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ANNIVERSAIRE DU SACERDOCE DE PIE IX

LE 10 AvriL 1869.

Monseigneur, Mesdames et Messieurs,

Il y a dans le monde une ville plus célèbre, plus connue des pauvres et des ignorants qu'aucune autre ville, une ville qui, ainsi que Londres, étend son empire dans toutes les régions que le soleil éclaire de sa lumière, ani, encore plus que Paris, exerce une influence consta: ., indiscutable, universelle sur les idées, les opinions, les mœurs de tous les peuples, dont

le nom comme celui de Jérusalem qui lui fut autrefois soumise, est le cri de ralliement des nations, une ville où l’art, la science, les lettres, la philosophie, groupées autour de la religion, sont parvenues et se maintiennent à leur apogée, une ville que de toutes les parties du monde on vient vénérer comme un temple, admirer comme une merveille, étudier comme un livre ; cette ville, c’est Rome!

Il y a dans le monde un homme plus saint que tous les autres hommes, plus savant d’une science incontrovertible que toutes les académies et les universités, plus puissant que les plus grands monarques, plus habile dans sa piété et sa simplicité que les pius grands diplomates, plus aimé de ses innombrables sujets que le plus sage et le plus populaire des souverains, un homme qui, pauvre, n’a qu’à parler pour voir affluer des subsides de toutes les parties du monde, qui, faible, n’a qu’à pousser un cri de détresse pour que des légions inconnues viennent des contrées les plus lointaines se ranger autour de lui, qui, vieillard, a tout l’enthousiasme, toute l’ardeur, toute la vigueur, tout l’indomptable courage de la jeunesse, un homme enfin que l’on chérit, que l’on vénère, que l’on prie

même, comme si déjà il était au ciel ; cet homme, c’est le Pape !

Rome, la plus grande chose, Pie IX la plus grande existence ; Rome, le centre de vos pensées religieuses, Pie IX, le centre de vos affections ; Rome et le pape, objets de vetre vénération, de votre amour, de vos craintes et de vos espérances, voilà les deux sujets que, dans cette fête religieuse, artistique et littéraire, je suis appelé à traiter ce soir.

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Il n’est pas bien éloigné de nous le temps où un voyage à Rome était une entreprise peu ordinaire pour un Canadien, où ceux qui s'étaient prosternés aux pieds du souverain pontife se comptaient facilement ; il en est tout autrement aujourd’hui ; mais si les évêques, les prêtres, les laïques du Canada vont en grand nombre visiter la ville éternelle, si le séminaire français compte toujours quelques Canadiens au nombre de ses pensionnaires, si tout près de deux cent cinquante de nos compatriotes montent la garde autour du Vatican, le privilége d’avoir vu Rome et le pape, pour être moins rare, n’en est pas moins précieux.

Quelques souvenirs personnels offerts en toute humilité à ceux qui ayant vu les mêmes chosés sauraient sans doute mieux les raconter, offerts comme avantgoût à tous ceux qui, parmi vous, se proposent de faire le même voyage, trouveront leur place dans ce court entretien, j'allais dire dans cette causerie de famille, puisque grâce, M. le Recteur, à une marque récente de votre bienveillance dont je ne saurais trop vous remercier, vous et vos collègues, je me trouve être de la maison, de la nouvelle maison de l’Université, comme j'étais autrefois, à titre d'élève, de l’ancienne maison du Séminaire.

C'était le quatre janvier, il y a deux ans ; nous traversions la campagne romaine par un grand froid, transis et fatigués d’une course en chemin de fer à travers toute l'Italie, depuis Gênes en passant par Bologne et Florence, sans compter que nous venions de Londres et ne nous étions arrêtés que huit heures à Paris, et cependant, mon compagnon de voyage et

moi, nous faisions violence à notre lassitude pour chercher, à travers les horizons si monotones de la route, un objet que tout voyageur (je devrais dire tout pélerin, s’il pouvait y avoir des pélerins à la remorque d’une locomotive) que tout voyageur découvre avec un indicible bonheur. Tout à coup,entre deux monticules couvert, de ruinés et de pins-parasols, l’objet tant désiré se laissa voir une seconde à peine et disparut. « Le voici, m'écriai-je, le voici! » Mon compagnon, moins heureux que moi, se précipita trop tard pour jouir de cette première apparition. Quelques instants encore et la vision reparaissait et nous pûmes tous deux distinguer pendant quelques secondes ce magnifique dôme de Saint-Pierre, le centre du monde catholique.

Une troisième apparition ne fut guère d’une plus longue durée et nous reprîimes notre course à travers le plus morne des paysages pour arriver bientôt aux portes de la Ville-Eternelle.

L’avouerai - je ?”ces moments sont de ceux pendant lesquels le cœur bat avec une force peu commune ; une plus longue intimité avec les grandes choses vous laisse plus calme et plus paisible ; mais ces premières émotions ne s’oublient jamais, parce qu'elles ne se renouvellent guère avec la même intensité.

A peine installés à l'Hôtel de Rome, sur le Corso, nous parcourions les rues sombres, les petits carrefours, les places si peu vastes, mais si riches en monuments, pour nous rendre au séminaire français où nous devions trouver des compatriotes. Une colonne isolée se dresse devant nous : la colonne Trajane, dis-je tout fier de mon érudition. Pardon, la colonne Antonine, reprend notre cocher plus savant

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