DISCOURS DE M. COURSOL M. P
Monsieur le Président^
Messieurs^
Si j'avais eu à choisir le toast qu'il me plairait le plus de proposer en cette grande et patriotique réunion, j'aurais certainement choisi celui que l'honorable président vient de me prier de porter.
Ces mots " à la province de Québec " évoquent en ce moment chez moi, comme chez vous, messieurs, la grande image de la patrie, avec ce toit qui la rend chère à nos cœurs, avec ce qui a fait faire de si nombreux sacrifices à nos prédécesseurs, pour nous permettre de la voir dans sa splendeur d'aujourd'hui. Mais, messieurs, l'âge, qui m'enlève tant d'avantages que beaucoup d'entre vous possédez, m'en donne un sur la plupart des convives qui ne sont encore qu'au printemps ou à l'été de la vie. Mes souvenirs, messieurs, remontent à près de 50 ans. C'est vous dire que si je vois aujourd'hui la province de Québec dans une condition de prospérité que la plupart des nations du monde pourraient lui envier, c'est vous dire que je l'ai vue aussi, aux jours de ses revers, aux jours de ses malheurs, aux jours de ses luttes héroïques pour la liberté. Oui, messieurs, la plupart d'entre vous ne peuvent guère se faire une idée de l'état de la province de Québec au jour dont nous célébrons le cinquantième anniversaire, au jour de la fondation de la société Saint-Jean- Baptiste par le sincère, dévoué et ardent patriote Ludger Duvernay.
Au lieu de cette fière cité où nous tenons maintenant une si large place, où l'union règne parmi les citoyens de toutes les origines, races et religions, si bien prouvée par les acclamations sympathiques des autres origines à notre race, au lieu
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de cette grande ville qui compte par les souvenirs qui s'y rattachent, par son histoire, par son commerce, au lieu de ce port immense où les vaisseau^: de toutes les nations viennent apporter la richesse et la vie, on voyait alors une petite ville où nous. Canadiens, ne jouissions que des droits que nous pouvions défendre à la force de nos bras, où il n'y avait pas de place pour les faibles, où il n'y avait de sécurité pour personne, où le souffle empoisonné du fanatisme encourageait la guerre de races, un port où il n'y avait qu'un cabotage, où rien enfin ne donnait l'espoir à la génération d'alors que le centre de la Patrie Canadienne grandirait au point d'être un jour le centre commercial d'un pays grand comme l'Europe. La province de Québec était alors une fidèle image de ce qu'était notre ville — ^l'inertie était partout ; le peuple, mécontent du joug si lourd qui pesait sur lui, appelait de tous ses vœux des libertés qui lui échappaient comme l'horizon, lorsqu'il se croyait près de les conquérir. Mais, Messieurs, il y avait du cœur, de la foi quelque part ; la vie nationale s'était réfugiée, concentrée dans les âmes ardentes de quelques patriotes, qui aimaient, jusqu'à braver la prison, braver l'exil et l'èchafaud, cette province de Québec à laquelle vous allei, boire avec enthousiasme dans quelques instants.
Oh, Messieurs, n'oublions pas en ce beau jour les hommes auxquels nous dûmes nos libertés, ces héros de nos luttes politiques, dont on peut dire de chacun avec le poète.
Un homme à la franche parole,
Qui n'a jamais fléchi devant aucune idole.
Tout a bien changé dans la position où était alors le Bas- Canada, grâce au régime libéral que nous ont vahi les luttes" de nos hommes d'Etat. Nous étions alors comme perdus dans l'iinmciisité de notre patrie ; aujourd'hui nous sommes à l'étroit dans nos vieilles paroisses et nous déversons le trop
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plein de notre population sur les provinces voisines et les Etats-Unis. Nous envahissons l'Ouest du Canada. Nous sommes fixés à demeure dans plusieurs comtés d'Ontario, et si nos voisins reculent leurs frontières du côté de l'Ouest, nous reculons les nôtres dans la même direction, et cela sans secousses.
Là où nous nous établissons, c'est dire que cela sera la Province de Québec^ car nous restons là-bas et nous sommes ici. Nos institutions, nos coutumes, nos mœurs, notre langue
notre religion forment comme un héritage, un rempart qui
siste à toutes les armes dirigées contre nous.
Permettez-moi d'exprimer ici un vœu qui, j'en suis sûr, ïevra se trouver dans vos cœurs, c'est que le mouvement ligratoire de nos populations se dirige du côté de nos terres colonisables, qui sont si fertiles et si nombreuses, et surtout que nous aidions d'une façon efficace aux colons.
Si l'on déployait dans ce but la centième partie du zèle qu'on a mis à organiser cette magnifique suite de fêtes, la colonisation ferait merveille, et le cœur de ce vrai patriote, le curé Labelle, serait bouillant de joie, le curé Labelle, Messieurs, qui est à cette grande et belle œuvre ce qu'ont été Papineau, Lafontaine, Morin, Panet, Taché, Cartier, à nos luttes politiques.
Messieurs, toute médaille a son revers — si j'ai dit quelques mots des gloires de la province de Québec, et si j'ai parlé de ses forces, je ne puis cacher ses côtés faibles. Si nous sommes plus nombreux, plus grands qu'en 1834, nous sommes peutêtre moins forts, à cause de notre désunion et de la confusion qui règne dans nos rangs.
C'est un point noir qui doit affliger tout bon patriote ; c'est pourquoi je ne veux pas m'y arrêter dans ce jour consacré à la joie, mais j'espère qu'il sortira de cette assembler
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qui réunit sous le même toit des hommes qui se combattaient la veille, une idée généreuse de paix et de réconciliation.
Un grand philosophe a dit que si les torts n'étaient que d'un côté, les discussions seraient bientôt terminées. Pénétrons-nous de cette pensée et les mains se tendront les unes vers les autres comme par enchantement.
En terminant, Messieurs, il m'appartient comme à chacun de vous de faire des vœux pour la prospérité de la province de Québec que nous aimons tant, cette patrie Où mûrit l'héroïsme, où fleurit la gaité. Terre où nous respirons avec fierté.
DISCOURS DE l'honorable M. ROUTHIER.
M. le Président^ Mesdames et Messieurs^
Il est deux heures ; c'est bien matin pour se lever, et c'est bien tard pour parler. La province de Québec ne peut cependant pas rester muette, puisqu'elle est du genre féminin. Elle parlera donc, mais parlera par la bouche d'un homme, c'est-à-dire brièvement.
En me chargeant de prendre la parole ce soir, ou plutôt ce matin, au nom de la province de Québec, le comité d'organisation de ce banquet m'a fait un honneur très grand, que j'apprécie au delà de toute expression, mais que je remets à sa véritable adresse, je veux dire à la magistrature dont je fais partie.
Pour moi personnellement, c'est non seulement un honneur, mais un bonheur, puisque cela me fournit l'occasion de louer ma patrie.
Le Canada, c'est la patrie commune des races diverses qui l'habitent de l'Atlantique au Pacifique. Mais la province de Québec, c'est out particulièrement notre patrie à nous,
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Canadiens-français, et la fête Saint-Jean-Baptiste, c'est la fête de notre province.
C'est aussi votre fête à vous tous qui êtes ses enfants, Canadiens-français des Etats-Unis, des provinces maritimes, d'Ontario, du Manitoba, et c'est avec une tendresse vraiment maternelle qu'elle vous voit réunis autour de sa table.
C'est la fête du présent, c'est la fête de l'avenir, c'est la fête du passé ; et si les grands souvenirs patriotiques peuvent réveiller les morts, nos glorieux ancêtres doivent tressaillir aujourd'hui dans leurs tombeaux.
Ah ! Messieurs, que la Providence s'est montrée généreuse envers nous quand elle nous a donné pour patrie ces magnifiques vallées qu'arrosent le roi des fleuves et ses gigantesques tributaires !
Qu'elle est belle notre province bien-aimée quand elle renaît à la vie sous les caresses du printemps ! Quel riche manteau de verdure et de fleurs elle revêt alors ! Quelles harmonies font alors entendre les flots de ses rivières et de ses grands lacs sur leurs immenses rivages ! Quels concerts donnent les oiseaux dans ses forêts, et les brises dans ses feuilles naissantes !
Je m'extasiais l'autre jour dans la contemplation d'un de ces paysages admirables qui se rencontrent à chaque pas sur les rives de notre grand fleuve, et qui résument pour ainsi dire toutes les beautés de notre grande nature. Mais il y avait dans ce tableau de renouveau et de jeunesse un personnage qui lui donnait la vie, c'était un semeur qui marchait à grands pas dans son champ fraîchement remué.
Légèrement incliné vers la terre, il y jetait une semence précieuse, confiant dans la fécondité de sa patrie et dans les bienfaisantes rosées du ciel.
Et je me disais en admirant ce robuste semeur : le vrai Canadien-français, ce n'est pas moi, c'est lui.
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Oui, messieurs, permettez-moi de vous le dire : le vrai type de notre race, ce n'est pas nous qui appartenons aux professions libérales, au commerce, à l'industrie, c'est l'agriculteur, vivant heureux et libre sur la terre que ses mains ont défrichée. Le vrai type canadien, c'est encore le colonisateur, qui a sa personnification la plus haute et la plus pure dans ce prêtre que tout le pays acclame comme l'apôtre de la colonisation. Vous applaudissez, messieurs, avant que je le nomme, et, de fait, il n'est plus nécessaire de le nommer : on dit son titre de gloire, et tout le monde le comprend.
Regardez maintenant notre agriculteur exploitant son domaine.
A l'image de Dieu, il semble avoir le don de créer, et sous ses pas naissent les moissons, les fleurs et les fruits. Ces beaux arbres qui étendent leur feuillage comme un large parasol au dessus de sa maison, c'est lui qui les a plantés et qui en a pris soin. Ils ont grandi sous ses yeux, vieilli avec lui, et il les aime comme des compagnons de labeurs et de succès, d'épreuves et de joies.
Ce jardin qui sourit au soleil à côté de sa maison, c'est son œuvre ; c'est lui qui l'a taillé, préparé, enclos ; c'est sa vaillante femme qui en cultive les légumes et les fleurs ; et quand ses petites filles— fleurs vivantes — y vont tresser des bouquets pour l'autel de Marie, il tressaille de bonheur en songeant qu'il est l'auteur de toute cette vie qui l'environne, et de toutes ces espérances qui s'épanouissent autour Je lui et, qui dorent son avenir.
Puis ses pensées s'élèvent : il songe que ses parterres fleuris et ses bocages verdoyants sont autant d'encensoirs dont les parfiims montent vers le ciel. Toutes ces voix qui chantent dans la nature, toutes ces rumeurs qui s'élèvent de la terre bénissent son créateur.
Mais ce concert d'hommages n'arrive jusqu'à Dieu qu'en
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passant par son âme, à lui, créature raisonnable. Car l'homme n'est pas seulement le roi de la création, il en est le pontife, et c'est lui qui, par un acte libre de sa volonté, reporte au créateur les louanges, les adorations, les reconnaissances des créatures inanimées ou dénuées de raison.
Vous allez me dire peut-être qu'il y a dans ce tableau plus de poésie que de réalité. Mais veuillez observer que c'est un type, le type de notre race que je veux peindre, et je maintiens que ce type est réel. Non-seulement il existe, mais il éprouve vraiment les sentiments que je lui prête— sans pouvoir les exprimer peut-être.
Comme ses ancêtres, il est un semeur de foi, et c'est lui (lui garde le plus fidèlement les vertus du foyer domestique. C'est lui qui est le plus solide fondement de notre nationalité et la plus ferme espérance de notre avenir.
Messieurs, j'ai dit plusieurs fois, dans des discours qui ont été publiés, quelles hautes destinées je rêve pour notre province de Québec. Le rôle que j'ambitionne pour elle sur cette terre d'Amérique, c'est celui que la France a joué dans le vieux monde. Je le disais tout récemment à nos frères d'outre-mer, les Vendéens, et j'ajoutais que nous avions le droit de n'être pas modestes, puisque nous étions les fils de la France et de l'Eglise.
Ces liens de filiation, il ne faut pas les rompre : il convient plutôt d'en augmenter la force.
La mission de la France en ce monde, n'est pas finie, et nous devons espérer qu'au delà du sombre défilé qu'elle traverse, elle retrouvera son lustre et sa grandeur des siècles passés. Un jour viendra peut-être où la mère et la fille grandiront comme un grand astre et son satellite autour du même soleil de gloire.
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Mais pour arriver à ces glorieuses destinées, il faut que nous restions unis et que la province de Québec garde sor autonomie.
Rester unis pour être forts, c'est une vérité tellement évi dente que je ferais injure à votre raison en vous la démon trant.
Il me semble, d'ailleurs, qu'après les agapes fraternelles dt ce jour, qu'après nous être assis à la même table, avoir mangt le même pain et bu ensemble le même vin de l'amitié, nous devons tous sortir d'ici pénétrés d'un même sentiment et d'ur même désir, le sentiment filial qui doit nous unir à la patrie et le désir de travailler ensemble à son bonheur et à si gloire.
Si nous sommes animés de ces sentiments, nous ne com mettrons jamais la faute, je devrais dire le crime, de dénigrei la patrie.
La patrie, c'est plus qu'une femme, c'est une mère. Eût elle vraiment quelque défaut, ne la décrions pas. Imitoni plutôt les deux fils de Noé qui couvrirent de leur manteau h nudité de leur père, et n'allons pas prendre pour patroi l'autre fils maudit qui devint le père d'une race d'esclaves.
Messieurs, j'ai dit que nous devons défendre rautonomi( de la province de Québec.
Le pacte fédéral nous impose des devoirs envers la confé dération, et nous devons les remplir avec fidélité et dévoue ment. Mais il nous reconnaît aussi des droits, et nous voulon: qu'ils soient respectés.
Notre liberté religieuse et notre autonomie provinciale noui sont garanties, et nous" ne devrions jamais permettre que l'or porte atteinte à ces éléments précieux de notre nationalité.
Nous voulons l'union fédérale, mais non pas l'absorption des provinces. Nous voulons travailler pour le bien commun, apporter notre part d'efforts et de sacrifices à la prospérité et à la gloire du Canada, notre patrie commune ; mais nous voulons en même temps conserver notre personnalité nationale, notre caractère particulier, les traits distinctifs de notre race, €t notre sphère dans les limites tracées par le pacte fédéral.
En un mot, nous voulons être Canadiens, loyaux et fidèles sujets de Sa Majesté Britannique, mais nous voulons aussi qu'il nous soit permis d'ajouter à notre nom de Canadien celui de Français, et nous tenons avant tout à rester catholiques.
Nous ne voulons pas la division, mais la distinction des pouvoirs, — pas l'indépendance, mais la liberté, — pas un Etat dans l'Etat, mais une grande famille, distincte des autres grandes familles de la nation, gardant sa physionomie propre, son foyer, sa cité, ses autels, et grandissant avec ses fils dans la jouissance de ses droits et de ses libertés.
Voilà comment je comprends le pacte fédéral, et je ne crois pas que l'autonomie des provinces soit de nature à nuire au progrès général de la Confédération. Au contraire, l'émulation— qui n'est pas l'antagonisme — une noble émulation entre les divers groupes nationaux devrait multiplier les œuvres et activer le progrès.
La liberté et le pouvoir sont les deux moyens d'action nécessaires des Etats.
La liberté donne l'impulsion, le pouvoir règle et dirige. La liberté produit la variété des œuvres, le pouvoir engendre l'unité.
Ce sont deux forces qui se font équilibre et dont la résultante assure l'ordre. Ni l'une ni l'autre ne doit être sans , contrôle. Le pouvoir sans règle serait le despotisme : la «liberté sans freins serait l'anarchie.
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Mais si toutes deux s'harmonisent dans la justice et h vérité, c'est l'ordre social, c'est le bien ; et si la charité vient se joindre à la justice, c'est l'idéal.
Eh ! bien, Messieurs, nous ne voulons pas porter atteinte au pouvoir, mais nous ne voulons pas voir restreindre noi libertés nécessaires.
Nous ne sommes ni le nombre, ni la force, ni l'influencej ni la richesse ; et comme nationalité française, la province de Québec n'est encore qu'un enfant. Mais si l'on voulait déchirer les traités qui nous protègent, si l'on voulait jetei aux vents du ciel la constitution qui définit nos droits, si l'or allait enfin soumettre à une épreuve décisive notre foi, notre patriotisme et nos aspirations nationales, on verrait cet enfani prendre les proportions d'un géant.
Car il est un pacte sacré qu'on ne pourra jamais déchirei parce qu'il est écrit dans le cœur même de la nation, et parce qu'il consacre son alliance avec une institution immortelle ; l'Eglise.
Or, un peuple qui croit à l'indissoluble union de sa nationalité et de sa foi, et qui les aime assez pour leur sacrifier sa vie, est un peuple qui vivra.
" La garde meurt et ne se rend pas, " disait un brave commandant sur un célèbre champ de bataille ; mais notre cri sera plus puissant, car nous dirons ; le Canadien-français ne se rend pas et il ne meurt pas. Jamais on ne lira sur une pierre tumulaire cette épitaphe : ci-gît le dernier des Canadiens-français 1
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DISCOURS DE l'honorable M, BABY,
Juge de la Cour du Banc de la Reine de la Province de Québec.
Votre Honneur^ M. le Président et Messiew s,
Appelé, en troisième, à répondre au toast " Le Canada, " je me vois dans un grand embarras, car mes honorables et éloquents devanciers ne m'ont laissé rien ou presque rien à dire tant ils ont été pleins de leur sujet. Vaisje, au moins, vous remercier pour l'enthousiasme avec lequel vous avez accueilli le nom du Canada et bu à sa prospérité ? Non, car c'est de notre mère qu'il s'agit et c'est un devoir sacré pour des enfants bien nés, tels que nous le sommes, d'aimer celle qui leur a donné le jour, d'en applaudir le nom et de se joindre, en toute occasion, à ceux qui disent ou chantent sa gloire et célèbrent sa renommée ! Cependant, veuillez me permettre d'ajouter un mot aux belles et bonnes choses dont MM. Langevin et Laurier vous ont entretenu. Je serai court, car je tiens à ne point vous faire un discours.
Nous sommes actuellement un peuple, vous a-t-on dit. Oui, c'est vrai, et nos destinées nous sont clairement indiquées. Dieu, dans ses insondables desseins, nous a choisi pour être, sur ce continent, ce que la vieille France, la patrie de nos ancêtres, était à l'ancien monde. Aussi, voyez comme sa protection sur nous est visible. Qui peut la nier ? Notre ber ceau fut entouré de la plus grande sollicitude. Quoiqu'en guerre tantôt avec les enfants du sol à qui nos pères apport taient la croix et la civilisation, tantôt avec nos puissants voisins qui pressentaient déjà, peut-être, que nous serions, un jour, les fidèles gardiens du drapeau de la Grande-Bretagne ; décimés aussi par les maladies qu'engendrent la fatigue et les privations ; pressurés de tous côtés par une administration
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peu scrupuleuse ; arrosant le sol de leurs sueurs et de leur sang presque jusqu'à l'épuisement, les Canadiens ont néanmoins survécu. Après avoir traversé un âge de feu et de fer, le jour de la séparation de celle que nos pères aimaient tant fut sonnée et ils virent le drapeau blanc quitter les bords du St. Laurent avec les derniers débris de l'armée française défaite mais non vaincue.
Réduits à une poignée pour ainsi dire, au point de vue purement humain, les Canadiens devaient bientôt cesser d'exister, et c'était bien là ce que croyaient les nouveaux possesseurs du pa)rs, assurément. Mais non, les cinquante mille Français que Lévis avait laissés derrière lui, en moins d'un siècle, sont devenus deux millions ! Dieu nous a tenus dans sa large main, a éloigné de nous toutes les causes qui pouvaient amener notre affaiblissement, écarté tous les obstacles et nous a couverts de sa miraculeuse égide chaque fois que la nationalité s'est trouvée en danger. Voyez plutôt. Deux fois nous avons défendu et sauvé le pouvoir anglais. Et pourquoi ? Parcequ'il était cette protection que la Providence avait jetée sur nous. A peine seize années s'étaient-elles écoulées depuis qu'un régime avait été substitué à un autre — c'était en 1775 — que nos pères, poussés par un souffle mystérieux, combattent et versent leur sang pour garder un drapeau qu'ils avaient toujours eu en horreur et qui leur avait été imposé par le sort des armes seulement. La France, la vieille France toujours chère, fait même entendre à leurs oreilles des voix autorisées pour les induire à s'affranchir de leur nouvelle alliance ! On leur montre, flottant sur les bords de l'Atlantique, ce bien-aimé drapeau fleurdelisé qu'ils ne voient plus sur la vieille citadelle de Québec ; il serait si facile de le ramener dans les circonstances ! Non, non, l'homme s'agite et Dieu le mène, a-t-il été dit ! Il est décrété là-haut que les Canadiens, tout en restant Français par le cœur, l'esprit, les
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mœurs, la religion, n'appartiendront plus à la vieille France, mais devront grandir et prosplèrer sous le régime constitutionnel de la fière Albion !
Maintenant, ai-je besoin de vous rappeler 1812 et son héro ! Châteauguay a eu une bien grande influence sur nos destinées, beaucoup plus qu'on ne saurait le croire. Cette victoire de nos compatriotes sur la bannière étoilée nous a fait faire un pas de géant vers notre autonomie.
Encore une fois, qui peut se refuser de croire à ce qui est évident pour tous !
Nous sommes maintenant partout dans cette vaste terre de l'Amérique du Nord. Allez voir dans l'Ile du Prince Edouard, dans la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brùnswick, Ontario, la Colombie Anglaise, le Manitoba et les immenses provinces du Nord-Ouest et aux Etats-Unis. Quelque part que vous alliez, vous ferez la rencontre de compatriotes dont la langue est le français et dont l'influence monte et grandit de plus en plus. Cette forte et vigoureuse race a su s'assimiler toutes les forces qui l'entouraient sans jamais rien perdre de son caractère distinctif. Est-ce assez étonnant ? Oui, messieurs, nous sommes véritablement les protégés de Dieu qui nous a confié une haute et noble mission que vous connaissez tous. La remplissons-nous ? Il est bon, il est nécessaire même de nous entretenir dans les fêtes de famille de la nature de celleci de notre glorieux passé, de notre brillant avenir, mais avant tout, ne l'oublions jamais, il faut se rappeler de notre mission et s'encourager mutuellement à la poursuivre, car malheur à nous si nous venions, un jour, à y manquer. Soyons fidèles à notre passé et fortifions-nous, de plus en plus, dans les principes religieux et politiques qui ont fait notre force comme peuple jusqu'ici. Ayons confiance en Celui qui équilibre tout en ce monde. Demandons-lui que nos ministres soient toujours vigilants et ne laissent jamais tomber le char
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de l'Etat dans l'ornière ; que nos magistrats soient versés dans la loi, vertueux, justes et intègres ; que notre patrie soit distinguée par ses hommes politiques toujours occupés de la chose publique et du bien être du peuple ; que nos hommes de profession soient probes et savants ; nos négociants et industriels remplis d'une énergie bien dirigée, tempérée par la prudence, qui leur permette de lutter avantageusement et courageusement avec leurs compatriotes d'autres races ; que nos cultivateurs soient sages, laborieux, tempérants, économes ; que la paix, l'union, la concorde régnent dans nos rangs ; en un mot, que notre ambition à tous soit, selon la belle devise de la Société St-Jean-Baptiste : ** rendre le Peuple meilleur," afin qu'il ne demeure jamais en arrière dans la belle et large voie du progrès bien entendu. Oui, s'il est fidèle à sa mission, le peuple canadien, quelque petit qu'il soit maintenant, sera bientôt appelé à avoir des imitateurs, au lieu d'être condamné à suivre les autres et leur manière de faire.
En commençant, je vous en ai donné l'assurance, je serai court, ai-je dit. Ne voulant point manquer à la parole donnée, je termine : Demeurons toujours attachés à notre cher Canada qui, sous le régime britannique, a si rapidement grandi ; aimons-le de l'amour le plus désintéressé, portons-lui le plu* vif intérêt partout et en toute circonstance, et surtout n'en ayons jamais honte ; disons de lui hautement à qui veut l'entendre, ce que ce philosophe de la Grèce disait en quittant sa patrie ingrate : " Je l'ai aimée, je l'aime et l'aimerai toujours."
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