‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 94 sur 98 · L'HON. P. J. O0. CHAUVEAU, C.R · texte numérisé non relu

L'HON. P. J. O0. CHAUVEAU, C.R

Président du Congrès National.

Mel in ore, Scientia in Opere,

Il s’agit de l’une de nos gloires nationales ! saluons-la avec respect et essayons de rendre justice à la tâche que nous avons entreprise. Il nous faut parler du poëte, du littérateur, de l’homme poiitique et que nous devrons terminer — ce qui rend ce travail agréable — en parlant du citoyen.

L'honorable M. Chauveau est né à Québec le 30 mai 1820, Il est fils de Pierre Chauveau et de Dame Marie Louise Roy.

Celui qui devait se trouver seul au déclin de la vie, rencontra la mort aux premiers pas qu’il fit en ce monde ; il fut bientôt orphelin, et doit à la protection de son oncle maternel, feu le juge Hamel, les sages conseils dont il a su si bien profiter.

M. Chauveau fit ses études au Séminaire de Québec, dont il fut l’un des plus brillants élèves.

Il commença son droit à l’étude de MM. Hamel et Roy et les termina sous la direction de M. G. O'Kill Stuart, C. R.

En 1841 il était admis au Barreau du Bas-C' 1ada, maintenant la province de Québec.

M. Chauveau s’occupa de suite de travaux littéraires. De 1838 à 1841, il fut un des collaborateurs du journal Ze Canadien, puis il commença à se faire une réputation digne d’envie en correspondant avec le Courrier des Etats-Unis.

M. Frédéric Gaillardet a conservé un bon souvenir des

relations qui ont existé entre M. Chauveau et lui, et il n’a | négligé aucune occasion d’en faire mention dans ses propres correspondances. Tout le monde sait que M. Frédéric Gail-

lardet a demeuré aux Etats Unis pendant plusieurs années et qu'il s’y trouvait de 1838 à 1841.

M. Chauveau se révéla de suite comme un écrivain d'un rare mérite. Ses écrits dans Ze Canadien et ses correspondances au Courrier des Etats-Unis l'ont placé parmi les jeunes gens d’alors sur lequel le pays pouvait fonder des espérances.

En 1853, M. Chauveau publia ‘ Charles Guérin,’ roman de mœurs canadiennes, qui eut un véritable succès. Il est aussi l’auteur d’un ouvrage savamment élaboré. ‘ L'Histoire de l'Instruction Publique en Canada.”

M. Chauveau est un homme de lettres, et on ne saurait lui contester le mérite d’être un écrivain de premier ordre. Il possède une beile intelligence servie par de fortes études. Ce que j'admire chez M. Chauveau, c’est qu’il sait parler un peu comme tont le monde et que tous peuvent le comprendre.

Qu'il écrive en vers ou en prose il sait le faire correctement étavec une élégante simplicité qui ne manque jamais de plaire, ‘

En 186r M. Chauveau publiait “ Donacona ; *” ce petit chef-d'œuvre dans le genre a fait le tour de ia presse canadienne.

Voyez cette description du vieux chef indien, rêvant à demi éveillé et songeant au passé et à l'avenir de son peuple :

Stadaconé dormait sur son fier promontoire ; Ormes et pins, forêt silencieuse et noire, Protégeaient son sommeil.

Le roi Donnacona, dans son palais d'écorce Attendait, méditant sur sa gloire et sa force, Le retour du soleil,

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La guerre avait cessé d'affliger ses domaines ; Il venait de soumettre à ses lois souveraines Douze errantes tribus,

Ses sujets poursuivaient en paix dans la savane Le lièvre ou la perdrix ; autour de la cabane Les ours ne rôdaient plus,

Cependant il avait la menace à la bouche, [1 se tournait fiévreux sur sa brûlante couche, Le roi Donnacona !

Dans un demi-sommeil, péniblement écloses, Voici toute la nuit, les fast diques choses, Que le vieux roi parla :

Puis le vieux chef se demande ce que vient faire sur ce rivage cet étranger, à la barbe touffue, dont les dieux sont plus puissants que les dieux des indiens.

Il se blâme de n'avoir pas conjuré le dangeret fait un appel aux jeunes gens.

Jeunes gens, levez-vous et déterrez la hache, La hache des combats ! Que nuile peur n’arrache À vos cœurs un soupir !,

Comme un troupeau d’élans ou de chevreuils timides Tous ces fiers étrangers, sous vos flèches rapides Vous les verrez courir.

Ii termine en donnant cours à son désespoir, reconnaissant la force du Dieu de l’étranger :

Mais inutile espoir ! Leur magie est plus forte Et son pouvoir partout sur le nôtre l'emporte ; Leur Dieu, c’est un Dieu fort !

Quand il fut homme, un jour, dans un bien long supplice, De ceux dont il venait expier la malice Ce Dieu reçut la mort,

Domagaya l’a dit : les tribus de l'aurore Ni celles du couchant, plus savantes encore, N'ont jamais inventé

De tourments plus cruels ; mais, chef plein de vaillance, Le Dieu des étrangers a souffert en silence, Puis au Ciel est monté,

Certes, la poésie française cherchera longtemps avant de rencontrer une expression plus énergique et plus digne de rendre les douleurs du Christ.

Vous ne trouverez pas, dans les vers de M. Chauveau, de ces épithètes inutiles que l’on nomme des cevi/les, et on trouve toujours beaucoup de poésie dans la prose.

Comme orateur consciencieux, M. Chauveau n’a pas son supérieur en Canada.

Je veux être bien compris. M. Chauveau n’a fait comme ‘ Grands Discours’”’ que des discours sérieux.

Il n’est jamais descendu au badinage lorsque le sujet demandait de la sagesse et de la considération, et il n’a jamais fait de l’éloquence pour le plaisir de la chose, lorsque le sujet n’en valait pas la peine ; aussi a-t-il toujours été écouté avec beaucoup d’attention, quelque fût l’opinion de la majorité de l’auditoire auquel il s’adressait.

Ce fut en 1844 que M. Chauveau commença à s'occuper de politique. Il brigua les suffrages des électeurs du comté de Québec et il fut élu à une grande majorité contre l’'Honorable John Neilson. En 1848 il était ré-élu par acclamation. M. Chauveau est essentiellement Québecquois ; il est né à Québec, a fait ses études à Québec, fut élu représentant du comté de Québec, il a épousé à Québec Mademoiselle Flore Massé, a été admis à Québec à la pratique du droit, c’est de

Québec qu’il écrivait ses correspondances au Courrier des Ætats-Unis, et il a eu l'honneur d'être, lors de la confédération, le premier Premier Ministre de la Province de Québec. Ajoutons que c’est le comté de Québec qui a envoyé M. Chauveau aux deux Chambres alors que les électeurs avaient la liberté de confier les deux mandats à leurs mandataires.

J'ai toujours regretté l'abolition du double mandat, et je ne peux pas m'empêcher de laisser connaitre mon opinion sur cette question.

En 1849, M. Chauveau s’occupa de ses compatriotes exilés aux Bermudes, et nous lui devons toujours une large part de la reconnaissance que les (Canadiens-Français conservent pour ceux qui sont venus en aide aux patriotes, au zèle desquels nous devons les libres institutions politiques dont nous ressentons les avantages aujourd’hui.

C'est à M. Chauveau que nous devons plusieurs mesures importantes concernant la situstion de nos compatriotes aux Etats-Unis, et il n’a pas peu contribué dans le temps à empêcher l'émigration de nos frères vers la république américaine.

En 1851, M. Chauveau accepta le portefeuille de Solliciteur- Général sous l'admsnistration Hincks-Morin. Il résigna ce

portefeuille en 1853 et accepta celui de Secrétaire-Provincial.

En 1855, il fut nommé Surintendant de l’Instruction publique, posté qu'il occupa jusqu’en 1867.

Avant de nous occuper de l’homme politique, n’oublions pas de dire qu’en 1866, il fit un voyage en Europe, et qu'il y étudia les différents systèmes d'éducation et de l'instruction publique de l'Angleterre, de la France, de l'Allemagne, de la Belgique et de l'Italie,

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En 1867 de grands événements allaient s'accomplir. Sir George Cartier, comprenant qu’il fallait assurer une position tenable à ses compatriotes qu'il aimait tant, s'occupa avec Sir Hector Langevin de l'acte à jamais célèbre, ‘ L'Acte de l'Amérique Britannique du Nord.”

C'était toute une révolution dans notre système politique, et des hommes comme M. C.S. Cherrier, C. K., entr'autres qui depuis longtemps étaient rentrés dans la vie privée, crurent devoir faire connaître leurs vues sur cette question.

Enfin les opinions des Sir George prévaiurent et la Confédération de certaines provinces de l'Amérique Britannique du Nord devint un fait accompli.

Je crois de mon devoir de dire, afin de rendre pleine et entière justice à qui de droit, que le projet de confédération écrit par le Dr. J. C. Taché, alors qu'il était le rédacteur du Courrier du Canada, a servi de base au projet officiel tel que soumis et adopté par la Législature du Canada et de la métropole.

Le meilleur moyen de faire réussir ce nouveau système politique dans la province de Québec, ‘était de ne froisser personne et de mettre les électeurs dans la position de pouvoir se dire, que sans s'occuper des luttes du passé, ils voulaient et devaient favoriser le système nouveau.

M. Chauveau était alors surintendant de l’Instruction publique, dont les bureaux se tenaient à Montréal.

Il accepta la charge de former un gouvernement pour la province de Québec. :

Quoique M. Chauveau n'ait jamais été à proprement parler un chef de parti, nous l'avons toujours vu combattre au premier rang dans notre arène politique. C'était une personnalité puissante qui imposait le respect, tout autant aux adver-

saires qu'aux amis, et on ne l’a jamais accusé d’avoir sciemment trompé son auditoire.

Ce fut durant les deux dernières années de l'administration Chauveau que commencèrent les grandes luttes qui furent si ardemment poursuivies sous l'administration Ouimet, administration qui fut si franchement et si ouvertement soutenue par M. Chapleau.

En 1873, M. Chauveau accepta la présidence du Sénat,

‘ L'honorable M. Gédéon Ouimet, alors procureur-général, devint premier ministre. L'’honorable M. Irvine, devint solliciteur-général.

M. Chauveau allait se reposer en fin de compte, muis l'homme propose et les partis politiques en disposent.

En 1874, Sir John A. Macdonald croyait devoir résigner et remettre son portefeuille de premier ministre à Son Excellence Lord Dufferin, qui appella auprès de lui l'honorable Alexander Mackenzie.

M. Chauveau fut démis de ses fonctions de président du Sénat, et aux élections générales suivantes, il résigna comme sénateur, et se présenta comme candidat aux Cominunes dans | le comté de Charlevoix, où il fut défait par feu M. P. Tremblay.

Il accepta de M. Mackenzie la posision de membre de la Commission du Hâvre de Québec, commission dont il fut de suite élu président.

A la mort de feu Charles Leblanc, C. K., shérif de Montréal, M. Chauveau accepta cette charge qui lui fut offerte par l'honorable M. de Boucherville, alors premier ministre de la province de Québec.

Le retour de M. Chauveau à Montréal fut salué avec plaisir.

On était heureux de le revoir. Ïl avait su se faire des amis

sincères ; puis les Montréalais avaient tant de sympathies à lui offrir pour les malheurs irréparables qu’il avait eu à supporter. Il était venu à Montréal pour y remplir les fonctions de surintendant de l’Instruction publique. Il avait laissé Montréal pour retourner à Québec, conduire le premier gouvernement provincial de Québec, et il revenait à Montréal seul, bien seu/, La mort avait frappé chez lui,

En octobre 1870, Mile Henriette Chauveau épousa à Québec monsieur Glendonwyn, lieutenant dans le 69e régiment de l'armée anglaise.

C'était une charmante jeune femme que madame Glendonwyn. Je n’ai jamais eu, hélas ! le bonheur de la connaître, mais je dois à son père d’avoir lu ces jolis vers: ‘Ma Chambrette.””

Le mariage fut célébré en octobre 1870, et au mois de décembre de la même année la jeune épouse expirait aux Bermudes. Quelques temps après le trépas de sa sœur, nous avions la douleur d'apprendre la mort de Mlle Flore Chauveau.

A l'annonce de la mort de cette fille distinguée que j'avais eu l'honneur de connaître et dont j'appréciais hautement les talents et les vertus, je me permis, sous l'impression de la douleur que j'éprouvais, de griffonner à l'adresse de M. Chauveau quelques vers que je n’ai jamais osé lui faire par-

venir.

Je les retrouve dans mes notes et je les lui offre aujourd'hui. Ils n’ont d’autre mérite que celui de l’improvisation et peut-être, après tout, seront-ils accueillis, s’il est vrai que . l'on dit bien ce qui vient du cœur.

Vous serez le génie et moi l'humble poëte Que vos chants bien des fois sont venus consoler, Et si de vos succès j'ai su me faire fête,

Je sais aussi pleurer,

Dieu veut que la pitié rapproche la distance. Et que l'on s'aime mieux dans les jours de malheur ; Car l'amitié console et donne une espérance

De retour au bonheur,

Je puis bien vous offrir toute ma sympathie ;

Car lorsque vous pleurez, le pays est en deuil,

Et celles dont l'amour vous fit aimer la vie Dorment en leur cercueil.

La première partit emportant tout un monde

De tendresse et d'espoir, aux bras de son époux.

Le matin, vous aviez beni sa tête blonde Courbée à vos genoux.

Oh! son dernier baiser, qui pourra vous le rendre !

Sur votre front pâli souvent il reviendra,

Mais ce baiser d'enfant ? Mais ce regard si tendre ? Dieu seul vous le rendra.

Peut-être espériez-vous un tout autre salaire

Pour tous vos longs travaux, et ces nobles accens

Qui montaient jusqu'au ciel, en s’élevant de terre Comme un céleste encens ?

Peut-être disiez- vous, vous contemplant vous-même,

Seigneur n'ai je pas bien fait ma tâche ici-bas,

Seigneur appelez-moi ! Grâce, pour ceux que j'aime, Sauvez-les du trépas.

Au commencent de l’année 1875, madame Chauveau mourut à Québec, et la veille du premier de l’an 1876, le couvent de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal comptait une tombe de plus: Mlle Elisa Chauveau, religieuse attachée à cette communauté, suivait à sept mois de près, sa mère

dans le cercueil. Elle fut inhumée la veille du premier de l'an 1876: M. Chauveau se heurta contre deux tombes, celie de la rnère et celle de l'enfant.

Cette jeune religieuse s'était fait remarquer par ses grandes vertus, et les supérieures de la communauté l’estimaeint comme on aime un enfant.

Mais la mort est venue, elle vient à toute heure, Et choisit parmi nous ce qu’on aime le mieux, Elle éteint le foyer, rend vide la demeure

Pour mieux peupler les cieux !

Mademoiselle Honorine Chauveau a épousé M. le Dr Vallée, professeur à l’Université Laval, à Québec,

Madame Chauveau et ses trois filles, Olympe, Flore et Henriette ont été inhumées dans la chapelle du couvent des Ursulines, à Québec.

Pierre et Alexandre Chauveau furent mes compagnons de classes chez les révérends Pères Jésuites à Montréal: M. Pierre Chauveau a été pendant quelques temps assistant-rédacteur du /ouwrnal de l’Anstruetion Publique, tâche difficile, dont il a sû très bien s'acquitter. Son frère, Alexandre, lui et moi, avons toujours été de bons amis ; aussi en écrivant leur nom il me fait plaisir de croire que je leur serre encore la main.

L'honorable M. Alexandre Chauveau, qui fut membre du cabinet Joly, est maintenant juge des sessions et magistrat de police, à Québec. Il a représenté le comté de Rimouski, à ja Chambre Provinciale de Québec, et a abandonné la vie publique pour ne s'occuper que des devoirs de la position qu'il. occupe maintenant. :

Il est très facile de faire connaître ce que M. Chauveau vaut comme citoyen ; à Montréal comme à Québec on n’a eu qu’à mentionner son nom, et il était élu président dé la Société St-Jean-Baptiste, .

M. Chauveau a trois filles inhumées aux Ursulines de Québec. Olympe, morte au moment du retour de M. Chauveau de Québec à Montréal ; madame Glendonwyen et sa sœur Flore. Il leur fit élever un monument où elles sont représentées sous les types allégoriques de la Foi, l'Espérance et la Charité.

En regard de ce monument, M. Chauveau fit placer une inscription à la mémoire de leur mère, avec une copie en basrelief de la Mater Dolorosa de Carlos Dolce, et cet exergue : & Quis est homo qui non fleret.”

Un détail, en terminant, M. Chauveau eut pour compagnons d’études Sa Grandeur Mgr. Taschereau, Archevêque de Québec, et M. l’abbé Cyprien Tanguay. Ces trois mes sieurs firent leur première communion ensemble, à la cathédrale de Québec, le 26 avril 1831. Mgr. Jos. Signaï, Evêque de Fussala, alors curé de Québec et coadjuteur de Mgr. Panet, officiait ce jour-là, et donna la communion à ces trois citoyens distingués.

M. Chauveau est un homme qui sait se rendre aimable, et si les sympathies de ses compatriotes et de ses amis peuvent apporter une compensation aux rudes chagrins qui sont venus l’accabler, il doit se dire qu’il n’est pas encore sew/ en ce monde.

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