ses autels, et grandissant avec ses fils dans la jouissance de ses droits et de ses libertés.

Voilà comment je comprends le pacte fédéral, et je ne crois pas que l'autonomie des provinces soit de nature à nuire au progrès général de la Confédération. Au contraire, l'émulation—qui n’est pas l’antagonisme—une noble émulation entre les divers groupes nationaux devrait multiplier les œuvres et activer le progrès.

La liberté etle pouvoir sont les deux moyens d’action nécessaires des Etats.

La liberté donne l’impulsion, le pouvoir règle et dirige. La liberté produit la variété des œuvres, le pouvoir engendre l'unité.

Ce sont deux forces qui se font équilibre et dont la résultante assure l’ordre. Ni l’une ni l’autre n° doit être sans contrôle, Le pouvoir sans règle serait le déspotisme : la liberté sans freins serait l’anarchie.

Mais si toutes deux s’harmonisent dans la justice et la vérité, c’est l’ordre social, c’est le bien ; et si la charité vient se joindre à la justice, c'est l’idéal.

Eh ! bien, Messieurs, nous ne voulons pas porter atteinte au pouvoir, mais nous ne voulons pas voir restreindre nos libertés nécessaires.

Nous ne sommes ni le nombre, ni la force, ni l'influence, ni la richesse ; et comme nationalité française, la province de Québec n’est encore qu’un enfant. Mais si l’on voulait déchirer les traités qui nous protègent, si l’on voulait jeter aux vents du ciel la constitution qui définit nos droits, si l’on allait enfin soumettre à une épreuve décisive notre foi, notre patriotisme et nos aspirations nationales, on verrait cet enfant prendre les proportions d’un géant.

Car il est un pacte sacré qu’on ne pourra jamais déchirer parce qu’il est écrit dans le cœur même de la nation, et parce qu’il consacre son alliance avec une institution immortelle : l'Eglise.

Or, un peuple qui croit à l’indissoluble union de sa nationalité et de sa foi, et qui les aime assez pour leur sacrifier sa vie, est un peuple qui vivra.

‘ La garde meurt et ne se rend pas, ”” disait un brave commandant sur un célèbre champ de bataille ; mais notre cri sera plus puissant, car nous dirons ; le Canadien-français ne se rend pas et il ne meurt pas. Jamais on ne lira sur une pierre tumulaire cette épitaphe : ci-gît le dernier des Canadiens-français |

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