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DISCOURS DE M. LE JUGE BABY

M. le Président^

Mesdames et Messieurs.

En entrant ici, ce matin, je ne m'attendais pas du tout à être appelé à vous adresser la parole. J'étais venu pour écouter, admirer et applaudir, pas plus. Mais, voilà que M. le Président, de ses yeux d'Argus, m'apperçoit, assis dans un coin obscure de cette belle salle, et me fait prier de venir me placer à ses cotés, invitation à laquelle malheureusement je n'ai pas su me soustraire, et maintenant, c'est par trop cruel, on exige de moi un discours. Ne pouvant demeurer en arrière de bons procéilés, force m'est de m'exécuter, mais veuillez, vu les circonstances, me pardonner les incongruités qui pourront m'échapper.

M. Chauveau vous a beaucoup trop bien parlé de moi, assurément ; ses bienveillantes paroles m'ont rendu tout confus. Je ne suis ni un littérateur, ni un historien, je regrette de le dire, au contraire de ce que M. le Président a avancé, mais je suis très-certainement un grand admirateur ' de l'Histoire et de la Littérature de mon pays. Si le sort l'eut

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ainsi voulu, j'étais bien disposé à me vouer à leur culte, mais il s'y opposa avec une grande obstination ! En arrivant du Collège, je me dirigai, comme tant d'autres, vers le Palais, ayant pour tuteur et patron mon honorable et spirituel ami, M. le juge Loranger qui, va sans dire, s'est toujours acquitté durant le temps requis généreusement et consciencieusement de cette tâche ardue, et je suis encore au Palais avec cette différence que j'y distribue aujourd'hui le pain de la justice, au lieu d'avoir à l'y demander comme autrefois. Je suis allé faire aussi de longues et pénibles excursions sur le domaine de la politique durant ce temps, et là, dans ce dédale, mes goûts n'ont guère reçu d'encouragement, je vous prie de le croire. Cependant, j'admettrai très-volontiers qae je suis un ilÉ^lectionneur, un collectionneur outré même ! On me dit égoïste, jaloux, envieux, soupçonneux de ce côté là, et je me sens contraint de plaider coupable à l'accusation, car c'est à peine si je puis permettre à mon digne ami M. le Président, de regarder, de fort loin même, une irouv aille faite dans le cours de mes persévérantes recherches, et il faut que je me sente de fort belle humeur pour qu'il puisse prendre dans ses mains mes collections d'autographes canadiennes, aussi, se plaint-il hautement et amèrement très-souvent de ma conduite à son égard !

Comme la bouche parle de l'abondance du cœur, c'est donc comme collectionneur que je m'adresse à vous.

Les grandes lignes de l'Histoire du Canada sont toutes tracées. Garneau, Ferland, Bibaud et autres ont fait ce noble travail. Qu'il me soit permis, en passant, de remercier le fils du premier de ces historiens, M. Alfred Garneau, que j'aperçois dans cet auditoire, de nous avoir donné une nouvelle édition de l'œuvre magistrale de F. X. Garneau; il s'est montré en cela le digne fils d'un digne père. Remercions aussi M Chauvcau pour nous l'avoir présentée en

quelque sorte sur un plat d'or, tel qu'il l'a fait. Je dis donc que ce sont les détails qui nous manquent, ces mille détails qui font l'ornementation de l'histoire et la poétise. M. de Gaspé, ce bon, modeste et charmant vieillard, dont le soU' venir sera toujours cher à ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, nous a bien laissé des " Mémoires " qui font les délices de ceux qui étudient l'histoire du pays, M. Benjamin Suite a mis au jour dans son grand ouvrage une infinité de choses jusqu'ici ignorées. M. Marmette, dans ses romans historiques, a su faire ressortir avec goût les mœurs et les habitudes des personnages du temps, qu'il a aussi extrêmement bien représentés. M, l'abbé Daniel a groupé ensemble les principales familles du pays et a fait leur histoire. Bibaud, jeune, nous a donné ses " tablettes " et quantité de fragments historiques très recherchés, et les deux sociétés historiques de Québec et de Montréal ont livré à la publicité des mémoires d'une grande valeur. Mais que de choses, de faits, de traits encore complètement ignorés ou tombés dans l'oubli ! que de passages obscures ou mal définis dans notre histoire ! Où trouverons-nous les matériaux nécessaires pour jeter de la lumière sur ces points difficiles ? — Dans les vieux papiers, dans les papiers de famille, c'est là que se trouve la mine encore inexploitée de notre histoire ! Je ne saurais donc trop vous mettre en garde contre leur destruction. Conservez précieusement tout ce qui vous en tombe sous la main depuis la lettre familière et la plus insignifiante en apparence jusqu'au mémoire sérieux, et quelquefois fort lourd de l'homme politique. Registres, commissions, ordres, instructions, actes notariés, marchés, notes, reçus, factures, petits carrés de papier griff'onnés, grandes feuilles couvertes en tout ou en partie d'écritures illisibles, mettez tout cela religieusement de côté, c'est la propriété de l'histoire, cela lui appartient. Si ces papiers vous embarrassent, allez les offrir à des hommes

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comme l'abbé Verreau, le digne successeur de Jacques Viger, MM, J. C. Taché, Tanguay, Marmette, Bellemare ; ils sauront bien vous en débarrasser, et si, par impossible, ils n'en voulaient point, veuillez vous adresser, sans hésitation aucune, à moi, et d'avance, je vous promets un cordial accueil. Ici, qu'il me soit permis de faire un reproche bien grave aux dames! Il m'en coûte beaucoup de le proférer, car je sens qu'il est tout-à-fait mérité et, cependant, je ne voudrais avoir que Tdes éloges à leur adresser ! Quels docimienis précieux pour l'histoire ont été détruits par les dames ou par leurs ordres ! Sous prétexte de faire régner la propreté dans la maison, on commence par reléguer les papiers au grenier ou dans un coin noir de la cave où ils deviennent la proie des rats et des souris, des vers et de l'humidité. Poussées de plus en plus par l'esprit de propreté, un bon jour, sous prétexte encore que ces pauvres malheureux papiers attirent la vermine ou accumulent la poussière, on les met tout-à-fait hors de la maison et instruction péremptoire est donnée à la cuisinière de s'en servir pour les besoins quotidiens de sa charge ! Quel vandalisme ! Que de lacunes dans notre histoire seraient comblées aujourd'hui si les documents nécessaires n'avaient pas servi à griller les poulets ou à allumer les feux de nos poêles dans la rude saison de l'hiver. Ce vieux papier flambe si bien, disent en cœur toutes les servantes ! Qui ne se rappelle de ce volume du journal des Jésuites trouvé dans le fonds d'un boîte à bois où il avait été jeté pour devenir la proie des flammes ! Sans l'heureuse circonstance que l'on sait, nous aurions été privé de ce jalon imi)ortant dans l'histoire du pays. De grâce, mesdames, faites cesser, de suite, ces actes de vandalisme et sauvez pendant qu'il en est peut-être encore temps ce qui nous reste de ces vieux papiers. Que votre horreur pour ces précieuses reliques, je vous en conjure, se change en un respect bien senti 1 Je

me suis adressé à vous, mesdames, car vous êtes les Reines du foyer domestique, et y contrôlez sans conteste. Ce n'est pas dive, cependant, que vos maris soient exempts de tout reproche de ce côté. Ils peuvent être assurément accusés pour le moins d'indifférence.

Il y a déjà longtemps que ce travail de destruction est à l'œuvre ; il a commencé lorsque, cédant pour un instant au découragement, on croyait que la race française, au Canada, n'avait plus d'avenir et qu'elle allait se fondre dans la grande famille anglo-saxonne dont les membres l'entouraient de toute part. On parlait de s'anglifier comme étant le seul moyen d'acquérir de l'avancement, de parvenir à la prospérité» Mes souvenirs sont encore assez vivaces là dessus. Dans mon enfance, c'était là la question principale dans les villes de Québec et Montréal, et Dieu sait ce qu'il en aurait été si le Clergé canadien toujours vigilant et justement alarmé n'avait point dans son patriotisme éclairé, fondé dans les campagnes ces collèges classiques, centres de lumières, d'où nous sont venus des jeunes gens pleins de force et de sève qui, donnant l'impulsion à la chose publique dans toutes ses diverses branches, ont ainsi sauvé le pays du mercantilisme, de l'anglification, en d'autre termes.

On tenait si peu aux ancêtres et aux traditions qu'ils nous avaient laissées, que papiers, meubles, argenterie tout cela était mis de côté comme inutiles, embarrassants od démodés. Les papiers allaient au feu, les meubles chez l'encanteur pour y être vendus à vil prix et l'argenterie au creuset ! Heureusement que les temps ont changé et qu'il reste encore des vieux papiers, grâce au dévouement de quelques hommes ïélés et patriotiques.

Oui, Mesdames, il en reste ! Encore une fois, veuillez nous donner votre généreux concours et daignez voir d'un bon œil les vieux papiers.

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Je ne puis terminer ces quelques remarques sans vous dire un mot de la numismatique à laquelle M. le Président a aussi fait allusion. En effet, il existe une société de numismates parmi nous, soit dit à l'étonnement d'un grand nombre. Fondée par M. Adélard Boucher, homme aussi modeste qu'instruit, il y a une vingtaine d'années près, elle a résisté à toutes les vicissitudes auxquelles une société de cette nature est généralement exposée, et cela grâce à nos compatriotes de langue anglaise qui s'y sont vivement intéressés. Cette société s'occupe surtout de la numismatique canadienne pourvue déjà de nombreux et importants échantillons, ainsi que l'atteste la belle collection préparée par M. Hart et qui se trouve actuellement dans la bibliothèque de la Législature fédérale, à Ottawa. La numismatique est la science des monnaies et des médailles et non point la collection des vieux boutons et des sous rouilles, tel qr.e beaucoup très irréverentieusement le croient. Son but est élevé. Elle sa rattache intimement à Thistoire que fort souvent elle fixe, explique, éclaircit ; c'est son auxilliaire. On ne saurait donc trop en encourager l'étude. Nous comptons déjà dans la Province de Québec plusieurs numismates distingués que je pourrais vous ncnmier, n'était ma crainte de blesser leur modestie. Je ne puis pas m'cmpêcher cependant, de vous indiquer les superbes collections de médailles, monnaies et jetons de MM. Hart, McLaughlin, Tessier, d'Orsonnens, Leroux et autres, et les ouvrages, sur le sujet, de MM. Saudhsm, Leroux et McLaughlin.

Alalgré cela, notre attitude ici lais?e énormément à désirer. Pourquoi les Canadiens-Français ne s'intéressent-ils pas plus qu' ils ne le font à cette excellente société, en se faisant inscrire sur ses registres et prenant part à ses travaux ? Bien souvent me suis-jc posé celte question, et il m'a toujours été imposbiblc de lui donner une solution cjui fut raisonnable. Nous

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aimons notre passé, nous en sommes fiers, nous lui vouons un culte tout particulier et, fait inexplicable, à part quelques écrivains bien connus, et dont les noms et les œuvres honorent grandement notre race, ce sont les Anglais — disonsle à leur louange — qui s'occupent le plus des choses historiques dans ce pays, eu égard surtout à leur nombre. Cela vient, peut-être, de ce que les traditions sont encore toutes fraiches parmi nous. Oui, mais un temps viendra où, affaiblies par les années, elles se perdront ou deviendront presqu'inintelligibles pour la plupart, et alors où les retrouver telles que nos pères nous les avaient transmises si ce n'est dans les travaux de ceux qui se sont occupés constamment de leur conservation, en les recueillant, les commentant et les rectifiant bien souvent, au moyen de données alors à la portée de tous. Le plus souvent, qui est-ce qui pousse le premier cri d'alarme lorsqu'un monument du régime passé est sur le point de disparaître sous les coups de cette rage de démolition qui est le propre de notre siècle ? L'Anglais. Pourtant notre place est toute indiquée, il me semble, dans cette noble mission; ce serait la première et par droit et par devoir.

A nous, légitimes possesseurs de ces trésors, d'en avoir la garde assurément. Néanmoins, pour une raison ou une autre, il faut se l'avouer, nous faisons preuve ici d'indifférence.

Puisque nous ne voulons point prendre la place qui est la nôtre, joignons-nous donc cordialement, du moins aux compatriotes de langue anglaise, afin d'arriver avec eux au but généreux que tous se proposent. Faisons partie de la Société Numismatique de Montréal. Un journal très intéressant est publié sous ses auspices ; il s'occupe uniquement de numismatique et d'antiquités canadiennes. Donnez-lui donc un encouragement libéral, afin qu'il se soutienne et puisse étendre le cercle de ses informations et les dispenser au monde

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scientifique et historique. Cet appel a, ici, devant cet auditoire, sa raison d'être, car il ne saurait être adressé à une réunion plus en état de le comprendre et d'en sentir toute la sincérité. Il a été dit que l'homme ne vivait pas seulement de pain. En effet, si nous voulons nous maintenir au niveau de ceux qui nous entourent, cultivons l'intellectuel, cultivons le aussi bien que le matériel.

Ces quelques pensées mises devant vous, permettez-moi de reprendre mon siège, tout en vous remerciant bien sincèrement de l'attention bienveillante avec laquelle vous avez daignez les recevoir.

L'Hon. M. Royal se leva après M. Lus'gnan et dit qu'il ne parlerait que quelques instants pour exprimer son admiration pour ce poëme qui a été lu par M. Poisson, pour le travail historique de M. Loranger et aussi pour les remarques qui ont été faites par M. Lusignan. Il est bien certain que ce qui manque à notre littérature c'est une saine critique. En ce qui concerne le discours de M. Chauveau sur la bataille de Sainte-Foy, il se rappelle qu'on le faisait apprendre comme un modèle d'éloquence au Collège Sainte-Marie lorsqu'il était élève, (applaudissements.)

Ix Président avant de clore le congrès fait les remarques suivantes :

•' J'ai le dessein de clore maintenant les délibérations de ce congrès et je ne le fais point sans quciqu'émotion. Les séances ont été bien remplies et ne restât-il de nos travaux que le projet de confédération qui doit être soumis aux différentes sociétés St-Jean-Baptiste du Canada et des Etats-Unis, il y aurait encore lieu de nous féliciter du résultat.

Les nombreuses démonstrations extérieures, les amusements de tout genre qui ont signalé ces fCtes ont fait que notre

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congrès n'a pas pu être organisé au moyen de commissions comme ça été le cas dans d'autres réunions du même genre, et qu'il n'a pas été ùonné aussi régulièrement qu'il aurait dû l'être. Mais les discours qui ont été prononcés aux séances ont remué beaucoup de questions graves et l'effet de leur publications ne manquera point de se faire sentir avantageusement.

Pour ce qui est de cette séance en particulier j'ai à regretter encore l'absence de plusieurs de ceux que l'on désirait y voir. Un regrettable malentendu nous a privés de la présence de l'honorable M. Ouimet, surintendant de l'éducation et de plusieurs de ceux qui avaient été invités à traiter les sujets scientifiques. L'instruction publique et les sciences n'ont pas été représentées, bien que je voie dans cet auditoire plusieurs personnes qui auraient été bien en état de prendre la parole sur ces sujets.

Puisqu'il s'agit des sciences, je me permettrai de dire que tandis que dans la philosophie, dans la littérature, dans les études historiques, et dans beaucoup d'autres branches des connaissances humaines, la race française a pris ici une position très honorab'e, il nous reste encore beaucoup à faire pour qu'il en soit de même dans les études scientifiques. Sans doute que ceux de nos concitoyens d'origine française qui ont été choisis pour faire partie des sections scientifiques de la Société Royale y figurent avec avantage, mais bien qu'ils aient des émules en dehors de la société, le nombre de ceux qui cultivent l'étude des sciences autrement que par amusement, ou comme complément indispensable d'une éducation libérale est très restreint. On fait très peu d'études scientifiques proprement dites. La science pour la science comme l'art pour l'art est peu en vogue parmi nous. Et cela ne devrait pas être ! Quoique nous n'ayons certainement point choisi la plus mauvaise part eu nous distinguant dans la politique, dans

la jurisprudence, dans les lettres, dans les études historiques nous ne devrions être nulle part inférieurs à ceux qui nous entourent.

Le goût des hautes études scientifiques se développera sans doute dans nos universités, dans nos écoles spéciales. Mais les collèges ont aussi le devoir d'inspirer à la jeunesse l'amour des sciences. Je me rappelle le temps où un homme distingué qui a beaucoup contribué à élever le niveau des études dans notre pays, M. l'Abbé Holmes, ne dédaignait pas de conduire ses élèves les jours de congé sur les grèves près de Québec pour y choisir des échantillons de minéralogie ou de botannique.

En Europe et aux Etats-Unis les élèves dans leurs vacances s'occupent d'enrichir le musée de l'institution au moyen des petites excursions scientifiques qu'il font seuls ou en compagnie de leurs professeurs. Ces débuts d'amateurs dans l'étude des mœurs laissent de bien agréables et d'ineffaçables souvenirs.

Je dois remercier tous les orateurs qui ont pris part aux discussions du Congrès de leur concours. Je dois aussi remercier le public qui a honoré nos séances de sa présence. Nos auditeurs n'ont pas toujours été nombreux; mais la qualité on peut le dire remplace la quantité. Les membres du clergé ont toujours été en grand nombre. Nos aimables auditrices ont montré une persévérance qui nous fait vraiment honneur.

Je dois remercier tout particulièrement M. le baron de Verèz pour les paroles aimables qu'il a eues à l'adresse de notre pays. Ce n'est pas seulement par Jacques-Cartier, par les nombreux émigrés liretons qui sont venus plus tard que le Canada tient à la Bretagne dont M. de Verèz a l)ien voulu se faire l'interprète. Nos concitoyens écossais et irlandais sont comme les liretons, de race celtique ; la langue qu'un

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grand nombre parlent encore même dans ce pays est de la même famille que celle qui se parle au pays des menlins et l'aimable poète breton Brojeur a dit avec raison Et les filles d'brin, et les filles d'Avor Sont des fruits détachés du même rameau d'or

(applaudissements.)

J'ai à remercier personnellement M. Lusignan et M. Royal pour leurs bienveillantes paroles à mon égard. Le trait rapporté par M. Royal m'est particulièrement sensible. Que d'aussi bons juges que les Rév. Pères Jésuites aient fait un tel honneur à ce discours est plus qu'une réfutation des critiques qu'on en a faites.

Ce congrès national qui va se terminer, est le troisième tenu dans la vieille Province de Québec. Espérons qu'il portera des fruits excellents et que ce ne sera point le dernier que l'on y verra. Le vaste développement que prend notre race dans toute l'Amérique, rendra ces manifestations plus fréquentes et plus inspirantes.

Permettez-moi, mesdames, de déroger aux usages des réunions de ce genre. Quoique président je vais me permettre de faire une proposition qui, je le sais, sera approuvée de tous. Je propose que l'on vote par acclamation des remerciements aux Révérends Pères Jésuites pour l'hospitalité qu'ils ont bien voulu nous donner (applaudissements.) C'est le second congrès national qui se tient dans cette salle, et la bienveillance que les Révérends Pères nous témoignent ne doit aucunement nous surprendre. En cela ils ne font que continuer les traditions de leur ordre qui a joué un si gra id rôle dans l'établissement de la Nouvelle France.

Les remerciements proposés étant votés par acclamation, le Rév. Père Turgeon remercie le congrès, et dit entr'autres choses, qu'il espère bien que ce n'est pas la dernière fois que les sociétés St. Jean-Baptiste de l'Amérique se réunissent dans cette salle.

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L'KON. p. J. O. CHAUVEAU, C. R.

Président du Congrès National.

Mel in ore, Scientia in Opère.

Il s'agit de l'une de nos gloires nationales ! saluons-la avec respect et essayons de rendre justice à la tâche que nous avons entreprise. Il nous faut parler du poëte, du littérateur, de l'homme politique et que nous devrons terminer — ce qui rend ce travail agréable — en parlant du citoyen.

L'honorable M. Chauveau est né à Québec le 30 mai 1S20. Il est fils de Pierre Chauveau et de Dame Marie Louise Roy.

Celui qui devait se trouver seul au déclin de la vie, rencontra la mort aux premiers pas qu'il fit en ce monde ; il fut bientôt orphelin, et doit à la protection de son oncle maternel, feu le juge Hamel, les sages conseils dont il a su si bien profiter.

M. Chauveau fit ses études au Séminaire de Québec, dont il fiit r un des plus brillants élèves.

Il commença son droit à l'étude de MM. Hamel et Roy et les termina sous la direction de M. G. O'Kill Stuart, C. R.

En 1841 il était admis au Barreau du Bas-Canada, maintenant la province de Québec.

M. Chauveau s'occupa de suite de travaux littéraires. De 1838 à 1841, il fut un des collaborateurs du journal Le Canadien, puis il commença à se faire une réputation digne d'envie en correspondant avec le Courrier des Etats-Unis.

M. Frédéric Gaillardet a conservé un bon souvenir des relations qui ont existé entre M. Chauveau et lui, et il n'a nij,'ligé aucune occasion d'en faire mention dans ses propres correspondances. Tout le monde sait que M. Frédéric Gail-

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lardet a demeuré aux Etats Unis pendant plusieurs années et qu'il s'y trouvait de 1838 à 1841.

M. Chauveau se révéla de suite comme un écrivain d'un rare mérite. Ses écrits dans Le Canadien et ses correspondances au Courrier des Etats-Unis l'ont placé parmi les jeunes gens d'alors «ur lequel le pays pouvait fonder des espérances.

En 1853, M. Chauveau publia " Charles Guérin," roman de mœurs canadiennes, qui eut un véritable succès. Il est aussi l'auteur d'un ouvrage savamment élaboré. " L'Histoire de rinstructiou Publique en Canada."

M. Chauveau est un homme de lettres, et on ne saurait lui contester le mérite d'être un écrivain de premier ordre. Il possède une belle intelligence servie par de fortes études. Ce que j'admire chez M. Chauveau, c'est qu'il sait parler un peu comme tont le monde et que tous peuvent le comprendre.

Qu'il écrive en vers ou en prose il sait le faire correctement et avec une élégante simplicité qui ne manque jamais de plaire.

En 1861 M. Chauveau publiait " Donacona ; " ce petit chef-d'œuvre dans le genre a fait le lourde la presse canadienne.

Voyez cette description du vieux chef indien, rêvant à demi éveillé et songeant au passé et à l'avenir de son peuple :

Stadaconé dormait sur son fier promontoire ; Ormes et pins, forêt silencieuse et noire. Protégeaient son sommeil.

Le roi Donnacona, dans son palais d'écorce Attendait, méditant sur sa gloire et sa force, Le retour du soleil.

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La guerre avait cessé d'affliger ses domaines ; Il venait de soumettre à ses lois souveraines Douze errantes tribus.

Ses sujets poursuivaient en paix dans la savane Le lièvre ou la perdrix ; autour de la cabane

Les ours ne rôdaient plus.

Cependant il avait la menace à la bouche, Il se tournait fiévreux sur sa brûlante couche. Le roi Donnacona !

Dans un demi-sommeil, péniblement écloses, Voici toute la nuit, les fastidiques choses, Que le vieux roi parla :

Puis le vieux chef se demande ce que vient faire sur ce rivage cet étranger, à la barbe touffue, dont les dieux sont plus puissants que les dieux des indiens.

Il se blâme de n'avoir pas conjuré le danger et fait un appel aux jeunes gens.

Jeunes gens, levez-vous et déterrez la hache, La hache des combats ! Que nulle peur n'arrache A vos cœurs un soupir !

Comme un troupeau d'élans ou de chevreuils timides Tous ces fiers étrangers, sous vos flèches rapides Vous les verrez courir.

Il termine en donnant cours à son désespoir, reconnaissant la force du Dieu de l'étranger :

Mais inutile espoir ! Leur magie est plus forte Et son pouvoir partout sur le nôtre l'emporte ; Leur Dieu, c'est un Dieu fort !

Quand il fut homme, un jour, dans un bien long supplice. De ceux dont il venait cx|)icr l.i malice Ce Dieu reçut la mort.

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Domagaya l'a dit : les tribus de l'aurore Ni celles du couchant, plus savantes encore. N'ont jamais inventé

De tourments plus cruels ; mais, chef plein de vaillance, Le Dieu des étrangers a souflert en silence. Puis au Ciel est monté.

Certes, la poésie française cherchera longtemps avant de rencontrer une expression plus énergique et plus digne de rendre les douleurs du Christ.

Vous ne trouverez pas, dans les vers de M. Chauveau, de ces épithètes inutiles que l'on nomme des chevilles, et on trouve toujours beaucoup de poésie dans la prose.

Comme orateur consciencieux, M. Chauveau n'a pas son supérieur en Canada.

Je veux être bien compris. M. Chauveau n'a fait comme " Grands Discours" que des discours sérieux.

11 n'est jamais descendu au badinage lorsque le sujet demandait de la sagesse et de la considération, et il n'a jamais foit de l'éloquence /<7«r le plaisir de la chose, lorsque le sujet n'en valait pas la peine ; aussi a-t-il toujours été écouté avec beaucoup d'attention, quelque fût l'opinion de la majorité de l'auditoire auquel il s'adressait.

Ce fut en 1844 que M. Chauveau commença à s'occuper (le politique. Il brigua les suffrages des électeurs du comté de Québec et il fut élu à une grande majorité contre l'Honorable John Noilson. En 1848 il était ré-élu par acclamation. M. Chauveau est essentiellement Québecquois ; il est né à Québec, a fait ses études à Québec, fut élu représentant du comté de Québec, il a épousé à Québec Mademoiselle Flore Massé, a été admis à Québec à la pratique du droit, c'est de

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Québec qu'il écrivait ses correspondances au Courrier des Etats-Unis, et il a eu l'honneur d'être, lors de la confédération, le premier Premier Ministre de la Province de Québec. Ajoutons que c'est le comté de Québec qui a envoyé M. Chauveau aux deux Chambres alors que les électeurs avaient la liberté de confier les deux mandats à leurs mandataires.

J'ai toujours regretté l'abolition du double mandat, et je ne peux pas m'erapêcher de laisser connaitre mon opinion sur cette question.

' En 1849, ^ï- Chauveau s'occupa de ses compatriotes exilés aux Bermudes, et nous lui devons toujours une large part de la reconnaissance que les Canadiens-Français conservent pour ceux qui sont venus en aide aux patriotes, au zèle desquels nous devons les libres institutions politiques dont nous ressentons les avantages aujourd'hui.

C'est à M. Chauveau que nous devons plusieurs mesures importantes concernant la situation de nos compatriotes aux Etats-Unis, et il n'a pas peu contribué dans le temps à empêcher l'émigration de nos frères vers la république américaine.

En 1851, M. Chauveau accepta le portefeuille de Solliciteur- Général sous 1 admsnistration Hincks-Morin. Il résigna ce portefeuille en 1853 et accepta celui de Secrétaire-Provincial.

En 1855, il fut nommé Surintendant de l'Instruction publique, poste qu'il occupa jusqu'en 1867.

Avant de nous occuper de l'homme politique, n'oublions pas (le dire qu'en 1866, il fit un voyage en Europe, et qu'il y étudia les différents systèmes d'éducation et de l'instruction ])ubli(ine de l'Angleterre, de la France, de l' Allemagne, de la Ifclgiquc et de l' Italie.

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En 1867 de grands événements allaient s'accomplir. Sir George Cartier, comprenant qu'il fallait assurer une position tenable à ses compatriotes qu'il aimait tant, s'occupa avec Sir Hector Langevin de l'acte à jamais célèbre, " L'Acte de l'Amérique Britannique du Nord."

C'était toute une révoliiltion dans notre système politique, et des hommes comme M. C. S. Cherrier, C. R., entr'autres qui depuis longtemps étaient rentrés dans la vie privée, crurent devoir faire connaître leurs vues sur cette question.

Enfin les opinions des Sir George prévalurent et la Confédération de certaines provinces de l'Amérique Britannique du Nord devint un fait accompli.

Te crois de mon devoir de dire, afin de rendre pleine et entière justice à qui de droit, que le projet de confédération écrit par le Dr. J. C. Taché, alors qu'il était le rédacteur du Courrier du Canada, a servi de base au projet officiel tel que soumis et adopté par la Législature du Canada et de la métropole.

Le» meilleur moyen de faire réussir ce nouveau système politique dans la province de Québec, était de ne froisser jKMsonne et de mettre les électeurs dans la position de pouvoir se dire, que sans s'occuper des luttes du passé, ils voulaient et devaient favoriser le système nouveau.

M. Chauveau était alors surintendant de l'Instruction publique, dont les bureaux se tenaient à Montréal.

Il accepta la charge de former un gouvernement pour la province de Québec.

Quoique M. Chauveau n'ait jamais été à proprement parler \m chef de parti, nous l'avons toujours vu combattre au premier rang dans notre arène politique. C'était une personnalité puissante qui imposait le respect, tout autant aux advcr-

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saires qu'aux amis, et on ne l'a jamais accusé d'avoir sciemment trompé son auditoire.

Ce fut durant les deux dernières années de l'administration Chauveau que commencèrent les grandes luttes qui furent si ardemment poursuivies sous l'administration Ouimet, administration qui fut si franchement et si ouvertement soutenue par M. Chapleau.

En 1873, M. Chauveau accepta la présidence du Sénat.

L'honorable M. Gédéon Ouimet, alors procureur-général, devint premier ministre. L'honorable M. Irvine, devint solliciteur général.

M. Chauveau allait se reposer en fin de compte, mais l'homme propose et les partis politiques en disposent.

En 1874, Sir John A. Macdonald croyait devoir résigner et remettre son portefeuille de premier ministre à Son Excellence Lord Dufferin, qui appella auprès de lui l'honorable Alexander Mackenzie.

M. Chauveau fut démis de ses fonctions de président du Sénat, et aux élections générales suivantes, il résigna comme sénateur, et se présenta comme candidat aux Commune^ dans le comté de Charlevoix, où il fut défait par feu JVL P. Tremblay.

Il accepta de M. Mackenzie la posision de membre de la Commission du Havre de Québec, commission dont il fut de suite élu président.

A la mort de feu Charles Leblanc, C. R., shérif de Montréal, M. Chauveau accepta cette charge qui lui fut offerte par l'honorable M. de Boucherville, alors premier ministre de la province de Québec.

Le retour de M. Chauveau à Montréal fut salué avec plaisir.

On était heureux de le revoir. Il avait su se faire des amis

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sincères ; puis les Montréalais avaient tant de sympathies à lui offrir pour les malheurs irréparables qu'il avait eu à supporter. Il était venu à Montréal pour y remplir les fonctions de surintendant de l'Instruction publique. Il avait laissé Montréal pour retourner à Québec, conduire le premier gouvernement provincial de Québec, et il r-evenait à Montréal seul^ bien seul. La mort avait frappé chez lui,

En octobre 1870, Mlle Henriette Chauveau épousa à Québec monsieur Glendonwyn, lieutenant dans le 69e régiment de l'armée anglaise.

C'était une charmante jeune femme que madame Glendonwyn. Je n'ai jamais eu, hélas ! le bonheur de la connaître, mais je dois à son père d'avoir lu ces jolis vers: "Ma Chambrette."

Le mariage fut célébré en octobre 1870, et au mois de décembre de la môme année la jeune épouse expirait aux Bermudes. Quelques temps après le trépas de sa sœur, nous avions la douleur d'apprendre la mort de Mlle Flore Chauveau.

A l'annonce de la mort de cette fille distinguée que j'avais eu l'honneur de connaître et dont j'appréciais hautement les talents et les vertus, je me permis, sous l'impression de la douleur que j'éprouvais, de griffonner à l'adresse de M. Chauveau quelques vers que je n'ai jamais osé lui faire parvenir.

Je les retrouve dans mes notes et je les lui offre aujourd'hui. Ils n'ont d'autre mérite que celui de l'improvisation et peut-être, après tout, seront-ils accueillis, s'il est vrai que Ton dit bien ce qui vient du cœur.

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Vous serez le génie et moi Ihumble poëte Que vos chants bien des fois sont venus consoler. Et si de vos succès j"ai su me faire fête, Je sais aussi pleurer.

Dieu veut que la pitié rapproche la distance. Et que l'on s'aime mieux dans les jours de malheur; Car l'amitié console et donne une espérance De retour au bonheur.

Je puis bien vous offrir toute ma sympathie ; Car lorsque vous pleurez, le pays est en deuil. Et celles dont l'amour vous fit aimer la vie Dorment en leur cârcueil.

La première partit emportant tout un monde De tendresse et d'espoir, aux bras de son époux. Le matin, vous aviez béni sa tête blonde Courbée à vos genoux.

Oh ! son dernier baiser, qui pourra vous le rendre ! Sur votre front pâli souvent il reviendra, Mais ce baiser d'enfant ? Mais ce regard si tendre ? Dieu seul vous le rendra.

Peut-être es]>ériez-vous un tout autre salaire Pour tous vos longs travaux, et ces nobles accens Qui montaient jusqu'au ciel, en s'élevant de terre Comme un céleste encens?

Peut-être disiez vous, vous contemplant vous-même. Seigneur n'ai je pas bien fait ma tâche ici-bas. Seigneur appelez-moi ! Grâce, pour ceux que j'aime. Sauvez-les du trépas.

Au commencent de l'année 1875, madame Chauveau mourut à Québec, et la veille du premier de l'an 1876, le couvent de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal comptait une tombe de plus: Mlle Elisa Chauveau, religieuse attachée à cette communauté, suivait à sept mois de prés, sa mère

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dans le cercueil. Elle fut inhumée la veille du premier de l'an 1876 : M. Chauveau se heurta contre deux tombes, celle de la mère et celle de l'enfant.

Cette jeune religieuse s'était fait remarquer par ses grandes vertus, et les supérieures de la communauté l'estimaeint comme on aime un enfant.

Mais la mort est venue, elle vient à toute heure, Et choisit parmi nous ce qu'on aime le mieux. Elle éteint le foyer, rend vide la demeure Pour mieux peupler les cieux 1

Mademoiselle Honorine Chauveau a épousé M. le Dr Vallée, professeur à l'Université Laval, à Québec.

Madame Chauveau et ses trois filles. Olympe, Flore et Henriette ont été inhumées dans la chapelle du couvent des Ursulines, à Québec.

Pierre et Alexandre Chauveau furent mes compagnons de classes chez les révérends Pères Jésuites à Montréal : M. Pierre Chauveau a été pendant quelques temps assistant-rédacteur Am Journal de V Instruetio7i Publique, tâche difficile, dont il a su très bien s'acquitler. Son frère, Alexandre, lui et moi, avons toujours été de bons amis ; aussi en écrivant leur nom il me fait plaisir de croire que je leur serre encore la main.

L'honorable M. Alexandre Chauveau, qui fut membre du cabinet Joly, est maintenant juge des sessions et magistrat de police, à Québec. Il a représenté le comté de Rimouski, à la Chambre Provinciale de Québec, et a abandonné la vie publique pour ne s'occuper que des devoirs de la position qu'il occupe maintenant.

Il est très f\cile de faire connaître ce que M. Chauveau vaut comme citoyen ; à Montréal comme à Québec on n'a eu qu'à mentionner son nom, et il était élu président de la Société St-Jean-Baptiste.

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M. Chauveau a trois filles inhumées aux Ursulines de Québec. Olympe, morte au moment du retour de M. Chauveau de Québec à Montréal ; madame Glendonwyen et sa sœur Flore. Il leur fit élever un monument où elles sont représentées sous les types allégoriques de la Foi, l'Espérance et la Charité.

En regard de ce monument, M. Chauveau fit placer une inscription à la mémoire de leur mère, avec une copie en basrelief de la Mater Dolorosa de Carlos Dolce, et cet exergue : " Quis est homo qui non fleret.^^

Un détail, en terminant, M. Chauveau eut pour compagnons d'études Sa Grandeur Mgr. Taschereau, Archevêque de Québec, et M. l'abbé Cyprien Tanguay. Ces trois mes sieurs firent leur première communion ensemble, à la cathédrale de Québec, le 26 avril 1831. Mgr. Jos. Signai, Evêque de Fussala, alors curé de Québec et coadjuteur de Mgr. Panet, officiait ce jour-là, et donna la communion à ces trois citoyens distingués.

M. Chauveau est un homme qui sait se rendre aimable, et si les sympathies de ses compatriotes et de ses amis peuvent apporter une compensation aux rudes chagrins qui sont venus l'accabler, il doit se dire qu'il n'est pas encore seul en ce inonde.

Charles Ouimet.

M. D. lîARRY, Président de la Société Saint- Patrice.

M. D. Barry, Président de la Société Saint Patrice de Montréal, est né en Irlande. Il vint dans ce pays avec ses ])arents alors qu'il était encore cnfiint. Il reçut son éducation au collège de Regiopolis, à Kingston, Ontario, où il fit de brillantes études, et il passa ensuite quelques années à l'Uni-

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versité Laval de Québec. Il a pris ses degrés dans la faculté de droit de l'Université McGill de Montréal, et a été reçu avocat en 1874.

Il est considéré, par ses confrères du barreau, comme un avocat habile et un plaideur éloquent. En politique, il appartient au parti libéral, et il est un des membres les plus distingués de la race irlandaise à Montréal. On le regarde comme le chef futur des Irlandais libéraux de Montréal.

Ses talents, son éloquence comme orateur, l'appellent à un avenir brillant et fructueux dans son pays d'adoption.

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