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DISCOURS DE M. LE CURE LABELLE

M. le Président^

Messieurs^

Je ne pouvais refuser l'invitation qu'on m'a faite de parler de colonisation devant le Congrès —sujet qui me tient si fort au cœur. Je voudrais dire quelque chose de beau, de grand, de magnifique sur cette grave question à laquelle est attaché le salut de la nation, la sauvegarde de notre langue, nos lois et nos institutions, et voilà que je me présente devant vous sans aucune préparation, ayant pour excuse légitime, je pense, le berdas spirituel de ma paroisse qu'il a fallu épousseter dans tous les coins et recoins, et cela, quinze jours durant.

Il me faut faire preuve de bonne volonté jusqu'aux dernières limites, comptant, toutefois, sur votre indulgence que je sollicite d'avance, car je suis loin d'être un orateur, et je confesse que l'éloquence n'est pas nwn fort.

Une excellente dame, avant la séance, m'a demandé de faire quelques compliments aux femmes, et cela avec un charme malin qui distingue ce que vous appelez dans le inonde " le beau sexe," mais comme mon état me refuse le droit d'être galant, je ne sais comment correspondre à son désir, qui ne me paraît pas cependant hors de place.

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Si donc je voulais faire un compliment aux dames, je dirais, à l'imitation des anciens chevaliers, que la colonisation est le dame de ma pensée. La femme est un instrument puissant de colonisation ; elle en est, pour ainsi dire, la source et la base par le nombre d'enfants qu'elle donne à la patrie. Sous ce rapport, n'ai-je pas raison de dire que la femme mérite nos meilleurs compliments? Ce n'est pas la première fois que Dieu se sert de la femme pour accomplir ses merveilleux dessins sur la terre. Sans parler de celle qui nous donna le soleil de justice et de vérité, le Seigneur n'a-t-il pas, dans maintes circonstances, associé la femme à ses œuvres pour faire triompher sa volonté dans le monde ? Quand Dieu voulut arracher son peuple de la servitude d'Egypte, que fit-il? Il fit de la femme juive une femme canadienne. Grâce à la bénédiction du ciel et à la co-opération de la femme juive, ses enfants se multiplièrent à un tel point que ni les travaux forcés, ni la persécution la plus barbare, ne purent anéantir la race d'Abraham. Elle semblait se raviver sous les coups de la plus impitoyable des tyrannies. Les Egyptiens furent tellement épouvantés de cette i)uissance de la femme juive qu'ils laissèrent partir en paix la nation d'Israël, et que, de désespoir, ils allèrent se noyer dans la mer Ronge. Dites donc, maintenant, que la femme n'est pas liée, d'une manière intime, à la colonisation, et qu'elle est digne de sa part d'éloges.

Il est de la plus grande importance de coloniser lé Nord qui possède un territoire immense, fertile, couvert de riches forêts, arrosé par une multitude de rivières, émaillé de beaux lacs, et offrant, à chaque instant, les sites les plus pittoresques et les spectacles les plus enchanteurs. Le climat y est magnifique comme dans la plaine. On se plaint, parfois, de nos hivers, et ne sait-on pas que la neige est un moyen de fécondité pour la terre, comme le grossissement des eaux du Nil

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pour la fertilité de l'Egypte? Pourquoi désirer un climat plus chaud qui nous amènerait les maladies pestilentielles, comme dans l'Egypte et l'Indoustan ? Soyons donc heureux de la part d'héritage que la Providence nous a dévolue, et elle a été généreuse pour nous comme pour n'importe quelle nation de la terre, et nous n'avons nul besoin d'envier le sort des autres, parce que nous avons ici tout ce qu'il nous faut pour vivre heureux, content, jouissant d'une santé parfaite par la salubrité de notre climat. La colonisatio n du Nord renferme le secret de notre avenir, et elle résoudra une énigme qui ne manquera pas de se présenter dans le futur. Un pays ne peut pas s'étendre toujours sur la longueur. Il faut qu'il pousse ses branches dans toutes les directions pour devenii un arbre fort et vigoureux. Un pays peuplé sur une lisière de plusieurs centaines de milliers de milles, mais vide dans son centre, est un pays qui cassera en deux.

Quand le Nord-Ouest sera peuplé, des intérêts divers sur. giront par la force des choses et qui pourront nous devenir hostiles. Pourquoi, alors, le Nord- Ouest qui aura été édifié par nos millions, ne tentera-t-il pas d'envoyer son commerce aux villes maritimes par les Etats du centre ? Pense-t-on que New-York et Boston ne feront pas des efforts énergiques pour ,' assurer la suprématie de ce commerce ?

Ne comptons pas sur la gratitude des nations pour nous garder l'omnipotence de la route commerciale du St-Laurent ? Dans une nation, la mesure de l'intérêt c'est la mesure de la gratitude. Vous ne changerez pas la nature humaine.

Préparons-nous donc aux éventualités de l'avenir en peu> plant le Nord, et. lorsque les conflits d'intérêt entre l"Est et l'Ouest surgiront, nous serons là, nous habitants du Nord, pour mettre le poids dans le plateau de la balance et conserver pour toujours au S t Laurent sa suprématie commerciale. L'émigration aux Etats-Unis m'a toujours saigné le cœur

et si je pouvais saisir tou "' "^^^ compatriotes canadiens et les planter dans le Nord qui , ^^.^ colonisable jusqu'à trois cent^ lieues dans l'intérieur ce serax ' ^^ J°^^ ^^ "^o" âme. Dans un pays qui est trop plein commv ' ^^^ ^^^"'^ P^ys d'Europe, on comprend que là l'émigration de>. 'ent nécessaire mais un pavi comme le nôtre ou l'on peut pL ^<^^^ ^^s millions et des millions d'hommes, il est incroyable ^^^ tous ne cherclient ■pas à s'y établir ! Qu' avons-nous' à <k ''S contre notre pays pour l'abandonner ?

Quand Dieu qui devait s'entendre en 6c rr\soI, choisit une terre où coulait le miel et le /a// comme terre p>yviise^\C\\x' Q'^x-ç^q ■qui détermina son choix? Un sol montagiietix, de ia terre franche, légère, arrosée par de nombreux torrents, dou\'erte de toutes sortes d'arbres. N'est-ce pas là la description des Richesses des Laurentides ? Nous avons de plus nos rivières qui sont en plus grand nombre et nos beaux lacs qui sont multipliés à l'infini. Mais, me direz'vous, il nous manque Tolivier, c'est vrai, mais aussi nous avons en revanche le sirop d'érable et la feuille d'érable qui nous sert d'emblème national. Il me semble que l'on n'a jamais assez compris dans la province l'importance de la colonisation, on a parlé éloquemmenl sur le sujet, on a consacré des octrois annuels pour cet objet, mais nullement en rapport avec les besoins que faisait pressentir une colonisation sagement dirigée. Ah ! si les arbres votaient, vous verriez qu'on trouverait tout l'argent dont nous avons besoin pour coloniser le Nord.

On a trop laissé dénigrer notre pays sans faire aucune récla. mation et vanter les Etats outre mesure, ce qui a contribué beaucoup à mettre des illusions dans la tète des jeunes gens qui ne voyaient plus notre pays que sous un faux jour. Je crois que si l'émigration est due un peu à la faute de nos gouvernements, elle est due surtout à la population, qui, en général, ne fait pas assez d'efTorts pour guérir le mal qui nous

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ronge. Une cause d'émigration, c'est souvent le luxe, la vie, mais aussi une mauvaise culture et le défaut d'estimer le pays à sa juste valeur.

Rappelons-nous qu'avant d'aller chercher des colons ailleurs, il faut d'abord empêcher les nôtres de s'expatrier.

C'est une vérité de sens commun. Cherche-t-on à mettre de l'eau dans une chaudière dont le fond est percé? Or, permettezmoi cette expression, notre pays est percé et, pour preuve, voyez ces compatriotes qui s'écoulent vers les Etats. Sans doute que nous ne pourrons pas empêcher un certain nombre de quitter le sol natal malgré les avantages qu'on y trouve, mais combien qui se fixeront chez nous parce que nous aurons rempli notre devoir envers la patrie !

La question est si grave à mes yeux que j'accueillerais avec plaisir l'imposition d'une taxe pour la colonisation parce que c'est par la colonisation seule, remarquez-le bien, que nous sauverons notre langue, nos lois, nos institutions dont nous sommes si fiers.

11 y a trente ans que l'on aurait dû organiser une souscrip^ tion nationale perpétuelle pour remplacer nos pruches et nos épinettes par de braves Canadiens, la fleur de la nation franque.

C'est dans ce but que je me suis mis à la tête d'une loterie nationale pour accomplir cette œuvre qui n'est pas la mienne mais la vôtre, et si le succès couronne nos efforts comme j'ai lieu de l'espérer, parce que j'ai encore confiance dans votre patriotisme et votre générosité pour la patrie, nous aurons contribué autant qu'il est en nous à réparer une faute nationale.

Quand je vois par la statistique que la province de Québec dépense près de huit millions pour les liqueurs ennivrantes, ne dois-je pas avoir l'espoir que l'on trouvera bien un $25,000

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par année en faveur de la colonisation qui est notre seule planche de salut ?

Le moyen ne plait pas à tout le monde, il est vrai, maison ne pourra contester que le but est noble et louable et qu'au moins on doit me donner le bénéfice du doute.

DISCOURS DE M. l'aBBE D. C. LEVESQUE, P. S.

M. le Président^

Mesdames et Messieurs.

Pour nous conformer à l'intelligent et judicieux programme qui nous a été tracé, il importe de ne pas confondre l'état social d'un peuple avec sa nationalité. L'état social est un fait, qui résulte des événements de l'histoire ou des combinaisons de la politique, tandis que la nationalité s'appuie sur tout un ensemble de sentiments qui ont leur origine et leur siège dans les cœnrs. Dès qu' un groupe de famille possède des traditions communes il se met à la poursuite, dans un élan constant et unanime, d'un but propre et distinct, il jouit de tous les éléments requis pour constituer une vér' table nationalité

Cette distinction, mesdames et messieurs, nous expliqué comment plusieurs nationalités peuvent vivre sous un même gouvernement, et comment sous divers gouvernement, des hommes peuvent appartenir à la môme nationalité. Par conséquent, bien que nous n'ayons pas notre gouvernement exclusivement national, bien que nous vivions sous divers gouvernements, il suffit que les mômes souvenirs et les mômes espérances fassent battre nos cœurs à l'unisson, il suffit que nos aspirations et nos efforts tendent vers la même fin pour que nous soyons en droit il'affirmer hautement notre existence nationale.

Lors même que notre fête nationale n'aurait pas d'autre

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but que cette affirmation, elle mériterait d'être célébrée avec empressement et enthousiasme, car il n'y a que les peuples dont le passé est sans tache, le présent plein de vigueur et de force et l'avenir riche d'espérances, qui puissent se permettre de telles solennités : mais ce qui la rend plus chère encore à notre patriotisme, c'est que grâce à l'intelligente initiative de ses organisateurs, elle doit en raviver la source et en affermir le sentiment dans nos cœurs- Tel est surtout le but de notre congrès national.

Les divers éléments qui peuvent entrer dans la formation d'une nationalité quelconque, étant innombrables et susceptibles de se combiner à l'infini, il faut une étude spéciale pour bien déterminer ceux qui servent de base à une nationalité particulière. Or, oe travail "que j'ai osé entreprendre, en ce qui nous concerne, me permet d'affirmer aujourd'hui, que l'attachement et la soumission à l'Eglise ne sont pas seulement pour nous, comme pour les autres peuples chrétiens la première de toutes les questions sociales, mais que c'est de plus la question vitale de notre nationalité elle-même.

En effet, mesdames et messieurs, tout noble sentiment qui se retrouve dans le cœur des individus dont se compose un peuple, que les générations se transmettent les unes aux autres comme un héritage sacré qui se mêle à tous les souvenirs, se confond avec tous les intérêts et fait partie de toutes les espérances, doit nécessairement être considéré comme un des éléments constitutifs de la nationalité de ce peuple. Or, remontons le cours des événements dont se compose notre histoire, consultons les sentiments de nos pères, analysons nos souvenirs et nos traditions, étudions nos démonstrations publiques, recherchons le principe de toutes nos entreprises, descendons jusqu'à la racine de nos espé-

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rances, interrogeons toutes les fibres de nos cœurs, partout et toujours, nous retrouverons un principe de foi chrétienne, un sentiment d'amour pour notre mère la Sainte Eglise catholique. Donc, notre attachement à l'Eglise est un des éléments constitutifs de notre nationalité.

J'ajoute que c'est le principal.

Si on eût prédit aux héroïques fondateurs de notre pays^ qu'un jour viendrait où le drapeau de la France disparaîtrait de la citadelle de Québec et du fort de Ville-Marie, que l'amour et le respect qu'ils avaient pour lui seraient loyalement et généreusement prodigués à celui de l'Angleterre, leur implacable et irréconciliable ennemie, ils auraient cru,, je n'en doute pas, à la ruine de la nationalité dont ils jetaient les bases. Cependant il y a plus d'un siècle que cet événement est accompli. Pourtant, si depiain nos pères sortaient de la tombe, nous avons bien la conviction qu'ils ne protesteraient pas contre la présence de leurs bannières dans les rangs de notre procession, mais qu'ils nous reconnaîtraient pour les continuateurs de leur œuvre et les légitimes héritiers de leur patriotisme. Donc, la domination de la Franc» n'était pas l'élément principal de leur nationalité.

Vienne encore aujourd'hiy ou demain, une puissance tyranique, qui entreprenne de changer les lois que nous garantissent les traités, d'abolir ces usages traditionnels qui nous sont si chers, de détruire ces institutions qui font notre gloire, de proscrire cette noble langue que nous avons conservée si pure et si harmonieuse, de nous enlever même ce sol de la patrie, que les bras de nos aïeux ont défriché, qu'ils ont fécondé de leurs sueurs et arrosé de leur sang le plus généreux, tous, comme un seul homme, nous nous lèverions pour défendre avec toute l'énergie de notre patriotisme, ces objets sacrés que nous regardons, à juste titre, comme les éléments essentiels de notre nationalité.

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Mais supposez, mesdames et messieurs, que sur tous ces points, la fortune nous fût contraire, nos sentiments nationaux rf patriotiques en seraient-ils altérés ou anéantis? Demandezi ceux de nos compatriotes que le malheur des temps ou plutôt la Providence a jetés sur des terres étrangères ! Là, il If-nr faut se soumettre à des lois, accepter des institutions, ;vent parler une langue et se conformer à des usages qui ne sont pas ceux de la patrie ; mais qui oserait dire, aujourd'hui surtout, que le sentiment national est moins vif dans leurs cœurs que dans les nôtres? C'est que, lorsqu'il s'agit de nos lois, de nos institutions, de nos usages, de notre langue et de notre sol lui-même, notre patriotisme pourrait, à la rigueur, substituer des souvenirs aux réalités, se nourrir de regrets à défaut de jouissances, mais il y a un des éléments de notre nationalité, et c'est pour cette raison que je l'appelle le principal, que nulle personne ne pourrait arracher de nos cœurs, que la persécution ne ferait qu'y fortifier et qui, ne planât-il que sur des ruines, suffirait à lui seul pour maintenir entre nous, lors même que nous serions dispersés aux quatre venis du ciel, le lien de la plus étroite unité nationale. Cet élément, c'est notre foi, c'est notre religion. Deuxièmement — Mais pour mettre cette vérité dans tout son jour, pour comprendre jusqu'à quel point nos intérêts nationaux s'identifient avec notre foi et notre religion, il nous faut connaître quelle est notre vocation nationale, quelle est la mission que Dieu nous a confiée et en vue de laquelle il nous a donné et nous a conservé l'existence comme peuple ; c'est là qu'il faut aller chercher la raison d'être, le principe vital, le trait différentiel et propre de notre nationalité.

Il en est de la vocation des peuples comme de celles des individus. L'obligation qui nous incombe à tous de tendre vers une fin commune suprême, n'empêche pas que nous

ayons chacun notre vocation particulière ; de même, bier que dans les desseins de la Providence, toutes les nation; doivent contribuer à l'exaltation de l'Eglise, les unes cependant s'occupent plus immédiatement de commerce, les autres d'industrie, celles-ci d'agriculture, celles-là de sciences el d'art ; mais il y en a aussi que Dieu consacre d'une manière si formelle et qu'il attache si étroitement au service de son Eglise, qu'on est en droit, dans un sens, de comparer leui vocation à celle du prêtre et de les appeler des nations saccr dotales, des peuples missionnaires. J'estime, mesdames cl messieurs, que c'est dans cette dernière catégorie de vocations nationales que nous devons placer la nôtre.

Je regrette que le temps ne nous permette pas de ccm puiser les origines de notre histoire ; je voudrais rappeler les édits si chrétiens de François I, de Henri IV et de Louis XIII ; je voudrais vous faire entendre les nobles paroles des Champlain, des Olier et des de Maisonneuve. Tous ces grands interprêtes et exécuteurs des desseins de Dieu sur notre payj nous démontreraient jusqu'à l'évidence, qu'en demandant é la fille ainée de l'Eglise une goutte de son sang le plus put et le plus généreux pour le déposer sur les rives du Saint Laurent, Dieu voulait se former un peuple à qui il pût confier l'exécution de ses desseins et les intérêts de son Eglise; ils nous diraient, et c'est avec un noble orgueil que nous répèterious après eux, qu'en Amérique comme en Europe les œuvres de Dieu doivent être réalisées par les Francs ■ G esta Dei per Franc os.

Mais nous avons une preuve peut-être plus convaincant* encore, du moins plus actuelle, que telle est notre vocatior nationale, et cette preuve, je la trouve dans la présciut démonstration. Le choix que nos pères ont fait de la fètc d< Saint-Jean-Baptiste pour la célébration de leur fête nationale les acclamations unanimes et constantes qui ont salué c(

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choix, la ratification demi-séculaire que nous en faisons, le patriotique enthousiasme qu'excite en nous le seul nom du saint Précurseur, constituent un ensemble de faits, dont on ciiercherait vainement la raison, soit dans une direction des autorités religieuses ou civiles, soit dans les influences ou les calculs de la politique, soit dans une entente ou une convention particulière. Tous ces faits supposent nécessairement et proclament hautement l'existence d'un rapport si intime, d'un lien si manifeste, d'une ressemblance si frappante entre saint Jean-Baptiste et nous, qu'ils n'ont échappé aux regards de personne et se sont imposés, par leur évidence même, à notre constante et unanime conviction.

Mais quel est ce rapport, quel est ce lien, quel est ce trair de ressemblance, qui nous attachent et nous unissent, comme peuple, à la personne de saint Jean-Baptiste? Que notre patriotisme honore d'un culte de respect et d'amour tous ceux qui, à n'importe quel titre, ont contribué à l'établissement, à la défense, au développement et à la gloire du peuple canadien français, je le comprends, il n'y a rien de plus convenable et de plus légitime; mais qu'y a-t-il de commun entre nous et saint Jean- Baptiste, dont la vie s'est écoulée toute entière, par delà les mers, les îles et les continents et dont la tombe est séparée par une période dix-sept fois séculaire du berceau de notre nationalité? Il faut, messieurs, nous élever au-dessus de toutes ces relations que peuvent établir,'et le temps et l'espace, et la sagesse et la volonté des hoiiimes ; il nous faut pénétrer jusqu'à ce qu'il y a de plus intime et de plus vital au cœur des hommes et des sociétés, jusqu'à ce principe qui est leur raison d'être, la règle de leurs actions, la source de leur grandeur et de leur gloire ; il faut dégager de tous les accessoires humains et de tous les événement^ particuliers, cette étincelle sacrée, ce rayon céleste, cette pensée divine qui détermine le rôle qu'ils ont à jouer

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dans le temps, en un mot, la mission qu'ils ont à remplir. C'est alors qu'il devient manifeste que c'est Dieu lui-même qui a formé ces rapports et noué ces liens qui unissent le peuple canadien-français à saint Jean-Baptiste, en assignant pour vocation, à l'un et à l'autre, de rendre témoignage à la vérité. Oui, mesdames et messieurs, notre mission est de ramener à l'Eglise les peuples de l'Amérique, comme celle de saint Jean-Baptiste était d'amener à Jésus-Christ les tribus d'Israël. J'ai la conviction de n'être que 1 écho de vos propres sentiments en appliquant à notre nationalité ce que l'Evangile dit de saint Jean-Baptiste : Hic vetiit in testimonium, ut testimoniutn perhiberet de Iwnine^ut omiies crederent per tllum.

Nous tous donc, mesdames et messieurs, qui prenons part à la célébration de cette fête jubilaire, et tous les Canadiens- Français y prennent part, nous affirmons solennellement l'idendité de notre vocation nationale avec la vocation personnelle à saint Jean-Baptiste, nous proclamons que nous n'avons d'existence, comme peuple, que pour l'exaltation et la propagation de l'Eglise catholique en Amérique. Telle est la base, l'âme, l'essence même de notre nationalité, et les moyens d'action dont elle dispose et qu'elle doit employer, ce sont la foi, la religion, l'attachement et la soumission à l'Eglise de tous ses membres.

Vous voyez, mesdames et messieurs, comment nos intérêts nationaux se confondent avec nos intérêts religieux.

Notre patriotisme, mesdames et messieurs, est trop sincère et trop ardent, ])our se contenter de simples affirmations. Il aime à se glorifier de l'héritage que lui ont légué les générations antérieures, mais il s'occupe encore plus de le conserver intact et de le transmettre enrichi aux générations futures ;

'il se permet de rappeler les souvenirs du passé et d enumérer ;s avantages du présent, c'est afin de les faire servir aux iitérêts de l'avenir. Conserver les biens acquis, perfectionner ;s progrès commencés, tel est le but que se propose notre atriotisme.

Mais ce but, comment l'atteindrons nous ?

C'est un axiome, mesdames et messieurs, que les insti- Utions ne se soutiennent et ne s'élèvent qu'à l'aide des prinipes qui leur ont donné l'être. Celte relation et cette dépenance sont aussi nécessaires que celles du mouvement par apport à la force motrice, de l'effet par rapport à sa cause^ e la vie et de ses fonctions par rapport au principe vital.

Coupez les racines d"un arbre, aussitôt il se dessèche, tombe t périt ; si les racines ont à souffrir, si elles ne peuvent ni e multiplier, ni se développer ; si elles ne trouvent qu'un uc insuffisant et vicié, l'arbre lui-même est en souffrance, il mguit et reste stérile ; mais que les racines s'enfoncent projndément dans le sol, qu'elles étendent au loin et en tous ens leurs innombrables ramifications, qu'elles trouvent artout une nourriture abondante et riche, alors le tronc de arbre s'affermit, ses branches se développent, ses rameaux se lulti plient, sa cîme s'élance majestueuse vers le ciel ; toujours ouronnée d'un luxuriant feuillage, inépuisable dans sa féconité, plus fort que les coups de la tempête, il vivra, grandira t fructifiera pendant des siècles.

Il en est de même, mesdames et messieurs, des nations de 1 terre ; elles ont leurs racines qui leur communiquent la vie, 1 force et les prospérités de tous genres. Pour nous, vous 'avez reconnu, le principe de notre vie nationale, de saconervation et de ses développements, les racines de notre alionalité, ce sont notre fidélité à la foi chrétienne, notre ttachement et notre dévouement à l'Eglise catholique.

En effet, il n'y a qu'une voix pour le proclamer, si la race

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française du Canada n'a pas été anéantie par la conquête l'élément envahisseur a été impuissant à l'absorber, si ell su défendre ses droits, si elle a conservé sa langue, ses inst tions et ses lois, si elle a grandi et prospéré en dépit de t les obstacles et de toutes les oppositions, c'est à sa foi, c'ei sa religion qu'elle le doit. Donc, c'est à cette même foi, c' à cette même religion, que notre patriotisme doit deman les forces et le courage dont il a besoin pour conservei qu'il possède et réaliser les progrès qu'il ambitionne. Rer notre foi et notre religion, ce serait porter la cognée è racine de l'arbre, ce serait la mort, ce serait un suie national.

L'affaiblissement de notre foi, l'oubli de nos devoirs r gieux, entraîneraient inévitablement et dans une proport rigoureuse, une déperdition de vigueur et d'énergie, un rai tissement sinon un arrêt de notre marche dans la voie progrès, peut-être même un commencement de décader Mais l'objet de nos désirs et de nos vœux les plus ardei c'est l'accroissement et l'exaltation du peuple canadien-fi çais ; nous voulons que cette province de Québec, le tn de notre arbre national, s'affermisse et se fortifie, nous v Ions que les branches qu'il a projetées dans toutes les i vinces-sœurs et jusqu'au sein de la grande Républi américaine, multiplient leurs rameaux à l'infini et accroiss encore leur prodigieuse fécondité; nous voulons que l'ar tout entier s'élève et grandisse jusqu'à devenir l'égal de peuples géants qui président aux destinées du monde; or, résultats nous pouvons les obtenir, nous les obtiendrons failliblement, si les racines de notre nationalité continu de pénétrer librement dans tous les cœurs et de s'y nourrii leur sève la plus généreuse ; c'est-à-dire, si tous nous dcn rons attachés à l'Eglise catholique et si nous n'avons jaii rien de plus cher que notre foi et notre reli«:ion.

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Deuxièmement, remarquez bien, je vous en prie, mesdames ît messieurs, que nous ne sommes pas encore arrivés à la limite îxtrême des devoirs qui s'imposent à notre patriotisme naional. Si nous existons comme peuple, s'il nous est donné le progresser, ce n'est qu'en vue de cette fin sublime que le nel nous. a marquée, que nous avons reconnue et que nous iffirmons aujourd'hui avec tant de solennité. Or, comme la 'îerfection des êtres ne peut se trouver que dans l'accomfjlissement de leur fin, il est évident, après ce que nous avons jitabli sur ce point que c'est dans l'exaltation et la propagaion de l'Eglise catholique en Amérique que nous devons Iphercher notre véritable grandeur, notre principale gloire fiationale.

Ce n'est pas à dire, mesdames et messieurs, que nous de ions renoncer à tous les intérêts matériels et temporels. Tout au contraire, nous devons perfectionner notre agriculure, développer notre colonisation, étendre notre commerce, ctiver notre industrie, multiplier nos canaux et nos chemins le fer ; mais que ce soit pour démontrer à ces hommes si ctifs et si entreprenants de l'Amérique, que notre religion 'est point l'ennemie de ce qu'ils appellent le progrès ; que e soit pour leur apprendre, par l'exemple de notre foi, les roits imprescriptibles de la justice et de la vérité dans le londe, et pour leur rappeler que par des destinées éternelles, ; chrétien doit toujours planer au-dessus des propriétés et es grandeurs terrestres; que ce soit avant tout et pardessus )ut pour augmenter nos moyens d'action et accroître notre ifluence en faveur des intérêts temporels et spirituels de Eglise. C'est ainsi que j'entends notre rôle de nation saîrdotale, de peuple missionnaire.

Il faut l'avouer, mesdames et messieurs, la carrière que 3tre vocation nationale ouvre devant nous est immense, et faudra des siècles pour la parcourir. Mais qu'importe I le

passé nous fournit assez de solides garanties, et le présent, le dis avec une profonde conviction et un noble orgueil, no donne assez de consolants et légitimes sujets d'espéranc pour que nous puissions fermement compter sur l'aven Aussi, en voyant se multiplier avec tant de rapidité, en mi! endroits des Etats-Unis et sur tous les points de la Puissan du Canada, d'un océan jusqu'à l'autre, les groupes de Car diensFrançais, qui portent si noblement le drapeau de not nationalité et de notre religion, il me semble, ou plut j'affirme, sans crainte d'être contredit, que nous sommes voie de restituer à la Nouvelle France d'autrefois l'immer domaine dont nos pères avaient pris possession et qu' avaient consacré à l'Eglise, en y arborant l'étendard de croix.

Je ne voudrais pas, mesdames et messieurs, me faire l'ap tre de l'émigration de mes compatriotes aux Etats-Unis, m; il m'est impossible de partager le sentiment de ceux c voudraient l'arrêter complètement, car j'estime que ce ser m'opposer aux destinées providentielles de notre national; en Amérique. Tout en rendant un hommage aux intentio de ceux qui travaillent au repatriement des Canadiens-Fra çais, je ne puis m'empêcher de regretter que l'on déplc tant d'énergie à la poursuite d'un but que les faits proc ment irréalisable, et qui est parfaitement inutile, puisqi mon avis, les Canadiens-Français qui vivent sous le gouv( nement américain, peuvent se vanter aussi bien que noi sous le régime anglais, de fouler le sol possédé par nos aïe et d'y promouvoir les véritables intérêts de notre nationalii Sans doute qu'ils ne jouissent pas des mêmes avantages q nous, mais vous savez bien que nos droits n'ont i)as toujoi ité reconnus et respectés comme ils le sont aujourd'hu qu'ils gardent leurs usages, leur langue et surtout leur foi, an jour viendra où la nationalité canadicnnç-francuise occ

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pera sur ce continent la place que lui destinaient les magnanimes fondateurs de notre pays. Voilà, mesdames et messieurs, la voie dans laquelle nous devons accélérer nos pas, Je but vers lequel doivent tendre tous nos efforts.

Je termine en proposant au patriotisme de tous les Canadiens-Français, dans l'intérêt de notre nationalité, que nous demeurions toujours, comme nous l'avons été et le sommes •encore, fidèles aux traditions religieuses de nos pères ; je jjropose que nous restions irrévocablement attachés à notre religion ; je propose que nous travaillions par tous les moyens en notre pouvoir à étendre et à affermir le règne de l'Eglise catholique en Amérique. Tant qu'il en sera ainsi, notre nationalité vivra et grandira.

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