‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 67 sur 98 · DISCOURS DE MONSEIGNEUR LAFLÈCHE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE MONSEIGNEUR LAFLÈCHE

Véritable ovation lorsque se lève le vénérable prélat. L'on aurait dit que la salle allait crouler sous le tonnerre des applaudissements plus que prolongés. Voici le résumé de son. discours improvisé :

Une force a réuni cette assemblée : c’est le patriotisme. Quels sont les éléments constitutifs de cette force ?

Comme toutes les forces, le patriotisme doit être dirigé intelligemment si l’on veut qu’il produise de bons résultats. La vapeur opère des merveilles à l'avantage de l’homme lorsqu'elle est bien dirigée, mais par une mauvaise direction elle devient un engin de destruction. Et de même le patriotisme mal guidé enfante les plus grands désastres.

Le patriotisme est l’une des plus grandes forces morales, car il a ses racines dans les plus nobles sentiments du cœur humain.

Il faut, avant ae poursuivre, noter qu’il y a une différence entre la nationalité et le patriotisme, aussi grande qu'entre une racine et une fleur.

Qùe doit-on entendre par nationalité ? Ce mot vient dw verbe ‘‘ naître.” Il y a des nations qui vivent sous un gou

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vernement étranger, et parmi des races étrangères. Ainsi les Juifs. Ce n’est donc que par la naissance que nous avons une nationalité. Par la naissance, nous devenons les enfants du péché et notre langage est celui de la douleur. Cela s'explique par la chute originelle,

Ce qui fait une nationalité, c’est l'éducation. Prenez l’enfant d’une mère civilisée et faites-le élever dans la hutte d’un sauvage. Il 2pprendra le langage du sauvage. Placez l’enfant d’un sauvage sous les soins d’une mère civilisée, et il aura le langage, les idées de la civilisation.

Le langage est donc le premier élément de la nationalité. Avant que Dieu eût confondu le langage des constructeurs de Babel, il n’y avait pas de nationalité. Dans la Sainte Ecriture, nous ne trouvons la trace d'aucune nationalité avant le déluge. La seule distinction qui existait était celle d'enfants de Dieu et d'enfants des hommes.

Après le déluge, nous ne voyons pas non plus de nationalité. Les peuples demeurèrent divisés en familles sous le gouvernement des patriarches, jusqu’à ce que la divine Providence jugeât à propos de les diviser par groupes.

S'il y a une chose qui tient au cœur d’un homme, c’est le langage qu’il a appris de sa mère ; ceux qui ont vécu longtemps sur la terre étrangère sont très puissamment émus par le son de la langue de leur enfance.

Les Canadiens doivent bénir Dieu pour la belle langue qu’il leur a donnée. C’est un héritage précieux ; gardons-le bien, et ne ïe perdons jamais.

Les Canadiens sont un peuple greffé sur une plante étrangère, et c’est à cela qu’il doivent en partie leur conservation nationale. Ils ont échappé aux horreurs de la révolution française.

L'on se demande souvent pourquoi ils sont si loyaux ; la raison est dans la gratitude pour la protection reçue.

Ils sont Français du fond de leurs cœurs mais Français de la Nouvelle-France. Nous trouvons chez nous la langue et les coutumes de la France de Louis XIV ; les mœurs policées de cette antique France subsistent sous nos toits.

Ne parlons donc pas anglais sans nécessité, et si nous le parlons, ne le parlons pas trop bien. Il n’y a rien que j'aime comme un Canadien parlant mal l'anglais. Ne permettons jamais à la langue étrangère de s’asseoir à nos foyers.

Mais il y a un autre élément plus puissant dans la nationalité. L'enfant commence à un certain temps, à retenir des idées, à former des conceptions, et si celles-ci sont vraies, elles s’infusent en lui. Si le père est un catholique sincère, l’enfant sera un catholique. La foi est le second élément dans la nationalité ; c’est le lien le plus fort et le plus puissant pour unir les hommes. Ils ont reçu toutes les lumières de la foi de leurs ancêtres.

Les enfants ont généralement la foi de leurs parents. Il cite les Juifs comme exemple. Pourquoi l'Angleterre a-t-elle fait de si grands efforts pour nous enlever notre foi catholique et pourquoi leurs efforts ont-ils eu si peu de succès ? Parce que cette foi de leur enfance est le lien national.

Si aujourd’hui, les Canadiens se rendent dans les plaines lointaines de l'Ouest, cela est dû à l’établissement dans cet endroit d’églises catholiques. Il y a 66 ans que l’église a planté là l’étendard de la religion. C’est ce qui assure l’avenir. Grâce au travail de Mgr Provencher et Mgr Taché, l'Eglise fondée dans l'Ouest est aujourd’hui prospère. Le séminaire, les écoles et les couvents en sont la preuve. Le langage et la foi sont les vraies sources du patriotisme. Ce fut pour ces deux grandes choses, qu’autrefois les paysans canadiens se battirent. Que l’on se souvienne toujours que l’on est Canadien et catholique.

Un troisième élément entre dans la nationalité : c’est

l'amour des objets qui ont d’abord frappé la vue de l’enfant, le sol qui a frappé son berceau et la tombe de ses ancêtres, tout ce qu'ils peuvent désigner par ces mots : la patrie.

C’est en cela que l’on trouve le secret de la force du patriotisme.

Sa Grandeur termine en disant qu'on reconnait le vrai Canadien en celui qui aime sa langue, sa foi et le lieu de sa naissance.

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