FONDATEUR DE LA SAINTE-ENFANCE
Ses premières années. — Ses missions en France, en Orient, aux Etats-Unis, au Canada. — Le calvaire de Belœil. — Retour en France. (1)
Le fondateur de la Sainte- Enfance n’est pas un inconnu pour le Canada. Il a séjourné parmi nous, prêché des retraites ecclésiastiques et paroissiales, il s’est dépensé, épuisé, dans l’exercice de l’apostolat le plus laborieux. La mémoire de
(1) Cette notice biographique est extraite de la Vie de Mgr de Nancy par le Père Philpin. Je ne fais que reproduire ce qui en a déjà été publié à Montréal en 1893, à part quelques changements et additions.
Mgr de Fo*bin- Janson sera étemelle; mais il est juste delà célébrer, de la rappeler souvent aux Canadiens et surtout aux associés de la Sainte Enfance.
Né à Paris en 1785, Charles- Auguste-Marie de Forbin- Janson eut pour père le vénérable marquis de Janson, lieutenant-général des armées du roi, et sa mère, issue des princes de Galéan, était une femme de vertus héroïques. Obligé de s’expatrier avec ses parents, pour se soustraire aux fureurs de la révolution française, il revint en France quand le calme fut rétabli, y fit sa première communion et reçut une éducation convenable à son rang. Admis à vingt et un ans comme auditeur au Conseil d’Etat, il pouvait s’élancer dans la voie des honneurs et se promettre une carrière brillante dans le monde. Mais docile à l’appel de la grâce, il quitta la maison paternelle et entra au Séminaire de Saint-Sulpice, où il fit de rapides progrès dans la science et la piété. C’est à Chambéry, dans l’année 1811, qu’il fut ordonné prêtre. Il resta quelque temps dans ce diocèse en qualité de vie dre général et de supérieur de séminaire.
Témoin attristé des ruines que la révolution avait amoncelées autour d’elle, et surtout des maux qu’elle avait faits à la religion, de concert avec le jeune de Mazenod, plus tard évêque de Marseille, il résolut de travailler, de la manière la plus efficace, à la régénération de son pays. Pendant que le premier jetait les fondements de la Société des Oblats de Marie Immaculée, lui, avec le célèbre Abbé Rauzan, donnait naissance à la Société des Missionnaires de France, si renommés au commencement de ce siècle. A la tête de cette phalange puissante, l’abbé de Forbin Janson entreprit des missions dans la plupart des principales villes : à Beauvais, à Poitiers, à Tours, à Bordeaux, à Marseille, à Toulon, à Cavaillon, à
Reims. La Capitale elle-même eut son tour : Saino-Etienne du Mont, St-Nicolas du Chardonnet, Saint-Roch, Bonne-Nou" velle, entendirent successivement les voix éloquentes des missionnaires.
Ce fut au milieu de ces prédications apostoliques et de leurs brillants succès, que le gouvernement vint chercher l’abbé Forbin Janson pour le placer sur le siège de Nancy, auquel avait été rattaché celui de Toul. Il venait de faire un voyage en Orient, où il avait prêché plusieurs missions en français et en italien, de relever, à son retour, les ruines du Mont-Yalérien et de prendre possession du Panthéon, à Paris, quand la nouvelle de sa nomination lui parvint. Après avoir été sacré au Mont-Yalérien même par le p ince de Croy, archevêque de Rouen, assisté de Mgr de Chevérus, ancien évêque de Boston, et de Mgr Purcell, évêque de Cincinnati, il fit son entrée dans son diocèse, dans les premiers jours de juillet 1824, au milieu de l’allégresse universelle. Les espérances que le nouvel Evêque avait fait concevoir, ne furent pas trompées. Yisites pastorales, missions dans les villes et dans les campagnes, retraites du clergé, etc., tout fut employé pour faire refleurir la religion.
Il y avait six ans que Mgr de Forbin-Janson gouvernait en paix son diocèse, s’occupant avec une ardeur infatigable de toutes les classes de la société, et particulièrement de la jeunesse et des pauvres, quand éclata la révolution de 1830. Ce fut le commencement des troubles. Le sachant peu favorable à sa cause, le gouvernement ne cessa sous main de lui susciter des embarras. Pour prévenir des conflits et éviter des éclats toujours fâcheux, Mgr de Nancy crut prudent de s’éloigner momentanément de son troupeau. Mais afin qu’aucune œuvre ne souffrît de son éloignement, il eut soin de se faire donner un eoadjuteur. Le premier fut Mgr Donnet, depuis archevêque
de Bordeaux et Cardinal ; le second fut Mgr Menjaud, appelé par la suite à l’archevêché de Bourges. En même temps, par ses lettres pastorales et par ses mandements, il trouvait moyen, tantôt à l’occasion d’une ordination, tantôt à l’occasion d’une retraite pastorale, de maintenir le bien dans son diocèse. Le reste de son temps, il l’abandonnait à ses collègues dans l’épiscopat. Appelé de toutes parts à donner, soit des missions, soit des retraites pastorales, ou à faire des ordinations, il ne savait ce que c’était que de refuser. Aujourd’hui il était à Trêves, demain à Fribourg, une autre fois à Paris. Alors aussi il fit plusieurs voyage à Rome, afin de s’inspirer des sages conseils du Souverain Pontife.
C’est dans ces circonstances, qu’attiré par l’écjat de sa renommée, plusieurs prélats américains firent la connaissance de l’évêque missionnaire, entre autres Mgr Flaget, évêque de Bardstown, Mgr Purceil, dont il a été parlé, et Mgr Turgeon, coadjuteur de l’Evêque de Québec. Mgr Bourget, Evêque de Montréal, le vit aussi plusieurs fois, soit à Paris, soit à Rome, où il venait de prêcher le carême à St Louis des Français. Témoins du grand bien qu’il opérait partout, tous le pressaient vivement de passer en Amérique, l’assurant que là, sur ce vaste théâtre, il ferait un plus grand bien encore. Mgr de Nancy hésitait toujours. Il lui en coûtait d’entreprendre un si long voyage, mais surtout de s’éloigner de son diocèse. Il ne fallut rien moins que l’intervention du Pape pour le déterminer à accéder aux désirs des évêques. Alors il donna sa parole, et fit ses préparatifs de départ, après s’être assuré de la coopération de quelques missionnaires de France.
Ce fut en octobre 1839, après une traversée qui 11e fut pas sans profit pour les passagers, que le vaillant évêque de Nancy arriva à New-York.
L’évêque de cette populeuse cité était alors Mgr Dubois, chargé d’années et plus encore de mérites. Il avait pour coadjuteur Mgr Hughes, prélat de la plus grande distinction, qui devait jeter tant d’éclat sur l’Eglise américaine. Mgr de Forbin-Janson prit le temps de faire connaissance avec les catholiques d’origine française qui étaient à New- York, disséminés et comme perdus, et qui n’avaient point d’église à eux. Il les réunit dans l’église Saint-Pierre où pendant trois jours il les tint sous le charme de sa parole. C’est à la suite de ces pieux exercices, qu’il les engagea fortement à se bâtir une église et à se cotiser dans ce but, leur promettant de leur donner une forte somme à cette même fin.
Il alla exercer ensuite son zèle parmi les catholiques de Philadelphie et ceux de Saint- Louis, et dans cette dernière ville, alors encore si française et appelée la Rome de l’Amérique, il donna les exercices d’une retraite à chacune des communautés religieuses. 11 continua ensuite sa route pour la Nouvelle- Orléans où il avait promis de prêcher l’Avent Mais à peine y fut-il arrivé, qu’il fut mandé à Mobile pour des affaires importantes et ne put être de retour que le lendemain de Noël, ayant laissé le R. P. Back, l’un de ses compagnons, pour prêcher à sa place. Quant à lui, il donna à son tour des retraites à toutes les communautés de la ville, au clergé, puis ouvrit la grande mission de 1840 dont on se souvient encore à la Nouvelle- Orléans. De là, l’évêque de Nancy se rendit à Baltimore pour assister au IVème concile provincial. Il alla ensuite évangéliser les tribus sauvages du diocèse de Dubuqne, passa par Cincin* nati et arriva à Québec au mois d’août 1840.