‹ Noces d'or de Pie IX [microforme]Chapitre 2 sur 4 · D MR ES: RE · texte numérisé non relu

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que moi. Un peu plus loin, un monument imposant nous écrase presque de sa grandeur, se découvrant inopinément au détour d’une de ces rues étroites et tortueuses que l’on ne trouve que sur le continent de l’Europe et à Québec ; nous allions le nommer, certains celte fois de ne pas nous tromper, quand notre cocher, rejetant fièrement le pan de son manteau sur son épaule, s’écrie de sa voix la plus solennelle : Z{ Pantéone ! Toi l’on se drape, observa spirituellement mon compagnon. Nous venions de faire connaissance avec Rome ancienne avec non moins d'émotion, que notre premier coup d’œil sur le dôme de Saint-Pierre, nous avait fait faire connaissance avec la Rome papale. Le lendemain, de bonne heure, nous prenions notre course à travers les monuments de la grande métropole et le soir, épuisés de fatigue, nous trouvions encore le courage de parcourir les rues et les places publiques où se donnait le plus singulier spectacle. C'était la veille de lEpiphanie et l’on faisait, ce qu’on appelle à Rome l’Æpiphane, une fête populaire où l’on siffle Hérode, ce cruel monarque si bien joué par les mages, si bien déçu dans ses coupables espérances. C’est une sorte de foire très-gaie, très-bruyante qui se tient sur les places publiques, dans les rues, où de petites baraques pauvrement illuminées retrécissent le passage déjà trop étroit, et qu’encombre une foule de femmes, d’enfants, d’étudiants, d’abbés, de zouaves, de gendarmes pontificaux. Il y a là un tapage assourdissant, un concert des plus charivariques de sifflets, de mirlitons, de crécelles et de toutce qui tombe sous la main. Des hommes graves en apparence se mêlent à cette foule et

sifflent gravement pour leur compte ce pauvre Hérode, que l’on finit par prendre en pitié, sans doute, parce qu’associé au châtiment on a pitié de ses propres oreilles. Nous étions couchés dans notre hôtel, et tard encore dans la nuit nous entendions des cris aigus, des voix nazillardes qui chantaient je ne sais quels refrains de circonstance, et que dominaient, il est vrai, de temps à autre, un superbe ténor ou un baryton de première force chantant en rentrant chez lui un passage de la Norma ou du Trovatore.

Hérode, que me veux-" : : iù: disais-je à moi-même, chaque fois que dansmun. meil très-légitime j'étais dérangé par ces bruits »” sistants; et cela avec d'autant »lus de raison ‘il nous fallait être sur pied de grand matin pour entendre la messe à la chapelle sixtine, où nous devions nous trouver selon l'étiquette co! abito nero, cravatta bianca, e scarpa… à six heures !

Quinze jours à Rome, que c’est court et cependant que ce serait long à raconter |

Que desiècles se déroulent à nos yeux ! quel étonnant passé, quel présent plus étonnant peut-être à bien des égards ! Quel avenir écrit d'avance au livre des prophéties et qui se déroule imperturbablement aux yeux de la foi comme à ceux du scepticisme, au milieu des agitations, des doutes et du blasphème d’un côté ; au milieu, de la confiance, de l’espoir, et de la prière, de l’autre ! Quels singuliers contrastes ! les obélisques de l'Egypte, enlevés de leur demeure séculaire, transportés sur les bords du Tibre et dominés par la croix ! le Panthéon, le temple de tous les dieux, consacré à tous

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