‹ Noces de diamant, Séminaire de Joliette, 1846-1910 [microforme]Chapitre 3 sur 80 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

| Fondatior “et Développement.

L'honorable Barthélemy Joliette (1 789-1850) en bon chrétien et en patriote ardent et éclairé, alluma jadis à Joliette deux foyers lumineux, où la religion s’alimente, et où se renouvelle sans cesse la vie patriotique et scientifique. Fondateur, en 1823, du village de l'Industrie devenue Joliette en 1864, il éleva d’abord, en 1843, l'église paroissiale mise par MEr Ignace Bourget, évêque de Montréal, sous la vocable de saint Charles-Borromée, patron de Mme B. Joliette, née Marie-Charlotte Tarieu de Lanaudière, Le mariage de M. Joliette avec Mie de Lanaudière lui apportait en dot une partie de la seigneurie de Lavaltrie et particulièrement cette zône qu’on vient d'ouvrir à la colonisation.

Mais à l’origine de tout établissement, il y a ce qu'on appelle les Chantiers. “ Pour égayer nos esprits ” comme dit le bon La Fontaine, citons en commençant le vif tableaw par lequel M. l’abbé Joseph Bonin (ancien curé de Saint- Charles de Montréal) dans sa Biographie de l'hon. B. Joliette, peint le premier défrichement de l’/ ndustrie sur les bords de l’Assomption : “Voici ces hommes qui s'avancent, le sac au dos, la hache à l'épaule ; ils ne viennent pas précisément savourer le parfum des brises, ni écouter les voix harmonieuses des musiciens des bois. Voyez-les pleins de gaieté et de courage, marchant d’un pas rapide, écartant les broussailles qui obstruent l’étroit sentier de la forêt, tout en faisant retentir les échos du refrain populaire :

En roulant ma boule.

Derrière chez nous y-a-t-un étang, En roulant ma boule !

M. Joliette est à Jeur tête et son coeur bondit de joie dans sa poitrine. A un signal donné, la caravane s'arrête à la tête des rapides situés au-dessus de la ville. C'est ici qu'il faut abattre l’épaisse forêt, déblayer un terrain spa- Cieux pour y asseoir sur les bords de la rivière, un splendide moulin en pierre à deux étages, dé cent pieds de longueur sur une largeur de Cinquante, (Çà‘et là, dominant avec mMajesté le faite des bois, apparaissaient par groupes les pins géants ; voilà les ennemis auxquels il faut s'attaquer : voyezles, ils ont quatre. cinq et six pieds de diamètre. Ce sont ces goliaths de l'armée forestière qu’il faut renverser, ter- Tasser et dépouiller”.

Plus tard c’est le départ pour le chantier ; M. Bonin le raconte ainsi d’une façon fort plaisante : “ Soudain la voix redoutée du foreman se fait entendre : Vite ! vite Pierrot ! Dépéche-toi Baptiste ! Bientôt Ja Caravane, composée

flancs sont labourés. De tous côtés s’échappent des éclats

de rire qu’accompagnent les joyeux refrains de la chanson des voyageurs :

Dans les chantiers nous hivernerons, Dans les chantiers nous hivernerons, A Bytown, c'est une belle place Mais ilya beaucoup de crasse :

Il y a de bons garçons

Mais aussi des Dolissons !

Berthier.

Malgré l'intérêt qui s’attache au récit de ces conquêtes, Tévenons à notre sujet.

RE

Mais le plan de M. Joliette n'était encore qu'à moitié réalisé : la religion avait son Sanctuaire, et non pas la science. Il fit donc bâtir, en 1845, un collège en pierre de 80 par 40 pieds, à deux étages, et aussitôt il demande à l’évêque de Montréal, son ami, d’en confier la direction à une communauté religieuse pour assurer la durabilité de son oeuvre.

La bénédiction du nouvel édifice eut lieu le 22 septembre 1846. M£r Jean-Charles Prince, évêque de Martyropolis, coadjuteur de Montréal, qui présidait la cérémonie, finit son discours par ces paroles vraiment prophétiques et qui brillent en tête des annales du Séminaire : “En quittant ce collège, j’emporte dans mon coeur la douce pensée qu’il ne cessera pas de prospérer et qu'il deviendra plus tard une des plus florissantes maisons de cette province.”

En attendant la communauté religieuse qu’il devait aller chercher en France, Mer Bourget plaça dans le collège naissant, trois séminaristes à la tête desquels se trouvait M, l'abbé Zéphirin Resther, diacre, qui fut ordonné à l'Industrie, le 19 décembre 1846, par M£r Rémi Gaulin, évêque de Kingsston et curé de l’Assomption. Ce jeune prêtre, devenu plus tard le P. Resther, des Jésuites, est resté célèbre par ses prédications sur la colonisation et par son originalité. Les deux autres, sous-diacres à ce moment-là, sont aussi bien connus : M. Norbert Barrette (protégé de M. Joliette), ancien préfet des Etudes, puis supérieur au Collège de l’Assomption, chanté sous tous les'tons par le Père Lacasse, des Oblats et M. Joseph Dequoy, décédé à la cure de Contrecoeur, excellent caractère, coeur d'or, mais “prompt comme la poudre”. Avec eux se trouvait un M. Smith, américain protestant, qui fut baptisé à la fin de mars 1847, et prit la soutane dans les premiers jours de mai.

“M. Joliette eut la gloire—<écrivait le regretté Père Beaudry, des Viateurs,—de fonder une maison d'éducation

Sur un système jusque-là inconnu au Canada, c’est-à-dire un Cours classique et commercial combinés.”

Quarante-quatre écoliers vinrent, dès la première année, se mettre sous la direction de l'abbé Resther et de ses collègues.

M. Georges Leprohon présent à nos fêtes, est l’un des rares survivants des élèves du premier cours de notre cher collège. Je pourrais encore citer M. l'abbé Moïse Lavallée qui vient de célébrer son jubilé d’or sacerdotal à Montréal, le Frère P. Thériault, c.s.v., MM. J-H. Forget et Ernest Thérien, de Montréal, Ls. Marcil, de Longueuil, Edmond et Sévère Voyer, de Saginaw (Mich.).

Entre temps, l'apu:tc ique évêque de Montréal, parcourait la France, pour y trouver des communautés enseignantes dont le besoin se faisait vivement sentir à cette époque. Le coup de filet fut merveilleux, car, l’année suivante, au mois de mai, Sa Grandeur arrivait d'Europe avec des religieux et religieuses de Sainte-Croix et trois Cleics de Saint-Viateur : les Frères Champagneur, Fayard et Chrétien. L’évêque de Montréal était allé à Vourles, près de Lyon, chez les Clercs de Saint-Viateur, fondés en 1828 par l’abbé Jean-Louis-Marie- Joseph Querbes, (1793-1850), curé de cette paroisse. Dans une conférence aux religieux, sur le Canada et ses missions, Sa Grandeur s’écria : “Qui d’entre vous veut venir au Canada ?” Et tous de se lever, moins un. L'évêque s’approche de cet humble religieux, lui parle et finalement lui dit : “C’est vous qui viendrez et serez le supérieur.” —“ Dieu le veut, je partirai,” répondit le Frère Champagneur. C'était en effet le futur provincial du Canada. Les trois religieux partirent bientôt pour l’Industrie ; et dès l'automne de 1847, ils prirent la direction du collège encore confié à leur sollicitude, Mais déjà ils avaient ouvert un noviciat le 31 juillet dans un petit apparte-

ment du vieux collège, nommé plus tard la Sainte-Chambre où sept novices réunis forment le novau de la branche canadienne des Clercs de Saint-Viateur. Seul de tous, le T. R. P. Lajoie, supérieur général, survit et c'est à lui que je vais passer ma plume pour nous raconter d’une façon absolument exacte cette épisode des origines de la Communauté en Canada : “En 1847, fin de mai, ME Bourget arrivant d'Europe amenait avec lai des religieux de Sainte-Croix et de Saint-Viateur. Quatre jeunes gens, dont le jeune Louis Vadeboncoeur, quittèrent Chambly pour suivre le Noviciat qui s'ouvrit le 31 juillet 1847. Deux autres, l’un de Saint-Thomas et l’autre de l'Industrie, portèrent à six le nombre des futurs novices. C’est alors que, quittant mon professorat à Sainte-Elisabeth, j'allai les rejoindre et ainsi je portai leur nc nbre à sept... Avec les trois religieux ré-. cemment arrivés de France : FF. Etienne Champagneur, supérieur, Augustin Fayard et Louis Chrétien, ses coadjuteurs, nous étions neuf. Dans le cours de la retraite qui suivit immédiatement l’ouverture du Noviciat et qui nous fut donnée par le vénéré Père Tellier, S.J., arrivèrent deux nouvelles recrues, les PP. Thibodier et Lahaie, venant de Saint-Louis, Etats-Unis, où le Très R. P. Querbes 1.5 avait envoyés avec un autre confrère, quelques années auparavant. Ils n'étaient pas prêtres alors. Leur missior ayant échoué à la suite de la mort de l’évêque (ME Jos. Rosati) qui patronait l'oeuvre naissante, et peut-être davantage par manque de vocations, ils vinrent providentiellement rejoindre leurs confrères du Canada: Je constate avec étonnement, continue l’illustre vieillard (dans sa lettre à A.-C.D.), et avec un douloureux souvenir que je suis aujourd’hui Île seul survivant de tous ceux qui ont pris une part quelconque à cette fondation, il y a soixante-quatre ans. Priez pour moi, je les suivrai probablement bientôt.”

de à vu que, dans le champ du divin Agriculteur, toutes les Moissons commencent Par des grains de sénevé, dont la nature est de languir avant de se développer, de fleurir ensuite

veS ; le personnel primitif s’est tout simplement multiplié

‘Cüplée.

Si je rappelle, d’après l’ordo de 1894-1895, que la première cour était restreinte à la façade du vieux collège de M. Joliette, je vois qu'ici, ce n’est plus la multiplication par dix qu'il faut employer pour parler de la cour actuelle, mais ‘celle de vingt.

Aux deux fondateurs déjà nommés, 1 convient d’en joindre un troisième qu'on peut appeler vraiment “le Père’”’ ‘du collège Joliette. Je veux parler du R. P. Cyrille Beau- “dry, des Clercs de Saint-Viateur.—M, Joliette, Mer Bourget et le Père Beaudry, voilà bien les trois hommes à qui le collège doit sa naissance, son développement et son plein ‘épanouissement.

C’est donc avec raison et infiniment d'à propos que M. J. À. Guibault, maire de Joliette, a pu dire dans son adress + be bienvenue, aux fêtes du Jubilé : “L'oeuvre créée par Barthélémy Joliette, bénie par le saint évêque Bourget, poursui- Vie avec un zèle et un dévouement admirables par l’Institut

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Mgr J.-A, ARCHAMBEAULT, Evêque de Joliette,

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des Clercs de Saint-Viateur, se manifeste en ce jour dans tout son épanouissement et toute sa splendeur.”

Joliette et son collège ont eu la même fortune, comme la même origine ; ils ont grandi ensemble. L'Industrie eut un collège plus modeste : Joliette eut une institution plus spacieuse, mais il était réservé à la ville épiscopale et grâce à son premier évêque, Mer J-A. Archambeault, de posséder un séminaire, qui, vraiment, lui fait grand honneur, ainsi qu'aux Clercs de Saint-Viateur et à-tous les membres de la famille Joliettaine.

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