DISCOURS DE M. LE RECORDER DE MONTIGNY
Messieurs^
D'après le programme qui m'a été transmis, une demiheure est accordée à chacun des conférenciers pour traiter les différents sujets y contenus ; ce qui veut dire d'être court.
Il faut avouer que je n'ai pas de temps à perdre pour parcourir, en une demi-heure, le vaste champ que comporte le sujet : *' Notre langue, nos institutions et nos lois."
J'ai fait un peu comme l'abeille qui butine sur chaque fleur pour en extraire le suc et en apporter l'essence à la ruche où des amis comme moi travaillent à composer des rayons de miel. Peut-être les essaims qui s'en nourriront iront-ils former d'autres colonies et chanter au loin nos gloires nationales.
.La langue que nous parlons et que parlaient les fondateurs de la colonie, nos pères, c'est la langue française, proclamée la plus belle des langues vivantes.
Si je ne faisais qu'énoncer cette proposition, je ne serais pas satisfait, et vous ne le seriez pas non plus, vous, mes compatriotes. Car, tous, nous sommes du même avis ; c'est le cri du cœur, c'est l'exclamation d'un fils qui proclame que tout ce qui appartient à sa mère est sans égal.
Vous voulez que je le prouve, pour nous permettre d'en parler avec plus d'énergie. C'est un hommage que nous nous sentons obligés de rendre à notre patrie et à notre mèrepatrie, la France, dont chacune des gloires nous enorgueillit, si nombreuses qu'elles soient.
Or, vous le savez, le langage est un des plus précieax apanages d'une nation, puisqu'il est l'un des éléments constitutifs de sa nationalité. D'ailleurs, le language n'est-il pas l'expression de la pensée? le vêtement des idées? N'est-il pas
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la forme des sentiments auxquels il prête des ailes pour pénétrer dans les âmes ?
Et d'abord, notre langue est digne du plus grand respect par son antiquité ; les linguistes la rattachent àl'Arya primitif de l'Asie Centrale, parlé il y 5,000 ans, et qui est considéré comme ayant un caractère saillant et pour ainsi dire en relief. Le latin populaire, qui a donné naissance à notre vieux français, découlait de la langue aryaque.
Déjà, au treizième siècle, son idiome se dégageait des formes latines pour prendre son vrai caractère. Le français devenait la langue de la législation ; c'était celle des Assises ou lois du royaume de Jérusalem. Villehardoin, l'historien de la quatrième croisade ; Joinville, le biographe de St Louis, l'avaient déjà écrite, et nous lisons encore leurs histoires.
Un Vénitien, traduisant en français une chronique de son pays en 1275, s'excusait de le faire en disant que le langage français " court parmi le monde et est plus délectable à ouïr que tout autre," Dix ans plus tôt, Brunetto Latini, le maître de Dante, écrivait en français son Trésor parce que, disait-il, '* la parlure de France est plus commune à tous gens." A cette époque, le génie français versait à tous les pays voisins comme un flot de grande poésie.
Déjà, avant la guerre des Albigeois, on entendait les virils accents des troubadours Bernard de Ventadour et Bertrand de Born, et les mille canzones des auteurs de jeux partis.
Au nord de la Loire, les Trouvères composaient les Chansons de gestes^ véritables épopées qui étaient traduites par l'Italie, l'Angleterre et l'Allemagne.
Qu'on me permette de citer un échantillon de poésie de Rutebeuf, qui a vécu entre 1250 et 1300:
Que sont mi ami devenu,
Que j'qvoic si }>rès tenu,
Et si amé ?
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Je cuit qu'il son trop cler semé ; Il ne furent pas bien semé Si sont failli.
Itel ami m'ont mal bailli, C'oncques tant com Diex m'assailli, En maint costé.
N'en vi un seul en mon costé : *
Je cuit li vens les a esté.
L'amor est morte :
Se sont ami que vens emporte, Et il ventait devant ma porte, S'es emporta.
Nous pouvons l'affirmer, au douzième siècle, la domination intellectuelle de l'Europe appartenait incontestablement à la France.
Voilà donc pour son antiquité. Or, si la valeur d'un langage se mesure sur l'antiquité de ses services, nouspouvous dire que la langue française compte un grand nombre de quartiers de noblesse.
Mais, s'il est vrai que la langue est l'expression de l'idée, nous n'hésitons pas à dire qu'elle devait être belle en France, puisqu'elle était inspirée des idées les plus chevaleresques et les plus religieuses.
Passionné pour la gloire, sensible aux beaux sentiments, esclave de l'honneur, amant de la charité, accessible à tout ce qu'il y a de grand, de noble, il falllait à ce peuple franc un langage propre à rendre toutes les belles aspirations qui débordaient de son cœur généreux.
Quel langage devait avoir Pierre l'Ermite racontant à la France les calamités de la Terre-Sainte et faisant frémir toute l'Europe au cri de " Diex li veult."
Et ces croisés du St-Sépulcre, avec quel accent deman-
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daient-ils la croix pour aller combaHre pour Dieu et Notre- Dame.
Et ces châtelaines regardant leur seigneur s'éloigner du Donjon, quelles expressions de foi ne devaient-elles pas employer au jour de la séparation.
Et les chevaliers qui entouraient Jeanne d'Arc devaient avoir d'énergiques expressions pour traduire leur admirable dévouement.
Entendez Blanche de Castille dire à St Louis : " Mon fils, Dieu sait combien vous m'êtes cher ; cependant, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un péché mortel." Et le Béarnais : " Enfants, si vous perdez vos enseignes ralliezvous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la gloire."
Quel éloquent soupir devait pousser Mde Louise de France pour désarmer le ciel par ses prières. El ces saintes religieuses dans les cloîtres, priant pour le salut de la France, et ces missionnaires évangélisant l'univers ! Gesla Dei perfrancosl
Répétons-le, Messieurs ! ce peuple aux idées si élevées, à l'âme si ardente, à la conviction si profonde, si admirateur du bien, si enthousiasmé du beau, si ardent à la recherche du vrai, devait avoir un langage divinement inspiré.
Aussi les ciiefs-d' œuvres abondent-ils, et pendant le siècle des Troubadours, et dans celui des Trouvères, et dans celui des Chroniqueurs et dans le XV siècle, siècle de rimprimerie, et dans le siècle de François 1er, le père des lettres, et dans le siècle de Louis XIV. La liste des grands écrivains, en tous genres contient d'innombrables noms dont la mention seule prendrait plus que la demi-heure qui m'est assignée. Mais, jjartout, on distingue au premier rang les écrivains chrétiens.
C'est par le côté chrétien, dit M. de Sacy, dans la préface de ses Lettres de Saint- François de Sa/ies â des gens du monde^ que nos littératures modernes ont été originales et peuvent
l'être encore ; sans cela, nous sommes aussitôt inférieurs aux anciens. Nous n'aurons jamais un Homère, un Sophocle, un Platon, un Virgile à leur opposer victorieusement. En histoire, éloquence, 'poésie, philosophie, tout ce que pouvait faire la pure raison, les anciens l'ont fait... ; mais leur idéal terrestre avait un brillant, un éclat que l'idéal chrétien, placé bien lus haut, a terni pour toujours. Seule, la religion peut nous ndre au centuple l'avantage que nous avons perdu.
Mais nous avons encore d'autres raisons, nous, pour aimer langue française.
C'est en français que les. rois de France chargeaient nos nds découvreurs " d'aller es pays d'Amérique pour trouver ntrées à civiliser et à convertir au christianisme."
Eh quoi ! disait François 1er, je voudrais bien voir l'article testament d'Adam, qui lègue ce vaste héritage aux rois Espagne et de Portugal.
C'est en français que Jacques-Cartier prenait possession du ,ys de Canada au nom de Dieu et du Roy de France.
C'est la langue française que parlaient nos missionnaires qui ont prêché l'Evangile aux peuplades indiennes. Ils parlaient français, Champlain, Maisonneuve, Montcalm, Lévis, Vaudreuil, Iberville, tous nos grands gouverneurs, nos grands évêques, nos .guerriers, nos braves.
1^ C'est en parlant cet idiome qu'ils ont fait notre nationalité ■ qu'ils l'ont pour toujours implantée dans le sol. ■ Et quand le sort des batailles fit succomber nos héros écrans par le nombre, c'est en français, et fièrement, messieurs, qu'ils proposèrent les articles de la capitulation.
C'est en parlant français que nos hommes politiques ont revendiqué nos droits en face de l'Angleterre. Et c'est bien le roi d'Angleterre qui dit, en français, pour sanctionner une
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loi : le Roi le veut, soit fait comme il est désiré^ ou encore : le Roi remercie ses loyaux sujets, accepte leur bénévolence et aussi le veut.
Et la devise des armes d'Angleterre n'est-elle pas: " Honni soit qui mal y pense ? " Et le motto qui indique à l'autorité anglaise son devoir, n'est-il pas : Dieu et mon droit ?
Le français est la langue ofificielle, celle que connaissent tous les savants. C'est le langage de la science et de la philosophie.
Et puis enfin, c'est cette langue qui a exprimé les joies de la famille lors de notre naissance ; c'est celle qui s'est fait entendre autour de notre berceau ; c'est celle que nous avons bégayée dès notre âge le plus tendre ; c' est le babil français qui a donné vie à nos jeux d'enfants, à nos plaisirs de jeunesse. C'est en français que nous avons prié, et que nous ont été expliqués les grands mystères de notre religion.
Nous devons donc, nous Canadiens, à notre mère-patrie, qui a jeté sur le monde un si vif éclat et qui a fait tant de conquêtes dans le champ des idées, de conserver cette langue, dont la racine se perd dans la nuit des temps, et qui nous a été transmise, ornée des riches traditions des siècles de grandeur, de chevalerie et de foi.
Nous le devons à nos ancêtres qui ont tant fait de sacrifices pour nous la léguer.
Nous le devons à nos mères, qui nous ont transmis sous cette forme leurs sentiments, leur amour, leur foi.
Appliquons- nous à lui rendre cette beauté qu'elle avait quand elle était inspirée par les grandes idées, et nous la transmettrons à nos enfants comme un talisman pour conserver les principes que nous sommes fiers de posséder et qui sont essentiels au bonheur des peuples.
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Maintenant, Messieurs, passons à nos institutions ! Et d'abord, que devons-nous entendre par institutions ? Ce sont les éléments constitutifs de la constitution sociale, religieuse et politique. Aussi les institutions sont-elles religieuses, constitutionnelles, représentatives, parlementaires, légales, industrielles, agricoles, militaires, etc. Ce sont les branches de l'arbre national, ce sont les pièces de l'édifice ; les unes en forment la base, les autres en ornent le sommet.
t. Parmi nos institutions, il en est qui sont anciennes et qui (bus viennent de nos pères, lesquels les avaient recueillies de ^rs grands pères. Les autres sont modernes et sont nées des xigences sociales ou sont dues au changement d'état. Mais qu'elles soient antiques ou adolescentes, toutes, pour être dignes de respect, doivent avoir pour base la religion qui est la pierre fondamentale sur laquelle repose tout édifice solide.
Or, la seule religion impérissable, c'est la religion du Christ, vous le savez bien.
** Là où ce droit primordial manque, il n'y a plus de droit. Vainement, les autres fondements purement politiques des constitutions seront de la plus grande perfection et le fruit de la plus extrême habileté ; cela servira de peu, parceque c'est
Icondaire, et que si la pierre angulaire est enlevée, il faut >e l'édifice croule." Témoins ces débris dispersés à travers les siècles. " Le mal et le bien arrivent parmi les nations selon que le hrist est écouté ou ne l'est pas ; et le devoir de tous, surtout de ceux qui ont autorité sur elles, consiste à user de leur influence pour les lui ramener.
" Cette vérité ressort de l'histoire des peuples qui tous ont une liaison nécessaire pour agir de concert à la preuve de ce fait, soit en prospérant sous son influence, soit en punissant
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ceux qui l'oublient, soit en écroulant sous le poids des contraventions aux lois prescrites par le Christ." (Inst. Cath.)
Cette vérité peut se voir d'un coup d'œil en parcourant avec Bossuet les Epoques, la suite de la Religion et les Empires.
" La méthode historique, dit M. Auzias, ancien bâtonnier du Barreau de Paris, c'est-à-dire la modeste philosophie des résultats et de l'expérience, ne laissera pas que de jeter des lumières sur les causes et les remèdes des prodigieux ébranlements qui remuent le monde depuis un siècle.
Sans nul doute, il y a là un immense sujet d'étonnement, car que de conditions en apparence pour garantir au contraire l'ordre et la stabilité ! Non-seulement, les sciences dans toutes leurs branches sont en progrès sur le passé ; non seulement les hommes sont aussi désireux que jamais de tout ce que peut leur assurer l'exercice des plus hautes facultés de l'âme ; mais encore du i8ime siècle à aujourd'hui, combien d'hommes de génie ont mis la main à l'œuvre pour tirer de ces éléments perfectionnés un édifice à l'épreuve de nouvelles commotions..
Il y a eu de grands hommes d'état, d'illustres guerriers, d'habiles politiques, ayant toute connaissance des hommes et des affaires, assistés d'assemblées formées de toutes les notabilités de la nation et rien n'y a fait : Pourquoi !...
Qu'est-ce donc qui y manquait !
Ce qui y manquait c'est tout simplement un Hm
commun, dit et répété partout et en tout temps, môme dans les siècles payens à l'aide de l'observation des faits et des lueurs restantes de la primitive révélation :
C'est que la religion et la justice ne sont pas seulement une spéculation doctrinale de l'âme, un moyen de moralisation, de progrès et de perfectionnement, mais quelles sont aussi l'assise fondamentale de la constitution sociale et politique des nations, où, en d'autres termes, le premier élément du.
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droit cofistiiutiofinel, et, qu'ébranler cette assise première c'est tout ébranler."
Et, ce n'est pas étonnant, quand on sait que la religion du Christ est toute de charité, et que son principal commandement, ou plutôt son commandement, est de s'aimer les uns les autres : lorsque l'on sait qu'elle sert à relier les enfants d'une même famille, comme les membres d'un même corps.
" Nous vivons sous l'empire de Dieu, s'écrie Bossuet, nous vivons en société De l'obligation d'aimer Dieu et le prochain naissent la charité fraternelle, la justice en tout et pour tous : pour la famille, le Christ a fait du mariage un sacrement, proscrit le divorce , il a rendu les enfants soumis.
Dans l'Etat, il fait un devoir de religion de l'obéissance, et réciproquement il enseigne aux princes que le glaive leur est donné contre les méchants, et que leur autorité doit être le soulagement du fardeau des autres."
Grâce en soit rendue, et bénissons le ciel d'être nés dans un pays dont la naissance a été entourée de faveurs qui le désignaient d'avance à une sublime mission. Il est né à une ])oque où le christianisme était la loi de la France, dont la jui et la constitution se résumaient en cette antique devise: Christus vincit^ Christus régnât, Christus'imperat.
Sans doute, il y avait encore dans les mœurs un reste de
irbarie, qui ne pouvait disparaître qu'après un travail long pénible, mais une idée religieuse faisait remuer les masses
on se faisait tuer pour un principe.
Les fondateurs de notre colonie étaient de cette France
li au cri de " Dieu le veut, s'était ruée à la défense du
Siint-Sépulcre.
François 1er, qui envoya Jacques-Cartier en Amérique,
)ur gagner des âmes à Jésus-Christ, était le gendre et le successeur de Louis XII qui, après la bataille d'Agnadel, où il ^ria : " '^u^ ceux qui ont peur se mettent à couvert derrière
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moi," se jeta à genoux sur le champ de bataille pour remercier de sa victoire le Dieu des armées.
C'est à ces Rois que l'Evêque, en les sacrant chevaliers, disait : " Pieu Saint, Père Tout Puissant, Dieu éternel qu seul ordonne toutes choses et les dispose comme il convient, c'est pour que la justice ait ici leur appui, c'est pour que la fureur des maudits aient un frein, c'est pour ces deux causes seulement que, par une disposition salutaire, vous avez permis aux hommes l'usage de l'épée. C'est pour la protection du peuple que vous avez voulu l'institution de la Chevalerie. A un enfant, à David, vous avez autrefois donné la victoire sur Goliath, et lui avez donné le triomphe sur toutes les nations barbares qui n'invoquaient pas votre nom. Eh bien ! voici votre serviteur, qui a courbé tout récemment son front sous le joug de la condition militaire : envoyez-lui du haut du ciel les forces et la vaillance, dont il a besoin pour la défense de la justice et de la vérité."
Aussi, ces rois se glorifiaient-ils du titre de rois très dtré. tiens et de fils aines de r Eglise.
Et le motif principal qui fit prendre à ces rois chrétiens la résolution d'établir en Canada une colonie, ne T^eut être problématique, dit l'abbé Paillon, après qu'eux-mêmes l'ont exposé, dans leurs lettres royales de commission, aux navigateurs qu'ils envoyèrent dans ces contrées.
C'est donc sous le soufile fécond du christianisme qu'a ét6 fondé notre Canada, et que les anciennes institutions, quj ont survécu à la cession, se sont si fortement imprégnées des parfums du seul condiment préservatif des institutions.
C'est à quoi s'est appliqué notre clergé qui a présidé aux débuts de la Nouvelle France. Toutes les institutions civiles et religieuses ont ce cachet de distinction, et c'est par ce moyen que la religion catholique s'est implantée dans le sol Où elle jjousse de si profondes racines. Et, aujourd'hui, nos
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institutions répondent à tous nos besoins sociaux, politiques ou religieux.
Elles répandent leurs rameaux au loin. Nos missionnaires, nos religieuses sont rendus aux extrémités de l'Amérique pour y prêcher l'Evangile du Christ, œuvre éminemment civilisatrice et nationale, en même temps que religieuse. Partout où les Canadiens s'en vont, ils traînent avec eux ce caractère distinctif de la nation qui édifie l'étranger. Et vous les voyez aujourd'hui revenir le cœur plein de cet amour que leur a «conservé leur foi.
Il n'en a pas été de même de nos institutions politiques. Des événements providentiels nous ont sauvés des idées malsaines du dix-huitième siècle, en nous arrachant des bras de laidFrance. Ce fut un déchirement que cette séparation de la France que nous aimons tant. Elle a été bien cruelle au cœur, mais, quand la raison eut pris son empire, on s'est aperçu que la providence, dans ses décrets impénétrables, continuait par là ses faveurs signalées envers cette nouvelle France qui, sur ce sol, devait jouer en Europe le rôle de la mère. Notre pauvre mère-patrie s'était jetée tête baissée dan? l'impiété la plus révoltante. Il fallait, pour en préserver le Canada, séparer le fils d'avec la mère. Il fallut et il faut en bénir la providence, qui exige de nous que les sentiments du
;ur se soumettent à la raison. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit: \Si quelqu'un aime son père ^ ou sa mère^ ou ses frères , ou ses
irs^ ou sa maison plus que moi^ il n'est pas digne de moi /"
C'est grâce à cette séparation que nous sommes restés français de la France qui marchait à la tête de la civilisation
qui avait été formée par l'Eglise chrétienne.
Par cette séparation nous avons changé d'institutions poli-
lues, et quelques années de luttes et de gymnastique intellectuelle nous ont valu de prendre nos destinées en main. -Nous avons adopté une constitution qui est empruntée au
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principe chrétien. Elle consacre au même degré le respect à l'autorité, dont le représentant est assisté du conseil de. la. nation. Un roi de la Grande Bretagne ne peut pas faire mal, en ce qu'il constitue une monarchie représentative.
Le monarque ne peut que gagner à voir réunies autour de lui les lumières et les forces vives de la nation dans la personne de ses représentants. Pour le meilleur exercice de l'autorité souveraine, n'importe-t-il pas qu'il connaisse aussi exactement que possible les hommes et les choses, les aspira* tions, les besoins et les intérêts du peuple, les abus à réprimer et les progrès à promouvoir ? Et comment les connaîtra-t-il mieux que par la voix autorisée de ceux qui représentent l'agriculture, l'industrie, le commerce, la richesse, la science, les institutions et les grands corps de la patrie commune? Leur concours n'est il pas éminemment utile pour la répartition équitable des impôts, pour la direction à donner aux travaux publics, pour tous les détails du gouvernement ?
Telles étaient, au fond, les monarchies chrétiennes, au moyen âge, avec leurs états généraux où le clergé, la noblesse et le tiers état étaient convoqués pour régler les affaires intérieures du royaume. On a très bien dit qu'en Europe la. liberté est ancienne et le despotisme nouveau.
L'Angleterre est restée avec sa vieille constitution, créée, remarquez-le bien, par des rois chrétiens, et très chrétiens» qui la calquèrent sur la constitution de l'Eglise toujours si jalouse de la liberté de ses enfants et toujours attentive à combattre les passions qui cherchent à l'entraver,
"L'Eglise chrétienne," dit M. Guizot, "a puissamment contribué au caractère et au développement de la civilisatioa moderne. Ce fut un immense avantage que la présence d'une influence morale, d'une force qui reposait uniquement sur lei convictions, les croyances et les sentiments moraux au milieu de ce déluge, la force matérielle qui vint fondre à cette
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époque de la société. Si l'Eglise chrétienne n'avait pas existé, le monde entier aurait été livré à la pure force matérielle."
Aussi, dit Mgr, Laflèche, dans ses excellentes considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, sommes-nous heureux de pouvoir dire ici que ces institutions et la forme du gouvernement qui ont fait la force, la grandeur et la gloire de l'Angleterre, sont un legs de l'un de ses plus grands rois, le pieux et fervent catholique Alfred-le-Grand. Cet homme de génie avait compris et admiré la beauté et la force de la constitution de l'Eglise catholique. Il essaya de l'appliquer au gouvernement de la nation que la divine pro. vidence l'avait chargé de gouverner. C'est là l'origine et le modèle de la constitution anglaise.
Il y a beaucoup d'abus sous ce régime populaire, mais ils l)euvent être promptement réprimés, si le peuple le veut.
Il a le gouvernement qu'il mérite ; et s'il oublie ses devoirs au point de donner ses suffrages à ceux qui n'ont pas d'idées saines, c'est lui qui en souffre.
Et, à tout prendre, la constitution telle que nous l'avons, où les différents pouvoirs sont séparés et équilibrés l'un par l'autre, est à peu près ce qui convient le mieux à nos mœurs et à nos besoins.
Nos institutions municipales, politiques, judiciaires, ïeligieuses, quoique toutes succeptibles de perfectionnement, offrent en définitive la plus grande somme de liberté et sont les plus propres à nos besoins industriels, sociaux, politiques et religieux.
Nous devons donc nous efforcer, chacun de nous, dans la mesure de nos forces, à les conserver, les perfectionner et les rendre encore plus en harmonie avec la fin pour laquelle nous sommes en société.
La plupart ont le cachet d'une antiquité reculée, plusieurs
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ont été témoins de nos gigantesques luttes, et un grand nombre ont été conquises par des sacrifices énormes. Le peuple les aime, parce qu'elles lui sont familières et qu'il en reçoit des bienfaits et la liberté de faire tout ce qui est bien» " Il importe, il est vrai, et il importe beaucoup, dit M- Auzias, que les gouvernements ne résistent pas obstinément à consentir aux modifications que le temps et des mœurs nouvelles demandent pour les institutions de second ordre. Mais il faut prendre garde que ces modifications ne contrarient pas ce qui est réellement substantiel ; autrement il n'y a ni génie ni homme d'Etat au monde qui ne perde à cela son temps et ses peines ; l'œuvre sera forcément une feuille qu'emporte le vent. La raison, le simple bon sens nous en avertissent, ainsi
que nos saintes lettres : Nisi Dominus œdificaverit Nisi
Dominus custodierit. ' '
Entrons maintenant, messieurs, dans le sanctuaire des lois, pour apprécier cet ensemble de règles auxquelles doivent être soumis les actes des citoyens dans leurs rapports entre eux.
Nous n'aurons à nous occuper ici des lois naturelles et des lois de la religion, que pour en proclamer la supériorité et reconnaître que les lois politiques et civiles n'ont droit à ce titre et ne sont dignes de respect, que si elles sont conformes à la loi gravée dans le cœur de tout homme venant en ce monde ou aux prescriptions de l'Eglise.
Ces lois d'un ordre supérieur existaient dans notre pays, comme partout ailleurs, avec leur cachet divin ou leur autorité infaillible, et nous ne pourrions y porter une main sacrilège, sans nous exposer à bâtir sur le sable.
Les lois de la nature et de la religion, par leur origine, par leur caractère général, par leur immutabilité restent le fondement de toute législation. Dieu veut être le maître, et il t,
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toujours menacé des plus terribles châtiments les sociétés qui prétendaient se soustraire à son empire.
La société civile n'est pas indépendante de Dieu dans sa constitution ; elle ne se suffit pas sans lui, et ne peut tendre à sa fin en faisant abstraction de toute religion.
Ainsi, quant à ces lois, elles existent dans les cœurs, et as n'avons qu'à demander qu'elles soient toujours respecs, surtout en droit public, devenus de nos jours le principal rain de la lutte, et auquel presque toutes les questions se rattachent en quelque manière. Voilà pourquoi, messieurs, la théologie ne doit pas être étrangère dans les questions sociales, voilà pourquoi le prêtre n'est pas un intrus dans la politique.
Quant à nos lois civiles, si l'on prend les grands traits de notre législation, on ne peut s'empêcher de lui reconnaître un air de distinction qui s'accorde avec nos mœurs et avec notre religion. Il ne peut en être autrement quand on songe que les monuments qui en forment les assises ont été taillés à une époque où la société reposait sur les principes chrétiens.
Il est un trait incontestable, dit M. Matter, "Z)^ f influence des mœurs sur les lois^ " c'est que, dans tous les temps, les bonnes mœurs inspirent et conservent les bonnes lois, réforment les mauvaises et les épurent, font prospérer les institui^ons et les empires. Dans tous les temps aussi, les mau- ^^l^es mœurs altèrent les bonnes lois, corrompent les meilleures institutions et mènent à leur ruine les peuples les plus célèbres."
Or la source de notre droit civil est le vieux droit Romain que l'on définit dans les Institutes de Justinien, la science du juste et de r injuste. Cette raison écrite, comme l'appellent les jurisconsultes, s'était enrichie de la sagesse des prudents et de l'expérience des siècles. Il avait pris naissance dans un temps où le peuple romain avait poussé au suprême degré les
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vertus humaines, et c'est de ce peuple que Bossuet a pu dire : " De tous les peuples du monde le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus content dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain.
De tout cela s'est formée la meilleure milice et la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais. "
Ce droit, d'abord païen et ensuite christianisé par les empereurs chrétiens a été modifié par les coutumes pour le faire plier aux mœurs françaises. Ces coutumes qui avaient pris naissance vers le commencement de la troisième race, furent rédigées par écrit de l'autorité de nos rois, et du consentement des trois Etats des provinces. Les ordonnances royales forment aussi partie de cette législation.
Sans doute que ces coutumes d'un autre âge, et touchant à la barbarie, n'étaient pas en tout acceptables, pas plus que toutes les dispositions du droit romain, mais la coutume de Paris, qui nous a été assignée comme notre code, était empreinte d'une sagesse remarquable.
Aussi, avait-elle puisé ses inspirations dans les temps héroïques de la France et dans l'époque de cette chevalerie primitive qui était la forme chrétienne de la condition militaire. ** La chevalerie, aux yeux de l'Eglise, dit M. Léon Gauthier, n'a jamais été, elle n'est encore, elle ne sera jamais que la Force armée au service de la Vérité désarmée.
I>e chevalier, tel (lue le comprend, tel que le veut, tel que le fait l'Eglise, doit se tenir en armes à la porte de ce palais souvent menacé d'où la Papauté distribue la vérité aux hommes; il doit l'épée au i)oing, se tenir, terrible et fier, derrière ce trône des Souverains Pontifes dont l'indépendance est nécessaire au monde. On doit le voir, à la porte de nos conciles, montant la garde, pour assurer la liberté de ces
assemblées où l'on agite pacifiquement les plus grands problèmes, les plus sociaux, les plus vivants. C'est lui, c'est encore lui qui est fait pour protéger virilement ces milliers de temples du vrai Dieu; ces fonts baptismaux d'où sortent les générations chrétiennes ; cet autel où se renouvelle l'immortel sacrifice qui leur sert à la fois d'expiation et de modèle, et cette chaire enfin d'où l'on dénonce toutes les erreurs, où l'on attaque tous les vices, où l'on proclame toutes les vérités où l'on enseigne toutes les vertus. C'est lui, c'est encore lui qui est le protecteur né de tous les ordres religieux, et qui leur doit dire : Evangélisez, instruisez, baptisez, convertissez, expiez. Je suis là pour vous défendre. Allez."
Eh bien! c'est sous la garde de cette chevalerie qu'une partie de nos lois a pris naissance et que l'autre partie s'est façonnée.
Sans doute ce travail a été douleureux et long. A son début, l'Eglise trouva l'idée du droit public altérée, comme tout le reste. Les passions régnaient en maîtresse, il fallait les apaiser et les faire servir au triomphe des principes du christianisme. C'était un torrent impétueux et dévastateur qui avait brisé toutes ses digues, qui avait fait chanceler les institutions les plus bienfaisantes, et qu'il fallait réprimer pour l'employer à l'édification de l'Arche Sainte, salut des nations submergées.
Mais la justice distributive trouva un fondement solide et une sanction efiîcace par suite de la double loi fondamentale des devoirs envers Dieu et envers les hommes, désormais inculquée dans la conscience du Souverain et des magistrats, ses délégués.
" Hors de l'enseigtiement chrétien, dit M. Auzias, nous pouvons ressentir le désir d'être juste ; c'est ce qui fait l'honnête homme ; mais tout notre sens et nos plus fortes résolutions ne peuvent garantir soit le discernement entre ce qui
est juste ou ne l'est pas, soit la pratique de la justice dans l'exécution. Toutes les philosophies purement humaine ont montré là leur radicale impuissance."
Et c'est pour cela que, même pour le droit romain, œuvre humaine, il a fallu que l'Eglise y apportât sa sanction et ses modifications divines pour en faire un phare dignes d'une nation chrétienne.
Aussi, voyez comme tous nos grands législateurs se sont éclairés à ce soleil jamais éteint. Entendez Charlemagne intituler son premier capitulaire : Régnante Domino Jesv Christo in perpetuum ; ego Carolus gratiâ Dei . . . . etc.
Dans un autre capitulaire, il dit qu'il a moins confiance dans toute la force militaire que dans le secours que Dieu peut lui donner par les mérites de ses saints. (Capit. 4, chap. 3 ton I.)
St-Louis, dont le triomphe était dans l'exercice de la justice, et dont le premier article du testament est : " Cher fils premièrement, aime Dieu de toute ton âme ; car sans cela, nul ne peut rien valoir" ; Charles IV, qui fut " sévère justicier en gardant le droit à chacun " ; Jean II qui disait : " Quand la bonne foi serait bannie du reste de la terre, elle devrait toujours se trouver dans le cœur et dans la bouche des rois" ; Charles V, qui disait : " Savez-vous pourquoi je suis heureux ? Parce que j'ai le pouvoir de faire du bien" ; Louis XII qui ordonnait "qu'on suive la loi, malgré les ordres contraires à la loi que l'opportunité pourrait arracher du monarque;" François 1er qui ** estimait plus sa parole donnée librement que l'empire de l'univers;" Henri IV qui voulait " qu'il n'y ait pas de paysans en France qui ne mette tous les dimanches sa poule au pot;" enfin tous les rois de France qui se glorifiaient du titre de " rois très chrétiens et fils aînés de l'Eglise," commençaient leurs ordonnances en se déclarant les serviteurs de Dieu et les défenseurs des Eglises.
NOCES d'or DE LA ST- JEAN- BAPTISTE 321
Le point fondamental de notre droit public et politique ou constitutionnel, a été, depuis Clovis, ce divin oracle : " Par noi, régnent les rois, par moi, les législateurs décrètent de tstes lois."
Si l'on interroge maintenant les grands jurisconsultes fran-
ais, on verra qu'ils dénient au législateur ce que la religion
éclare substantiellement contraire à la loi de Dieu.
" Doraat, dans son Traité des lois^ dit, " L'amour de Dieu,
auquel l'homme doit s'élever de toutes ses forces, de son
)rit ou de son cœur, voilà la première loi qui est le principe
lie fondement de toutes les autres Il y en a une seconde
îi commande l'amour du prochain là sont la source et
Ifondement de toutes les lois civiles^
^'Le droit civil, dit M. Troplong, a été meilleur sous l'époque Irétienne que dans les âges antérieurs les plus brillants. Le iristianisme explique la supériorité de nos institutions civiles sur les créations du même ordre du génie païen.
Nos lois, nos anciennes lois civiles, qui forment non-seulement la base, mais la charpente de notre législation, ont donc été dictées par l'idée qu'elles ne doivent tendre qu'à assurer l'exécution des lois de l'Eglise, interprète infaillible de la volonté divine.
Si nous passons aux lois criminelles anglaises qui nous ont été léguées, il ne faut pas oublier qu'elles sont sorties des siècles où l'Angleterre suivait les priscriptions de l'Eglise et dans un temps où les Rois ont commencé à se proclamer les '• défenseurs de la foi."
D'ailleurs, Messieurs, l'Angleterre, dans sa législation, est restée sous l'influence du Christianisme ; et avant de commencer à remplir leurs sublimes fonctions de législateurs les parlements implorent les lumières d'en Haut.
Il n'y a, en définitive, que pour la confection des lois de
notre province qu'on ne sente pas le besoin de s'incliner et de demander le secours de l'Esprit Saiut.
Ce n'est pas étonnant si l'on fait quelquefois fausse route.
Et si les gouvernements se culbuttent avec autant de rapidité, ce n'est pas toujours en se soumettant à cette loi, guide de tout législateur : " Aimer Dieu et le prochain."
Maintenant, Messieurs, quel est notre devoir ?
Il en est qui prétendent que le plus sacré des devoirs pour nous, Canadiens-français, c'est de maintenir la paix, et que le " grand intérêt sacré du moment, c'est la paix."
Les Anges, disent-ils, n'ont-ils pas annoncé la venue du Christ en chantant : " Paix aux hommes de bonne volonté !! " " Et nos compatriotes ne sont-ils pas, en très grande majorité, des hommes de bonne volonté ? "
L'Ecriture Sainte, répètent-ils, n'a-t-elle pas décrit le règne de Dieu sur la terre : " Une nation ne lèvera plus le glaive contre une autre nation, et les peuples ne marcheront plus au combat les uns contre les autres. Ils forgeront leurs épées en socs de charrues et leurs lances en faucilles."
Quel beau règne, messieurs, que celui-là ! ! ! Aussi, le demande-t-on tous les jours au Seigneur : " Que votre règne arrive," Et s'il est arrivé, nous devons retrancher du Pater cette insultante invocation à Notre Père qui pourra bien nous répondre : " Vous avez la paix et laissez-moi en paix."
Cette nouvelle devra nous réjouir, certes ! Mais il faut bien s'assurer si elle n'est pas controuvée. Il y a quelque temps qu'on le répète et l'on continue partout le combat ; '■' la terre médite constamment de nouvelles révoltes contre Dieu ; en Europe guerre sociale, guerre internationale."
Le règne de Dieu n'est donc pas arrivé. A moins que notre
cher Canada ne soit exempt de ces misères et qu'il n'ait été défendu au Vautour de venir sur nos parages. Je voudrais, tout de même, voir dans les promesses faites à Abraham, l'article qui interdit notre pays aux exploits de cette Bête universelle.
Elle aura, sans doute, forcé la consigne, car dans toute l'histoire, elle a évidemment laissé des traces de son passage.
Aussi nos vaillants ancêtres étaient loin d'avoir forgé leurs épées en socs de charrues et leurs lances en faucilles. Ils îivaient les socs et les faucilles, mais leurs mousquets n'étaient Das loin.
Et ces mandements de nos grands Evêques contre l'ivroj[nerie, contre le luxe, contre toutes les mauvaises passions l'annonçaient certes pas que le règne du Christ était arrivé, ît leurs foudres contre les sociétés secrètes, n'indiquent pas qu'ils aient forgé leurs lances en faucilles, non.
A moins qu'on n'attribue leurs anathèmes à ce qu'ils étaient lés querelleurs et que Leurs Grandeurs " ne résistaient pas ssez à ce penchant de leur nature."
Chose singulière, c'est que les Papes eux-mêmes osent *'■ troubler la paix sociale par ce que les pacifiques appellent M de vaines querelles, par de mesquines dissensions, par des tempêtes dans un verre d'eau." Du haut du Vatican, Pie IX
lancé l'anathème contre les erreurs dn Syllabus, et Léon
[III décrète l'Encyclique Humanutn Genus contre les sociétés
scrètes. Et Leurs Prédécesseurs ont représenté comme de
\' mauvais catholiques, tous ceux qui ne pensent pas comme
Wx."
Chose singulière, messieurs, ces guerres continuelles étaient prévues.
Les prophètes les avaient annoncées, et le Dieu des armées
fait souvent surgir parmi son peuple des guerriers fameux
324 NOCES d'or de la st-jean-baptiste
qui aimaient la paix, mais auxquels Dieu inspirait le génie et l'ardeur des combats.
Et r Homme-Dieu, celui que les Anges ont annoncé en chantant : *' Paix aux hommes de bonne volonté," a bien dit que son règne n'est pas de ce monde. Et c'était si peu son règne qu'il a toujours été en guerre. Et les saints, c'étaient de braves gens qui aimaient la paix, et qui, cependant, ont toujours été en guerre ; et contre qui ? contre ceux qui ne pensaient pas comme eux. Interrogez Saint Jean-Baptiste, notre grand Patron, dont la fête nous réunit ici. Certes, j'en suis certain, il aimait la paix, les bosquets fleuris, le murmure des ruisseaux, les caresses du zéphyr, l'odeur des prés, le frémissement de la feuillée, mais il a fait la guerre ; et si bien qu'on l'a fait mourir comme celui qui vint après lui. Messieurs, nos ancêtres aimaient aussi la paix, la tranquillité, mais leur devoir les a appelés à faire la guerre, et Dieu sait s'ils se sont battus, pour transmettre à leur descendants leur foi, leur religion, leur langue.
Nos hommes d'état, nos lutteurs politiques, nos écrivains catholiques, ils aimaient la paix aussi, si l'on en juge par leur patriotisme, leurs nobles sentiments, leur tendre amour pour leur famille et leurs amis. Mais ils ont combattu pour revendiquer nos droits, conserver notre patrimoine intact, sauver nos institutions, protéger notre foi.
Nous aussi, mesdames et messieurs, nous aimons la paix. Nous aimons l'harmonie entre les membres de la société, comme dans les éléments de la création qui, dans un sublime concert, rendent hommage à leur créateur. Nous aimons à entendre vibrer l'airain qui invite l'ouvrier le matin à reprendre son travail, et qui tinte le soir l'hymne d'amour et d'espérance, VAvf Maria. Nous aimons le nid du rossignol caché sous l'herbe de la prairie et la mère des petits roucoulant sur la branche de l'orme voisin, ses amours et Texpressioa
si gracieuse de ses tendres sentiments ; nous aimons l'abeille qui butine sur les carolles humides et rapporte le miel au gâteau transparent. Nous aimons surtout les femmes canadiennes à leur foyer, souriant à leurs enfants, encourageant leur mari, se dévouant pour les devoirs de la douce et sainte amitié.
Mais, Messieurs, nous voyons aussi tous ces êtres si doux, si industrieux, si pacifique, s'arracher des délices de la paix, pour garder intacts les objets qui leur ont été confiés. Et ils n'en sont que plus admirables.
Approchez-vous d'un nid d'oiseau et vous verrez la gardienne de ce trésor vous attaquer bravement ; mettez la main sur la ruche et, au risque de leur vie, les soldats disciplinés de ce royaume vous feront payer cher votre imprudente attaque.
Et nos canadiennes, messieurs, quelle est la fille qui, pour défendre sa foi, ne prendrait pas les armes comme Mlle de Verchères? Quelle est la mère de nos enfants qui, pour sauvegarder leurs mœurs, ne pousserait pas à la bataille son mari, et ne dirait pas en apprenant son glorieux trépas, à son fils aine comme la générale Pimodan : " Toi aussi, tu mourras pour le Pape."
Non, messieurs, ce cri de " paix " à tout prix et comme )remier devoir n'est pas un cri sorti de la vaillante poitrine le nos aïeux. Il ne peut être poussé que par ceux qui sont de guerre, ou inspiré par un ennemi qui veut pénétrer irtivement dans la citadelle de nos croyances.
Dans un pays comme le nôtre, où la religion a fait germer |ant de grandes et belles œuvres à l'ombre desquelles vit une population croyante, l'ennemi ne nous attaque pas en rase pampagne. Il dissimule, il se glisse même à l'ombre des clochers de nos églises, ou des dômes de nos monuments. Il eherche à détruire pièce par pièce nos soldats, notre artillerie,
326 NOCES d'or de la st-jean-baptiste
nos forteresses. N'en doutez pas, messieurs, la guerre que nous avons à soutenir, c'est encore celle de l'astucieux Iroquois qui, avec agilité, ruse et souplesse, se glisse à l'ombre des érables de nos forêts pour poignarder ou enlever nos sentinelles les plus avancés.
Ne combattons pas isolément, mais serrons nos rangs qui deviendront infranchissables à ce sauvage assaillant. Même au sein de la paix, soyons vigilants comme l'équipage en un jour de calme.
Je suis loin de croire que c'est mépriser mon pays, que de prétendre qu'il a des ennemis. Les attaques auxquelles sont soumises ses institutions sont la note de sa valeur. Il serait regrettable qu'elles fussent du goût de l'ennemi de notre Dieu.
D'ailleurs le calme plat m'effraie : c'est la brise qui gonfle la voile du navire en marche vers sa destinée ; c'est le vent qui pousse vers le port ; c'est la tempête qui éprouve le vaisseau et qui aguerrit les marins ; c'est la lutte qui fera de nous de bons soldats. Il ne faut pas l'oublier, le chrétien est né soldat, et " la vie de l'homme sur la terre, c'est un combat, un état de milice et de lutte." C'est pour cela que nous avons les sacrements, c'est pour cela que nous avons des Pontifes, c'est pour cela que nos mères nous ont appris à prier. Et pourquoi donc tous ces arsenaux que l'Eglise renferme ? Pourquoi ces foudres toujours en réserve contre l'erreur, dans cette citadelle de Pierre? Pourquoi ces milices de vierges répandues sur le vaste champ de bataille, encourageant au combat, pansant les plaies des blessés, priant pour le succès des armes ? Pourquoi ces escadrons de missionnaires lancés à la poursuite de l'idolâtrie ? Pourquoi ces collèges,. ces couvents, sinon autant d'écoles militaires où l'on apprend à .se battre pour le triomphe des princi])es qui seuls peuvent faire la gloire et le bonheur de notre patrie ?
NOCES d'or de la ST-JEAN-BAPTISTE 327
Notre devoir est tout tracé, messieurs, c'est de suivre l'exemple de ceux dont nous avons chanté avec enthousiasme les combats et la gloire, des saints, nos illustres aïeux.
Ils sont restés ici, messieurs, ils sont tombés les armes à la main, soit sur le champ de Mars, soit dans l'arène politique, soit dans la carrière du journalisme, soit sur le théâtre de la littérature. Nous foulons leurs cendres, et ce n'est ertes pas en Canada qu'on pourrait déposer les armes sans tonte.
Que chacun dans sa sphère travaille à faire triompher le
Christ, dans nos lois et nos institutions. Toutes tiennent
Bar un certain côté à un ordre supérieur ; toutes sont des
rénaux d'où l'on peut imposer silence à l'ennemi, mais par
Lu il peut s'introduire dans la forteresse de l'héritage sacré
|e nos pères.
Travaillons tous à conserver le cachet sacré de nos vieilles
)is, à corriger les éléments délétères qui ont pu s'y introi
luire, et à prémunir de toute inoculation malsaine les lois
Siue l'avenir nous réserve.
Messieurs, laissez-moi vous le dire, nous ne prions pas ssez pour ceux sur qui pèse le fardeau de faire les lois ou de interpréter.
Quand la patrie sera matériellement menacée, nous et nos
ils courrons aux frontières, tandis que nos femmes et nos
lUes se mettront en prière pour demander le succès de nos
rmes.
Mais les parlements, mais les tribunaux sont les usines où
prépare le ciment destiné à unir, pour ne former qu'un
tout harmonieux, les éléments divers de la nationalité. C'est
^ussi un champ de bataille où se joue l'avenir de notre pays,
le sort de nos enfants.
\. Ne soyons pas orgueilleux ; reconnaissons notre impuisice. Et comme le fier Sicambre des plaines de Tolbiac,
328 NOCES d'or de la st-jean-baptiste
implorons le Dieu de Clotilde qui a fait la France la fille aînée de l'Eglise, et qui veut que nous soyons dignes de son passé. Haut les cœurs 1 Avançons au combat, race de croisés, au cri de " Dieu le veut !"
DISCOURS DE l'hoN. M. TRUDEL.
Jusqu'à présent, la Société Saint- Jean-Baptiste a limité son action à un quadruple objet :
Avant aujourd'hui, la célébration annuelle de notre fête nationale a été une expression de notre patriotisme, une manifestation de notre force numérique, une affirmation de nos droits nationaux, et enfin un jour de ralliement où, oubliant nos dissensions, nous nous rappelions que nous sommes tous frères et échangions entre nous de cordiales poignées de mains. Tel n'était pourtant pas le but •unique que les fondateurs de la St-Jean-Baptiste lui avaient assigné ; et la devise gravée sur ses armes : "rendre le peuple meilleur " témoigne de la haute portée morale qu'ils avaient voulu donner à leur fondation. Rendre le peuple meilleur, sauvegarder notre religion, notre langue et nos lois, c'était le double but de ses fondateurs, but, certes, bien noble, qui à lui seul était bien digne assurément de leurs efforts et qui eût suffit à leur gloire.
Mais voici qu'un nouvel avenir beaucoup plus important, se dessine à nos yeux et impose à notre St-Jean-Baptiste des devoirs plus étendus et un développement plus vaste.
Depuis une vingtaine d'années, voilà que nos compatriotes, autrefois isolés au sein de la grande république américaine, se sont groupés partout en paroisse, en villages et en sociétés régulières ; voilà que ces groupes renferment tous les éléments constitutifs d'une société parfaite. L'organisation paroissiale qui jadis a fait la province de Québec est en train de faire à
NOCES d'or de la ST-JEAN- BAPTISTE 329
notre nationalité, au sein de la grande république, une existence régulière, forte, indépendante, la plaçant au-dessus des vicissitudes et des événements qui pourraient porter atteinte à sa prospérité.
Et ce fait n'est pas accidentel ; il ne se borne pas à quelques lieux isolés. Ces groupes canadiens se comptent maintenant par centaines et, non-seulement, constituent des villages entiers, mais forment même la majorité dans plusieurs villes importantes de la Nouvelle Angleterre.
Oui, dans certaines villes américaines, les Canadiens-fran çais peuvent élire le maire de la localité et le choisir s'ils le veulent parmi][les nôtres. Et dans plusieurs villes où ils sont encore en minorité, on apprécie tellement leur influence, on «t si fier de leur alliance, que les premiers magistrats de la ville et les principaux personnages de l'Etat se font un honneur d'assister à leurs fêtes nationales.
Si à ce fait important l'on ajoute celui que, dans les provinces maritimes, se révèlent partout des groupes solidement constitués d'Acadiens ; si en outre l'on songe que, dans Dotre nord-ouest, d'autres groupes non moins importants s'échelonnent presque sans interruption jusqu'au pied des Montagnes Rocheuses ; si enfin l'on songe que par la force d'expansion extraordinaire de notre race, ces groupes de Canadiens-français, placés de proche en proche vont bientôt se réunir, l'on voit que la marche continue de l'élément français depuis les rives de l'Atlantique jusqu'au Pacifique finira bientôt par compléter son évolution et occupera une vaste zone de pays d'un océan à l'autre ; les nombreux jalons qui ne sont aujourd'hui que les groupes disséminés çà et là devaint finir par former l'une des plus puissantes nations du globe, s' appuyant au nord à la baie d'Hudson, et à l'ouest et i l'est aux deux Océans.
Ce sera alors que notre nation canadienne-française accom-
plira dans sa plénitude, sur le continent d'Amérique, l'admirable mission que sa mère-patrie a rempHe au sein de la vieille Europe,
Déjà notre rôle de peuple apôtre et de pionniers de la civilisation est dans une très grande mesure accompli.
Nous ne sommes demeurés que soixante-dix mille et déjs notre Eglise de Québec compte par soixantaines les églises américaines, les diocèses de ce continent dont elle est h mère.
Nos missionnaires remplissent l'Amérique et ont promeut en tous sens la croix de Jésus Christ qui est l'étendard de lî vraie civilisation.
Nos sœurs de charité, non contentes de fonder partout, sui tous les points du Canada, des Etats-Unis et de l'extrême Nord Ouest, tant canadien qu'américain, des couvents, dei hospices, des hôpitaux, etc ; non contentes de s'établir dans les Montagnes Rocheuses, sur les points les plus reculés de lî Rivière McKenzie et jusque dans l'Alaska, sont allées implanter leurs œuvres fécondes et régénératrices au sein même du Chili, du Pérou, du Brésil et de divers autres Etats de l'Amérique Méridionale.
Voilà donc ce qu'est aujourd'hui la nationalité canadiennefrançaise. Or, cette extension extraordinaire, le développement grandiose de son action et l'avenir que prédisent ses œuvres actuelles, imposent à la société St-Jean Baptiste des devoirs nouveaux.
C'est à elle qu'incombe la gigantesque tâche d'organiseï toutes ces forces, de coordonner ce mouvement général vers les quatre points cardinaux, de régulariser davantage cette action.
Or, c'est pour se préparer à ce travail qu'elle vous a tous réunis, messieurs, vous tous venus de tous les points du continent pour représenter tous les groupes canadiens de l'Ame-
NOCES d'or de la ST-JEAN-BAPTISTE 331
rique du Nord, c'est-à-dire toutes nos forces. C'est, si je le comprends bien, l'objet principal de ce Congrès National. La séance d'aujourd'hui (26 juin au matin) a, pour sujet à traiter, tous ceux qui tombent sous le titre général " d'intc rets nationaux et sociaux."
L'on m'a assigné, dans cet immense travail, le sujet de "■ Nos droits et nos devoirs."
Pour traiter convenablement un tel sujet, il ne suffirait pas d'un simple entretien d'une demi-heure : il faudrait un livre.
INos droits et nos devoiit ! Ces deux mots résument en elque sorte toute la vie religieuse et sociale d'un peuple. Nos droits et nos devoirs : voilà la synthèse de notre exisice nationale.
Or, je m'empresse de le dire : bien que, abstractivement, considère la question de nos droits aussi importante, au point de vue des intérêts nationaux, que la question de nos devoirs ; bien que, vis-à-vis notre patrie, le principal de nos devoirs religieux et sociaux consiste à sauvegarder les droits de notre culte et ceux de notre nationalité, j'avoue que nos droits me causent infiniment moins d'anxiété que nos devoirs, La raison en est que Dieu semble avoir fait de nos droits l'objet d'une sollicitude particulière, que leur conservation me paraît un fait de l'ordre Providentiel, tandis que l'exécufepn de nos devoirs dépend entièrement de nous ; elle ne se que sur notre volonté.
ieu protège visiblement nos droits ; notre histoire en est preuve manifeste.
r, ce que Dieu garde est bien gardé ! tandis que nous pous, d'un moment à l'autre, par notre faute, nous rendre toutà-fait indignes de la mission qui nous est assignée. Alors, le peuple canadien ne faillirait pas à sa mission par la perte de ses droits ; il y faillirait en se rendant Jndigne et incapable de l'accomplir.
332 NOCES d'or de la ST-JE AN-BAPTISTE
N'^s droits les plus précieux et que, pour cette raison, nous importe surtout de sauvegarder sont :
I ° Nos droits religieux : Droit à l'exercice de notre rel gion catholique, telle qu'elle est, c'est-à-dire dans toute £ plénitude et avec une liberté absolue.
Droit à l'usage et à l'emploi de notre belle langue frai çaise ; droit à l'éducation telle que nous devons la vouloir < telle que nous la voulons ; droit à nos coutumes, à la conserv; tion de nos lois ; droit à notre territoire comme premie: occupants, comme enfants du sol.
Voilà les droits qui me paraissent les plus importants, le plus essentiels. Il est bien vrai qu'à un autre point de vue je devrais mettre sur la ligne de nos droits les plus impo: tants, nos droits politiques, en ce sens qu'ils sont notre mei leure sauvegarde et que l'exercice que nous en avons est 1 moyen le plus efficace de sauver les autres droits et les mair tenir dans leur intégrité ; mais il me paraît que, considéré en eux-mêmes et dans leur importance intrinsèque, les pre miers sont les plus importants.
Or, je dis que nous avons la plénitude de ces droits. Il nous sont garantis solennellement, non-seulement par le articles de la capitulation de Montréal et le traité de Paris ils le sont par une possession actuelle, non interrompue d plus de cent ans, avec l'assentiment favorable du Souverain
Les droits de notre culte, qui sont les principaux, son formellement reconnus à l'Eglise catholique et à sa hiérarchii toute entière.
Par exemple, quand il est dit aux documents que je vien de mentionner : " Il sera permis à l'Evêque catholique ro main d'user de ses dûs et droits coutumiers," il ne s'agit pa; de tel ou tel évoque personnellement ; il s'agit de l'Evêqui en titre. Par là, le gouvernement britannique a reconnu tou les droits de la hiérarchie telle qu'elle existe en vertu de
NOCES d'or de la ST-JEAN -BAPTISTE 333
l'institution canonique. Car l'Evêque n'est Evêque que par l'investiture de sa haute autorité, par Notre-Saint-Père le Pape lui-même.
Celui-là seul que le gouvernement imp'^rial reconnaît comme Evêque est celui qu'a nommé le Pape ci nul c^utre : Voilà pour les droits du clergé. Ils ont pou. origine reconnue, l'institution papale.
Quant aux droits de la religion en elle-même, ils sont également clairs : ce qui nous est garanti, c'est le iiâre exercice de la religion catholique. Or, la religion catholique n'est telle qu'à la condition d'être tout ce qu'elle est, d'être reconnue dans toute son intégrité. Et l'Eglise Catholique est telle qu'elle existe et par conséquent, l'on ne peut en avoir l'exercice qu'à la condition qu'on n'y retranche pas la moindre parcelle de ses dogmes.
L'un de ces dogmes, c'est l'infaillibilité doctrinale du souverain Pontife, c'est la liberté de l'Eglise, c'est sa complète et absolue indépendance de tout pouvoir humain. Une église qui ne serait pas " une société parfaite et pleinement libre " ne serait pas l'Eglise catholique ; la religion pratiquée par une église non société parfaite et pleinement libre, ne serait pas la religion catholique. Par conséquent, nous donner le libre exercice d'une telle religion ne serait pas exécuter les clauses du traité.
De là suit nécessairement que des restrictions apportées par l'Etat à l'éducation, de façon à la soustraire au contrôle que l'enseignement dogmatique donne à l'Eglise, seraient une violation formelle du traité.
J'ai le libre exercice de ma religion. Or, l'un des exercices de cette religion est l'accomplissement de l'obligation de soumettre au contrôle de l'Eglise l'éducation donnée dans le pays. Donc, toute mesure de l'Etat me privant du bénéfice de ce contrôle est une violation du traité. J'ai droit à des lois
334 NOCES d'or de la st-jean-baptiste
soumettant réducation au contrôle de l'Eglise ; j'ai le droit à des lois me permettant l'exercice du devoir de soumettn l'éducation de mes enfants au contrôle de l'Eglise.
Or, tous ces droits : Droits du culte, droit de notre langue, droit au territoire, droit du sol, la Providence nous les a, noi pas seulement conservés, mais elle nous en a doublé, je dira même sous quelques rapports décuplé l'exercice, de telb façon que les droits dont nous avons aujourd'hui la plénitud sont tels, que jamais nos ancêtres n'eussent osé en ambition ner la possession. Il y a plus : il y a tels de ces droits qu l'on ne songerait pas à nous disputer et qui cependant, il y ; 25 ans' à peine, étaient l'objet de notre plus anxieuse soUici tude.
Par exemple, nos pères ont lutté en héros pour conserve dans la vallée du St-Laurent un pied à terre au Catholicisme
Cette capitulation de Montréal, scellée du pommeau d leurs épées, avec combien d'anxiété ne stipule-t-elle pas 1( libre exercice de la religion catholique dans le Canada ?
Eussent-ils pu croire raisonnablement qu'après la conquête en moins d'un siècle, le modeste Evêché de Québec, don ils ont voulu assurer le maintien aurait, comme un arbre gi gantesque, couvert toute l'Amérique, non seulement l'Am^ rique découverte par les découvreurs français ; non seulemen l'Amérique établie par les colons anglais, mais même tout l'Amérique septentrionale appartenant aux Hollandais, au Portugais et aux Espagnols ! Môme, toute l'Amérique décou verte par les Russes I
Vers 1866, il n'y a que 18 ans, nous luttions laborieuse ment pour assurer les droits de la langue française et de notr nationalité dans les limites de la Province de Québec. Et c succès de conservation de nos droits nationaux dans Québe paraissait incertain aux plus ardents patriotes. Il y avai inOnjc alors des Canadiens-français de haute position ([i
KOCES d'or de la ST-JÈAN-BAPTISTE 335
regardaient cette conservation comme une chimère et qui, <lans la certitude où ils étaient que notre anglification et la perte de notre langue n'était qu'une affaire de temps, anticipaient sur notre anglification et bannissaient en quelque sorte le français de leur foyer domestique.
Eh bien ! maintenant, la parfaite conservation de notre langue dans Québec, même sa prépondérance absolue ne fait . plus de doute pour personne.
Or, ce n'est pas tout : aujourd'hui, l'Acadien du littoral de l'Atlantique, tout comme le colon canadien rendu au pied des Montagnes Rocheuses a droit à l'usage de leur langue ; et la langue française est, tout comme la langue anglaise l'une des deux langues officielles parlées de droit de l'Atlantique au Pacifique.
Il en est de même de nos droits au territoire : l'Acadien, indignement chassé du sol qui l'a vu naître, il y a cent cin- . quante ans, ne peut-il pas, tout aussi bien que l'Anglais ou l'Ecossais se tailler pour ses enfants de larges patrimoines sur n'importe quel point du territoire acadien / Le Canadien-français ne peut-il pas aujourd'hui aller fonder des villages français à des centaines de lieues et au-delà du point où s'est arrêté notre immortel découvreur Varenne de LaVérandrye !
Au point de vue du territoire, donc, de même qu'au point .^e vue de la langue et de la religion, la Providence nous a conservé ou restitué dix fois plus de droits que nous n'eussions osé en espérer, même dans nos rêves les plus exagérés.
Et ne dirait-on pas aujourd'hui que ces migrations au-delà de la ligne 45ième, que jusqu'à il y a 20 ans, nous avons considérées comme une calamité, comme un désastre national, ne dirait-on pas qu'elles ont été des corps expéditionnaires lancés par la Providence à la conquête de tout l'ancien territoire découvert par nos pères et arrosé par le sang de nos martyrs ?
Combien Dieu ne se joue-t-il pas des plus habiles concep-
336 NOCES d'or de la st-jean-baptiste
tiens du génie humain ! j^ Avec quelle astucieuse habileté la diplomatie américaine ne taillait-elle pas dans notre territoire au siècle dernier, de façon à ne nous laisser qu'une langue de terre bien étroite au sud du St-Laurent ! Eh bien ! aujourd'hui, nos Canadiens envahissent tellement les Etats de la nouvelle Angleterre ; leur puissance de reproduction est telle que d'après des calculs très-modérés, on arrive à la conclusion qu'avant cent ans, peut-être même avant 50 ans, ils formeront une majorité des Etats-Unis, et auront ses destinées entre leurs mains.
Je ne voudrais pas exprimer des vues trop optimistes ; mais j'avoue que j'ai foi dans le mérite de nos colons apôtres et dans le sang de nos missionnaires martyrs.
Je crois que tout le territoire qu'ils ont arrosé de leurs sueurs et de leur sang, ou l'équivalent de ce territoire, reviendra à leur nation, si toutefois elle ne s'en rend pas indigne.
Ce que nous anticipons au-delà de la ligne 45e s'est réalisé depuis 25 ans, dans les cantons de l'Est.
Qui ne se rappelle la prépondérance anglaise qui existait là, il n'y a que quelques 15 à 20 ans, et pourtant 20 ans ont suffi pour rendre nos compatriotes maîtres d'une région où, il y a 20 ans, ils n'exerçaient pas même la plus petite influence municipale.
Mes espérances ne vont ]iourtant pas jusqu'à espérer que la race française ne reprenne la belle vallée du Mississipi, découverte par Joliette, Marquette et Lassalle ; mais je crois que l'équivalent nous sera donné vers l'ouest, en terres que n'ont pas explorées les anciens découvreurs français.
Je le répète donc : quant à nos droits, la Providence les sauvegarde et nous en réserve un exercice dix fois plus considérable que celui que nous «inticipons, même dans nos espérances les plus invraisemblables.
J'avais donc raison de dire que nos droits ne doivent nous inspirer aucune appréhension.
Il me reste à parler maintenant de nos devoirs. C'était la partie sur laquelle je me proposais surtout d'insister ; c'était relie qui, à mes yeux, était la plus importante de mes observations ; et, pourtant, je ne l'aborderai même pas. J'ai déjà, depuis plusieurs minutes, dépassé le temps qui m'avait été assigné.
Une simple réflexion, pourtant, pour mettre sous vos yeux
I d'une manière plus saisissante, cette vérité : qu'il nous faut fce beaucoup plus anxieux à l'article de nos devoirs qu'à Rlui de nos droits.
i De nos jours, on ne cesse de rappeler au peuple quels sont ■5 droits. Mais très rarement lui parle-t-on de ses devoirs.
Et, pourtant, ces termes de droits et de devoirs sont corrélatifs. Les droits imposent l'accomplissement du devoir que fait naître l'exercice du droit.
Je choisis un exemple qui est de tous les jours. En pays constitutionnel, c'est le peuple, c'est l'électeur qui gouverne. Chacun, d'une façon bien différente : et le simple électeur qui choisit le député, et le député qui met le ministre au pouvoir et l'y maintient, chacun, disons-nous, met à sa façon, la main au gouvernail de l'Etat. C'est le droit incontestable chacun. Mais quel devoir l'exercice de ce droit suppose-t-
fO peuple ! tu es souverain, c'est toi qui gouverne, par ton pe, ne cesse-t-on de dire à l'électeur. Voilà bien le droit, ce droit, il n'est pas en péril. Mais le devoir ! "J'est-il pas vrai, que si l'électeur a ainsi le droit de choisir député et indirectement ses gouvernants, ministres, juges, f, puisque tous sont choisis par ceux constitués en autorité [îar son vote, il découle de l'exercice de ce droit un devoir sérieux, une responsabilité terrible ? S'il a le droit de gou-
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verner à sa façon, n'a-t-il pas le devoir d'agir de manière à ce que le pays soit parfaitement gouverné ? N'est-il pas responsable de tous les abus, de tout le mal que font ceux qu'il a ainsi constitués en autorité par son vote ? Et ce devoir, comment l'exerce-t-il ?
Je ne veux pas faire ici le tableau lugubre et décourageant de l'électeur exerçant la franchise sous l'impulsion de l'ivrognerie, de la corruption et de motifs pires encore. Je me demande seulement si ce devoir de voter, il l'exerce avec connaissance de cause et après avoir sérieusement étudié et examiné comment il doit s'y prendre pour remplir ce devoir.
Et de fait, le peut-il ? Dix-neuf fois sur vingt, le vote n'estil pas pour lui un simple jeu de hasard où il ne peut ni de près, ni de loin, se rendre compte de l'effet de son vote ?
Et n'est-il pas vrai que plus souvent encore, l'électeur est dans l'impossibilité absolue de savoir comment voter pour servir la cause du bien. Et en parlant ainsi, je ne parle pas des illettrés. Combien parmi les classes instruites vont déposer leur vote, sans connaître rien du mérite des questions politiques pour ou contre lesquelles ils votent ! Même les hommes experts dans la politique, que les devoirs de leur état mettent durant six mois dans l'impossibilité de suivre au jour le jour les questions, ont-ils des idées justes et une connaissance bien précise touchant le mérite des mesures qui sont l'objet du débat ?
J'irai plus loin. Je vois ici plusieurs juges qui sont d'anciens hommes d'Etat ; je vois nombre de députés comptant parmi l'élite de nos hommes d'Etat actuels les plus intelligents et les plus instruits.
Eh bien, demandez combien de fois sur environ cent cinquante votes qu'ils ont donnés par session, combien de fois ils ont donné tm vote parfaitement raisonné et en j)arfaite connaissance de cause ; par conséquent, combien de fois ils
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ont accompli parfaitement cet impérieux devoir que leur imposait leur droit incontestable et si précieux de voter ?
Et si le devoir est si difficile à accomplir pour les hommes qui ont fait de la politique une étude spéciale, l'objet spécial de leur existence, combien ne doit-il pas l'être pour la grande majorité des simples électeurs ?
Et pourtant, par le vote, nous jouons presque continuellement les destinées de notre patrie, de notre nationalité !
Le devoir à accomplir est donc pour nous Canadiensfrançais incomparablement plus digne de notre sollicitude que la revendication de nos droits.
DISCOURS DE l'hON, JUGE ROUTHIER.
M. le Président^
Mesdames, Messieurs^
Il me semble qu'il m'appartient, à titre de Québecquois, de féliciter cordialement et chaleureusement la grande et belle ville de Montréal pour les grandes et belles manifestations dont elle nous donne le spectacle.
Le premier rang qu'elle occupe déjà sous tant de rapports parmi les autres villes du Canada, elle va le prendre dans les annales des fêtes de la nation, et ses sœurs n'en seront pas jalouses, grâce à l'accueil fraternel qu'elles reçoivent dans ces jours mémorables.
Une seule restriction est permise en ce qui concerne ce Congrès, qui ne réunit pas d'auditoire assez nombreux. Si j'en devais juger par le nombre de nos auditeurs, je devrais croire que Montréal est une ville bien plus petite que Québec.
Mais quel beau spectacle a été la procession d'hier! Jamais, peut-être, notre race s'est affirmée dans un pareil déploiement de jeunesse, de force et de beauté. Toute la nation semblait marcher à l'accomplissement de ses destinées, tête
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haute, libre, ne s' inclinant que devant la Croix, fière dupasse,, contente du présent, pleine de confiance en l'avenir.
Une chose, pourtant, m'a tout particulièrement frappé dansce spectacle heureux, paisible et triomphant ; c'est le contraste qu'il présente avec la situation pleine d'anxiétés, d'incertitudes et de terreurs de la société européenne.
Vous le savez, je viens de visiter encore une fois le vieux monde, et il me semble convenable et intéressant, en un jour comme celui-ci, de faire ressortir ce contraste et d'en tirer une leçon utile aux intérêts nationaux et sociaux du Canada français. Tel est l'objet que je me propose dans les quelques mots que je viens vous adresser.
Ce n'est pas dans le vieux monde, messieurs, qu'il faut chercher la sécurité, la stabilité et la confiance en l'avenir. Le sol de l'Europe tremble et toutes les voix prophétiques les plus autorisées y présagent des catastrophes.
Sans doute, il y a là, comme ailleurs, des optimistes qui voient tout en rose ; mais ils ne se rencontrent guère que parmi les savants, qui, retirés au fond de leurs cabinets, pâmés d'admiration devant leurs découvertes, sont convaincus que la science suffira à sauver les sociétés en péril.
Ecoutez leur enthousiasme puéril :
*•' Nous avons transformé la terre, s'écrient-ils, et l'âge d'or que la science prépare va bientôt briller sur le monde. Déjà nous en voyons poindre l'aurore.
" Le moyen-âge avait fait de ce monde une vallée de larmes où l'humanité déchue devait pleurer une prétendue faute originelle, et attendre dans les rigueurs de la pénitence une félicité plus que problématique au-delà du tombeau.
*' Grâce à la science nous allons faire de cette vie une merveille de bien-être, de plaisirs, de jouissances et de beauté.
" Grâce à nos découvertes, l'homme parcourt maintenant la terre comme sa maison. Il la porte dans sa main avec plus de vérité que Charlemagne.
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*' D'abîmes redoutables qu'elles étaient jadis, les mers sont devenues pour lui d'immenses voies de communication, et des palais flottants le transportent d'une rive à l'autre. Des dragons de feu, entraînant d'innombrables convois humains, parcourent les continents avec une rapidité effrayante. Des fils mystérieux sillonnent les airs, courent au fond des océans, et permettent aux antipodes de causer ensemble.
" Où le moyen-âge élevait des cloîtres, nous avons bâti des usines, et des milliers de machines fournissent maintenant du travail à des milliers d'hommes.
" Encore quelques années de progrès, et nous remettrons l'homme en possession de ce paradis terrestre qui lui fut donné au commencement, s'il faut en croire la légende chrétienne."
Telles sont, messieurs, les illusions que les savants caressent au fond de leurs laboratoires ; et ces rêveurs naïfs n'entendent pas les cris de la rue, où gémissent les déshérités et les souffrants ! Ils ne s'aperçoivent pas que des bas-fonds de la société montent des clameurs formidables qui troublent le sommeil des souverains et de leurs ministres !
Et cependant, messieurs, le grand péril social qui menace aujourd'hui le vieux monde est imminent, et les hommes d'Etat dignes de ce nom ne s'y trompent pas.
I Hélas ! messieurs, tout admirables qu'ils soient, les progrès de ce siècle étonnant n'ont pas diminué le nombre des malheureux ; et devant le riant tableau que les optimistes font passer sous leurs yeux, leur désespoir ne fait que grandir. ^ ** Rendez-nous plutôt les cloîtres," s'écrient les uns, "afin que nous puissions y pleurer en paix nos illusions perdues, et ne plus voir votre société maudite, édifiée sur vos prospérités insolentes et sur nos infortunes imméritées."
Et trouvant les cloîtres fermés, ils mettent fin par le suicide au rêve de douleurs qui fut leur vie
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Les autres, qui forment le grand nombre, organisent dans les ténèbres l'armée des Révoltés, et, parlant de la société comme Caton parlait de Carthage, ils disent : " delenda est^ il faut qu'elle soit détruite."
Ils sont à l'œuvre, et tout récemment, j'entendais le Père Montsabré s'écrier du haut de la chaire de Notre-Dame de Paris :
** Messieurs, la masse des pauvres et des prolétaires s'entasse, comme une montagne volcanique, près des riantes collines où vous jouissez. N'entendez-vous pas gronder le feu de ses jalousies et la lave de ses colères ? Ne voyez-vous pas monter au ciel la noire fumée de ses revendications ? Habitants d'Herculanum et de Pompéï, sauvez-vous ! Ce Vésuve humain va crever. Demain, les inégalités sociales disparaîtront dans une catastrophe, jusqu'à ce que notre incurable sottise les ait rétablies."
Voilà, messieurs, la grande menace qui plane au-dessus des sociétés dans l'ancien monde. C'est la guerre sociale, universelle, implacable, ayant à sa disposition comme moyen d'action la puissante organisation des sociétés secrètes.
Mais il y a un autre nuage qui assombrit encore l'horizon du vieux monde. Il y a une autre guerre non moins terrible qui, d'un jour à l'autre, pourra changer en ruines des villes aujourd'hui florissantes : c'est la guerre internationale ou européenne.
Les peuples européens s'y attendent et s'y préparent. Ils fourbissent leurs armes, ils remplissent leurs arsenaux de munitions et d'engins destructeurs, et tous les hommes capables de porter les armes se font soldats.
J'ai traversé l'Allemagne, et son aspect militaire m'a épouvanté. La ruche immense où lant d'abeilles industrieuses distillaient naguère le miel de la science est maintenant
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remplie de guêpes qui bourdonnent un chant de guerre, et dont l'aiguillon nnenaçant impose le respect et la crainte.
Partout, même dans les plus petites villes, on voit se mouvoir la nation de fer. Partout, des garnisons et des Champs de Mars. Partout résonnent les fanfares, les cliquetis d'armures, et les pas cadencés des régiments qui passent. Caserne immense, perpétuellement en travail, et enfantant tous les jours de nouveaux automates d'acier.
Tel est l'aspect de l'Allemagne; et celui de la France n'est pas plus rassurant, hélas ! Ne vient elle pas d'adopter
» encore une nouvelle loi de recrutement ? Et cette nouvelle ici ne fait-elle pas des soldats de tous les Français sans exception, ni distinction, ni privilège?
C'est en vain qu'on a dit au gouvernement: Mais vous allez ruiner le commerce, vous allez compromettre l'industrie, vous allez mettre fin à des existences nécessaires, vous allez enfin rendre impossible le recrutement du clergé. Le gouvernement n'a voulu rien entendre, et la dernière objection l'a probablement encouragé, au lieu de le détourner de son projet. La loi a été votée à la chambre des députés, et ce vote démontre que l'intérêt militaire prime tous les autres, et que l'on prévoit l'imminence d'une conflagration universelle, et de guerres épouvantables.
Mais, allez-vous me ilire peut-être, comment se fait-il que les peuples qui se vantent le plus de leur civilisation et de leurs progrès entretiennent et nourrissent chez eux ce dragon insatiable de la guerre qui dévore leurs enfants ?
Ah ! Messieurs, nous touchons ici à l'un des plus grands problèmes de la vie des peuples, à l'énigme toujours renouvelée des sacrifices sanglants. Je me suis souvent posé cette question : pourquoi Dieu, qui est la bonté, qui est la douceur infinie, pourquoi notre Dieu d'amour semble-t il avoir soif de sang humain? Pourquoi permet-il ces douleureuses hécatombes ?
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Sans doute il n'en serait pas ainsi si la prévarication originelle de l'homme n'avait pas trahi les desseins primitifs de la création.
Sans doute la chute, et la malédiction qui l'a suivie, ont rendu la terre à jamais inféconde pour les vertus, et ce sont les rosées sanglantes qui lui rendent la fertilité. Mais le problème de la guerre appelle une autre solution: c'est que les crimes des hommes, toujours plus nombreux, appellent toujours de nouveaux châtiments ; c'est que notre Dieu est nonseulement la bonté, mais qu'il est aussi la justice, et le Ciel répond aux révoltes de la terre en lui demandant des sacrifices. Ce n'est pas assez que le Fils de Dieu lui-même ait offert son sang et que le Ciel inexorable l'ait accepté. II faut., que l'homme continue d'offenser ; et comme il refuse de lui offrir les hosties non sanglantes que la religion chrétienne met à sa disposition. Dieu le condamne à payer l'impôt du sang.
Malgré lui, il le paiera, ce tribut douloureux, et la terre deviendra comme un immense autel où fumera le sang des victimes humaines pour satisfaire à la justice divine.
O peuples, que le Christ semble avoir rachetés en vain, quand donc comprendrez-vous que tous vos traités solennellement signés et scellés par vos souverains sont de nulle valeur, et que c'est avec Dieu qu'il faut faire la paix?
O terre qui méditez constamment de nouvelles révoltes contre Dieu, et vous, cieux, dont la foudre gronde sans cesse, quand donc déposerez-vous les armes et concluerez-vous une alliance durable et définitive ?
Guerre sociale, guerre internationale, voilà donc, messieurs, quels sont les fléaux terribles qui menacent l'Eu-"^ ropc. N'avais-je pas raison de vous dire qu'il y a un contraste iaihibsant en cette situation et la nôtre ? Grâce à Dieu, nous n'avons pas à redouter ces lamentables calamités ; nous avons la paix sociale, et nul peuple ne songe à nous faire la (guerre.
Notre armée permanente n'est qu'une garde d'honneur, et nous n'avons pas au milieu de nous ces nouvelles couches Sociales qui travaillent ailleurs au renversement de toute autorité et de tout ordre.
Et maintenant, messieurs, quels devoirs nous impose cette situation heureuse et tranquille que la Providence nous donne?
Il en est deux surtout dont la patrie, il me semble, réclame .l'accomplissement avec instance.
Le premier, c'est de ne pas troubler la paix sociale que Dieu veut bien nous donner, par de vaines querelles, par de mesquines dissentions, par des tempêtes dans un verre d'eau. Ne voyez dans mes paroles aucune allusion quelconque à per- ^sonne, ni à aucune querelle particulière. Mais ne pensezvous pas comme moi que nous sommes nés querelleurs et que •nous ne résistons pas assez à ce penchant de notre nature '
Cessons, messieurs, de nous déchirer, et de représenter -comme des hommes malhonnêtes ou comme de mauvais catholiques tous ceux qui ne pensent pas comme nous.
Combattons l'erreur ; combattons les idées révolutionnaires qui font tant de mal à l'Europe, et qui traversent les mers. Mais n'oublions pas que la charité est une vertu qu'il faut .pratiquer avec d'autant plus de perfection qu'on est meilleur catholique, et mettons fin à ces luttes fratricides qui n'ont souvent pour cause que des divergences d'opinions.
Rappelons-nous que nous sommes les disciples de celui que les anges ont annoncé en chantant : ** Paix sur la terre aux Jiommes de bonne volonté !" Or, je vous le demande, messieurs, est-ce que nos compatriotes ne sont pas en très grande majorité des hommes de bonne volonté ?
Regardons les choses de haut, et les aspérités qui nous semblent aujourd'hui des montagnes ne nous apparaîtront j)lus que comme des grains de sable.
y4b NOCES D'OR DE LA ST-JEAN-BAFflSTE
N'oublions pas qu'un navire peut faire naufrage dans lame la plus calme, si les ais se disjoignent et font des fissures dan la coque. Or, les divisions intestines dans une nation, c< «'ont des fissures dans le navire.
Notre second devoir nous est indiqué par Dieu lui-mêm( comme étant un fruit naturel de la paix. L'Ecriture Saint< décrit ainsi le règne de Dieu sur terre.
" Une nation ne lèvera plus le glaive contre une autr( nation, et les peuples ne marcheront plus au combat les un contre les autres. Ils forgeront leurs épées en socs de char rues et leurs lances en faucilles."
Voilà, messieurs, quels doivent être les fruits merveilleu: de la paix. Vous savez de quel rayon de gloire est enveloppé^ cette arme noble qu'on appelle l'épée? Eh ! bien, l'écrivaii inspiré couronne ici d'une auréole plus belle encore, ces vul gaires instruments qu'on appelle la faucille et la charrue !
O mes compatriotes qui portez l'épèe, et qui, assoiffés d gloire militaire, voudriez peut-être avoir l'occasion de tire votre arme du fourreau, contentez-vous de monter la gard aux frontières de la patrie et livrez-en le sol tout entier au; semences fécondes et lucratives de la paix.
Place aux agriculteurs ! Place aux colonisateurs !
Que le glorieux clairon des batailles reste longtemps mue dans nos fertiles campagnes 1 La musique que mon pays pré fère, c'est le son des cloches annonçant le baptême de se nombreux enfants; ce sont les hymnes sacrées qui remplissen ses églises ; c'est la chanson du laboureur revenant le soir ai logis à travers ses champs couverts de riches moissons ; c'es le refrain du petit pâtre mêlant sa voix claire aux bêlement de ses troupeaux.
Si donc, messieurs, vous sentez en vous-mêmes une sève une activité, des forces et des ressources pécuniaires que vou veuillez mettre au service de la patrie, employez-les à pro
mouvoir l'agriculture et la colonisation. Et quand vous rencontrerez sur votre route l'un de ces hommes que l'on a si justement nommés apôtres de la colonisation, saluez, messieurs, saluez bien bas, car c'est un conquérant qui passe.
C'est le conquérant pacifique, qui ne verse d'autre sang que le sien. Il ne fait pas la guerre à ses compatriotes ; il la fait aux éléments, à notre climat rigoureux, aux broussailles qui se sont emparé du sol. Les ennemis qu'il abat, ce sont les forêts. Les conquêtes qu'il rêve, ce sont des déserts à fertiliser, des savanes à transformer en villages.
Voilà les combats que je propose à tous ceux qui ont l'humeur belliqueuse. Qu'ils consacrent à coloniser leur budget de la guerre, et la patrie les acclamera comme des bienfaiteurs.
Je termine par deux mots qui résument tout ce que je viens de vous dire : le grand intérêt social du moment, c'est la paix ; et le grand intérêt national, c est la colonisation.