CANTATE
Lue par l'auteur au Congrès National, séance du 28 Juin.)
Français du Canada, que votre voix s'apprête A chanter ce beau jour ;
Nous venons aujourd'hui de cette belle fêtr Acclamer le retour,
L'aube naît et déjà la vaste multitude, Serrée en rangs épais,
Défile, respirant la douce quiétude, Le bonheur et la paix.
Vous qui du ciel voyez cette masse profonde, Ancêtres vénérés,
Dites : ces rejetons d'une race féconde, Sont-ils dégénérés ?
Voyez leur front altier, leur figure sereine. Voyez ces étendards Flotter au gré des vents sur cette vague humaine , Où plongent vos regards !
Dans l'espace éthéré, flottent les pâles ombres,
De ces hommes de fer, morts aux champs de l'honneur : Ils viennent, du futur perçant les voiles sombres Découvrir à leur fils une ère de bonheur. |
Ils viennent apporter à la grande revue
Les touchants souvenirs d'un passé glorieux Quand la sainte espérance expose à notre vue A côté du présent l'avenir radieux,
Nous regardons, ravis, le présent qui s’efface, L'avenir qui s’avance et le passé qui fuit,
Ces mobiles jalons que le Temps dans l'espace Transforme en s'éloignant sur la route qu'il suit,
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Ces trois termes fatals, le Canadien les aime : Il fut. il est encore, il veut être toujours Digne de ces aïeux et digne de lui-même, Fidèle au Canada, son pays, ses amours,
Sur un nuage d'or, dans la voûte azurée,
Le génie immortel du Canada français Chante et fait retentir de sa voix assurée
Les ais du firmament, Ecoutons s s couplets :
Je suis soldat, voyageur, censitaire, Jardi marin, paisible laboureur, Coureur de bois, défricheur, mandataire, Homme d'Etat, artiste, découvreur, Est-il besoin que je me sacrifice ?
Sans hésiter j'affronte le trépas.
La nation que je personuifie
Est du sang des héros ; elle ne mourra pas,
Pour conserver ma multiple existence, 11 m'a fallu guerroyer constamment, Abandonné, sans la moindre assistance Contre Albion j'ai lutté vaillamment.
À Sainte-Foy, pour la France, ma mère Je triomphai dans un suprême effort.
On me vendit ! Ma douleur fut amère, Mais, en dépit de tous, je suis devenu fort,
Sous le drapeau de la vieille Angleterre J'ai par deux fois chassé l'envahisseur, Bravant l’orgueil d'un pouvoir arbitraire, J'ai dû, plus tard, combattre l'oppresseur, On a pendu de sublimes rebelles, Nobles martyrs dont l'œuvre restera.
Le coq gaulois a retrouvé ses ailes, Je suis libre et jamais l'on ne m'asservira.
oo, ms
De mon bras musculaire,
Je frappe rudement
Le chêne séculaire
Qui s'abat lourdement,
Sur l'élément perfide,
Domptant les flots rétifs, Je saute le rapide
Sans toucher aux récifs.
On me voit au portage,
A l'usine, au moulin,
Au chantier, sur la cage,
Ou fouillant le ravin,
Du flanc de la montagne J'extrais l'or précieux,
Durs travaux qu'accompagne Toujours mon chant joyeux.
De mon bras musculaire Je frappe rudement,
Le chêne séculaire
Qui s'abat lourdement Sur l’élément perfide, Domptant les flots rétifs, Je saute le rapide
Sans toucher aux récifs.
Apôtre, allant porter la semence féconde, Chasseur, s’aventurant dans la forêt profonde, Nocher, sillonnant les cours d'eau, Le Canadien-Français poursuit ses destinées ; Il est, des nations sur ses pas entraînées, Le guide et Je porte-flambeau.
On l'a vu traverser, dans ses courses lointaines, Les fleuves, les grands lacs, les vallons et les plaines, Escalader le pic géant Marcher du Groënland au golfe du Mexique, Des rivages fleuris que baigne l’Atlantique Jusqu'aux bords du Grand-OQcéan.
C'est lui qui, le premier parcourut l'Amérique, Sur tout le continent, la légende historique Redit les noms de nos trappeurs, Civilisation, tu nous dois tes conquêtes En marchant tu nous dis : Francs Canadiens, vous êtes Mes pionniers et mes sapeurs !