‹ Noces d'or de la Sainte-Enfance à QuébecChapitre 2 sur 9 · L’ABBE DANIEL · texte numérisé non relu

L’ABBE DANIEL

Fondateur delà Sainte - Enfance à Montréal.

Cependant, quelques mois après, en lisant dans les lettres des missionnaires les fruits abondants que la Sainte- Enfance produisait en Chine, je me reprochai d’avoir si peu encouragé le zèle de cette pieuse dame. Je la revis et l’engageai à commencer avec quelques unes de ses amies ; je lui procurai en même temps quelques numéros des Annales , qui passèrent de main en main et furent lus avec avidité. L’association commença et les douzaines se multiplièrent rapidement.

Quand je vis la chose si bien partie, j’en portai la nouvelle à notre vénérable prélat (Mgr Turgeon), bien persuadé qu’elle réjouirait son cœur dont la charité est inépuisable. Je voulus aussi en dire un mot à notre excellent curé ; mais à peine eus-je nommé la Sainte-Enfance, qu’il s’écria : Voilà précisément ce

que je cherchais ; écoutez un trait charmant qui va vous expliquer ma pensée :

“ Il y a quelques jours, un bon vieillard de Sainte-Foye est venu me trouver ; en entrant dans ma chambre : Monsieur le curé, me dit-il, j’ai à vous parler d’une affaire importante ; mais je ne sais pas si vous pourrez faire ce que j’ai à vous demander. — Nous allons voir ; et après l’avoir fait asseoir : Eh bien ! lui dis-je, quelle est cette affaire importante ?— Monsieur le curé, pourriez- vous envoyer de l’argent en Chine ? — Cette question me surprit de la part du bon habitant. Cependant, après un moment de réflexion : Oui, lui répondis-je, oui, je crois que je pourrais faire passer de l’argent en Chine. Mais, expliquez-vous, pourquoi me demandez-vous cela ? —Monsieur le curé, voici l’affaire : Il y a quelque temps, j’ai lu dans les Annales de la Propagation de la Foi , la lettre d’un évêque qui demandait de l’argent pour acheter et faire baptiser des petits enfants infidèles ; ils meurent presque tous et vont tout droit au ciel. Là-dessus, j’ai réfléchi, et je me suis dit: Il me faudra partir pour le grand voyage ; ce serait une bonne chose, si j’envoyais devant moi quelques-uns de ces petits innocents pour me recevoir, quand j’arriverai là-haut. Mais je ne savais comment envoyer mon argent. Maintenant, vous me dites que vous pouvez le faire passer ; mais m’assurez-vous qu’il sera employé pour racheter l’âme des petits enfants ? — Oui, vous pouvez être tranquille, il y a un moyen sûr. — Eh bien ! Monsieur le curé, voilà cent pia très, mais vous allez me donner un reçu sur lequel vous marquerez que cet argent sera employé à racheter les petits enfants et à leur procurer le Baptême : je veux que mes enfants le sachent.

“ J’admirai la foi simple et généreuse du bon vieillard qui ignorait aussi bien que moi que l’on travaillât à établir ici la

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