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DISCOURS DE M. BEAUGRAND

Monsieur le Président, Messieurs,

Il y a cinquante ans, lorsque les fils de la Liberté célébraient la fondation de la société St-Jean-Baptiste par un banquet, dans le jardin de M. McDonald, on avait, comme ce soir, prononcé des discours et on avait placé les quatre toasts suivants sur la liste officielle des santés :

Au peuple, source de iojile autorité légitime /

Au gouvernement des Etats-Unis !

A Ls. J. Papineau^ notre chef vénéré !

A Lafayetfe !

Le héros des Deux-Mondes venait de mourir, le 20 mai 1834, après avoir doté la France du gouvernement responsable et constitutionnel. C'était un testament politique digne de Lafayette, du compagnon de Washington.

Au Canada, les idées de liberté avaient progressé devant l'oligarchie qui nous opprimait, devant le gouvernement personnel qui nous tyrannisait. Nos compatriotes avaient compris que dans les temps de crise, c'est au peuple qu'il appartient de se prononcer.

Et suivant en cela l'exemple que nous avait donné nos voisins les Américains en 1776, ils avaient inscrit sur la liste d'honneur cette santé qui est le programme naturel de notre organisation démocratique :

An peuple, source de toute autorité légitime !

I^ guerre de l'indépendance américaine était alors une épopée presque contemporaine.

\jt^ Etats-Unis, sous le souffle tout puissant des libertés

apolitiques et individuelles, sous l'égide de leurs institutions

rrépublicaines avaient grandi et prospéré comme jamais dans

l'histoire du monde on avait vu un peuple grandir et prospérer.

L'exemple de nos voisins avait réveillé chez nous l'amour • de cette liberté sainte qui est le prélude du progrés et de la civilisation.

Washington avait fait succéder aux guerres de la révolution la prospérité de l'agriculture, du commerce, de la navigation et de l'industrie.

Au lieu de ceindre une couronne qu'il aurait pu obtenir, 'le père de son pays, " the father of this country^" comme disent d'une manière si touchante nos amis de là-bas, le père de scn pays avait mis l'épée au fourreau et à l'ombre des grands ormes de Mount Vernon, dans la satisfaction du devoir accompli, il voyait ses concitoyens récolter les fruits de la se- ■mence sainte et prolifique qu'il avait jetée dans les plaines fécondes du patriotisme et de la liberté.

Les Etats-Unis avaient obtenu leur liberté en 1776; les •Canadiens voulaient obtenir leurs droits en 1837.

La France, par l'épée de Lafayette avait produit Yorktown.

I>a France avait envoyé Rochambeau, de Grasse, Vergennes, de Noailles, D'Abbeville, et leurs compagnons pour aider les •efforts de Washington et des héros de l'Indépendance améri- •caine. La France, en un mot, toujours chevaleresque, avait voulu associer son nom à l'une des pages d'histoire les plus ^glorieuses des temps modernes.

Au Canada, Papineau luttait depuis de longues années. Ses compagnons enthousiastes avaient devant eux l'exemple des Américains. ,

Un jour, le peuple poussé à bout se révolta à St-Denis, à .St Charles, à St-Eustache et nos pères furent vaincus par le «nombre : mais l'Angleterre comprit et ne voulut pas répéter

la faute de 1776. Elle nous accorda les institutions libres qui nous régissent aujourd'hui.

Ce que Lafayette avait fait aux Etats-Unis, Papineau l'avait obtenu au Canada.

Et quel est celui qui, aujourd'hui, ne soit fier de se réclamei des hommes de 1837.

Quel est le Canadien-Français qui renierait la mémoire de Pnpineau, de Chénier, de Lorimier, de Cardinal, de Duquette, de Hindelang et des patriotes morts sur l'échafaud ou dans la. mêlée pour nous obtenir nos libertés populaires ?

I^eur sang a fécondé le sol et nous sommes aujourd'hui un des peuples les plus libres de la terre.

La France avait donné Lafayette aux Etats-Unis.

La France nous a donné Papineau pour délivrer le Canada.

C'est le rôle que cette sainte et glorieuse nation, notre mère, a toujours joué dans l'histoire du monde.

A vous, compatriotes des Etats-Unis, qui êtes venu vous unir à nous pour célébrer la fête nationale, je n'ai pas besoin de chanter la gloire de la civilisation américaine.

Vous êtes témoin tous les jours des progrès immenses que cette vaillante nation fait dans l'industrie, dans les arts, dans l'éducation populaire.

Eclose au souffle tout puissant de la liberté, la nation américaine a compris que la seule, la vraie civilisation populaire, ne pouvait être produite que par l'éducation des masses.

Aussi la cause de l'instruction du peuple est-elle considérée comme sacrée aux Etats-Unis, et les gouvernements des différents Etats ne croient jamais trop faire pour elle.

Puissions-nous nous . inspirer de cet exemple ; puissionsnous comprendre comme les Américains, qu'un citoyen instruit est la condition suprême de la prospérité d'un gouvernement libre et fort.

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Maintenant, Messieurs, nous avons bu aux Etats-Unis, à nos frères, à nos amis de là-bas.

Nous avons bu à la mémoire de Washington, de Lafayette, de Papineau.

Soyons certains d'une chose, c'est que l'histoire inscrira à son livre d'or les dates glorieuses de 1776 et 1837.

Ce sont deux dates qui marquent des époques sacrées dans l'histoire du progrès, de la civilisation et de l'humanité.

DISCOURS DE l'honorable GÉDÉON OUIMET.

J'ai l'honneur de proposer la santé "Le Clergé," santé qui, j'en suis sûr, m'assure d'avance les sympathies de cette importante assemblée. Il vaudrait peut-être mieux pour moi garder un religieux silence, car cette énonciation "• le clergé "* renferme à elle seule et suscite dans vos esprits tout un éloge auquel mes faibles paroles ne sauraient rien ajouter. Mais, comme en ce jour, la nationalité canadienne a voulu convier, pour les mieux apprécier, les illustrations et les gloires les plus pures de notre pays, il ne serait pas juste de laisser dans l'ombre une de ces gloires, la plus belle et la plus auguste de toutes, laquelle a besoin d'être proclamée par une voix amie, parce qu'elle est trop modeste pour se proclamer et s'affirmer elle-même.

Qu'il me soit donc permis d'esquisser à grands traits, de faire passer rapidement sous vos yeux cette grande figure du clergé, figure que nous avons appris à vénérer dès notre âge le plus tendre, que nous aimons toujours à contempler avec orgueil, parce que c'est en elle que nous retrouvons, comme en un type achevé, tout ce qu'il y a de beau, de noble et de grand dans nos âmes et sur nos fronts.

L'histoire du clergé, messieurs, c'est l'histoire du catholicisme, ou en d'autres termes, du progrès véritable, de la

vraie civilisation. Elle remonte jusqu'au jour où se fit entendre cette parole du maître : *' Allez, enseignez toutes les nations," parole toute-puissante, dont les échos ont retenti depuis sur tous les rivages, dans tous les siècles, et sous laquelle toutes les nations de la terre se sont courbées. Ce jour-là, le clergé reçut sa mission divine, qui n'était qu'une continuation de celle du Sauveur. Pour célébrer dignement devant vous cette mission, il me faudrait vous faire assister à la transformation de l'ancien monde, comme à la formation successive du monde nouveau : formation prodigieuse qui a fait et fera éternellement l'honneur du clergé. Car, elle est bien grande, cette œuvre du clergé, c'est une oeuvre de ig siècles, et comment un regard borné comme le nôtre, pourraît-il parvenir à mesurer un aussi vaste horizon ? Nous devrons donc nous contenter d'un rapide coup d'œil.

Je me figure, messieurs, au milieu de l'immense plaine du monde, un arbre gigantesque, dont la tête touche les cieux, et les vigoureuses racines se promènent jusqu'aux extrémités de la terre. Les rameaux en sont nombreux, pleins de sève et de vie, quoiqu'à des degrés divers, et de cette riche exubérance naît une profusion non moins riche de fleurs et de fruits. Au pied de cet arbre fécond, il y a place pour tous les peuples de l'univers ; plusieurs y étaient un jour au complet. Aujourd'hui, que de vides ! que de désertions ! un seul s'y trouve encore, remplissant toutes les places qui lui sont destinées.

Cet arbre, messieurs, c'est l'Eglise catholique.

La papauté en est le tronc, les racines sont les vertus secrètes qui l'alimentent ; les rameaux qui en épanchent la sève, ce sont les ministres de la foi, les membres du clergé. On le reconnaît, ce clergé divin, aux fleurs et aux fruits qu'il porte, c'est-à-dire, aux fidèles nombreux qu'il nourrit de ses travaux Les peuples accourus pour s'abriter sous cet arbre bienfaisant.

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-et savourer les fruits mûrs qui s'en échappent, ce sont les sociétés chrétiennes, aujourd'hui hélas ! affaiblies et décimées par l'erreur et la persécution. Un seul peuple, avons nous dit, est là dans toute son intégrité et toute sa vie, c'est le peuple auquel nous nous faisons gloire d'appartenir, c'est le peuple canadien-français, servi, alimenté par un clergé des plus pieux, des plus actifs et des plus dévoués.

Dans une fête comme celle-ci, porter une santé au Clergé, c'est proclamer l'union féconde de l'élément divin avec la société humaine, et faire voir l'heureuse influence que le principe religieux exerce sur les destinées, même temporelles, d'une nation, sur sa fortune sociale, sur ses progrès de tout genre, artistiques, littéraires et scientifiques ; c'est montrer ce que fut le clergé pour la société en général, ce qu'il fut surtout pour notre cher pays en particulier: tâche facile à remplir, puisque nous n'avons qu'à laisser parler l'histoire.

Ouvrons donc les annales du genre humain : qu'y lisonsnous? Nous y lisons qu'à l'époque où l' Homme-Dieu vint habiter parmi nous, la société était " stérile et vaine/' les ténèbres couvraient la face de l'abîme, comme au temps où l'Esprit créateur descendit sur la terre pour la féconder. Partout la corruption, partout l'abaissement le plus profond, la plus vile dégradation ! Soudain paraît un homme, qui porte sur son front le cachet divin, et sur ses lèvres une céleste doctrine, des principes puissants et féconds de régénération. Mais à cette doctrine il faut des apôtres, à ces principes de vie il faut des instruments qui les répandent dans les âmes et dans tout l'organisme du corps social. Ces instruinents et ces apôtres, qui seront-ils ? Les membres du clergé, d'un clergé zélé, héroïque, dont Jésus-Christ s'entoure d'abord •dont son vicaire s'entourera désormais après lui, comme d'une ^arde inséparable et d'une infatigable milice.

Voyez-les à l'œuvre, quels labeurs ! quelle action ! quel

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apostolat ! C'est le clergé qui apprend aux fidèles à confesser la foi sous les menaces de la tyrannie païenne, à respecter les. Césars, mais à mourir pour Dieu. C'est lui qui court annoncer à l'esclave le dogme consolant de la fraternité humaine, à la femme, sa dignité et ses devoirs. C'est lui qui proclame à la face du Paganisme étonné, les éternels principes de droit, d'obéissance et d'autorité à la fois douces et rigoureuses, sur lesquels toute société qui veut vivre doit s'appuyer. Le monde, qui ne croyait qu'à la force, rejette d'abord et méprise ce nouvel enseignement, mais la voix du clergé, mille fois étouffée, continue à retentir plus haute et plus ferme, jusqu'à ce qu'enfin, sur le front d'un Constantin, à la couronne royale vienne s'allier la couronne du baptême chrétien.

Plus tard, quand les barbares, partis de tous les côtés à la fois, se seront disputés à l'envie les lambeaux d'un empire que le baptême de son chef n'a pu sauver, travaillant ainsi sans le savoir à la formation d'une nouvelle société, quel sera l'instrument ou plutôt le ciment précieux dont Dieu se servira pour réunir des éléments si disparates? Le clergé. Oui, le clergé avec sa triple auréole de sainteté, de science et d'autorité ; le clergé, adoucissant de sa parole simple et évangélique les populations sauvages, ou instruisant leurschefs et faisant en quelque sorte la loi aux législateurs euxmêmes ; le clergé, arrêtant aux portes de Rome, par le prestige d'un Léon-le-Grand, Attila, le fléau de Dieu ; le clergé, sauvant cette môme Rome de plusieurs invasions sacrilèges^ contenant les peuples barbares, et leur assignant pour ainsi dire la place que chacun d'eux devra désormais occuper dans les destinées du monde, et le plan de la providence divine ! A la voix d'un archevêque, le vainqueur de Tolbiac courbe la tête, et le fier Sicambre reçoit le baptême. C'est le jour de- Nocl ; ce sera aussi le jour d'une glorieuse naissance pour la. Francc, qui s'appellera dés lors la fille aînée de l'Eglise.

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Pardonnez-moi, Messieurs, si je m'attarde avant d'arriver à un âge plus rapproché de nous, avant de vous parler du clergé canadien : faire l'éloge de ses pères, c'est faire son éloge, puisqu'il en a si bien conservé l'esprit et le dévouement !

Jamais, peut-être, plus qu'à l'époque du moyen-âge, le clergé n'a joui de l'influence légitime qui lui revient, non seulement sur le caractère moral des peuples, mais encore, d'une manière indirecte au moins, sur leur gouvernement civil et politique. Aussi, cette harmonieuse union entre le sacerdoce et l'empire porta-t-elle, tant qu'elle dura, les fruits les plus consolants, et l'on peut dire que le corps social de cette époque, si injustement décrié, goûta alors, grâce à l'influence religieuse, une tranquillité, un bonheur qu'il n'a jamais retrouvé depuis.

Ce que le clergé faisait pour la société, il le faisait aussi pour les lettres, les sciences et les arts. Et n'est-ce pas à lui, à son activité, à ses fatigues que le monde moderne doit les inestimables trésors de l'antiquité qui, sans un travail obscur, souvent aride, mais éclairé, n'auraient certainement pu échapper au naufrage des siècles ! N'est-ce pas à la culture de son esprit, à ses talents, au génie même de plusieurs de ses membres, que les sciences et les lettres sont redevables de leurs plus beaux chefs-d'œuvre ? Que ne pourrais-je pas dire encore de l'encouragement donné aux arts par le clergé, en particulier par les souverains pontifes, dont les noms resteront à jamais gravés sur le marbre d'immortels monuments ! Mais je dois me hâter.

Vers la fin du XVme siècle, grâce à l'indomptable courage dont s'honorent les deux mondes, l'ancien et le nouveau, ■un sillon glorieux s'ouvrait, à travers les flots du superbe Atlantique, vers des plages alors inconnues. A peine l'Amérique était-elle signalée à l'attention de l'Europe, que le

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clergé, comme impatient de donner un nouveau cours à son zèle, s'élançait, intrépide, à la suite de nos grands découvreurs, et allait arborer au milieu des peuplades sauvages, avec le drapeau de la foi, celui de la civilisation.

Réjouissons-nous, Messieurs, notre patrie est découverte et fondée ; fondée sur le dévouement d'honnêtes colons français, fondée par le zèle d'un clergé qui, après avoir fait la France chrétienne, scientifique et littéraire, devient maintenant le plus fécond principe d'une France nouvelle, du Canada français et catholique.

Ai-je besoin, Messieurs, de vous rappeler ce que fut le clergé pour notre patrie naissante, pour ces pauvres colons que le découragement eut cent fois abattus sans la voix consolante du prêtre, dont la mission ici-bas est d'instruire, d'aider, d'encourager, de fortifier? On l'a souvent répété, et c'est ici le lieu de le redire bien haut encore, le clergé nous a faits ce que nous sommes, chrétiens et patriotes. Chrétiens par la foi, patriotes par l'amour du sol natal, amour éclairé que la religion consacre, bénit et sanctifie. En voulons-nous des preuves? regardons-les, ces missionnaires, qui furent les premiers et fidèles compagnons do nos ancêtres ! Ne comptant pour rien les privations et les peines de tout genre qu'ils ont à souffrir, ils sont partout, à la suite du colon canadien, pour l'aider, le soutenir, tantôt par le secours de la religion et tantôt par les conseils d'une prudence éclairée : souvent même on les voit marcher les premiers à la tête des plus grandes entreprises, fondant de nouveaux villages, allant à la découverte de contrées nouvelles.

Ecoutons, à ce sujet, un illustre historien de notre pays (Garneau, vol. I, p. 240) :

" Un bréviaire suspendu au cou, une croix à la main, ils devançaient souvent les plus intrépides voyageurs. On leur

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doit la découverte de plusieurs vastes pays, avec lesquels ils formaient alliance au nom du Christ et par la vertu de la Croix. Cet emblème religieux produisait sur l'esprit des sauvages, au milieu des forêts sombres et silencieuses de l'Amérique, un effet triste et touchant, et désarmait ces homiues farouches mais sensibles aux sentiments profonds et Trais "

Voici ce que dit à son tour un historien des colonies anglaises (Bancroft) :

" L'histoire des travaux des missionnaires est liée à l'origine de toutes les villes célèbres de l'Amérique du Nord, pas un cap n'a été doublé, pas une rivière n'a été découverte, sans qu'un Jésuite en ait montré le chemin."

Mais, Messieurs, pour cimenter les premières pierres de l'édifice national, le clergé canadien ne s'est pas contenté de donner le secours de son zèle : il nous a donné plus, il a donné son sang, et l'histoire de l'Eglise catholique, ou des grands peuples chrétiens, nés dans son sein, nous a déjà appris ce que vaut, pour les nations, le sang des martyrs.

Sur les premières pages des annales canadiennes se lit un nom, gravé en lettres d'or. C'est le nom du premier évêque de ce pays, de Mgr de Laval — Prélat illustre, vraiment digne d'ouvrir cette auguste série de pontifes qui ont su tenir d'une main si noble et si ferme,pendant plus de deux siècles, le sceptre de nos destinées religieuses. Honneur à l' Episcopat canadien ! Honneur à celui qui sut pour ainsi dire tracer à ses successeurs la marche glorieuse, mais difficile de l'avenir ! Mgr de Laval a été pour l'Eglise du Canada, ce que furent les Apôtres pour l'Eglise universelle: aussi que d'oeuvres de dévouement, de charité, de sacrifices n'a-t-on pas vus sortir de ses mains ! que de luttes n'a-t-il pas soutenues souvent contre l'opposition la plus vive et la plus acrimonieuse, que d'entreprises ardues

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n'a-t-il pas su conduire à bonne fin pour le plus grand bien de la colonie ! Mais Mgr de Laval n'eût-il fait que donner naissance à une œuvre comme le Séminaire de Québec, son titre à la plus profonde gratitude de tout cœur canadienfrançais lui serait à jamais assuré !

Soyons fiers, Messieurs, de saluer ici en passant cette vénérable maison qui a tant fait et fait tant encore pour la société comme pour la religion, d'oii sont sortis des hommes illustres dans toutes les branches des sciences divines et humaines, des missionnaires qui ont semé la foi sur toutes les parties de ce continent, d'où est sortie enfin la plus grande institution catholique de l'Amérique, je veux dire l'Université-Laval ! Monument impérissable que les flots peuvent ballotter au gré de certains vents, mais qui surnagera et rentrera dans le calme pour notre plus grand bien et surtout celui de notre jeunesse.

Pendant que le Séminaire de Québec, dirigé par un clergé sage et habile, servait si admirablement la cause religieuse et nationale, d'autres institutions d'un mérite incontestable, comme le Séminaire de St-Sulpice, ici, et le Collège des Jésuites à Québec, se disputaient aussi l'honneur de contribuer au progrés de la société canadienne.

Dieu sait. Messieurs, tout ce qu'il a fallu de dévouement, d'abnégation, de persévérance, chez le clergé, à cette première époque de notre histoire, pour poursuivre l'œuvre commencée, lorsque la pauvreté, les troubles, les guerres incessantes menaçaient à tout moment de lui faire perdre le fruit de ses travaux. Que de guerres aussi n'a-t-il pas réussi à prévenir par sa mission de paix auprès des barbares indigènes, par sa parole persuasive et son zèle désintéressé? Et quand l'heure du combat sonnait, — hélas ! elle sonnait souvent cette heure sanglante pour les premiers colons du Canada, —

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n'est-ce pas le clergé qui les bénissait avant leur départ, avec leurs armées et leurs drapeaux; — ces intrépides pionniers de la civilisation ? N'est-ce pas lui qui voulait même les accompagner jusque sur les champs de bataille? N'est-ce pas lui du moins qui, au retour de la guerre, tendait le premier les bras aux vaincus et aux vainqueurs, aux vaincus, pour les consoler, aux vainqueurs, pour entonner avec eux l'hymne de la reconnaissance.

Nous voici parvenus à l'époque néfaste où la patrie va bientôt changer de maître. Au milieu de ses troubles et de ses malheurs, elle se voit abandonnée seule à sa triste fortune, tandis que l'ennemi puissant et nombreux fond sur elle de toutes parts. Le ciel est sombre : pas une lueur d'espérance. C'en est fait — la lutte sublime de Montcalm ne pourra nous sauver ! Adieu — France ! on nous cède à l'Angleterre.

Que fera le colon canadien, quand les nobles et les grands le délaisseront pour regagner la mère-patrie, emportant là-bas avec eux, déchiré et ensanglanté le drapeau fleurdelysé, — à jamais perdu pour nous ! Que fera-t-il ce pauvre colon ? Tout n'est-il pas perdu ?

Non, Messieurs, tout n'est pas perdu. Canadien, consoletoi : dans tes malheurs, il te reste un ami, un ami constant et fidèle — c'est le clergé.

Le clergé, Messieurs, fut pour nos ancêtres l'inséparable compagnon d'infortune, et remplaçant auprès d'eux les chefs >de la société qui s'étaient enfuis, pour ne point voir flotter sur nos murs le drapeau du vainqueur, il eut à conduire le peuple non-seulement dans les voies de la religion, mais encore dans l'ordre politique et les matières civiles. Tant il •est vrai qu'aux jours de grande tristesse et de calamités rsuprêmes, l'amitié, fondée sur la religion, est la seule sur laquelle les peuples, comme les individus, puissent compter! lSous le régime fiançais, le clergé avait pu concentrer ses

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efforts sur le développement progressif de la foi et de la civilisation. Après la conquête, une ère nouvelle s'ouvrait : ère de luttes vives, courageuses, opiniâtres pour la défense des droits acquis du catholicisme et du peuple canadienfrançais lui-même menacé jusque dans sa propre existence.

Messieurs, qu'eussent fait nos ancêtres sans le clergé, sans ces hommes dévoués, énergiques, éclairés, qui surent plaider avec tant de sagesse pour la cause de notre religion, sans un Plessis, par exemple, qu'on vit traverser les mers pour aller exposer au conquérant la position des Canadiens-Français, et faire valoir la justice de leurs réclamations? Le clergé sauva donc la religion de nos pères, et en la sauvant, il sauva par là même notre nationalité, puisque le catholicisme une fois perdu parmi nous, c'en était fait de notre vieux caractère français, de nos plus belles institutions, de notre langue et de nos lois.

J'allais oublier un des faits les plus mémorables de notre histoire. Quand la révolution américaine, tendant la main aux Canadiens dans des proclamations enthousiastes, les. priait de prendre part au grand mouvement de l'indépendance, que vit-on alors ? Le clergé, prêchant partout la loyauté, et la fidélité à la couronne britannique, réussissant, par la force de ses raisons et l'ascendant de son autorité, à arrêter le peuple au bord de la voie périlleuse où il voulait aveuglé nient s'engager, sans prévision des fatales conséquences que lui préparait l'avenir. La loyauté des Canadiens, en cette occasion, leur valut des égards de la part de l'Angleterre, et à ce point de vue, c'est avec raison que nous jjouvons attribuer, en partie du moins, à l'influence de notre clergé, les conditions de liberté et d'indépendance dont nous jouissons aujourd'hui.

Depuis plus d'un siècle, messieurs, que l'Angleterre nous gouverne, pas une tentative n'a été faite pour angliciser le

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pays, sans que la voix du clergé ait hautement protesté, pas une atteinte n'a été portée aux droits de la nationalité canadienne, sans que notre cause ait trouvé dans les hommes de Dieu de véritables amis du peuple. Le clergé a été l'âme de nos luttes, notre soutien, notre lumière, le guide de nos destinées ; et avec l'immense développement que son œuvre a pris dans la Province depuis quelques années, l'avenir du peuple canadien n'attend pas moins de sa douce et bienfaisante influence.

En effet, la Province de Québec est fière aujourd'hui de compter dans son sein les huit Evêchés qu'elle possède, avec un Vicariat et une Préfecture apostoliques. Elle est fière de contempler ce magnifique réseau de séminaires, de collèges, de maisons d'éducation de tous genres, dirigés de près ou de loin par le clergé : institutions qu'on pourrait appeler comme les riches joyaux de notre couronne nationale. Le reste des ministres sacrés, dispersés dans l'intérieur du pays, se livrant à un travail moins éclatant, mais non moins fructueux, et toutes ces florissantes paroisses qui remplissent la vallée du St-Laurent, ces églises pieuses, élégantes et cette colonisation vigoureuse, sont autant de témoignages des aspirations de la foi canadienne, en faveur du catholicisme et de notre clergé.

Le clergé s'attache au peuple comme l'âme au corps I qu'elle pénètre de sa vertu ; et quand le Canadien se voit forcé de déserter son pays pour aller exploiter là-bas, les richesses trop souvent trompeuses de nos voisins, le prêtre le suit comme son ange gardien ; c'est le prêtre qui préserve les chers compatriotes de toute fausse doctrine et des influences malsaines d'une atmosphère étrangère ; parce que c'est la charité qui brûle dans le cœur du prêtre, et que la charité est une flamme qui ne cherche qu'à s'étendre.

Messieurs, la providence divine avait choisi le clergé

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comme l'instrument principal de ses éternels desseins s' l'Eglise et la société ; et cet instrument divin n'a pas fai à sa mission. L'histoire l'atteste, il l'a remplie avec écl par le monde entier; il l'a remplie avec un héroïque dévou ment au milieu de nous, dans ce jeune pays qui a grandi l'ombre de l'Eglise catholique, comme l'enfant à côté de mère.

Il ne nous reste plus qu'à désirer pour l'avenir du cler| canadien et de sa mission le succès dont nous parlent, avi tant d'orgueil les annales du passé. Loin de moi, Messieui la présomptueuse pensée de vouloir tracer au clergé cet mission glorieuse : il la connaît trop bien lui-même, elle 1 est trop clairement tracée par le doigt même de Dieu, et i passé de 19 siècles, pour qu'il ait besoin des pâles lumièr d'un simple laïque. Notre devoir est de suivre le clerj dans le chemin déjà frayé, dans lequel marche l'autori religieuse, sous l'égide du Saint-Siège. Notre peuple, du rest a si bien conservé la foi respectueuse et docile de ses pèr qu'il lui suffit de voir un drapeau, arboré dans la main ( prêtre, pour se jeter à sa suite et marcher. C'est le prop du clergé de tenir entre ses mains le cœur des peuples chr tiens. Raison souveraine, qui nous permet d'affirmer sai crainte, une fois de plus, que de cette influence et de cet action dépend l'avenir de notre pays ! J'ai confiance, Me sieurs, dans le clergé canadien, et s'il a su nous sauver par passé, en nous faisant sortir victorieux des plus rudes épreuv nationales, c'est lui encore qui nous sauvera dans nos lutt présentes ou futures. Il nous sauvera par la science sacn dont il est le dépositaire, (jui fait les docteurs de la loi et 1 guides éclairés du peuple; il nous sauvera parles seniimen d'une piété sincère et éclairée, par sa charité, son désintére sèment, son zèle dans la direction religieuse, intellectuelle > murale du troupeau coniîé à ses soins ; il nous sauvera p;

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l'exemple de sa soumission aux autorités légitimes, par son union, par cette harmonie si désirable à laquelle on ne peut porter atteinte sans réjouir les ennemis de l'Eglise, et sans contribuer, bien que souvent d'une manière inconsciente, à leurs oeuvres destructives.

Ayons confiance. Messieurs; ce n'est pas au moment où les plus graves questions sociales et religieuses se dressent devant nous que nous verrons le clergé abandonner les traditions de sagesse qui ont fait sa force et la nôtre dans tout le cours de notre existence nationale. Sachons, nous, simples fidèles, fious montrer soumis et obéissants, il saura bien, lui, nous donner l'exemple saiutaire de cette union qui naît du respect de l'autorité et de l'intelligence pratique des droits et des devoirs de la hiérarchie de l'Eglise. Fort de cette union, notre clergé, ce bon, vertueux et zélé clergé canadien, se montrera, comme autrefois, comme aux plus mauvais jours de notre histoire, notre guide sûr et éclairé, notre soutien notre gloire et le garant de notre prospérité.

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