FIN
Cantique et Cyprès
L Espoir exaucé
Je t'attends. Toutes les routes t'amènent vers inoi :
Routes de sable où tes pieds se fleurissent d'es- •carboucles,
Celles qui descendent de mon imagination, du -désir et du rêve,
Celles que mon regard trace au-dessus des toits,
Et aussi les routes humaines bien connues, asphaltes et pavés.
Des routes qui sont grises et s'étendent à l'infini se rapetissent en un clin d'oeil et te pressent, te soulèvent vers mon désir de faim.
Viendras-tu par celle-là, qui semble déserte de tout être vivant ?
Est-ce que ce sera l'autre où le soleil paraît jouer avec les bornes, s'attache ailleurs ainsi qu'un cerceau aux vitres défaillantes, fondues de glaces et cristaux ?
Par fantaisie, choisiras-tu cette rue grise, étouffée
sur elle-même, mais qui n'appelle qu'une flèche d'or pour que sa tristesse s'év^anouisse ?
Parais et tu feras résonner ses ténèbres et son silence d'un cri d'amour.
Je t'apercevrai là-bas, très loin, et dans mon cœur et dans mes yeux, toi que j'attends.
J'ignore si tu t'avanceras dans cette allée fameuse^ gardée par les ailes de la gloire, mal éteinte du fracas des apothéoses et où est mort, lentement, l'écho de tant de renommées vaines, de poussières^ vaniteuses ? Ce ne serait pas si mal que de t'y apercevoir, trouant de ta splendeur neuve cette allée de fastes et d'agonies.
Je ne veux pas penser que tu prendras le plus, court des chemins et le plus direct. Non, j'aurai cette ivresse de compter les battements de mon cœur à mesure que tu approcheras, de reconnaître,^ à distance, le bruit de tes pas qui s'acheminent vers moi.
Un jour, ces routes que je dis et beaucoup d'autres se mêlèrent jusqu'à se brouiller, ne faisant qu'un vide noir et sans fond, un tableau où tout fut effacé par une éponge de vinaigre et de fiel.
Elles plongeaient dans mon angoisse. Et j'étais là, prostré dans l'attente, déchirant mes genoux vers l'espoir qui reculait. Un ciel d'azur, d'une dureté implacable, rejetait mes cris qui retombaient sur moi, blessants comme des poignards.
Dieux cruels, eonspiriez-vous encore contre moi ?
Mais sur ce désespoir que battaient les ailes de la fièvre, les routes se sont refaites dans l'espace. Chacune reprit sa place coutumière.
Dans la croyance qui renaît, les routes chantent, mûrissent pour une réalité qui n'est encore qu'un maigre rêve,
La poussière est maintenant remuée par des pas qui s'avancent. Est-ce toi. Amour ?
Arrachée des enfers oublieux, bercée de vagues d'or, plus belle que l'azur, cette silhouette, nourrie du murmure universel, du tremblant silence où s'éveille l'extase, est-ce la réalité avec son offrande unique ?
Je vais au-devant de toi. Mes genoux, cette fois, pleins de ferveur, mangent l'espace, prêts à la prière, à l'abdication. Et mon orgueil, comme une bille profanée, roule sous mes pas.
Amour, tu es A^enu !
Et mes mains, ainsi que des oiseaux tués dont la peau est encore chaude, gisent dans les tiennes.
Je t'attendais sur les fines pointes de mon espoir, pantelant de cette ardeur déchirée des albatros qui se sont mesurés avec l'abîme. Je me sens allégé de la misère, délivré du poids des ans.
Je vais dormir encore sur ton cœur.
Soleil, tu peux maintenant pâlir, soleil, tu peux t'éteindre, car rien ne vaut cette chaleur cordiale qui envahit ma demeure.
Mort d'Henriette Lagneau
Quoi! La Parque n^ était donc pas assouvie...
Sur le sofa d'ébène, votre corps amenuisé repose. Finie, cette splendeur d'être reine par Vesprit, Vêlégance, la sensibilité et le goût.
C'est le grand dépouillement.
Glissée sous une blanche tunique, vous semblez reposer, ivre du parfum des roses, des chrysanthèmes et des nias.
Dame Récamier de la Mort.
Vous êtes là et ailleurs, loin déjà de ce royaume des vivants.
L'empire stellaire vous ayant sans doute ouvert ses portes, une ombre est allée à votre rencontre, désireuse du premier accueil... Anne de Noailles attendait.
Vous aviez pris rendez-vous, là- bas, dans ces autres Champs-Elysées... Vous ne serez désormais jamais plus séparées.
Mais les terriens^ penchés sur le sofa^ gravent danr leurs yeux remplis de larmes y V image de votre enve^ loppe humaine.
20 Novembre 1936..
Mort de Jeanne
Se pourrait-il, qu'un jour, en ce cœur irop terrestre, pâlisse votre image.
Comme un portique profané, il est ouvert, aujourd'hui, sur Vinfini et la douleur.
Il se défend contre tout oubli, s'enivre de chants funèbres et d'encens.
Sa plainte monte, descend, s'enroule sur elle-même.
Sa plainte choit autour de lui, pareille à un bruit de chaines brisées.
Sa plainte s'élance vers ce ciel mystérieux où vous venez d'entrer.
Je regarde, seul, l'horizon tant de fois contemplé avec vous : j'y loge une longue princesse mélancolique, mince comme des fuseaux de laine assemblés, et qui, la tête renversée sur ses épaules meurtries, s'endort à jamais sur un lit d'étoiles.
C'est vous, Jeanne, c'est vous qu£ je vois ainsi, éventée doucement par les palmes de la nuit éternelle.
10 Décembre 1936.
1 able des JViatières
Pages
Louise Read 7
Anna de Noailles 9
Jeanne 11
GRANIONS DE CUIVRE 15
A Saint-Malo 20
After the bail is over 22
Un Canadien errant 23
Ton nom 25
Quelque part une ville 26
Nuit sacrée 29
V'ià le bon vent 31
Reste encore 34
Le chant de la Folle 36
APARTE 43
Paul Morin 44
René Chopin 47
Guy Delahaye. 50
JOURNAL DÉCHIRÉ (Extraits) 53