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trahison sur des preuves douteuses est restée un souvenir d'horreur aux populations, comme d’ailleurs, le reste de cette époque de terreur réelle ou imaginaire.
La race canadienne surtout en est la victime. Une nouvelle croisade s'organise contre la langue française que l’on veut supprimer au moyen d'écoles anglaises, succursales de l’institution royale, établies dans l:s campagnes. La tentacive de suppression de la langue des Canadiens s’étend à leur culte dont on veut gêner l'exercice, et aux biens ecclésiastiques dont on demande la confiscation.
L'établissement du Canadien pour soutenir les droits de la nation, est regardé comme un acte de sédition, et le propriétaire et les rédacteurs sont jetés en prison. Pierre Bédard, le père de celui qui proposera plus tard les 92 Résolutions, un de nos plus forts publicistes et écrivains politiques — et que j'appelierais le plus fort, si Etienne Parent n'était pas venu après lui, — est du nombre des victimes. Un écrit qu’il publia dans le temps sur le gouvernement responsable, est, — eû égard à l’époque où cette forme de gouvernement était même imparfaitement mise en force en Angleterre, et dont les principes étaient inconnus en Canada —— un modèle du genre et un véritable chef-d'œuvre. Les Canadiens les plus distingués sont comme lui l’objet du mauvais vouloir et des tracasseries du gouvernement et de ses officiers.
Le despotisme de Craig qui organise le règne de la terreur en Canada, vient mettre à son comble la disgrâce de notre race. Assaillie de tous les côtés, elle va succomber sous tant de revers ! Mais non, le peuple canadien ne disparaîtra pas encore du pays fondé par ses pères.
La guerre de 1812 entre l’Angleterre et les Etats-Unis, qui fait de nouveau craindre à la mère-patrie l’hostilité ou même la neutralité des Canadiens, est la cause du rappel de Craig, et la nomination de Sir George Provost à sa place ; mais le
premier ne quittera pas le pays avant d’avoir recommandé au premier ministre, Lord Liverpool, de révoquer la constitution de 1791 ou d’unir ies deux provinces, afin de noyer dans cette union le peuple canadien qu’il représente comme un peuple croupissant dans l'ignorance et qu’il accuse de lôcheté sur les champs de bataille.
Cependant ce neuple si lâche, ayant à sa tête le guerrier dont le pays vient d'élever la statue, repousse de nouveau l'invasion étrangère, et, conserve une seconde fois le pays à l'Angleterre.
Serait-t-il cette fois mieux récompensé que la première ? — La suite se chargera de répondre à cette question. Il convient de préciser au préalable, l’état de la lutte constitutionnelle soulevée entre la Chambre d’Assemblée d’une part et le Conseil exécutif et le Conseil Législatif de l’autre, lutte dont jusqu'ici nous n’avons dit qu’un mot. Ce qui est à proprement parler l’objet de cet historique, dont je démontrerai la nécessité pour caractériser les causes de l’établissement de notre soc'été.
En changeant de constitution, le pays n’avait pas changé de partis politiques ; les rivalités nationales et religieuses étaient les mêmes, elles n’avaient fait que changer de théâtre. La constitution de 1791 qui avait basé la représentation sur les, divisions territoriales et sur le chiffre de la population, et non sur les nationalités avec préférence pour la race anglaise, et continué à dispenser les Catholiques du serment d’abjuration, n'était pas populaire parmi les protestants dont elle avait déjoué les menées secrètes.
Ils croyaient cependant, que, quoique en minorité dans la législature, ils tiendraient, à raison de leurs connaissanees supérieures du droit constitutionnel et de la pratique des chambres, le haut du pavé parlementaire, et auraient bon marché de l’inexpérience des Canadiens. On sait comment.
leur attente fut trompée, et comment ces derniers, doués d'une éducation classique reçue dans nos grands colléges, et bien supérieure à l'éducation commerciale de leurs adversaires, pour la plupart des négociants, se montrèrent plus habiles qu'eux dans les joutes de ce genre.
Les électeurs canadiens qui, eux aussi, avaient cru à cette supériorité des Anglais et qui les avaient élus pour cette raison, reconnurent leur erreur qu’ils réparèrent aux prochaines élections. Le vote des députés anglais favorables à l'abolition de la langue française avait seul suffi pour leur attirer cette disgrâce.
Nous avons vu que les Canadiens en majorité dans la Chambre étaient en minorité au Conseil Législatif et n'étaient guère représentés au Conseil Exécutif.
De fait les conseillers de leur race qui les y représentaient étaient tout dévoués au Conseil Législatif et les créatures du pouvoir. Ils étaient de plus fonctionnaires publics pour la plupart. Les Canadiens avaient donc deux branches de la législature contre eux.
Ils comptaient aussi presque tous les employés des bureaux publics parmi leurs adversaires, et ces fonctionnaires formaient un corps puissant dont l'influence n’était pas un mince appoint parmi les éléments qui leur étaient hostiles. De là le nom de bureaucrates donné à ces employés et par extension aux amis du pouvoir ; surtout aux Canadiens transfuges.
Parmi les puissances publiques les adversaires des Canadiens comptaient donc dans la proportion de trois contre un.
Pour faire connaître en grandes lignes les points de ce débat soulevé entre la Chambre d'Assemblée d’un côté et le gouvernement et le Conseil Législatif de l’autre, ou plutôt entre le parti canadien et le parti anglais, commencé ou plutôt continué en 1791 et qui n’aura de terme qu'avec la suspension de la Constitution en 1839, résumons-les.
Inspiré par la haine qu’il portait à la nationalité et à la religion des Canadiens sous le nouveau régime comme sous l'ancien, le parti anglais continua à chercher leur dénationalisation en les anglifiant, et en les amenant au protestantisme. De là ses efforts manifestes dans la première session même du parlement pour abolir la langue française. Il cherche également à gêner l'exercice du culte catholique en refusant à l’Evêque ses priviléges hiérarchiques. Il établit l'institution royale et cherche à fonder des écoles protestantes dans les campagnes ; le but de ces écoles est de substituer la langue anglaise à la langue française.
‘ Cette province, disait un journal du temps, est déjà trop française pour une colonie britannique... Que nous soyons en guerre ou en paix, il est essentiel que nous fassions tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opnoser à l'accroissement des Français et de leur influence... Après une possession de quarante-sept ans, il est juste que la pro: vince devienne enfin anglaise. ”
Anglifier et protestantiser les Canadiens, c’est les absorber dans l’élément anglais, détruire leur force morale et leur influence et abattre la dernière barrière que leur langue et leur religion opposent à la domination britanniqu:. On peut en dire autant des lois françaises qui opposent un rempart puissant à l'invasion des institutions étrangères, car celles-là aussi, si, malgré les traités elles étaient introduites, seraient un ouissant auxiliaire pour affaiblir une race ennemie. L'’accaparement des biens religieux et autres propriétés ecclésiastiques, les biens des jésuites en particulier, va de pair avec les. autres éléments de dénationalisation.
Comme la propriété foncière est aux mains des Canadiens. et que dans tous les pays, la possession du sol est le principal élément de force nationale, on veut l’imposer et remplacer:
par la taxe foncière, ia taxe sur le commerce que la Chambre d'Assemblée est parvenue à décréter.
D'ailleurs comme c’est'sur l'impôt que doit se prendre la liste civile à laquelle émergent les fonctionnaires publics, à de très rares exceptions, appartenant à la race anglaise, i] s'en suivait qu’en le faisant peser sur les Canadien: on les rendaient tributaires de l’autre race. Ainsi donc les Canadiens «1 très forte majorité, non seulement n'auraient pas leur sart du patronage ministériel, ou de l'impôt, mais ils l’auraient payé seuls. Aussi résistérent-ils avec succès à cette exaction, et ils maintinrent l'impôt sur les objets de commerce,
Comme la Chambre d'Assemblée, ainsi que nous l'avons vu, s'était fait attribuer la disposition du revenu dans une de ses premières sessions, ce qui est d’ailleurs l’apanage du corps électif dans le gouvernemeut parlementaire, ce fut sur le budjet que commencèrent les premiers conflits, entre le gou. vernement exécutif et le Conseil Législatif d’un côté, et la chambre d’assemblée de l’autre, conflit qui dura trente ans, ei qui ne finit qu'avec la suspension de la constitution.
La corruption de l'administration judiciaire et la vénalité des juges nommés par la Couronne, révocables à volonté, et en conséquence à la dévotion du conseil exécutif et du conseil législatif, où ils avaient des siéges, constituèrent un autre grief de la chambre populaire où ils étaient aussi éligibles.
Parmi ces magistrats, créatures serviles du gouvernement, on comptait le juge en chef, le grand ennemi de la race française et auteur de plusieurs plans faits pour l’anéantir ou l’absorber par l’Union législative. Il était président du conseil législatif. De là, la politique de la chambre d’assemblée pour rendre les juges indépendants de la Couronne, et les faire exclure des corps législatifs et du conseil législatif,
Jusqu'à la guerre de 18r2 les efforts de l’oligarchie s’étaiént portés vers la révocation de l’acte de 1791, ou sa modification
de façon à diminuer les priviléges constitutionnels des Canadiens ; mais à compter de cette époque, voyant l'inutilité de cette tentative, elle changea de tactique et se mit à demander l'union législative des deux provinces en une seule, sûr moyen de noyer l'influence de la majorité bas-canadienne en la mettant en minorité vis-à-vis de la représentation totale.
Le récit des tentatives de ce parti représenté par des délégués envoyés à Londres pour obtenir la passation d'une loi à cet effet, et appuyé par les marchands de la capitale qui interposaient leur médiation en sa faveur, auprès des autorités coloniales, des efforts non moins ardents du parti canadien pour déjouer les machinations de leurs adversaires, la députation de MM. Papineau, Nelson et Viger en Angleterre pour opposer ce plan inique et engager les ministres à rejeter la mesure introduite subrepticement dans le parlement anglais, et de sa défaite ; en un mot de la longue lutte qui de 1813 à 1830 s’est faite à ce sujet, est écrite à chaque page de l’histoire de cette période. Il suffit de dire qu'abandonné en apparence vers 1830, le plan de l’Union législative fut repris sur le rapport de Lord Durham en 1840, et que cette union ainsi faite pour nous perdre nous a sauvés.
Sans faire à ce précis historique une mise en scène plus considérable que ne le demande son objet et les développements pratiques que j'entends en tirer, sans multiplier outre mesure les incidents de cette guerre parlementaire, je dois venir maintenant à la législation financière qui a été l’occa. sion de son dénouement.
Les fonctionnaires publics, classe nombreuse et influente, ai-je dit, la plupart anglais et protestants avaient naturellement pris parti pour le gouvernement et le conseil législatif dont les Canadiens repoussaient la composition qui leur était défavorable, et qui avait par ses refus de voter les lois de l’Assemblée, paralysé la législation. Le détail de ces mesures
qe
n’est pas nécessaire, Il n’en est pas ainsi des mesureg financières.
Les finances étaient depuis longtemps dans une situwaiion déplorable, les dépenses se faisaient sans l’avis des représentants du peuple, et chaque sesssion le gouvernement se contentait de mettre devant la législature un état partiel des sommes ainsi dépensées sans son autorité.
En 1818, ayant fait un état de ces sommes et additionné les divers montants requis pour les besoins de l’administration, c'est-à-dire fixé le chiffre du budget, le gouvernement demande à l’assemblée de voter en bloc ces deux montants et il demande ce vote et la liste pour la vie du Souverain. Ce qu’elle refuse. La raison qu’elle donnait de son refus était qu'une fois cette liste votée pour la vie du Souverain, le pouvoir exécutif ayant à sa disposition les fonds nécessaires se passerait facilement des chambres et dissoudrait le parlement quand bon leur semblerait. Elle voulait obtenir, par le contrôle de la liste civile, le plus d'influence possible sur le gouvernement ; elle avait, comme nous l'avons déjà vu, obtenu le vote annuel des subsides ; elle prétendait encore spécifier les différents objets pour lesquels elle les accordait. Il s'agissait de décider si les sommes d'argent votées par l'Etat le seraient en bloc, ou article par article. La dernière prétention était celle de la chambre, celle du gouvernement était contraire, et sur le refus de la Chambre de voter les subsides en bloc, elle fut dissoute.
Les nouvelles élections, au lieu de diminuer le nombre des Canadiens dans la Chambre d'Assemblée, ce qui était le vœu du gouvernement, les ramenèrent plus forts, et chaque session voyait le refus des subsides en bloc. Non seulement la chambre réaffirmait à chaque session son droit de les voter par articles,, elle en était venue à retrancher le salaire de quelques fonctionnaires qu’elle croyait inutiles ou coupables de malversa-
tion, et à réformer le budjet. Sur ce nouveau vote, nouvelle dissolution. De là les nombreuses dissolutions jusqu’en 1828, époque où Lord Dalhousie la dissout encore une fois et accompagne cette dissolution d’un discours offensant pour la majorité de l’Assemblée.
Plus tard, les esprits s'étant aigris davantage, la chambre refuse les subsides en entier et ces refus plusieurs fois répétés, causent une rupture ouverte entre les diverses branches et nous conduisent aux 92 résolutions votées pendant la session de 1834, amenée à une fin prématurée. Les 92 résolutions formulées par M. Papineau, rédigées par M. Morin et présentées par M. Elzéar Bédard, sont sans aucun doute le document politique le plus important de notre histoire parlementaire.
C’est un manifeste énergique de pensée et vigoureux de ton, quoique diffus, énumérant les griefs accumulés dans soixante ans d'abus, soufferts par un peuple qui a pour tout soutien la justice de sa cause et pour tout refuge la majesté des lois et la protection de la constitution. Peuple généreux, vaincu par les hazards des combats et la supériorité du nombre, livré par les chances d’une navigation heureuse, et par la capitulation d’un fonctionnaire incapable, comme on le disait alors, sa faute depuis qu’il est devenu sujet anglais, a été sa langue, son crime sa foi, et la cause de sa proscription a été sa nationalité,
S'il a eu d’autres torts, ça été de n’avoir pas vendu, en prenant des arrhes, sa fidélité à l’Angleterre, et s’il ne lui a conservé la colonie que deux fois, c’est qu’on ne lui a pas demandé plus souvent de tirer son épée pour elle.
Il n’a jamais réclamé que l'égalité des droits de sujet britannique et du patronage public en commun avec les autres races, l'exécution des traités et des chartes constitutionnelles et la mise en pratique de la constitution anglaise ; droits.
sacrés et franchises inaliénables dont le refus a été la cause de la lutte.
Les 92 résolutions furent à la fois une déclaration de droits, une protestation et une plainte. Aux droits de sujets britanniques que je viens de citer, elles ajoutent le maintien de la langue et de la nationalité du peuple canadien, protestant de sa loyauté à la couronne anglaise, et en appelant à la justice du Parlement et à l'honneur du peuple anglais.
Les griefs qu’elles formulent sont la répétition de ceux qu’elle a formulés pendant plus de trente ans, et dont elle leur demande le redressement. Ces demandes dont l’Angleterre a reconnu plus tard la justice, se bornant à l’octroi de droits aujourd’hui pleinement reconnus et auxquels est attaché le sort du peuple canadien. Il n’est pas un point de son existence sociale qui ne s’y trouve directement où indirectement intéressé.
Quelque fût la justice de ces demandes, elles ne furent pourtant pas accueillies favorablement en Angleterre, et le ministre des colonies en parla avec défaveur, on pourrait dire avec mépris. ‘Il est bien vrai, disait-il, que, sur 204 fonctionnaires, 47 seulement sont Canadiens-Français, mais cet état de choses est juste si l’on considère que bientôt les deux Canadas seront réunis et qu’alors la majorité de la population sera anglaise.”
Ce à quoi O’Connell indigné répondit : ‘“ Si c’est ainsi que vous entendez la justice, (Zf #his is what you mean by justice) le Canada n’aura bientôt plus rien à envier à l’Irlande. L'aveu même de l’honorable ministre des colonies est une preuve des abus commis par ceux qui gouvernent le Canada, puisque sur une population composée de plus des trois quarts de Canadiens-Français, on ne leur accorde pas un quart des charges publiques. La composition du conseil législatif est aussi vicieuse, puisque parmi ses membres les uns sont ou
ministres, juges ou fonctionnaires publics, ce qui donne un double avantage au gouvernement.”?
J'ai dit que les 92 résolutions étaient aussi une plainte. C'est dars le sens que l’a compris le libérateur de l'Irlande, et non a. * le sens de supplication q’il faut entendre le mot. Les descendants de St-Louis, d’une race qui a passé par trois générations de croisés, qui était à Soissons, à Roncevaux, à Bouvines et à Ivry, qui, comme le Prométhée de la fable a ravi à l’Europe le feu de sa civilisation, —je dirais du christianisme si le rapprochement ne me paraissait profane—pour en allumer le flambeau en Amérique, qui a découvert les grands fleuves du Nouveau Monde, en a peuplé les déserts, défriché les forêts, planté la croix sur ses hautes montagnes, et attaché son nom à toutes les grandes œuvres et à tous les endroits fameux, les descendants de cette race héroïque ne supplient pas. Comme César qui couvre son visage de sa toge et tombe percé de coups sur le parquet du Capitole, quand il lui faut mourir. c’est en voilant sa tête dans sa robe de missionnaire ou dans son linceuil de martyr que ce peuple meurt.
Les 92 résolutions furent le dernier chant de ce poëme héroïque qui s'appelle l’histoire de la chambre d’assemblée du Bas-Canada, mais ce ne fut pas le chant du cygne. Le cygne, oiseau plaintif, pleure, chante et meurt. L’aigle, oiseau puissant et fort, menacé par les embüches de la plaine, s’enfuit vers les montagnes. Déployant ses ailes aux longues envergures, il s’élance dans l’espace et bondit vers le soleil dont les rayons brûlants n’éblouissent pas ses regards ; pour lui, le soleil, c’est la liberté !
Le lion pris dans les filets tendus par les mains artificieuses des chasseurs ne s’abaissent pas non plus à de lâches supplications. Mais, secouant sa crinière farouche et agitant son pelage fauve, jl pousse de longs rugissements, et, concentrant
toute sa puissance dans un effort suprême, il s’élance libre dans la forêt. A la liberté de l’aigle et du lion je veux comparer la liberté constitutionnelle que les 92 résolutions nous ont conquises, et à l'oiseau de Jupiter et au roi de la forêt, le conquérant de cette liberté et l’initiateur de ce manifeste, le bouillant tribun qui a longtemps présidé l'assemblée dont les voutes ont si souvent retenti des accents de sa mâle éloquence.
Lors de la prorogation de cette mémorable session de 1834, en entendant le discours insultant de l’altier proconsul, comme le dernier des Gracques, le tribun ne lança pas vers le ciel, en signe d’imprécations contre les patriciens une poignée de la poudre enflammée du forum, mais il secoua sur le parquet la poussière de ses pieds, et se drapant fièrement dans sa toge, il sortit de ces lieux souillés par tant d’injustices. Le peuple canadien en sortit avec lui.
Les 92 résolutions furent le testament politique des hommes de 1791 et de 1813 en faveur des générations futures.
La situation du conseil exécutif et de l’assemblée était de. venue tellement tendue et l’on en était venu de part et d’autres à de telles extrémités, qu’il était évident que la crise allait se précipiter et qu’il fallait que la constitution fût raodifiée ou qu’elle fût brisée. La chambre d’assemblée se voyant près de sa fin, quelque fût le dénouement, crut devoir consigner dans un acte solennel auquel elle donna la forme de résolutions parlementaires, un état des questions constitutionnelles pour lesquelles elle avait combattu, des abus qu’elie avait blâmés et des réformes qu’elle avait demandées, pendant une lutte de quarante ans soutenue contre le conseil législatif et le gouvernement.
Ce fut un manifeste signalant les principes constitutionnels qu’elle avait défendus, le redressement des griefs qu’elle avait demandés et l’accomplissement des réformes qu’elle jugeait
utiles à sa prospérité et à son gouvernement. Ce fut la charte de ses franchises constitutionnelles et de son émancipation politique.
C'était quatre années seulement avant a suspension de la constitution, à une époque où les dissolutions fréquentes et continuellement répétées du parlement en rendait l’autorité illusoire et en paralysait l’action et où il était facile d’en prévoir la fin prochaine, l’expression de ses dernières volontés adressées au peuple de la province, auquel elle représentait leur accomplissement comme essentielle au maintien de ses institutions et de ses droits politiques et sociaux, de sa langue et de ses lois et comme indispensable à la conservation de la nationalité. Encore une fois le manifeste était le testament politique de la Chambre d'Assemblée.
L’exécution de ce testament incombait sans doute à la nation, mais elle n’était représentée par aucun corps public, et sans semblable représentation, un peuple ne peut être considéré qu’individuellement et il est incapable de tout acte politique. Dans l'intervalle la société St-Jean-Baptiste de Montréal fut fondée et ce fut elle qui devint l’exécutrice testamentaire de l’assemblée. Ce fut une puissance morale substituée à la puissance politique qui la remplaça pendant l’interrègne parlementaire de 1834 à 1840, et qui a marché de pair avec elle depuis l'acte d'Union de 1840.
On ne connaît que peu de chose de la fondation de la St- . Jean-Baptiste dont l’origine modeste semble peu en rapport avec une si haute mission. Les plus grandes entreprises ont souvent le plus petit commencement, et l’on connaît à peine la source des grands fleuves, dont le cours est majestueux et calme. Les petites rivières au contraire roulent leurs eaux avec fracas et l’on connait l’endroit précis de leur naissance.
La St-Jean-Baptiste fondée à Montréal le 24 Juin 1834 se œépandit rapidement dans le pays. On la voit étabkie en
1837 dans plusieurs endroits ; Québec, où le Docteur Bardy, de noble mémoire, en fut le véritable fondateur ; St-Denis, St- Ours et St-Jacques de l’Achigan, St-Athanase, St-Eustache et St-Charles sont de ce nombre. Suspendueen 1837, elle fut rétablie à Québec en 1842 et à Montréal en 1843.
Ludger Duvernay était un homme de fortes convictions et un grand patriote. Il est peu de Canadiens dont le souvenir soit resté aussi profondément gravé au cœur de la nation et le nom aussi populaire dans le pays.
Parler de Duvernay c’est parler de notre fête nationale et la feuille d'érable semble être son emblème aussi bien que celui de l’association. L'association St-Jean-Baptiste fut créée originairement comme une association politique. Les discours prononcés au banquet de sa fondation et dans les banquets subséquents, tant à Montréal qu'ailleurs, témoignent suffisamment de cette destination. Je tiens le fait d’ailleurs de Duvernay lui-même, qui s’était pour ainsi dire identifié avec elle : il en parlait avec une grande complaisance et même avec le degré d’enthousi.sme que les efforts constants qu’il faisait pour cacher, sous un dehors calme, une hature bouillante er passionnée, lui permettaient de manifester librement.
Il m’a beaucoup et souvent parlé de la St-Jean-Baptiste et des projets ambitieux qu’il faisait pour son agrandissement. C’est de lui que je tiens l’idée de faire une société générale de toutes les sociétés particulières établies en Amérique sans briser leur autonomie et nuire à leur existence particulière, et je suis heureux de lui en attribuer ici la paternité. De son temps, où l’émigration aux Etats-Unis ne faisait que commencer, il! n’y avait pas de sociétés nationales établies en dehors de la province où se bornait son ambition. ‘* Avecun levier semblable je soulèverais le pays,” m'a-t-il souvent dit.
Il est mort sans avoir pu réaliser son idée, et son énergie s’est concentrée sur la société de Montréal. Emporté jeune, la publication de son journal a absorbé son existence.
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Je lui ai souvent entendu dire comment en fondant la St- Jean-Baptiste il avait entendu en faire l'instrument de la propagation des 92 résolutions auxquelles il donnait son plein concours, et l'écho de la chambre d’assemblée. Il n’y eut jamais de désaccord entre les Canadiens sur le mérite même de ce fameux manifeste ; les principes politiques qu’elles expriment, les griefs qu’elles dénoncent et les réformes qu'elles réclament n’avaient rien de nouveau, elles avaient toujours fait la base du programme du parti libéral de l'assemblée. Le motif pour lequel quelques députés comme M. Nelson, M. Quesnel et une fraction de l'assemblée s'étaient séparés de M. Papineau, s’attaquait plutôt à la forme, à la convenance et à l’opportunité du document qu’au document lui-même, et leur valeur a moins été d’avoir énoncé des principes qui étaient déjà connus et pour lesquels la chambre avait longtemps combattu que de les avoir réduits en un corps de doctrine constitutionnelle, d’en avoir fait un credo politique. Ce credo fut celui des fondateurs de la St-Jean-Baptiste, qui se mêlèrent à l’agitation qui fut faite pour en faire triompher les principes, et dont un grand nombre, Duvernay en tête, souffrirent l’emprisonnement pour y avôir pris part. Ce ne fut pas la première fois que ce grand patriote souffrit pour ses croyances, il avait été emprisonné en 1832. C'était un homme sans compromis et sans peur. J'ajoute qu’il était sans reproche, et eût-on pu lui en adresser quelques uns, que l’association qu’il a fondée, et qui, dans les démonstrations de cette fête, a tant fait pour sa glorification, lui en accorderait volontiers une suprême absolution.
L'association St-Jean-Baptiste n’était cependant pas isolée dans sa défense et dans son panégyrique des 92 résolutions. Le peuple canadien était tout entier avec elle, et depuis leur promulgation jusqu’à la suspension de la constitution, elles furent le thème des débats politiques, et servit aux orateurs de points de ralliement,
Ces 92 résolutions que l’on a souvent représentées sous un faux jour, et dont on a même fait un sujet d’épouvante, qu'étaient-elles et quelles réformes demandaient-elles ? Exactement les réformes que l'Angleterre nous a accordées depuis, et dont le pays est aujourd’hui et depuis longtemps en pleine possession.
Elles demandaient : 1° La conservation de la religion des Canadiens, l'usage de leur langue et de leurs lois.
29 Le gouvernement responsable.
3° L'élection du conseil législatif par le peuple.
4° La disposition des deniers publics par la chambre populaire, et l’attribution au même corps de la législation financière et de l’établissement de l'impôt.
5° L'indépendance des juges, et leur inamovibilité, excepté par mauvaise conduite et sur adresse du parlement.
60 Leur exclusion de la représentation et de la politique.
7° La prohibition de donner au gouvernement des avis extra-judiciaires et des fonctionnaires publics.
8° La répartition égale du patronage entre les deux races.
9° La défense de cumuler des fonctions publiques.
109 La conservation des biens ecclésiastiques et l’affectation des biens des jésuites aux fins de l’éducation.
119 La législation scolaire et le pouvoir de construire des maisons d'éducation.
120 Le pouvoir de législation du parlement sur la tenure de toutes les terres, celles tenues en franc et commun soccage, sociale comme les autres.
13° L’abrogation du bill des tenures passé par l’Angleterre et qui tendait à accorder aux Seigneurs la propriété incommutable de leurs seigneuries et la dispense de leur obligation de les concéder à leurs censitaires. En d’autres mots la reconnaissance du pouvoir de l'assemblée sur la propriété.
Est-il nécessaire de dire que toutes ces réformes nous ont
été accordées depuis et que nous en sommes aujourd’hui en possession, Ce qui montre que dans la grande lutte dont nous venons de parcourir les diverses phases, la Chambre d'Assemblée avait raison.
En somme quel a été le résultat de ces réformes? La conservation de notre nationalité et la reconnaissance de notre égalité sociale, politique et religieuse vis-à-vis de nos compatriotes des autres origines. Ce résultat a été le fruit des luttes de nos pères et en particulier de la Chambre d'Assemblée,
Comment s’est opéré ce résultat merveilleux, au moyen de l’acte d'Union de 1841, qui en conformité du Rapport de Lord Durham fait pour nous noyer nous a sauvés, c’est ce qui me reste à vous dire,
J'éprouve pourtant le besoin ici de disculper le récit que je viens de vous faire des époques irritantes de notre histoire, marquées par l’antagonisme des races et les jalousies des nationalités, de toute intention de réveiller des haines oubliées, de raviver des ressentiments appaisés ou de ranimer le feu des cendres assoupies. Loin de moi un dessein semblable et toute pensée qui n’a point pour modèle l’honneur de notre race, la glorification de notre fête, et l’accomplissement des devoirs que m'impose ma charge de président !
En faisant le panégyrique de la St-Jean-Baptiste, il m'a bien fallu revenir à notre histoire et pouvais-je la défigurer ou en supprimer les pages les plus glorieuses ? Est-ce notre faute si ces pages ont été entachées du récit des persécutions qu’a subies notre race et des dangers qu'ont courus notre nationalité, notre langue et nos lois, mots usés peut-être, mais qui sont le fond de notre civilisation, civilisation à part et peut-être unique au monde. En vous racontant les dangers de cette civilisation, toute de foi religieuse et de traditions catholiques, je vous ai fait voir la protection mystérieuse dont Dieu l’a entourée et l’héroïisme de nos pères qui l’ont défendue.
N'eût-ce pas été défigurer notre histoire que de ne pas en révéler ces sublimes caractères !
Mon cœur éprouvait un autre besoin, un devoir plus saint encore s’imposait à ma mission. Longtemps une énorme injustice a pesé sur nos compatriotes, et on a cherche à attacher un stigmate à leur front. En faisant rejaillir sur eux le blâme des événements à jamais regrettables qui ont ensanglanté la fin de cette époque, on a impugné leur allégéance envers leur souveraine ; on les a accusés de trahison, Une longue fidélité et le sang versé sur trois champs de bataille repoussaient éloquemment cette accusation. Mais, si aux faits il fallait ajouter les paroles, si au mot qui les condamne il fallait ajouter celui qui les réhabilite, à côté du mot snsurrection j'écrirais le mot provocation.
Cependant oublions le passé et jetons un voile sur les événements qui vont suivre.
Nous voici parvenus à la fin de l’époque de 1837, celle que nous avons appelée l’époque de la lutte. Nous en étions sortis vaincus, brisés, et suivant les apparences, nous ne devions pas nous relever de notre défaite. La suspension de la Constitution et la création du conseil spécial, en nous enlevant le régime parlementaire devaient no‘is remettre sous le contrôle d’un gouvernement absolu comme l'était le conseil nommé sous. l'empire de la proclamation de 1783 et aboli par l’acte de Québec. Nous avions retourné de soixante-quinze ans en arrière. Ce fut sous ces circonstances que Lord Durham recommanda l'absorption de la race française par l’union de 1841, système si longtemps rêvé par les Anglais, mais qui leur avait été jusque-là refusé.
Si sous cette union la lutte eût continué d’être une guerre de nationalité, nous étions infailliblement perdus, car, vis-àvis la race anglaise des deux provinces, nous étions en minorité. L'espoir des unionistes était que les Hauts Canadiens
s'uniraient comme un seul homme aux Anglais du Bas et ostraciseraient bientôt la race française.
Mais il n’en fut pas ainsi. Les Hauts-Canadïens étaient divisés en deux camps : les réformistes et les tories ; les premiers s’unirent à la majorité du Bas-Canada, et les deux partis obtinrent et gardèrent le pouvoir jusqu’à la coalition de 1854, époque où la majorité du Bas-Canada étant assez forte pour couvrir la minorité du Haut, conduisit le gouvernement jusqu’à la Confédération. C’est ainsi que par un dénouement qui, quelques années auparavant seulement, avait paru impossible, les Canadiens prirent le pouvoir en 1842 et à un court intervalle près, le gardèrent pendant tout le temps de l’Union et que les Anglais du Bas-Canada, cessant de former un parti distinct, restèrent quand ils ne voulurent pas se rallier aux Canadiens dans une grande minorité insignifante.
Les rôles avaient changé et c'était maintenant les derniers qui commandaient.
Comment en si peu de temps s’était opéré ce qu’on pouvait presque appeler ce prodige. C’est ce qu’un seul mot explique: le gouvernement responsable !
Comment, les auteurs de l’acte d'Union de 1841 dont l'objet était de soumettre la race française aux autres et de l’anglifier, n’ont-ils pas prévu le résultat et ne l’ont-ils pas évité ?
C’est parce que l’hostilité que l’on a prêtée à la mèrepatrie à l'égard de la race française du Canada n’a jamais existé, du moins au degré que l’on suppose. Le peuple anglais est assez libre pour ne pas redouter la liberté relative de ses colonies et son gouvernement anglais n’a jamais voulu commander à des esclaves. Qui dit peuple anglais et toute population qui lui touche dit aujourd’hui : indépendance et liberté constitutionnelle.
Il s'était d’ailleurs opéré depuis l'indépendance des Etats- Unis de grandes modifications dans la politique coloniale. Les dissensions causées dans quelques colonies et en particulier dans la nôtre, par le régime absolu, ou parlementaire irresponsable, avaient convaincu iles hommes d'Etat des dangers d'en continuer plus longtemps l'exercice. C'eut été surtout manquer à ses hautes notions politiques et à la justice due à une colonie habitée en partie par une race, qui dans le danger lui avait été fidèle, et qui, attaquée d’un côté par les sommités d’un parti, était défendue par les orateurs distingués de l’autre. Partout et surtout en Angleterre, le malheur et la justice trouvent des défenseurs. Puis-je en terminant ne pas rendre justice à ce noble pays !
DISCOURS DE M. PASCAL POIRIER, Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Je regrette, et pour vous et pour moi-même, que l’hon. M. Landry ne puisse pas, étant, ainsi que M. le Président vient de nous le dire, indisposé, prendre part à cette séance du Congrès et vous parler des Acadiens, dont il cst le chef politique reconnu. Je le regrette pour vous, que cett& indisposition prive d'entendre un des meilleurs orateurs, non seulement de l’Acadie, mais même du Canada ; et pour moi que cela charge d’un fardeau trop pesant pour mes épaules. Néanmoins l'accueil sympathique que vous venez de me faire m’encourage, et je ne veux pas, quoiqu'il puisse arriver, qu’une crainte trop exagérée me ferme la bouche en cette circonstance et m'empêche de parler de mes compatriotes à leurs amis, à leurs frères du Canada et des Etats-Unis.
Permettez-moi d’abord de vous remercier, au nom de toute l’Acadie, de l'invitation gracieuse que vous nous avez
faite de prendre part, comme étant des vôtres, au cinquantenaire de votre belle fête nationale et de nous y avoir réservé une place aussi honorable.
Afin d'attirer tous les membres, même les plus éloignés, même les plus oubliés, de la grande famille française en Amérique, vous entourez votre fête des dehors les plus éclatants, d’une pompe telle qu’il ne s’en est peut-être jamais vue sur ce continent. Soyez-en félicités. La Grèce d'autrefois, petit peuple dont la nationalité comme la nôtre était menacée d'absorption par ses puissants voisins, sortait toujours plus forte, sortait invincible de ses jeux olympiques et de son conseil des Amphictyons, parce quelle en sortait plus unie. A l'instar de ce glorieux peyple nous nous séparerons, au sortir de ces fêtes magnifiques, de ce grand conseil de toute la nationalité, plus maîtres du présent, plus confiants dans l'avenir, plus forts enfin, parce que nous aurons compté nos forces ; parce que nous nous serons pressé la main dans une étreinte d'amitié franche ; parce que nous aurons parcouru ensemble le livre où sont écrits les actes de nos pères et que nous y aurons trouvé, parmi des pages glorieuses, des pages de deuil et de sang, mais pas une tache ; parce que nous aurons respiré ensemble une atmosphère imprégnée, si je puis parler ainsi, de l'amour du même pays et de la même religion divine ; parce: que, en un mot, nous serons plus frères. Et comme la vie: d’une nation, aussi bien que celle d’un individu, est un combat perpétuel, nous aurons fait, ce qu’il est toujours sage de faire de temps à aütre, une revue, un dénombrement de nos forces.
Dans ce dénombrement universel de notre race, de l’armée française en Amérique, le contingent de l’Acadie est bien modeste. Cependant, messieurs, vous avez fait sagement denous inviter, d’abord parce que nous sommes des vôtres, et que toute famille qui se divise est menacée de ruine, et.
qu’ensuite, ce que nous vous apportons de force matérielle et de force morale n’est pas à dédaigner.
Numériquement nous sommes 108,958 dans les provinces maritimes, 56,635 au Nouveau Brunswick, 41,219 à la Nouvelle Ecosse et 10,751 à l’Ile du Prince Edouard. C’est peu, comparé au chiffre de la population anglaise ; et cependant, à tout prendre, étant considérée la route de douleur et d’extermination que nous avons eu à parcourir, c’est beaucoup. C’est beaucoup surtout si nous tournons nos regards vers l'avenir. Combien étiez-vous lors de la cession du pays à l’Angleterre, vous que nos maîtres d’aujourd’hui durent ncgocier avec le roi de France, n’ayant pas pu vous vaincre en la dernière bataille rangée, livrée sous les murs de Québec ! Soixante et dix mille environ. Il y a un siècle et quart de cela, et aujourd’hui vous êtes au delà d’un million dans votre belle province de Québec ; 102,743 dans la province d’Ontario, et vous comptez au sud de la ligne 45 au delà d’un tiers de million de frères..…....frères qui vous reviendront, espéronsle. Il y a un siècle et quart vous n'étiez qu’une poignée d'hommes, abandonnés de la France qui vous avait vendus, abandonnés par votre armée victorieuse et par ses chefs immortels, je veux parler de Lévis, de Vaudreuil, de Bougainville et de leurs compagnons, désertés par la plupart de vos nobles, de vos négociants ayant acquis de la richesse, de vos hommes de droit et de loi; assujettis à un régime militaire rigoureux, le régime des nouveaux possesseurs; épuisés de toutes manières ; ayant dans vos maisons la disette, dans vos villes la banqueroute hideuse, dans vos âmes le désespoir morne et silencieux, ayant tout perdu, en un mot, fors votre religion catholique et votre caractère français, c’est-à-dire, fors l’honneur.
Vous êtes aujourd’hui, après cent vingt cinq ans d'existence passés dans des conditions adverses, vous êtes un peuple dont
la nationalité est assise sur des bases solides, vous êtes redevenus les maîtres dans votre province, et cela en l’emportant sur vos concurrents dans le combat pacifique dont le créateur a donné le signal autrefois par ces mots ; croissez et multipliez ; vous avez un passé admirable, ce qui vous garantit un avenir glorieux, et si vous n’êtes plus la Nouvelle-France, vous êtes mieux que cela, vous êtes la vieille France, c'est-àdire la France catholique.
Nous sommes de la même famille que vous, messieurs, le même sang coule dans nos veines, la même foi éclaire et échauffe nos âmes, nous avons pour nous appuyer un passé non moins irréprochable que le vôtre et nous sommes 109,000 Acadiens dans les Provinces Maritimes seulement. Si j’ajoutais à ce nombre, les îles de la Madeleine, exciusivement peuplées d’Acadiens ; les côtes du Labrador et celles de la Gaspésie, qui grossissent le chiffre officiel de votre population ; si j'allais trier dans les comtés de Montcalm, de Joliette, de Napierreville, d’Iberville, de St-Jean, à Bécancourt, à St- Grégoire, à Nicolet, dans le district de Trois-Rivières, ici à Montréal même, les Acadiens, débris du grand naufrage de 1755, qui s’y trouvent ; si je réclamais pour nous, comme j'en aurais jusqu’à un certain point le droit, vos Hébert, vos Dugast, vos Thibodeau, vos Bourassa, vos IeBlanc, vos Bourgeois, vos Dupuis, vos Gaudet, vos Belliveau, vos Richard, vos Melançon, vos Cormier, vos Doucet, vos Fontaine, vos Girouard, vos Poirier, notre chiffre grandirait considérablement et notre importance dans la même proportion, car vous avouerez que les noms que je viens de nommer, qui presque tous se réclament directement ou indirectement de l’Acadie, ne sont pas les moins considvcrables et les moins estimables dans votre province. Combien -de personnes n’ai-je pas rencontrées au Canada qui me disaient en apprenant que j'étais un Cuyen de l’Acadie : ‘ moi aussi
je suis presque des vôtres, ma femme est une descendante d’Acadiens ; mon aïeule maternelle venait de Port-Royal.” Et je dois ajouter — avec beaucoup d’orgueil,—qu’aucune de ces personnes-là ne m'a jamais paru avoir honte de son origine, de son lignage Acadien.
Eh bien ! en prenant pour termes de mes calculs la carrière que vous avez parcourue, je puis dire que dans un autre siècle et quart, alors que vous serez 15,0c0,000 dans la province de Québec, seulement, sans compter les Etats-Unis et l'Ontario, nous compterons pour près de 2,400,000 dans les Provinces Maritimes, soit pour près d’un million de plus qu'il ya aujourd’hui de Canadiens dans les deux Canadas et dans les Etats-Unis. Faisons la part des circonstances, tenons compte des difficultés plus grandes qu’il y a aujourd’hui à coloniser et disons, sans exagération, que dans un siècle et quart vous serez dans le Bas-Canada 10,000,000 de Canadiens et nous un million et demi dans la vieille Acadie.
Les Acadiens sont donc destinés à devenir un élément considérable dans la Confédération Canadienne ; et sans vouloir ajouter foi à ce que certains optimistes, notre excellent ami M. Rameau entre autres, nous prédisent, à savoir que nous arriverons à reprendre, grâce à la fécondité de notre race, la place prépondérante que nous avous perdue dans les Provinces Maritimes, nous pouvons au moins affirmer que nos compatriotes anglais devront à l'avenir compter avec nous. Et qui compte avec nous compte avec vous, messieurs !
Dans ce calcul du mouvement de notre population j'ai laissé de côté les Acadiens, dont j'ai parlé tout à l'heure, qui se sont réfugiés ou fixés parmi vous et que M. L. U. Fontaine, dans son rapport sur les Acadiens de la province de Québec, lu à la Convention de 1874, estime à 100,000. Voilà pour l'effectif.
Examinons maintenant les positions, car il ne faut pas
oublier que c’est une grande revue que nous faisons, quelque chose comme le dénombrement de l’armée de la Grèce devant Troie.
Si vous ouvrez la carte du Nouveau Brunswick, vous verrez une immense zône de territoire s'étendant le long du littoral du Golfe Saint-Laurent, depuis la Baie-des-Chaleurs, sur la frontière du Bas-Canada, jusqu’à la Baie Verte, aux limites de la Nouvelle-Ecosse. (Cette portion du pays, deux cent cinquante milles d’étendue, regarde la province de Québec. Eh bien ! M. le président, la plus grande partie de ce littoral . appartient aux Acadiens, et le reste leur appartiendra un jour.
Voyez plutôt.
S'échelonnant le long de ces province. nous trouvons successivement les comtés de Ristigouche, de Gloucester, de Northumberland, de Kent, et de Westmoreland. Sur ces cinq comtés deux, Gloucester et Kent, sont irrévocablement à nous, la population acadienne étant dans le premier—recensement de 1880—de 15,687 sur un total de 21,614 et dans le second de 13,013 sur un total de 22,586. Ristigouche emboîte magnifiquement le pas. Aux dernières élections locales, sur deux députés, il a été élu un Acadien, ou plutôt un Canadien, M. Labillois ; et ce monsieur me-disait l’année dernière que dans vingt ans le comté serait à nous, que nous y aurions la majorité des électeurs. Or vous le savez, avec le: régime parlementaire que nous avons, la majorité des votants c’est purement et simplement le pouvoir,
Northumberland æ une grande majorité anglaise, mais grâce à deux ou trois colonies acadiennes récemment établies par M. l'abbé Richard, et par M. Urbain Johnson, l’honorable M. Mitchell a été tout étonné de trouver, aux dernières élections, qu’il lui fallait compter avec quatre cents nouveaux votants acadiens, compactes et unis. Le travail de la coloni-
sation ne fait que commencer dans ce comté, mais comme vous le voyez, ce commencement prend des proportions satisfaisantes, augure bien pour l'avenir.
Le cinquième comté, celui de Westmoreland, dans lequel se trouvent le collége de Memramcook, et la paroisse de Shédiac dont j'ai l’honneur d’être l’un des représentants auprès de vous, le comté de Westmoreland a élu depuis trente-cinq ans, sans interruption sauf une fois, pendant la tourmente du notoire bill des écoles, un Acadien sur quatre députés qu’il envoie à Fredericton.
Ce comté qui renferme 11,798 Acadiens est le plus populeux du Nouveau-Brurswick. Si justice lui est faite, aux prochaines élections, ou, au moins, au prochain recensement, il sera divisé en deux, ou bien il aura une double représentation. Dans l’un et l’autre cas, les Acadiens seront en moyen d’envoyer un des leurs à Ottawa. Ainsi, messsieurs, dans un nombre d’années relativement rapproché, le Canada français s’étendra, sans solution de continuité depuis Ottawa jusqu’à la Baie-Verte, soit une distance de 1,000 milles.
Dans les onze autres comtés du Nouveau-Brunswick, nous n'avons pas de prétentions, sauf à Victoria où nous sommes à peu près chez nous, étant 11,798 sur une population de 15,- 586. Aussi y exerçons-nous notre droit de maître en élisant pour les Communes, à part un député acadien pour le local, le sympathique ami de notre race, l'honorable M. Costigan. Monsieur Costigan, quoique chef, representatire man, de l'élément irlandais dans le ministère, est un Canadien, ai-je entendu dire mille fois à Ottawa — Eh bien ! je dirais qu'il est encore plus Acadien que Canadien si cela ne revenait absolument au même. Par conséquent Victoria envoie, depuis de longues années, un député français aux Communes.
La situation n’est pas aussi avantageuse à la Nouvelle- Ecosse, nos forces étant plus éparpillées, plus disséminées.
Il n’y a que Richmond, au Cap-Breton, où nous ayons à peu près la majorité, 7,348 Acadiens sur une population de 15,121. Cependant nous sommes un nombre suffisant pour nous faire respecter, en attendant mieux encore, dans les comtés d’Antigoniche, où nous comptons 2,882 des nôtres dans le comté d’Inverness où nous comptons pour 3,630, et surtout dans Yarmouth où nous sommes 7,491 sur 21,284 et dans Digby où nous sommes 7,889 sur 19,881.
Il n’y a aucun comté sur l’Ile du Prince Edouard où nous ayons une majorité des nôtres. Toutefois le comté de Prince élisait pour les Communes, en 1874, l'honorable M. Stanislas Poirier, lequel avait été, pendant de longues années, représentant à la chambre locale, où il avait été, quoique Acadien, nommé Orateur. Le même comté envoie encore actuellement à Charlottetown, un autre député acadien, l’hon. M. TJ. O. Arseneau, qui est ministre dans le présent cabinet. Sur une population de 34,347 on y compte 7,229 Acadiens.
Nous figurons donc pour quelque chose dans notre province, messieurs, et comme nous formons une seule et même phalange catholique et française avec vous, nous sommes fiers de songer que nous grossissons un peu vos rangs, que nous vous aidons à remplir vos cadres. De votre côté, l'influence, le prestige, la force dont vous disposez ici, nous est, par réflection, d’un grand secours, de même que la gloire, la puissance de notre vieille et bien aimée mère-patrie, la France, rejaillit sur nous et fait au’on compte plus avec nous, qu’on nous respecte davantage.
Nous avons vu l’effectif et les positions : faisons maintenant la revue des armes de combat, puis, pour terminer, nous examinerons quelles sont les dispositions morales des soldats et des officiers.
Nous existons encore ! Ce qui veut dire que rien d’humain —ou d’inhumain—n’empêchera désormais que nous ne vivions
jusqu’au bout de notre vie nationale. L’arme de notre salut, celle qui nous a sauvés par le passé et qui sera notre sauvegarde pour l'avenir, c’est notre caractère français, nos traditions acadiennes et notre religion, toutes choses que nous conservons comme étant ce que nous avons de plus précieux ici-bas. C’est à l'efficacité de ces armes que nous devons d’avoir mille fois repoussé la mort nationale qui nous anvahissait sous toutes. les formes, écrasement, dispersion, assujettissement, pauvreté, mépris, misère et dénûment inouis. Cela a été pour nous la parole disant aux sœurs de Lazare : Votre frère n’est qu’endormi ; et à celui-ci : Lève-toi du tombeau! Longtemps on nous à crus morts, attendu que nous ne donnions plus signe de vie ; mais nous aussi nous n’étions qu'endormis ; nous aussi nous avions un ami qui veillait sur notre sommeil d’agonie, ou de trépas, si vous le préférez ; et voici que nous nous levons, encore affaiblis et tout couverts de la poussière du tombeau, mais vivants, cependant, et d'autant plus déterminés à vivre que nous avons vu la mort de plus près, et témoignant en même temps aux nations de la vitalité de la race française et de cette vérité : c’est qu’un peuple qui s'appuie sur Dieu ne meurt pas.
Ce retour à la vie ne date que de vingt ans, la fondation du collége de Memramcook par l’un des vôtres, lequel est aussi devenu le premier d’entre les nôtres, le révérend Père Lefebvre.
Nous n'étions rien alors civilement ni politiquement, n’occupant aucunes positions officielles même des plus humbles, n’ayant, sauf une ou deux exceptions, aucun prêtre de notre race, pas un seul avocat, pas un médecin, pas d’instituteurs compétents ni d’institutrices, pas de commerçants ni d’industriels, et n’ambitionnant rien de ces choses là, parce que nous ne songions pas que rien de cela eût été fait pour nous. Satisfaits qu’on nous laissât vivre sans nous enlever le:
peu que nous possédions, nous ne demandions qu’à être ignorés, et qu’on nous laissât cueillir en paix les moissons que le bon Dieu nous donnait comme à nos voisins, et jouir de la lumière de son soleil qu’il ne novs refusait pas.
Aujourd’hui nous ne sommes certes pas au bout de la carrière, mais quelle distance nous avons franchie ! Nous avons des avocats et des médecins ; un nombre assez considérable de prêtres et de religieux ; des instituteurs et des institutrices, avec un département français à l’école normale ; chaque centre acadien a ses marchands acadiens ; nos cultivateurs commencent à travailler leurs terres avec plus d’intelligence, ayant plus de lumières ; nous avons quelques fonctionnaires publics à Ottawa et au pays ; nous avons un conseiller, l'honorable M. A. D. Richard, à la chambre haute du Nouveau-Brunswick et un autre, l’honorable monsieur Boudreau, vient de mourir à la Nouvelle-Ecosse ; nous avons un ministre dans le cabinet de Charlottetown, l’honorable M. Jos. O. Arsenault, et un autre, l'honorable M. Leblanc, à Halifax ; et nous avons à Ottawa un représentant qui, quoique français, et chef politique de sa nationalité, est reconnu par les Anglais eux-mêmes pour l’un des premiers /eaders du Nouveau-Brunswick, j'ai nommé l’honorable Pierre A. Landry.
Pour vous donner une meilleure idée du progrès universel que nous avons fait dans très peu d’années, il me suffira de vous dire qu’à la chute du gouvernement King-Fraser en 1878 et à la formation du cabinet Fraser-Landry, tout le monde disait, même des Acadiens, qu’un gouvernement à Frédéricton n’était pas viable avec un Acadien au conseil, Nous sortions alors de la tourmente du bill des écoles. Cependant, M. Landry est entré comme commissaire des travaux publics, c’est-à-dire avec le portefeuille donnant le plus de patronage, puis il a été nommé secrétaire provincial, ce
qui comprend l'administration des finances et est considéré le portefeuille le plus important ; et, à sa sortie du cabinet
pour venir à Ottawa, on disait partout dans les cercles politiques qu’un ministère n’était pas viable sans un Acadien de.
dans. Ce renversement radical, dû en grande partie aux
talents et à l’honorabilité de M. Landry, mais qui fait hon
neur aux Anglais de ma province, s’est opéré dans l’espace de cinq ans!
__ Je vais ici commettre une indiscrétion. Comme je n'ai pas de donnée absolument officielle, tout en étant bien certain du fait, je puis sans trop d’indiscrétion être indiscret. Si par hasard j’avançais quelque chose qui ne fût pas absolument vrai, les intéressés, et ils ne sont pas loin d’ici, je crois, pourront me reprendre. Voici: c’est que lorsque l’honorable M. Fraser, aujourd’hui juge de la cour supérieure, s’est retiré du ministère, la place de premier ministre a été offerte à M. Landry.
Il a refusé, ne croyant pas sa province mûre pour szésr un premier ministre français. Si je l’osais, pour la première fois, je lui dirais ici qu’il a eu tort ; parce que messieurs les Anglais sont avant tout des gens pratiques, et que, s’ils l’ont désigné, c'est qu’ils le reconnaissent comme le premier de leurs. hommes politiques à Fredericton, #keir very best man.
Ces progrès que nous réalisons d’une manière remarquable, ‘cette influence que nous commençons à acquérir, cette déférence que l’on croit maintenant pouvoir nous accorder sans trop déroger, tout cela se fait sentir non-seulement dans nos provinces d’en-bas, même ici au cœur du Canada Une preuve bien frappante que nous faisons du chemin, c’est qu’à votre grande célébration de 1874 il y eut ici, comme hier au soir, un banquet somptueux où toutes les gloires nationales, où toutes les personnes revêtues d’une autorité respectée, où. toutes les nationalités amies, eurent leur toast, furent accla-
——— ee a ee
mées avec enthousiasme, Le tour des Acadiens, dûment représentés à la fête, arriva; mais nous étions inscrits, nous vos frères aînés—ou pour le moins contemporains sur ce continent, sous le titre de: Varonalilés étrangères ! Toutes les nationalités étrangères eurent leur toast à la fin du banquet, les Anglais d’abord, puis les Irlandais, puis les Ecossais, puis les Métis du Manitoba. Les Acadiens vinrent les derniers !
Je ne rappelle pas cela pour en faire un reproche à qui que ce soit, mais pour constater un fait La chose, au reste, avait été faite sans mauvaise intention, sans l’idée de blesser au cœur ni d’humilier personne, mais tout naturellement : les Acadiens étaient encore à cette date si complètement effacés ! Hier au soir—sans que les organisateurs du banquet connussent probablement le fait que je viens de rapporter — les Acadiens occupaient la place qui leur revient, ils venaient immédiatement après nos frères des Etats-Unis et de l’Ontario, et ne portaient plus l’étiquette d'étrangers. N’avais-je pas raison de dire que nous faisons du chemin, même ici au centre du Canada ?
J'ai parlé tout à l'heure du collége de Memramcook et de son illustre fondateur et supérieur actuel, le Révérend Père Lefebvre. Nous avions jusqu’à il y a deux ans, un autre collége également florissant, qui fonctionnait depuis sept à huit ans, formant des chrétiens éclairés et des patriotes ardents, un collége acadien, en un mot, trop acadien, trop français, hélas ! pour sa vitalité—le collége de Saint-Louis, M. l'abbé Richard, un des nôtres et peut-être le plus méritant des nôtres, en était le fondateur et le supérieur. Ce collége fut fermé, il y a deux ans, dans des conditions trop pénibles et pour des motifs trop regrettables pour que je vous en fasse part, mesdames et messieurs.
L’aven:r est à Dieu et à ceux qui persévèrent avec foi et humilité : inclinons-nous et espérons,
Nous avons aussi un grand nombre de couvents fondés et dirigés par les excellentes sœurs de la Congrégation, rue l'île Saint-Jean, à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, ainsi que quelques autres couvents appartenant aux congrégations du Sacré-Cœur et des Sœurs de Charité.
Puis nous avons des écoles laïques françaises au Nouveau- Brunswick dans presque toutes les paroisses acadiennes, avec un inspecteur français, M. Valentin Landry. Les écoles fonctionnent bien ; et le bill des écoles dont il a été tant question, a été finalement tourné à l'avantage des Acadiens, depuis qu'il a été rendu acceptable par le gouvernement local, c’est-à-dire depuis que NN.SS. les évêques l’ont accepté. Ainsi la jeunesse acadienne du Nouveau-Brunswick a à peu près ce qu’il lui faut pour s’instruire dans sa langue maternelle et pour s’éclairer des lumières de la foi. La génération qui vient, si elle n’est pas plus française que celle qui s’en va, sera plus instruite, et possèdera par là même des armes plus efficaces pour combattre le combat national, maintenir les positions acquises et agrandir la sphère de son action.
Malheureusement les Acadiens de l’Ile du Prince Edouard et surtout ceux de la Nouvelle-Ecosse sont moins favorisés sous le rapport de l'instruction française. Ils manquent, pour la plupart, d'instituteurs et d’institutrices de leur langue, et les lois locales gênent, entravent considérablement leur action. Les difficultés de ce côté sont graves et considérables ; il faudra sans doute de rudes combats et de longues années pour les surmonter. Mais nous ne désespérons pas, avec beaucoup de patience et d’énergie, de réussir finalement, et il faut, sous peine de mort nationale, que nous réussissions ; car notre arme de salut, le signe tout puissant par lequel nous avons vaincu, c’est la Religion ; et le jour où nous aurons perdu—ce dont Dieu nous préserve—notre parler français et
nos traditions acadiennes, notre foi sera en grand danger de périr. *