‹ Noces de diamant, Séminaire de Joliette, 1846-1910 [microforme]Chapitre 55 sur 80 · CHAPITRE VIII Campaÿne · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Campaÿne

Il était neuf heures, et le programme du jour portait encore ces mots magiques pour tout écolier : Campagne générale, c’est-à-dire promenade de tous les élèves à travers les rues de la ville illuminée. Ce fut l'évocation des campagnes d'autrefois, avec, pourtant, quelque variantes.

Qu'on me permette d'ouvrir la soupape de ma mémoire où s’agitent tant de souvenirs de collège, pour en rappeler quelques uns qui trouvent à se caser ici.

Trahit quemque sua voluptas, “Chacun a son penchant qui l’entraîne”, disait Virgile. De cette fête, les uns ont préféré la séance des discours, les autres ont mieux goûté le chant et la musique ; ceux-ci, la majesté des cérémonies pontificales, ceux-là, les agréments du “ternps libre” ; d’autres ont mieux savouré le banquet. Mais beaucoup—qui pourrait leur jeter la pierre ?—se sont laissés prendre à l'attrait de la “campagne générale” où, comme le disait si bien le P. Peemans, “Jadis revivait bien tout entier ; où l'antique fun reparaissait avec ses folâtres soubresauts, ses éclats de rire stridents, ses énergiques bousculades, son animation délirante, sa gaieté sans frein ni mesure.”

Mais jadis, elles n'avaient lieu qu’en plein jour, au moment où le soleil brille ; ce soir-là, c’est encore le jour, mais un jour factice, si lumineux soit-il, car

Voici l’heureuse nuit qui précède la fête, Par des feux redoublés, elle imite le jour.

Campagne générale ! chante une voix de stentor. Campagne ! Campagne ! répètent quinze cents voix.

C’est un brouhaha indéscriptible, une: vraie tour de Babel. Chacun cherche son homme. Enfin, les deux rangs se forment. Mais de l'ordre, point dutout. Les grands prennent les devants, les moyens sont derrière, et les petits sont semés partout. Une véritable décadence de l'art ! On nôus assure qu’un habile maître de salle d'autrefois à cru-en ‘contracter une maladie. Mais le plus dif ficile, et même le plus mauvais, n’eut pas de peine à rengainer son humeur bilieuse. Et dans ce beau désordre qui n'était pas un effet de l’art, la foule des vieux et des jeunes parcourt les rues Saint-Charles Borromée, de Lanaudière, Saint-Paul, Notre- Dame, Place Lavaltrie, Sainte-Angélique, Manseau, Sainte- Anne, Saint-Louis, Terrain du Noviciat des C.S.V. et Saint- Charles Borromée jusqu'au Séminaire, +.

” Les autorités du Séminaire avaient lancé en avant une équipe de jeunes cavaliers, puis la fanfare, suivie des éléves actuels, des anciens, pèle-mèle, et des carosses à l'usage des évêques, des invités spéciaux et des vieillards. |

L’'illumination est inec: aparable, éblouissante, supérieure à celle de 1878, de 1897 et de 1904—sacre de Mer Archambeault—“Rien ne fut épargné, écrit l'Etoile du Nord, dans les préparatifs de cette grande fête. Jamais notte ville ne vit des décorations aussi variées et aussi réussies”. Les principaux points d'attraction étaient Ja cour du Séminaire—l’une des plus merveilleuses illuminations que l’on Puisse rêver ; l’on nous a dit que 4,000 lanternes, aux formes et aux couleurs variées, Y avaient été disposées—, le Séminaire lui-même, le noviciat, la cathédrale, l'évêché, l'Académie de Saint-Viateur, l’'Hôtel-de-Ville, les marchés, les Couvents, les banques, plusieurs résidences, entre autres, cellès de MM. Guibauit, maire, Tellier et Dubeau, députés de Joliette, Renaud, Piette, et, d’une façon plus ‘spéciale, je citerai celle de Mer P.: Beätidry, vicaire général. .Ce véné-

rable prélat, un de nos doyens, empêché par la maladie de se joindre à nous, prit part pourtant à la campagne générale, du haut de son balcon où, assis, il regardait passer ses jeunes frères.

C'est le moment d'ajouter qu’une délégation spéciale, à la tête de laquelle marchait le P. Supérieur du Séminaire, est allée, durant les fêtes jubilaires, présenter ses hommages à l’ancien élève, devenu ME' Beaudry, dignitaire ecclésiastique.

En voyant Joliette dans l'éclat de sa parure et de sa richesse, il fait bon se rappeler la proclamation de Son Honneur le Maire, et la lettre du conseil qui se termine par ces paroles : “Le conseil de la ville sera heureux de contribuer, pour sa part, au succès des fêtes du mois de juin prochain”.

Au retour, le spectacle de la façade, en feu, du Séminaire nous apparut imposant et attendrissant. (C'était bien ici le coeur et le centre de cette illumination immense, qui brillait du Nord au sud, de l'Est à l’ouest,mais qui semblait prendre son mot d'ordre au Séminaire, pour revenir ensuite y jeter ses flots de feu. La façade principale, dis-je, souleva des accents d'admiration, tant elle était ravissante. Le Sacré-Coeur, Maître de céans, auréolé d’une myriade d’ampoules électriques, comme d’une gloire royale, étend ses mains pour étreindre la ville entière et tous ses enfants ! Plus bas, “le vénérable disparu”, le R. P. Cyrille Beaudry, dans un coeur aux vastes propcrtions—comme le sien—et aux milles lurnières, souriait à la foule. Tel autrefois, il nous accueillait au seuil de sa Maison. Au sommet du coeur, sous le calice et l’hostie de feu, au centre, le P. Beaudry, avec ce mot : Bienvenue, et plus bas, Honneur à l'Ange de * l'Eglise de Joliette.

L'Apôtre du Sacré-Coeur, ainsi nommé par S. G. Mer

Bruchési, dans l'oraison funèbre du regretté Supérieur, re- <evait son apothéose, de la part de la famille Joliettaine. :

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