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DISCOURS DE M. LE CURÉ SENTENKK

M. le Président et Messieurs ^

Je ne puis m'empêcher, en entendant vos applaudissements, (Ir sentir en mon cœur une vive et profonde émotion. Ces ;i[Ji)laudissements, je le sais, ne sont pas pour moi, ils apparï tiennent au clergé que j'ai l'honneur, malgré mon indignité, \ de représenter dans cette circonstance solennelle. Ils ne me i surprennent pas, cependant, venant de votre part Vous ; respectez, vous aimez vos prêtres, et c'est votre joie de les voir occuper, dans toutes vos fêtes, une place d'honneur. Ah ! ce n'est pas sur vos lèvres, encore moins dans votre cœur, que nous trouverons ces regrettables paroles : le clergé ou le cléricalisme, voilà l'ennemi !

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Notre histoire le proclame bien haut, dans ce pays, 1( clergé et le peuple n'ont eu qu'un cœur et qu'une âme et on toujours vécu amis. Pouvait-il en être autrement ? Nou avons combattu ensemble, nous avons souffert ensemble, nou avons travaillé ensemble, avec une même ardeur, au déve loppement et ju progrès de notre patrie et de tout ce qu nous est cher." Au jour d'une fête nationale, n'est-il pas just( de nous réjouir ensemble et d'applaudir au succès de no labeurs? et comme, dans la voie du progrès il n'y a pas di limites, n'est-il pas juste et avantageux de profiter d'un s beau jour pour nous encourager mutuellement à suivre l marche ascendante qui est ouverte devant nous, grande e spacieuse comme nos fleuves, immense comme nos lacs ? Ces pourquoi j'ai cru qu'il était de mon devoir d'accepter votr honorable invitation. Vous m'avez demandé l'éloge di clergé. Il me semble qu'il serait mieux placé dans une autr bouche; cependant, j'obéis, tout en vous priant de me per mettre d'abréger et d'être court. Cet éloge, je le trouvi d'abord dans les paroles éloquentes de l'honorable surinten dant de l'éducation, que vous venez d'entendre, je le trouv dans la soumission, le respect, la confiance et l'amour qm vous avez pour vos pr*. très.

Des hommes intelligents et de cœur ne prodiguent pas ains leur affection à des personnes qui ne le méritent pas. Enfin cet éloge, je le trouve dans cette vérité, répétée bien souven et dont vous êtes convaincus, que c'est en grande partie ai clergé que nous devons dans ce pays, non-seulement la con servation de notre religion, mais aussi celle de notre hmgui et de notre nationalité. Cette vérité, je me contente de 1< rappeler sans la prouver. C'est inutile, je viens de le dire vous en êtes tous convaincus, et je me reprocherais de dérobe aux brillants orateurs que vous allez entendre et apjjkiudi avec enthousiasme un temps bien précieux. Je me contente

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jai de faire remarquer seulement que même dans les progrès 'Ct les développements de cette fête nationale, dont nous célébrons le cinquantième anniversaire avec tant de pompe et d'enthousiasme, le clergé a eu sa large part. Sans doute, elle a été fondée, cette fête, par un citoyen intelligent et de cœur, dont le nom restera immortel dans nos annales.

C'était en 1834; déjà on pressentait l'orage et on sentait Je besoin de se connaître, de se compter de se grouper •ensemble ; de là l'idée de se choisir au ciel un patron et de se rallier sous une même bannière. Mais cette idée belle, grande, aurait-elle pu vivre longtemps si le clergé, compreoiant tout ce qu'elle avait de noble, de généreux et de fécond, ;n'eût travaillé à son développement ? Il comprit que ces premières agapes faites dans un jardin ou dans un hôtel par un nombre limité de citoyens ne pouvaient amener le résultat désiré. Alors il a ouvert les portes de ses églises, le peuple a répondu à son appel. En foule, il s'est groupé sous la bannière Saint-Jean Baptiste.

Depuis lors, chaque année, il a présenté au monde le beau ■spectacle d'un peuple de foi venant dans le temple de Dieu avec une même pensée, une même affection, un même cœur présenter au souverain maître ses hommages, ses prières et ses vœux ; spectacle magnifique, qui arrache chaque fois de nos ^:œurs cette exclamation du roi prophète : " Quam bonumet quam jucundum habitare fratres in unum " ! Qu'il est beau qu'il est touchant de voir tout un peuple de frères réunis dans le temple de Dieu et ne former qu'un seul cœur pour faire •descendre sur les siens les bénédictions du ciel ! Faut-il parler maintenant de ses enseignements ? le prêtre, au jour de la Saint-Jean-Baptiste, est monté en chaire en profitant de cette ftte patriotique pour rappeler au peuple ses devoirs comme ^citoyens, pour lui rappeler son glorieux passé en lui disant que «es pères étaient tous des héros chrétiens. Braves, jamais ils

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n'ont compté le nombre de leurs ennemis, et pendant 150 ans, ils ont livré des batailles à des adversaires cinq fois, dix, quinze et vingt fois plus nombreux qu'eux, et ils repoussaient presque toujours l'adversaire ; ils ont été décimés par les victoires plus que par les défaites. Pleins d'énergie, ils se sont enfoncés dans nos forêts, ont sillonné nos grands fleuves et nos lacs, et paitout ils ont laissé des traces ineffaçables nonseulement de leur énergie, mais aussi de leur intelligence, et l'on admire encore aujourd'hui la perspicacité et la connaissance des lieux qui leur ont fait choisir les postes les plus avantageux et les sites les plus beaux. Hommes de foi, ils ont toujours secondé les vues de leur missionnaire ou de leur prêtre. Interrogeons-les donc et toutes leurs actions seront pour nous un puissant enseignement : '' Interroga majorer tuos et dicent tibi." Ils nous ont laissé un glorieux héritage, que nous n'avons pas le droit de délaisser. Ils nous ont laissé un sol qu'ils ont fécondé de leur sueur et arrosé de leur sang. Ils nous ont laissé une histoire, une nationalité et des traditions qu'ils ont défendues au prix de leur vie.

C'est aussi notre devoir de transmettre ces choses sacrées à nos neveux au prix des plus grands sacrifices et, s'il le faut, au prix de notre sang et de notre vie. Ces sermons, le peuple les a toujours écoutés avec une religieuse attention. Immédiatement la presse les reproduisait dans ses journaux et ils se répandaient rapidement dans tout le pays.

Voilà comment, dans la seule fête Saint-Jean-Baptiste, nous pouvons trouver pour le clergé de ce pays un glorieux éloge.

Je termine en disant que puisque votre union avec le clergé a toujours été votre force, vous devez la conserver toujours. Permettez-lui de vous dire toujours franchement et énergiquemcnt la vérité, comme le faisait Saint-Jean-Baptiste, notre glorieux patron. En agissant ainsi, nous grandirons nongeulcment aux yeux des hommes, mais aussi aux yeux de

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Dieu. Puissions-nous comme Saint- Jean-Baptiste, qui a été le plus grand des enfants des hommes, parce qu'il a été le précurseur de Jésus-Christ, devenir le plus grand peuple du monde, parce que nous avons été le peuple le plus chrétien et le plus catholique !

DISCOURS DE M. l'aBBÉ DAURAY.

M. le Président,

Messieurs^

Je suis très sensible à l'honneur que vous me conférez en m'appelant à répondre à la santé des prêtres canadiens des Etats-Unis. Toutefois, je dois vous dire que je crains beaucoup de ne pouvoir répondre dignement à cet honneur. Aussi je m'empresse de dire à mes confrères missionnaires, que je n'ai point recherché cette distinction ; donc, chers confrères, ne m'en voulez pas si vous n'êtes pas représentés comme vous le méritez.

Messieurs, la mission du prêtre, en quelque lieu qu'il exerce son ministère, est partout la même ; travailler à la sanctification des âmes que la Providence a confiées à ses soins en les instruisant des vérités de notre religion, les conduire dans les sentiers de la vertu, en les protégeant contre l'erreur et l'infidélité, enfin travailler à améliorer leur condition sociale et religieuse, voilà quelques uns des devoirs journaliers du prêtre. 11 se doit tout entier à son peuple ; de là les nombreux sacrifices qu'il doit s'imposer tous les jours pour arriver à ces fins. Nous sommes tous des ouvriers travaillant au champ du Père de famille. Il arrive parfois que le coin de terre qui nous est assigné est plus difficile à cultiver qu'un autre, mais alors il nous faut redoubler de travail, de courage et de zèle. Ordinairement nos difficultés ne nous viennent pas de la qualité du sol, car, comme ici nous travaillons sur du sot

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canadien^ et l'on sait que partout il est fertile. Ce qui fait l'objet de notre sollicitude, ce qui nous inspire le plus de crainte, c'est de le voir sans protection, exposé aux ravages de nos ennemis. Il nous faut donc élever des murs d'enceinte pour empêcher qu'on y jette de mauvaises semences ; il faut bâtir des forteresses pour !a protéger contre les envahisseurs ; il faut élever des digues pour arrêter le torrent de l'impiété qui déborde de tous côtés et menace de le submerger. Quelles sont ces forteresses, quelles sont ces digues ?

Messieurs, le peuple canadien est naturellement religieux ; il a bon cœur. Un des premiers soins des Canadiens arrivés aux Etats-Unis, est de s'informer s'il y a dans la localité une église catholique, surtout s'il y a un prêtre canadien ; rien de plus naturel que cette démarche, messieurs, car pour les familles chrétiennes et surtout pour nos bonnes mères de famille, l'Eglise n'est pas seulement le sanctuaire de la prière, mais c'est encore le rendez-vous des âmes qui souffrent. C'est là que l'on vient lorsque l'on n'a plus d'amis, surtout lorsqu'on n'a plus de patrie, pour offrir au bon Dieu ses prières et ses larmes. Et puis le prêtre c'est l'ami, le confident, le consolateur des cœurs brisés. Et quel est le cœur du Canadien émigré qui n'a pas été brisé, lorsque forcé par les circonstances il dût quitter son pays. Oh ! que d'angoisses n'a-t-il pas ressenties dans son âme, lorsqu'il disait adieu, pour un temps indéfini, peut-être pour toujours au toit qui avait abrité ses ancêtres, où il avait lui-même passé sa jeunesse, où tous ses enfants sont nés ; tant de souvenirs sont attachés à ce berceau de sa famille. L'espoir de se procurer une honnête aisance et de revenir bientôt au pays lui avait fait oublier pour un moment tout ce qu'il devait lui en coûter pour s'arracher à sa demeure, à ses parents, à ses amis, à son village, à sa patrie, mais, quand arriva le moment du départ, tous ces liens venant à se briser ensemble, firent à son cœur

une blessure que le temps ne saurait guérir. C'est après avoir subi une de ces émotions douloureuses, qu'il arrive sur un sol étranger, au milieu d'un peuple dont il ne connaît ni la langue ni les usages. Oh ! combien il a besoin d'un ami pour lui adoucir les peines de l'exil, l'encourager, le comprendre et l'aimer ; eh bien messieurs, cet ami, c'est le prêtre. Ceux d'entre nous que la Providence de Dieu a conduits au milieu de ces populations ont cette belle, cette sublime mission à remplir, qui est de consoler, d'encourager, mais surtout de protéger. Oui, il faut de la protection, non pas la protection qu'on peut appeler système d'économie, car sur ce genre les esprits peuvent être divisés, et lorsqu'il s'agit de protéger un peuple contre les envahissements de l'erreur suscitée par une éducation sans Dieu, lorsqu'il s'agit de le protéger contre la puissance d'assimilation, qui cherche à lui faire perdre sa nationalité en lui faisant perdre sa langue, oh ! alors, tout le monde est d'accord. Eh bien ! comment arriverons-nous à protéger notre peuple contre ces divers dangers ? En construisant des églises et des écoles ; voilà les forteresses, voilà les digues dont je vous parlais il y a un moment.

L'Eglise n'est pas seulement ce phare lumineux qui conduit le chrétien à travers les écueils qu'il rencontre partout sur le chemin de la vie, mais pour les Canadiens émigrés c'est la patrie ; c'est là qu'ils viennent tous les dimanches pour rendre leurs devoirs à Dieu, c'est là qu'ils se rencontrent, qu'ils se voient, qu'ils se parlent, qu'ils se connaissent et qu'ils forment les liens d'amitié qui doivent unir les cœurs dans une même paroisse ? Ils aiment à venir à l'église, mais ils viennent surtout avec bonheur lorsqu'on y parle leur langue, lorsque les cérémonies du culte, les usages, sont les mêmes qu'au pays. Ils aiment toujours ce qui leur rappelle la patrie. Comme ils sont à plaindre lorsqu'ils sont privés de ces avantages, et quels efforts n'oni-ils pas faits depuis longtemps et ne font-ils

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pas encore tous les jours pour se les procurer. Mais qu< d'obstacles à vaincre, que de difficultés à surmonter, obstacle! de la part de l'épiscopat américain, qui ne juge pas toujours i propos de leur donner des prêtres de leur nation, difficulté; de la part de l'épiscopat canadien qui n'a pas toujours pu oi voulu se rendre compte de l'état de misère spirituelle où s( trouvent grand nombre des habitants de la population cana dienne; et puis, d'un autre côté, les évêques n'ont pa; toujours des prêtres en disponibilité pour satisfaire auj demandes.

Mais je dois ici rendre hommage à un certair nombrt d'évêques canadiens et américains, et les fé'.'citer du zèU qu'ils ont déployé à procurer des prêtres aux populations canadiennes lorsqu'ils ont compris tous les avantages spirituels que ceux-ci pouvaient en retirer. N'allez pas croire que j€ semble insinuer, par ce que je viens de dire, que les prêtres d'origine étrangère, qui sont placés à la tête de paroisses canadiennes ne leur soient pas dévoués ; loin de moi cette pensée ! d'ailleurs, nous avons de nombreux exemples du contraire. Je veux surtout parler des diocèses où les Canadiens sont desservis par des prêtres qui ne parlent pas le français, ou qui ne le parlent que très imparfaitement ; dans ce cas, je le répète, nos pauvres Canadiens sont à plaindre, c'est alors qu'ils font des démarches pour avoir quelqu'un qui puisse les desservir dans leur langue ; et lorsqu'ils réussissent, quel zèle, quelle ardeur ne déploient-ils pas, car ils veulent tout de suite bâtir une église. Les sacrifices ne leur coûtent pas. Ils donnent généreusement malgré leur pauvreté, ils n'ont pas besoin de loi pour les contraindre à payer leur contribution ; leur loi, c'est l'amour de la religion, l'amour de leur famille;, ils savent que l'église sera la gardienne de la foi et de morale de leurs enfants : aussi leur ardeur ne se ralentit pas, même au milieu des plus grandes épreuves, quand ils ont quelqu'unpour les encourngcr.

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Il y a dix ans lorsque j'arrivais à Woonsocket, je trouvai là une très jolie église que les Canadiens avaient bâtie et qui

' avait déjà coûté $32,000, bien que l'extérieur seul fut terminé. A peine avais-je été là deux mois, qu'elle fut renversée par un coup de vent, la consternation fut générale, car tous les travaux et tous les sacrifices de plusieurs années venaient d'être engloutis sous ses décombres. Mais je ne laissai pas au décou-

) ragement le temps de s'emparer de leur cœur, je convoquai immédiatement une assemblée de toute la paroisse, je fis appel à mon courage, j'avais le cœur brisé, et là je leur dis avec une émotion facile à comprendre : Chers amis, un grand malheur vient de nous frapper, qu'allons-nous faire ? Allonsnous nous laisser aller au découragement? les étrangers ont les yeux sur nous en ce nooment et se demandent ce que vont faire les Canadiens ; vont-ils pouvoir se relever de cet échec ? Eh bien ! chers compatriotes, c'est le temps de vous faire connaître, prouvons-leur que nous sommes forts dans l'épreuve, prouvons-leur que si l'église des Canadiens est renversée, les Canadiens, eux, sont debout, et fermes. A l'œuvre donc, mes braves, et dans trois ans. Dieu aidant, nous reconstruirons notre église. Nous avons tenu parole, au bout de trois ans nous recommencions les travaux, et aujourd'hui, je le dis avec orgueil pour mes compatriotes, nous avons une des

Iplus belles églises de la Nouvelle-Angleterre. Ce qui a été fait à Woonsoket n'est pas un fait unique ; partout où il y a des congrégations canadiennes, partout où il y a des prêtres canadiens, des œuvres analogues ont été accomplies ou sont à s'accomplir. Je n'aurais qu'à mentionner des centres comme Fall-River où le zélé missionnaire, le Rév. M. Bédard, a doté sa paroisse d'une église, d'un couvent, d'un orphelinat et d'un collège commercial ; et Worcester, et Nashua, et Manchester, et Lewiston et tant d'autres places que je ne finirais pas d'énumérer s'il me fallait parler de tout le

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bien qui a été accompli depuis dix ans dans nos congrégations canadiennes. Partout nous avons les mêmes avantages, mais aussi partout nous avons les mêmes difficultés à combattre.

Je le répète, nos craintes les plus vives nous viennent des dangers que court la jeunesse canadienne, à cause de son contact journalier avec l'infidélité; que sera cette génération qui grandira dans un milieu aussi délétère, si elle n'est pas protégée, sauvegardée. Ah ! nous pouvons le dire avec douleur, mais sans témérité, ce sera une génération perverse qui abandonnera sa foi, après avoir abandonné sa nationalité. Nous avons donc une double mission à remplir qui est de sauvegarder ces deux dépôts sacrés que Dieu a mis au cœur de l'homme : la foi et l'amour de la patrie.

L'Eglise est cette forteresse inexpugnable qui sauvegardera la foi ; les institutions religieuses sont les remparts puissants qui sauvegarderont notre nationalité en sauvegardant notre langue ; d'ailleurs l'un ne va pas sans l'autre, qui dit Canadien dit catholique. Celui qui renie sa patrie peut aussi renier son Dieu.

Nous continuerons donc de toutes nos forces à conserver à notre peuple et sa foi et sa langue ; par là nous aurons accompli notre double mission de prêtre et de patriote.

Messieurs, en terminant, je cède à un besoin du cœur, en vous offrant mes sincères félicitations et mes remerciements pour cette marque d'attention que vous avez bien voulu accorder à vos frères absents ; ils sont absents de corps, mais ils sont présents de cœur. Oh ! oui, merci pour cette marque de sympathie. En ce jour où les enfmts de la grande famille canadienne se sont réunis pour cliômer leur belle fête nationale ; en ce jour où tous les cœurs surabondent de joie, vous n'.ivcz pas oublié ceux de nos frères que les circonstances ont forcés de quitter le sul natal, et en portant la santé à laquelle

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je Viens d'avoir l'iaonneur de répondre, n'^''"-™"! J^ emblé dire: suspendons pour un moment nos cl,ants dalle-

tr"se et nos concerts joyeux et prêtons l'oredle aux accents

dé tristesse que font entendre en ce moment nos frères de 'ex Oui, messieurs, pendant que nous sommes dans la jo.e 1 est par delà de la frontière des milliers de Canad.ens dont è cœur est gros de soupirs et les yeux remplis de larmes au ouvenr de leur patrie. Toujours, le Canadien reste attaché

Ison pays, à son village, à son foyer ; toujours les souven.rs ont battr son cœur, mais aujourd'hui plus que jama.s c^ ouvenirs se sont avivés dans son esprit lorsque le brutt de la gr rde, de la belle, de la sublime fête 'l-;ous célébrez avec tant de pompe est venu frapper ses oreilles. Oh ! qu tl eut «é consolan pour tous nos chers compa.not« de pouvoir aLister à cette fête de famille. Mais ils ont dû ajouter ce rcHficeàtant d'autres qu'ils ont à faire. Pla,gnez-les, mes- ^eurs mais ne les méprisez pas, car ils sont restés dignes de non et d'ailleurs quel crime auraient-ils donc commis pour m r 'ter notre mépris ; serait-ce parcequ'ils auraient été con^ uaints de quitter leur pays. Ah ! si cela était un cnme, , en loTnais un autre plus grand qu'on ne peut leur reprocher.. Mrj'oubliais que je n'ai pas mission à parler sur ce sujet îe rmine par une réHexion : l'enfant qui pleure au souvent tfuné mère qu'il a toujours aimée et qu'il respecte, cet enfant est resté digne de sa famille et de sa mère.

DISCOURS DE l'honorable M. T. J. J. LORANGER,

Messieurs,

Il était aux siècles oppressifs de la féodalité, un châtelain barbare nommé le chevalier des Adrets. Les prisonniers que faisait ce farouche chevalier, il les faisait conduire au haut d'une tour et les faisait sauter en bas. A l'un d eux qui hésitait et lui cédait sa place, il dit: "Lâche, saute donc. L' autre lui répondit : ' ' Sautez vous-même.' ' (Rires.)

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Depuis le commencement de ce banquet, en donnant le mot d'ordre des discours, je fais sauter les autres , vous allez me dire : "C'est maintenant à vous de sauter." " Eh bien, je ne sauterai pas." (Rires.) Je pourrais pourtant le faire impunément. Je suis de ma race et cette race a passé par bien d'autres dangers ; car comme Antée, en touchant la terre, elle se relève plus forte et plus vigoureuse, et il n'est pas encore né l'Hercule qui l' étouffera ! (Applaudissements.)

Je vous ai dit que je ne sauterais pas ; en d'autres termes je ne ferai pas de discours, que je laisse à nos nombreux convives auxquels je ne déroberai pas le temps de ce dîner. C'est pour une autre occasion, le Congrès National, que je réserve mes efforts.

Je ne puis cependant refuser mes applaudissements aux belles et grandes choses que j'ai entendues, et je ne le pourrai pas davantage à celles que j'entendrai.

D'aucuns ont dit les Canadiens sont des Anglais qui parlent le français. D'autres ce sont des Français qui parlent l'anglais. Je dis, moi, les descendants des fondateurs de ce pays sont des Canadiens qui parlent le français par droit de naissance, et anglais par allégeance. Une race dont le passé a été couvert de gloire, dont le présent est rempli d'espérances et l'avenir plein de promesses, ne saurait, même pour plaire aux rois, ou flatter l'orgueil des grands parmi leurs sujets, consentir à perdre un iota de son nom ou une parcelle de sa nationalité ! (Applaudissements.) Une race qui a deux fois sauvé, contre leurs ennemis, le pays cédé à ses nouveaux maîtres, a bien le droit d'exiger qu'on lui laisse la renommée de son courage et l'intégrité de sa langue et de son nom !

Si un arrêt aussi fatal qu'inconcevable devait expulser du pays les populations qui habitent ce pays, ce devrait être les premiers venus qui seraient les derniers partis ! C'est la loi de la longue possession qui, dit-on, est de droit naturel.

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et c'est sur ce droit que doit être fondée la doctrine américaine que l'on a appelée la doctrine Monroe.

Les partisans de cette doctrine, appliquée à l'Amérique Britannique, disent que dans cinquante ans le régime colonial aura vécu. Je pourrais, sans risque, répéter cette affirmation, car dans cinquante ans qui pourra m'en demander compte. (Rires.) Je ne le ferai cependant pas, car, d'un autre côté, si la chose arrivait, qui me ferait compliment de ma prophétie. (Rires.)

Dans le doute je m'abstiendrai donc de préciser l'époque, mais ce que je puis dire, c'est que le régime colonial est à la faiblesse des peuples ce que la tutelle est à la minorité des enfonts que l'âge de majorité émancipe. Ceux qu'il n'émancipe pas sont des imbéciles qu'on interdit et qu'on pourvoit de curateurs. (Rires et applaudissements.)

En me livrant à ce franc dire, je n'entends cependant pas me faire l'écho de la Saint-Jean-Baptiste, ni l'interprète de ses sentiments ; je parle pour moi ; je fais comme les représentants du peuple, je n'ai pas consulté mes constituants. (Rires.) Mon aimable et honorable voisin, le lieutenant-gouverneur, ajoute; "Comme vous avez déjà fait." C'est vrai, et j'accède à son dire, mais de mon côté j'ajoute : '* Parmi nous, pauvres pécheurs, qui pourra jeter la première pierre ? " (Rires )

D'ailleurs je ne cours aucun risque à ce libre parler. Je me fais vieux, et si les Hercules d'une loyauté outre mesure m'étouffent, ils n'étoufferont que quelques années; si au contraire on m'épargne et qu'on me laisse l'air, la liberté e(^ quelque peu aussi ma pension, (rires,) je m'en servirai comme par le passé : à porter haut et ferme le drapeau de la nationalité, et si les autres devaient l'abandonner, — ce que je ne redoute pas, — en mourant je demanderais qu'on écrive sur ma tombe ; ** Ci-git le dernier Canadien."

Mais je m'aperçois que je cède à une vieille et mauvaise

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habitude, et que, contrairement à ma promesse, je fais un discours. Je m'arrêterai donc, et suivant l'exemple des poin-r tilleuses maîtresses de maison de nos jours qui ne dansent pas chez elles, je prierai l'honorable M. Chapleau de répondre à la santé que j'ai l'honneur de proposer, "Au jour que nous célébrons." (Applaudissements.)

DISCOURS DE l'honorable M. CHAPLEAU.

M. le Président,

Messieurs,

Il me faudrait le concours de la poésie et de la musique pour célébrer dignement les gloires de ce jour qui réunit autour de nos bannières nationales les innombrables enfants de la patrie canadienne. Par malheur, je suis brouillé depuis longtemps avec les muses, si jamais j'ai eu des relations avec ces illustres sœurs. 11 me faudrait le langage académique des princes de la littérature et de la rhétorique, et ce don des dieux n'est pas arrivé jusqu'à moi. Quand le plateau chargé de ces mets divins passa devant moi, je m'aperçus qu'il était presque vide; ceux que l'on avait servis avant moi avaient tout pris. Je ne dirai pas les noms de ces coupables, maigre qtie j'en voie deux dans cette salle ; encore moins les accuserais-je ; mal m'en prendrait; l'un pourrait aller se remettre sur le banc pour me condamner, l'autre pourrait me pendre.

Pourtant non, l'on n'avait pas tout pris : il restait quelques bribes dont je dus m'accommoder. Cela me fit un plat modeste que je viens partager avec vous. Que voulez- vous? Si je n'ai pas sa beauté, j'ai du moins la candeur de la jolie fille qui " ne donne que ce qu'elle a." Encore une fois je vais enlever l'encre de la plume de ceux qui s'obstinent à vouloir é( rire que je ne parle pas français, je vais en faire l'aveu moimCme en vous parlant canadien.

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Oh! de cette éloquence-là, par exemple, j'en ai; j'en ai plein la bouche, j'en ai plein mon cœur ! Et comment n'en serais-je pas pénétré aujourd'hui? Cette éloquence de l'âme tressaillant de patriotisme,

..,.0 patrie, ineffable mystère,

Mot sublime et terrible ! inconcevable amour ! cette éloquence, dis-je, a envahi, depuis trois jours, notre grande ville. Elle y parle une langue que tout le monde comprend, que tout le monde applaudit. Et quelle thèse émouvante ! Ce n'est pas seulement une idée, toute grande qu'elle sf it, que ces fêtes évoquent ; elles rappellent à nos souvenirs les pages les plus attrayantes de notre histoire. Sous les auspices de la Saint- Jean-Baptiste, qui a si grandement fait les choses, la procession nationale a été pour ainsi dire l'histoire du Canada, en tableaux qui parlaient au cœur, à l'imagination, et nous retraçaient en traits aussi pittoresques qu'ineffaçables les phases les plus dramatiques de notre histoire. Le cycle entier a été parcouru : c'était d'abord la période de la découverte et de l'établissement du pays ; Jacques-Cartier, le hardi marin, envoyé par François I à la conquête d'une partie de l'héritage d'Adam qu'il ne voulait pas, disait-il, laisser seul en partage à son frère le roi d'Es- , pagne ; c'est Frontenac, la personnification de la lutte triomphante contre l'Angleterre et les sauvages non chrétiens ; c'est la période de la fondation définitive de la colonie.

Puis vient la phase militante, je devrais dire la phase de potre âge héroïque, où le courage, l'audace, l'activité, la valeur personnelle suppléent au nombre. Napoléon, parlant un jour des guerres de la Vendée, disait qu'elles avaient été une lutte de géants ; de quels mots caractéristiques n'auraitil pas appelé la lutte héroïque des Canadiens, faiblement soutenus par la France, contre les forces combinées de l'Angleterre et de ses colonies I

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Enfin arrivent les jours de deuil de la conquête. Ici com. mence une lutte non moins héroïque que la précédente ; c'est la lutte pour l'existence d'une poignée de colons cédés par un marché diplomatique, et que le vainqueur veut traiter en peuple conquis. Tout le génie politique de l'Angleterre, toute l'astuce et la persévérance de ses hommes d'Etat, acharnés à la réalisation d'un projet d'assimilation des races, viennent se briser contre la résistance, pendant trois quarts de siècle, des Canadiens-français, soutenus par leur foi, par leur attachement à leurs traditions, à tout ce qui les constitue une race distincte en Amérique.

Puis vient 1834, avec Duvernay et la fondation dé la Saint- Jean-Baptiste, qui se lie si intimement avec le jour que nous célébrons et en est en quelque sorte l'aurore. C'est la réalisation d'une idée qui doit être féconde en grands résultats. Les créateurs d'institutions de ce genre ont-ils toujours la conscience de la grandeur de l'œuvre qu'ils font ? On peut en douter. Ces créations sont presque toujours un fait providentiel, la résultante d'idées que la force des choses a fait naître et dont les événements déterminent forcément la grandeur. Jusqu'en 1834, les Canadiens avaient lutté sans entente. Les personnalités brillantes n'avaient pas manqué ; ces chevaliers aguerris et indomptables s'étaient fait une large place dans le parlementarisme, comme les chevaliers du moyen-âge s'étaient taillé des marquisats et des duchés dans la féodalité. L'union manquait entre le peuple et ses chefs naturels, trop isolés dans leur lutte. La fondation de la société Saint-Jean-Baptiste, sa constitution, son programme,, appelaient le peuple à la rescousse et sanctionnaient l'union des chefs avec la masse du peuple, comme la Grande Charte de Jean-Sans-Terre avait jadis scellé le pacte d'alliance entre les barons normands et le peuple anglais.

La fondation de la Saint Jean-Baptiste ne réveillait pas

l'idée nationale, puisqu'elle était restée vivace dans les cœ'jrs, mais elle l'appelait à l'action, activait sa flamme. Plus que cela, et surtout, elle prêtait au mouvement national toute la force de l'association, cette grande arme du XIXe siècle, le point d'appui que cherchait Archimède pour soulever le monde.

De cette époque la lutte prend un nouveau caractère ; elle se poursuit avec des viscissitudes diverses, où se trouvent de faux mouvements dont les institutions humaines ne sont jamais exemptes; mais l'idée féconde, l'idée de la Saint- Jean Baptiste, est toujours là, domine les événements, plus forte que les hommes et les choses, et elle finit par triompher, sous l'union du Canada, avec la conquête de tous nos droits politiques, civils et religieux.

Quel contraste ! Quelle comparaison, naît spontanément dans l'esprit, à la pensée de ces deux époques ! D'un côté un pays agité, réclamant ses droits, n'ayant que des perspectives sombres devant lui. Cette Saint-Jean Baptiste de 1834 a plus l'apparence de préparatifs aux combats que l'air d'une fête. La foi seule, et une foi à soulever des montagnes d'obstacles, dût empêcher les Canadiens réunis dans les jardins de Mac- Donald de douter de Tavenir de leurs compatriotes. D'autres auraient pu croire alors que c'en était fait des Canadiens comme peuple appelé à jouer un rôle important dans le monde. Mais l'esprit aperçoit un autre tableau. La race opprimée de 1834 arrivée en x884au plein développement de ses dioits, parfaitement assise dans la province de Québec, songeant à étendre ses rameaux ailleurs et à rapprocher de l'arbre principal ceux que les circonstances et le va et vient des événements ont semés un peu partout chez nos voisins. Lorsqu'on lit les journaux de l'époque et ceux du temps actuel, on mesi re bien vite, dans l'ordre politique, l'étendue du chemin. En 1^34, MM. Viger et Morin étaient à Londres plai-

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dant notre cause ; aujourd'hui sir Charles Tupper occupe un poste d'ambassadeur à Londres, traite avec les puissances du continent de nos intérêts commerciaux, et M. Fabre fonde un journal canadien à Paris. Elles seraient bien ridicules aujourd'hui les tirades à la liberté, les cris de mort aux tyrans que l'on poussait à cette époque troublée. Aujourd'hui nous jouissons d'une façon incontestée de plus de liberté qu'aucun peuple de l'univers. C'est à un point que nous n'y songeons plus. C'est presqu'un malheur, car nous sommes exposés, à défaut d'ennemis à combattre, à diriger contre nous-mêmes les coups que l'on portait alors contre une oligarchie méprisée. C'est le plus grand danger, le seul que nous courrions aujourd'hui. Ah ! suivons donc le conseil paternel que nous donnait l'éloquent prédicateur de la Saint-Jean-Baptiste lorsqu'il nous disait, dans ses élans patriotiques, que si les Canadiens d'aujourd'hui allaient ,!?e diviser, ils perdraient le fruit des labeurs du passé. Si le vent de la révolte se mettait à souffler parmi nous, nous ne pourrions continuer l'œuvre glorieuse si bien commencée. Faisons aujourd'hui, sur l'autel de la patrie, le vœu de ne jamais susciter ces divisions qui absorbent un temps et des efforts qui seraient bien mieux employés aux grands intérêts que nous sommes tenus de servir ; qu'il n'y ait jamais parmi nous de ces gens qui se donnent pour mission

'• D'abattre ou fl'avilir tout front qui les dt^passe, Et de faire peti* ce que Dieu voulait grand."

La patrie vaut bien le sacrifice de tous nos griefs, de nos plaintes, de nos ambitions, de nos préférences.

A ce prix seulement nous achèterons le futur glorieux que nos héros ont iCvé pour leurs enfants ; à ce prix seulement nous éviterons les obstacles qui pourraient mettre en péril la destinée providentielle de notre nation. Dieu et la patrie le veillent, tous ceux qui ont du cœur et de la foi doivent le vouloir aussi.

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J'ai parlé de dangers. Pour ceux qui n'ont pas comme ■nous confiance dans la destinée providentielle de notre peuple, il semble qu'il y a danger imminent. Nous sommes envahis de partout ; les flots des peuples, qui diffèrent de nous par la langue, la religion, les mœurs, se pressent, toujours montants, toujours renouvelés, sur les rives de notre pays. Et dans le vieux monde, l' Italie qui se fait persécutrice, la France qui se fait païenne semblent nous prédire que les nations catholiques, que les races latines ont vu leurs meilleurs jours, et que notre nationalité, produit de ces deux civilisations, est en danger. N'ayons crainte, cependant. Il ne tient qu'à nous de tout sauver, de vaincre tous les obstacles, d'arriver au but et d'accomplir notre destinée. Voyez-vous cette embarcation qui paraît si frêle ? vous croiriez que la vague bondissante va bientôt la briser et l'engloutir; elle a disparu un moment, mais le moment qui suit vous la montre se dessinant fièrement sur l'azur du ciel, sillonnant la crête de la vague et plongeant hardiment dans le gouffre qui se creuse devant elle. Elle disparaît au loin dans le plus fort de la tempête, et vous plaignez en les admirant les marins de ce vaillant esquif. La tourmente est passée, et la vague fatiguée, humiliée, repentante, rapporte à la terre les débris accusateurs de sa funeste colère. En vain y cherchez-vous les épaves de la fière embarcation dont vous déploriez tantôt la perte. Allez plutôt là-bas ; vous la verrez dansant gaiement sur son ancre, séchant ses voiles au soleil qui a reparu ; son équipage a rangé avec soin toutes pièces du gréement, la boussole a été recueillie religieuseînt, et les matelots, réparant leurs forces, chantent leur

trnier exploit, rêvant déjà au prochain voyage.

-Et que faisons-nous en ce moment ? Ne chantons-nous pas les luttes du passé, les espérances, les grands projets de i'a- ■venir ? Comme l'équipage dont je parlais, nous avons traversé heureusement la tourmente. Eux durent leur salut à la cons-

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truction parfaite de leur embarcation, à leur expérience de la mer, à la vigueur de leurs bras, à leur boussole. Nous avons passé par de rudes tempêtes ; nous pouvons en braver de plus rudes encore, si nous conservons la perfection de nos institutions, l'excellence de notre éducation, la vigueur de nos mœurs, la direction infaillible et lumineuse de notre foi.

J'ai dit tantôt que la Saint- Jean-Baptiste avait été la grande charte de la nation canadienne. Le jour que nous célébrons est une des grandes séances de ses Etats Généraux; c'est aussi le jour des grandes manœuvres, un camp de Châlons canadien. Le prophète éclatait en transports enthousiastes en chantant la beauté des innombrables tentes d'Israël, resplendissantes de blancheur et de lumière, et annonçant au loin la force du peuple choisi entre les nations. Quel spectacle pour nos martyrs, morts pour la foi, nos soldats, morts pour la patrie, nos victimes, tombées pour la liberté, quel spectacle pour toutes ces grandes âmes que celui présenté par cette fête! Au premier plan du tableau, ils ont vu tout un peuple agenouillé près de l'autel du Dieu trois fois grand, offrant à ce Dieu des nations les premiers élans de son patriotisme, abaissant devant sa toute-puissance des fronts et des regards que la foi et la liberté portent vers les cieux ; puis cette marche solennelle, déroulant dans les rues de la grande cité les anneaux sans fin de cette chaîne vivante et forte ; ces chants de gloire, ces hymnes de triomphe, ces âpres senteurs de liberté sortant partout du sol et embaumant l'atmosphère, cette joie, cette allégresse s'éialant, s' écrivant de toutes couleurs, de toutes formes, de tous caractères ; et au milieu de tout cela, comme un lien doux et puissant, comme une étreinte magnétique, ce sentiment d'amour national, de solidarité sympathique, ce sentiment d'union, si puissant dans sa foi, si fécond dans sa puissante !

Voilà ce <iue j'ai ressenti, voilà ce que vous avez dû éprouver dans ce grn.nd jour que nous célébrons.

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Le jour que nous célébrons c'est le renouvellement du baiser fraternel à nos frères des Etats-Unis. Ce que la France est à nous, nous le sommes à nos frères d'Amérique. Je ne suis pas de ceux qui regardent l'émigration comme un crime .ou comme un écart de patriotisme. L'émigrant français aux Etats-Unis, comme le colon canadien dans Ontario, est une avant-garde, un éclaireur de la grande armée d'invasion dont M. Rameau nous a prédit la victoire pour le siècle qui nous suivra. L'Anglo-Saxon émigré aux Etats-Unis pour aller s'inféoder aux institutions républicaines ; il ne revient pas. Le Canadien-français qui émigré n'a pas de plus grande ambition là-bas que de fonder une petite colonie française pour se protéger, s'aider, se souvenir ; il revient aux jours de fête de famille ; il reviendrait aux jours de danger de la patrie. 11 reste là-bas c« qu'il est ici, français et catholique. Le travailleur canadien a joué son rôle dans la République voisine ; il a imprimé le cachet de son intelligence et de sa force aux grands travaux de l'Etat; semblable en cela à ces glorieuses corporations ouvrières du moyen-âge, qui couvrirent le sol de l'Europe de ces monuments gigantesques qui ont servi de jalons à la marche de la civilisation, des arts et de la foi dans l'Occident.

Plus loin que la ligne 45ème, plus loin que la dernière, la plus éloignée des colonies canadiennes en Amérique, au-delà

» grand Océan, se trouve un beau pays, que nous n'avons oublié aujourd'hui.

)ans le déploiement fastueux de votre procession, qui de s n'a pas admiré la grande cavalcade qui nous rappelle un des plus beaux souvenirs historiques de la France ? Dans la recherche de nos gloires passées, dans l'épanouissement de nos joies nationales, la France occupera toujours une place royale dans nos affections. Son histoire n'est-elle pas la nôtre, jusqu'au jour où nous avons commencé l'histoire pour notre

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propre compte? La France, nous y sommes attachés encore par tant de liens, que rien ne peut altérer le sentiment qui nous fait partager ses joies et ses douleurs et vivre de sa vie. Nous ne pouvons, lorsque nous voulons caresser des rêves ambitieux, nous empêcher de penser que notre vocation en Amérique est un peu celle de la France en Europe.

'- Quand Dieu frappe un grand coup, c'est par la main des Francs."

La France, elle traverse en ce moment une crise terrible.

" Ce siècle, dont l'écume entraîne dans sa course. Les mœurs, les rois, les Dieux ! "

Ce siècle verra-il l'effondrement de cette nation privilégiée, que Dieu avait bénie parce qu'elle s'était donné pour mission de christianiser l'univers en le civilisant ? Elle avait porté la croix jusqu'aux extrémités du monde, comme pour récompenser le Christ d'avoir donné la liberté au monde comme un des fruits de l'arbre sacré du Golgotha. Et maintenant, c'est au nom de cette liberté qu'elle chasse le crucifix de ses tribunaux, de ses écoles, de ses hôpitaux, ces temples sacrés de la charité, de la vérité, de la justice. Quelle sanglante ironie ! Mais attendez ; l'école impie, qui insulte ainsi l'humanité, n'aura qu'un triomphe d'un jour; jamais elle ne réussira à déchristianiser la France ! Ecoutez la protestation calme de la conscience publique qui parle pour la famille, pour la société outragées: ** Vous avez réclamé la liberté de penser, vous avez demandé la liberté de la presse, vous avez voulu la liberté d'association, la liberté des réunions. Vous avez risqué le salut de la France pour obtenir ces libertés. Eh bien ! au nom de cette liberté, nous vous demandons le privilège d'instruire nos enfants, de soigner nos malades, de nourrir nos pauvres, et de prier i)our vous, pour la France." Tôt ou tard, •tctic noble protcblalion sera cuicuduc, sera exaucée. N'allez

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pas croire que la foi est morte en France. La croix reste dans les temples plus vénérée qu'auparavant: elle a plus d'empire que jamais sur les consciences ; elle a repris dans le sanctuaire de la famille tout le prestige qu'on a cru lui faire perdre dans la société officielle. Non, c'est plus fort que la philosophie, plus fort que la Révolution, la France baptisée par Clovis, confirmée par Charlemagne, sanctifiée par Saint- Louis, la France est et restera très chrétienne. Le langage, cette incarnation sublime de la pensée, comme le Verbe est l'incarnation éternelle de l'idée divine, le langage, plus fort que les décrets passagers d'une législation perverse, le langage a conservé la croix comme le nom symbolique de ce qui est grand, généreux, honorable. La France guerrière, la France héroïque, la France religieuse dit le fond de sa pensée quand elle emploie ce symbole divin comme la récompense, le couronnement des glorieuses carrières ; aussi, malgré ses gouvernements libres-penseurs, elle n'a pas changé, elle ne changera pas le nom glorieux de la croix de la Légion d'honneur. Elle a pu avoir le triste courage de renier le Christ dans son enseignement ; elle n'aura pas la force d'arracher la croix de la poitrine de ses savants et de ses braves, de ceux qui ont passé dans la vie ou dans la mort en faisant IaJ>ien. Croix glorieuse qu'ont embrassée avec un égal amour Ip^udes soldats du premier empire, les fils des Vendéens et 1% défenseurs du Saint- Siège ! Croix glorieuse qui a décoré la poitrine des princes, des prélats, des rois comme un symbole d'honneur, de gloire et de foi! Croix glorieuse, dont je m'honore comme je m'honore de la décoration pontificale qui brille à côté d'elle sur ma poitrine. Foi, honneur, c'est-à-dire, catholique et français, les deux noms de baptême de tout vrai Canadien !

Voilà, messieurs, les pages d'éloquence canadienne que j'ai lues dans le déploiement de notre fête et que je vous ai répétées dans leur émouvante simplicité. Joyeux chant de gloire, sa-

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lutaire enseignement, leçon sublime que le passé nous donne pour nous guider dans l'œuvre de l'avenir ! Foi, travail, courage, union. Voilà l'idée qui a présidé à la fondation de la Saint-Jean-Baptiste, voilà le parfum qui se dégage de la grande manifestation d'aujourd'hui, voilà la pensée féconde qui restera du " jour que nous célébrons."

M. J. A. Ouimet, M. P., proposa ensuite la santé du Canada. Ayant bu, dit-il, à la santé de la France et des Etats-Unis, il est maintenant temps de boire à celle du Canada. Rien n'est si beau et si précieux que son pays. Nous sommes les enfants du sol et nous en sommes fiers.

Nous sommes fiers aussi des ancêtres qui l'ont conquis et qui nous l'ont légué. Nos ancêtres ont découvert ce pays et l'ont fécondé de leur sang.

Depuis la cession à l'Angleterre, ils l'ont reconquis une seconde fois en lui obtenant la liberté des droits constitutionnels.

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patrie, et quoi qu'JJJjfrrive par la suite, quelles que soient ses destinées, nous continuerons à la défendre et à constituer une nation.

Le passé est une garantie de l'avenir et ceux qui vivront pour voir la célébration du centenaire de la St-Jean-Baptiste, seront fiers des progrés accomplis par les Canadiens-français.

Si nous sommes fidèles à notre mission et à nos traditions, avant longtemps c'f'uays sera le nôtre. Nous aimons notre

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