‹ Noces d'or de la Sainte-Enfance à QuébecChapitre 6 sur 9 · MISSION DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

MISSION DE QUÉBEC

Depuis près d’un an, le nom de Mgr de Forbin-Janson était dans toutes les bouches au Canada. Quand donc viendra-t-il, se demandait-on de toutes parts ? Enfin, on annonce qu’il arrive. A cette nouvelle, toute la population de Québec tressaille de joie, et se porte à sa rencontre, ayant à sa tête l’élite de la société. On lui fait cortège jusqu’au palais épiscopal. L’évêque de Québec était alors Mgr J. Signay, qui connaissait le prélat de réputation ; il avait pour coadjuteur Mgr Turgeon, qui avait eu occasion de le voir plusieurs fois à Paris et à Borne. Tous les deux se félicitaient de posséder enfin le primat de Lorraine dans la vieille cité de Champlain.

Pour Mgr de Nancy, il était à peine arrivé à Québec, que déjà il se mettait à l’ouvrage. Comme le temps de commencer la mission n’était pas encore venu, mettant à profit les quelques semaines qui restaient, il consacrait les prémices de son ministère aux communautés religieuses. Immédiatement après, il se rencontrait avec le clergé de Québec. A la vue de ces prêtres si nombreux et si vénérables, l’évêque ne put se défendre d’un sentiment d’admiration. Il lui semblait qu’il se retrouvait au milieu du clergé français, De leur côté, ces estimables curés ne pouvaient se lasser de voir et d’entendre le grand évêque ; ils ne savaient ce qu’ils devaient le plus admirer, à leur tour, de son zèle, de sa science, ou de ses manières si nobles et si dignes. Tous étaient enchantés.

C’était plus qu’il n’en fallait pour exciter l’enthousiasme. Aussi, quand s’ouvrit la mission depuis si longtemps annoncée, la Cathédrale se trouva tellement remplie, qu’un nombre infini de personnes ne put y pénétrer. Toute la population de

Québec, et même une partie de celle des paroisses environnantes, s’y étaient iendues. Pour donner satisfaction à tout le monde, il fallut multiplier les exercices ; il y eut les sermons du matin, précédés d’une méditation, et les conférences du soir. Ces dernières furent exclusivement réservées aux hommes et aux jeunes gens. Les classes élevées : les juges, les avocats, les hommes du haut commerce, étaient les premiers à y prendre place. Ayant remarqué que les protestants venaient, aussi bien que les catholiques, assister à ces conférences, l’évêque modifia quelque peu son plan d’instruction. Tout en traitant des grandes vérités de la religion, ce qu’il faisait avec une éloquence parfois terrifiante, il s’attacha à démontrer quelques points de dogme plus souvent contestés, et à réfuter les objections qu’on y opposait. Il s’acquittait de cette partie de son programme avec une telle lucidité d’exposition, et une telle force d’argumentation, que la vérité brillait à tous les yeux et ramenait au sein de l’Eglise nombre de dissidents. Bientôt le nombre des confessions devint si grand, qu’il fallut appeler des auxiliaires. Pendant trois semaines que dura la mission, plus de trente prêtres se tinrent constamment à la disposition des fidèles ; de là ces centaines de communions qui avaient lieu chaque jour. Ces pieux exercices, trop courts au gré d’une population toujours avide d’entendre la parole de Dieu, se terminèrent comme toujours par d’imposantes cérémonies : la Rénovation des promesses du Baptême, l’Amende honorable à Notre-Seigncur Jésus-Christ et la Consécration à la Sainte Vierge. Il y eut aussi des affiliations nombreuses à la Société de Tempérance et à la Cjngrégation des hommes.

Encore tout ému du beau spectacle qu’il avait eu sous les yeux, l’Evêque fait ainsi part à son Coadjuteur des consolations qu’il avait éprouvées.

“ C’est au Canada qu’il faut venir pour voir des prodiges dé grâce. Pendant trois semaines qu’a duré la mission, de quatre à six mille hommes ont été fidèles au rendez-vous du soir. Les ou\riers sacrifiaient une partie de la journée, soit pour entendre les instructions, soit pour garder leur place auprès des trentehuit confessionnaux improvisés et assiégés jour et nuit. Vraiment, nulle part ailleurs je n’ai encore trouvé un peuple de foi comme ce peuple qui habite les bords du Saint-Laurent.”

Deux jours après, l’Evêque devait être témoin du même spectacle. Une autre mission, qui était comme le corollaire de la première, l’attendait : c’était celle de Trois-Rivières. Elle vint immédiatement après celle de Québec. Ce fut le même empressement, la même assiduité» Comme à Q :ébec, l’élite de la société était au premier rang. Parlant de cette nouvelle mission, l’Evêque écrit à son Coadjuteur :

“Quand tout le monde est entassé dans l’Eglise, on v »it encore de huit à douze cents fidèles qui assiègent les portes, et qui montent sur des tas de neige par pelotons de soixante ou quatre vingt personnes pour atteindre le niveau des fenêtres, et de là entendre les instructions qui se font à l’intéieur, et cela par un froid capable de figer le sang dans les veines. Tout le barreau de Trois-Rivières : avocats, magistrats, notables, était là donnant l’exemple. A la fin, on m’a remis des adresses sur parchemin de vingt-cinq pieds de long, couvertes de trois à quatre mille signatures. Comment 11e pas aimer de tels chrétiens ?”

Beaucoup de personnes n’ayant pu, faute de place, prendre part à cette mission, l’Evêque allait en ouvrir une deuxième, quand des sollicitations pressantes de se rendre à Montréal lui arrivèrent, et l’obligèrent à remettre ces nouveaux exercices à plus tard.

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