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temps, toute la résignation de l'église militante qui se résumaient dans cette voix jeuneencore, malgré les années, et vibrante malgré la fatigue et l'émotion. Une seconde fois, il me fut donné de voir, et de plus près celui qui, s’il n’était point, par ses augustes fonctions, le premier personnage, serait encore, pa son caractère etson histoire, l'homme le plus remarquable de son siècle. Mon compagnon de voyage et moi nous avions obtenu une audience particulière : une longue
attente dans ces vastes appartements du Vatican, au
milieu de cette foule d'officiers du palais, de prélats, de gardes, d'étrangers qui, comme nous, attendaient que leur tour fût venu, ne nous avait guère préparé à la simplicité de lachambre où se tient le saint Père et à l’accueil si paternel et si bienveillant qu’il nous fit et qui a laissé dans nos âmes un souvenir ineffaçable.
Mais, malgré cette bonté, il y a dans la calme majesté de Pie IX, dans l’idée qui s’empare de vous, que vous êtes en présence de ce qu'il y a de plus auguste sur la terre, une telle grandeur que vous êtes confus et comme atterré par tant de bienveillance.
Tout chez lui dénotait une grande lassitude physique, domptée par un grand courage moral. Il nous parla avec bonté du Canada, écouta de même ce qui avait rapport à notre pays, et tandis que mon compagnon lui parlait, je pus observer sans inconvenance, les lignes si pures et si fines de sa physionomie dont les médailles beaucoup plus que les photographies et les gravures donnent une idée assez correcte. C'était peu de temps après le départ de Rome de la malheureuse Impératrice Charlotte et le Saint-Père était encore sous l'impression des scènes
qui avaient g'raalé au Vatican la démence de cette souveraine, dont l'intelligence succomba sous les anxiétés et les malheurs de sa position. « J’ai vu de suite, nous dit le Souverain Pontife, quel serait le sort de Maximilien. Dans une de ses premières visites, il m'annonça qu’il allait reconnaître le roi d'Italie. — Pourquoi, mon fils? Quel intérêt imaginable avezvous dans cette affaire, quels rapports a le Mexique avec l'Italie ? — J'ai promis, me dit-il. — Je compris qu’il ne serait qu’un instrument; il a voulu sacrifier la religion à la politique et cela ne réussit jamais, même en ce monde.» Cette prédiction ne tarda guère à s’accomplir complètement, et le ton de tristesse et de certitude profonde avec lequel furent prononcées ces paroles me frappa encore plus vivement quand j'appris la terrible catastraphe de l’Empire mexicain.
Je vis encore une fois Pie !X, et, cette fois, c'était dans tout l'éclat de sa majesté : c’était le jour de la fête de la chaire de Saint-Pierre. Une seule chose me parut nuire à la grandeur du spectacle : les décorations dont on avait orné la basilique qui semble n’avoir pas besoin de ces tentures et de ces draperies ; mais ce léger défaut disparut bien vite dans la pompe de la cérémonie, et surtout dans l’intérêt qu’inspirait à tous le principal personnage. Rien au monde n’est si imposant que la marche du cortége composé des évêques et des cardinaux, lorsqu'il s’avance dans le temple immense au milieu de la garde romaine et de la garde noble, qui manœuvrent dans ce gigantesque édifice comme sur un champ de parade. Cet ancien usage oriental qui fut aussi celui des grands et des sénateurs de Rome ancienne, de la sedes gestatoria, a dans ce
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moment une majesté difficile à décrire. Lentement, lentement s’avance l’augnste procession au milieu des chants, de la musique et des saluts militaires de la garde, et la foule, une foule d'élite de toutes les nations, s’agenouille pieusement pour recevoir la bénédiction du saint vieillard, dont la figure est vraiment imposante et fait l’effet d’une apparition céleste, Après la messe, Pie IX s’agenouilla dans une longue méditation, tourné du côté du peuple en face du baldaquin de la confession des SS. Agôtres. Une tristesse mortelle semblait alors empreinte sur- ses traits et i! paraissait tellement absorbé, que le monde extérieur et cette foule de regards portés sur lui semblaient ne pas exister.
Son attitude et son expression avaient une frappante ressemblance avec celles de la statue de Pie VI, agenouillée sur le tombeau, sous le baldaquin tout près de lui. L’avant-veille, un zouave avait été assassiné d’un coup de stylet, le pape priait-il pour le défenseur qu'il venait de perdre, victime d’une lâche trahison ? Certainement, quelque chose de mystérieux se passait entre le ciel et la terre ; l’air inspiré avec lequel il se releva de sa longue extase saisit tous les assistants, et fut ce jour-là le sujet de toutes les conversations ; car c'est jour par jour que l’on suit à Rome jusqu’aux moindres actions du pape et que l’on en tire toutes sortes de présages et de suppositions.
Peu de Souverains Pontifes ont joui de l'immense popularité qui s’attache à Pie IX : ses généreux efforts pour libéraliser la constitution de son royaume dans les premières années de son pontificat, ses malheurs,
l’'ingratitude dont fut payée sa bienveillance, son retour triomphant dans ses états, la noble croisade que le monde catholique a entreprise en sa faveur, les dangers continuels auxquels il se trouve exposé, les conséquences désastreuses pour toute l’Europe qu'auraient la spoliation complète et définitive du patrimoine de l'Eglise et la chute du pouvoir temporel, les merveilleux secours que la providence lui a tant de fois accordés, sa sainteté, sa douceur, l’imperturbable confiance avec laquelle il s'occupe des besoins du monde catholique, # réformes administratives pour ce petit coin de terre que les révolutions lui ont laissé, de beaux-arts, de science, d'instruction publique, formant et exécutant toujours quelque nouveau projet comme si l’ennemi n'était pas à ses portes, comme si le sol n’était point miné sous ses pas, disposant de l’avenir comme s’il était bien à lui, malgré toutes les prévisicns de la sagesse humaine ; tout cela forme autour de son nom ct de sa personne une auréole toute particulière et comme indépendante de celle que le rang suprême, auquel il est élevé, lui décerne d’ailleurs. | Son existence est remplie de cet intérêt intime qui est une des passions de notre siècle. Le jeune écolier du collége de Volterra, dont les talents et la physionomie attirèrent l’attention marquée d’un inspecteur de l’Université impériale, le jeune soldat de la garde recrutée en Italie par Napoléon 1er, le comte Mastaï Ferretti, officier d’un régiment autrichien, puis de la garde noble de Pie VIT, le jeune abbé romain se distinguant par sa piété et son amour des pauvres, le directeur et pour bien dire le fondateur d’un humble or-
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phelinat en société avec un ouvrier-macon, le missionnaire du Chili, sauvé d'une tempête par un pêcheur qui, devenu riche aujourd'hui, grâce en partie aux libéralités de Pie IX, a bâti sur la côte une chapelle commémorative de l’évènement, le prêtre directeur de l’hospice Saint-Michel, si remarquable par son zèle et les inventions de sa charité, l’archevêque de Spolète et d’Imola, si aimé du peuple qu’il aimait, acclamé par ces populations, uniquement à raison de sa charité, de sa piété, de sa figure angélique, comme le futur pape lorsqu'il se rendait au conclave, toutes ces phases diverses de l’existence de Pie IX sont une belle introduction à l'éclatant pontificat dont les péripéties ont remué les passions de l'univers. C’est une chaste et suave figure une carrière bénie dès le principe, à laquelle les épreuves d'aucune espèce n’ont manqué, pas même celles du monde et de la vie orageuse des camps. Toutes les espèces de dévouement lui éteient déjà familières, celui du soldat et du missionnaire celui du prêtre obscur et du héros de la charité, comme St. Vincent de Paul, avant qu’il ne donnât l’exemple du dévouement du souverain et de l’homme politique, essayant des réformes inouïes à Rome et que Rome ne sut ni mériter ni apprécier, et prenaut noblement le chemin de lexil, plutôt que de pousser plus loin es concessions qu'il avait cru devoir faire à l'esprit du siècle. Intrépida envers les ennemis de Rome et de l'Italie, il le fui également envers ceux de la société let d2 la religion ; si l’Autriche trouva chez lui une barri re insurmontable à son ambition, la Russie un ardent et ferme ami de la malheureuse Pologne; la Grande-Bretagne dc ,n partie à son autorité, à ses
sages conseils de pouvoir aujourd’hui redresser pacifiquement les torts et les griefs de l’Irlande. Il a prouvé partout que la douceur n’exclut point la fermeté et le courage, que l’enthousiasme et les sentiments généreux peuvent s’allier à la prudence et à la modération. Quel souverain a jamais traversé aussi heureusement et aussi glorieusement de plus grands dangers. Quel est celui d’entre eux qui, ramené dans sa capitale par une armée étrangère, y fut jamais accueilli comme Pie IX ? Le véritable peuple romain chérit le Souverain Pontife ; c’est en son nom que l’on a entraîné ce peuple dans la révolution, et c’est à l’aide de bandits accourus de toutes les parties de l’Europe qu’on l’y aretenu. Rien de plus naïf, de plus touchant, de plus spontané, queles manifestations des romains en faveur de leur souverain : et ce n’est point non plus cette masse ignorante, abrutie, appauvrie que l’on se plaît à dépeindre comme incapable de juger et de comprendre ; c’est un peuple intelligent, ayant le sentiment des arts, et plus de connaissances peut-être, à conditions égales, que beaucoup d’autres populations vantées pour leurs progrès et leur instruction. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter les nombreuseécoles publiques de Rome, dirigées un grand nombre d’entre elles par des laïques, et les écoles industrielles du soir où des ecclésiastiques et des laïques distin gués enseignent gratuitement aux enfants et aux
adultes pauvres. nee .
Mais de toutes les couronnes qui ceignent la tête du
Souverain Pontife, de toutes les gloires de son règne, Ja plus brillante, c’est celle qui résulte de ces manifestations de la foi catholique, de ces imposantes réunions
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qu’au miileu des plus grands dangers, il a su convoquer, donnant, en face des progrès alarmants du scepticisme, des spectacles dignes de l'Eglise primitive, et faisant dominer etrayonner plus que jamais, audessus d’un monde pénétré et absorbé par les intérêts matériels, l'idée religieuse.
C'est la gloire de notre époque d’avoir supprimé les distances, d’avoir uni les peuples par les liens du commerce et de l’industrie, et c’est sa prétention de faire du monde entier une seule nation, de tous les peuples, un seul peuple.
Chaque grande cité essaie à se faire tour à tour le centre du monde, de ce monde nouveau ; tantôt c’est Londres, tantôt c’est Paris, tantôt, c’est Dublin, tantôt c’est New York, qui convoque chez elle le genre humain pour l'énivrer de sa propre gloire, pour l’éblouir par les féeries de l’art moderne, pour réunir,, en un seul et vaste local, les échantillons du savoirfaire universel lans ses plus sublimes conceptions, comme dans ses plus humbles et ses plus vulgaires applications.
Grand est le spectacle qu’offrent ces immenses concours, prodigieuse est sans doute l'impulsion qu'ils donnent au développement des ressources naturelles, aux sciences appliquées aux arts, à l’économie politique, voir même à ce que l’on est convenu d’appeler la science sociale ; mais autant le dôme de Saint-Pierre s'élève au-dessus de tous les autres monuments de l'Europe, autant, oserai-je dire, le ciel est élevé au, dessus de la terre, autant ces grandes assises de la chrétienté que Pie IX a déjà plusieurs fois convoquées dans la ville éternelle, sont au-dessus de tous
les congrès scientifiques et de toutes les expositions universelles.
Là au milieu de la plus belle exposition des arts qu'il y ait dans le monde, exposition permanente, dont les commencements remontent au beaux jours de la Grèce et de Rome ancienne, et qui va s’enrichissant chaque jour des chefs-d’œuvre de toutes les époques, au milieu des plus beaux souvenirs de l’histoire, se réunissent les pasteurs des peuples, des vieillards venant rendre hommage à un autre vieillard, des hommes que leurs lumières et leurs vertus seules ont élevés au dessus des autres hommes, et tandis que grondent au dehors le torrent des révolutions, le tonnerre des combats que toute la fraternité des nations n’a encore pu faire taire, que les découvertes de la science n’ont rendu que plus foudroyant, du milieu de la sainte assemblée s’élève une voix calme et douce mais qui cependant se fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre.
Elle se fait écouter des pauvres et des ignorants, plus encore que des riches et des savants ; l'écho de cette voix pénètre dans la hutte du sauvage comme dans les plus illustres académies, elle traverse les mers et franchit les montagnes, elle est ou acclamée par de sympathiques adhésions, ou repoussée par d’outrageantes récriminations ; mais elle ne trouve nulle part l'indifférence ou l'oubli. Tantôt elle rend hommage à une pieuse croyance de l’église universelle et en fait un dogme, tantôt elle annonce au monde que des hommes ignorés des autres hommes, qui ont fait une chose bien simple, chose que font rarement les utopistes et les philosophes, qui ont scellé de leur
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Profitant des moyens rapides de communication et de publicité qu’otfre notre époque, Pie IX a rendu plus fréquentes ces solennités et il va les couronner par un concile général qui sera la grande œuvre de son pontificat, le grand évènement de notre siècle. Ces progrès matériels qu'on aurait tort de dédaigner, se trouvent ainsi au service de l’idée religieuse, qui cependant les avait devancés et avait créé dès le principe la solidarité, l’unité, la fraternité des hommes dans sa plus belle et sa plus large acception. Longtemps, bien longtemps avant que Guttemberg eut imprimé la première bible, ses missionnaires portaient le livre divin qu’ils savaient par cœur, chez toutes les nations, longtemps avant que la vapeur et l'électricité eussent supprimé les distances, une chaîne pour bien die électrique aux anneaux multipliés à l'infini, tenait et tient encore les âmes et les cœurs suspendus aux lèvres du pontife romain ; il suffit de voir la prodigieuse unanimité des sentiments qui se portent sur ce grand centre, la force des idées qui en rayonnent, la puissance avec laquelle elles domptent tant d'intérêts et tant de passions diverses pour sentir que là est la Justice, là est la vérité.
Dans cette prochaine réunion, des nations nouvelles, inconnues aux anciens conciles, toute une génération de peuples chrétiens, se présentera pour la première fois. Parmi ceux là les descendants de quelques milliers d'hommes que la France avait oubliés à l'extrémité de l’Amérique seront représentés par un bon nombre d’évêques et de prêtres, de même
qu’ils le sont actuellement par un contingent considérable dans l’armée pontificale.
Cette manifestation par laquelle nous prendrons un rang parmi les nationalités catholiques sera peut-être une des plus éclatantes révélations de la nouvelle puissance qui se forme à l'extrémité nord de l'Amérique.
Déjà nous avons pris place aux banquetsde la science et de l’industrie sur les rives de la Tamise, et sur celles de la Seine ; nous prendrons place aux agapes de la chrétienté sur les bords du Tibre ; déjà nous avons fait voir à notre ancienne mère-patrie et à notre métropole actuelle que nous n’étions indignes ni de Fune ni de l’autre ; nous montrerons maintenant à la métropole du monde catholique que le sang répandu par les premiers missionnaires et les premiers soldats de la France sur la terre du Canada, comme celui des martyrs du Colisée, a été lui aussi une féconde semence, que les Français et les Irlanda:s d'Amérique sont, comme ceux d'Europe, les fils de l’Eglise ; et nous ajouterons une preuve de plus à cette invincible démonstration du christianisme qui se fait par le témoignage des rations.
Heureux seront ceux qui pourront être présents à cette imposante réunion, car ils y trouveront des
compatriotes et des amis ! Pour des Canadiens, se.
rencontrer à Rome, c’est se rencontrer dans une autre patrie: j'en juge par l’émotion que j'éprouvai moi-même en retrouvant, au château Saint-Ange, un
* des anciens officiers du département de l'instruction
publique, M. Murray, qui s’est si noblement distingué à Mentana ; j'en juge par l'intérêt qu’excitent chez tous nos voyageurs canadiens,nos jeunes zouaves qui font
ent con-
drons un peut-être elle puismérique.
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tant d'honneur à la religion, à la patrie, qui portent si loin, si glorieusement le nom si cher de notre jeune pays, de notre Canada ! Jamais ce nom n’aura été mieux glorifié. Jamais il ne sera mieux connu que par les actes spontanés d’un dévouement commun à nous tous, dans la mesure de nos forces et des circonstances, et dont vous donnez, messieurs, dans
ce moment, une preuve qui, elle non plus, ne sera pas oubliée.