DISCOURS DE M. AMYOT, M. P
M. le Président et Messieurs,
J'ai l'honneur de proposer la santé des nobles fils de Guttemberg, de la quatrième puissance de !’Etat.
Qui, demain, redira au monde entier les glorieuses réjouissances de ce soir, le faste ct la munificence de cette immense démonstration de notre nationalité, qui proclamera la vitalité, la puissance, et je le dis sans craint d’errer, l'influence toujours croissante et l’immortalité de la race française sur ce continent, sinon la presse ?
Dans cette ère de progrès, d'électricité, de vapeur, à cette époque où le génie de l’homme, guidé par Dieu, pénètre abondamment et avec une rapidité vertigineuse dans les secrets inépuisables et admirables de la nature créée pour lui, que ferions-nous sans la presse ? Quel retard dans le développement de toutes ces sciences qui rapproche l'homme de son Créateur ! Il faut à notre siècle ce véhicule rapide de la pensée, cette grande artère intellectuelle de la société humaine, qui tient constamment en rapport les peuples entr’eux, et les fait bénéficier du génie de chacun. Tout cela sert, en fin de compte, à la glorification de Dieu et au bonheur de l'humanité.
La presse a bien des titres à notre admiration et à notre support. Elle est l’historien fidèle des événements de chaque
jour. C’est elle qui forme et guide l'opinion, rappelle le passé, enregistre le présent, prévoit l'avenir : tel est son mode d’action.
Elle fait plus que cela encore ; elle est le boulevard de la liberté des peuples. Avec elle, il n’y a plus de tyrannie possible ; par elle la Bastille serait tombée sans entraîner la tête d’un roi. Rappeler aux gouvernants et aux gouvernés leurs aroits et leurs devoirs, faire prévaloir la morale et la justice, imposer le respect à l’ordre établi, rendre chacun responsable de ses actes à une opinion publique vigilante ; tel est aussi l’un des rôles de la presse. Et je suis heureux de dire qu’en notre cher Canada, notre presse s’acquitte noblement de cette tâche.
Comme toutes les grandes institutions destinées à protéger la société, notre presse est née dans l'amertume. Ceux de nos ancêtres, qui, les premiers, se vouèrent à cette profession si noble d’instruire et de défendre chaque jour leurs compatriotes eurent à subir la persécution. On crut pouvoir les baïllonner en les jetant au cachot. On ne fit que redoubler leur ardeur, ajouter à l’auréole de leur gloire, à la puissance de leur prestige, à l’efficacité de leur dévouement. Comme l’a dit un profond penseur : “ la justice outragée règne dans tous les cœurs.’’ Née au milieu des combats et des épreuves, notre presse a grandi. Elleest aujourd’hui l’émule de celle des autres nations, l’un de nos titres au respect du monde entier. Et elle peut se flatter d’avoir fourni de nos gloires nationales, les plus belles figures de notre histoire. Qui donc a conçu l’idée de cette société Saint-Jean-Baptiste qui nous permet, au sein de cette grande et hospitalière cité de Montréal de nous rassembler, de compter nos forces, de préparer la lutte de l’avenir avec une nouvelle ardeur, sinon un membre de la presse, le regretté Ludger Duvernay ! Il avait compris lui, ce grand patriote, qu’au peuple français en Amérique était réservé
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un grand rôle s’il savait se masser autour du drapeau, s’encourager à demeurer fidèle à l’autel et à la patrie.
Et encore aujourd’hui, à qui devons-nous le brillant succès de cette fête nationale ? A qui en devons-nous le résultat durable et pratique, sinon à la presse ? Toutes les belles et grandes idées développées ce soir, tous les projets patriotiques émis, toutes les espérances à réaliser pour l’honneur et la puissance de notre race, tout cela demeurerait lettre morte si la presse n’était pas là pour l’enrégistrer, le propager, l’éterniser. Honneur donc à la presse du Canada. Honneur à la presse française qui a toujours lutté avec tant d’héroïsme, pour nos droits et nos libertés. Honneur aussi à la presse anglaise qui nous rend l'estime que nous avons pour elle. Honneur à la presse des Etats-Unis et à celle de l’Angleterre qui acclament cette démonstration. Honneur enfin à la presse de la vieille France qui ne dédaigne plus le Canada-français et nous donne avec orgueil le nom de frères d'Amérique.
Prenons donc un toast chaleureux à la santé de la presse: du Canada, en y associant celle des Etats-Unis et celle de l’Europe anglaise et française.