PREMIERE PARTIE
U angoisse de 'Tristan
Malgré sa fatigue, il s'entêtait à ne pas s'arrêter dans une auberge de la route. Il avait rompu tout commerce avec les humains et il se repaissait de la solitude, des arbres, du silence, de la nature qui le reposait de tant d'agitations stériles, de la banalité des routines journalières. Trois jours durant, ii se refusa le repos. Il se nourrissait d'un morceau de pain qu'il avait acheté, en courant, dans une boulangerie de village et il s'abreuvait à l'eau des sources rencontrées. La nuit, il se couchait près d'un arbre, enroulé dans son manteau. Momentanément, il avait vaincu la crainte et les dieux mauvais qui avaient si longtemps hanté son sommeil. A l'aube, il se remettait à franchir les distances avec une résolution accrue.
NOCTURNES f,7
Et c'étaient des vallées souriantes et herbues ; plus loin, un pays plat, sans grand attrait. Il allait, tuant le temps, les sollicitations de son cœur et de sa pensée. Il détruisait en lui les désirs et les rêves d'un monde qu'il venait de quitter, et sous ses pas les branches d'arbres écrasées semblaient crier et se plaindre. Il n'écoutait plus ses souvenirs les plus chers ; il aboHssait, par sa volonté, la puissance d'une époque qu'il avait saturée de son angoisse et qui, malgré tout, avait piqué sa curiosité, suscité des enthousiasmes. Comme s'il eût assisté à un naufrage, il apparaissait devant un univers semblable à celui d'hier, mais dont il reconnaissait à peine la figure. Et il avait l'impression d'y être jeté nu, à jamais dépouillé de foi et d'ardeur. Il s'intéressait, néanmoins, à se voir différent et changé dans un monde qui, pour lui seul, s'était modifié. Pourtant, c'était le même ciel, la même terre, les hommes construits sur le modèle immuable. Mais ses yeux ne les regardaient plus avec le même regard ; il ne les avait jamais vus comme ils étaient à présent ; il ne se souvenait plus de la joie ou de l'indifférence, ou encore de la haine qu'il avait pu concevoir à leur sujet. Ils étaient devant lui comme des choses privées de raison d'être, des absurdités livrées aux déchéances, à la joie et à la peine. Ces déchéances, cette joie et cette peine, il ne s'en rendait plus bien compte, mais il savait qu'elles se formaient et se déformaient
et qu'elles étaient le lot secret de chaque homme. Au fond de lui-même, la connaissance de l'homme, de son destin — grandeur ou misère, les deux mêlées — existait, mais parce qu'il avait trop connu le chagrin et l'illusion, la notion d'une humanité autre naissait en son esprit, peut-être aussi chimérique, mais certainement moins apte à exciter son désir de savoir, son amour ou sa détestation. D'avoir scruté l'humanité une fois pour toutes l'exemptait, semblait-il, de réviser son jugement. C'était, du moins, l'impression qui dominait en lui, la dernière table des valeurs à la lumière de laquelle il ébauchait une condamnation trop absolue. Toute chose était dénigrée ; toute chose frappée de discrédit, marquée par un destin hostile.
La route s'étendait à perte de vue. Ruban beige qui serpentait le long de l'espace et le mènerait aux confins du monde. A force de s'être habitué à elle, d'y avoir meurtri ses pieds, elle devenait une sorte de compagne inséparable. Elle était unie à ses pensées et à ses sentiments ; elle le portait vers de nouveaux départs, des aspects du monde inconnus, une délivrance dont il ne prévoyait ni la forme ni la couleur. Parfois, comme un frôlement d'ailes^ l'apparition d'un espoir l'effleurait, en passant, d'une caresse. Il essuyait son front couvert de sueur et se reprenait à sourire. Toutes les velléités de jadis qui montaient, réveillées sou-
dain, de son cœur endolori, adoptaient une manière d'être, une réalité fictive. Il les flattait du regard de sa pensée, mais comme elles n'étaient que du rêve irréalisé, un soupir s'échappait de sa -poitrine, soupir de regret dont seulement il les pouvait saluer. Son drame intérieur se nourrissait ainsi de toutes les choses mortes qui gisaient en lui : projets, impressions, idées, souvenirs qui rebattaient de l'aile et l'enchantaient un moment de leur musique ressuscitée. Il en arrivait à oublier sa situation inorale d'aujourd'hui, l'abandon où il se débattait, ce pèlerinage sans but, au hasard des chemins, qu'il avait entrepris pour calmer sa fièvre, dompter, par la fatigue du corps, les démons acharnés à le vouloir détruire, la pesante tristesse dont il fallait, coûte que coûte, briser les liens et faire taire la voix perfide. Il continuait à leur livrer bataille ; il s'obstinait à cette lutte où il savait bien qu'il détruirait la spontanéité de sa nature, les chansons ailées qui frémissaient encore dans toute sa personne. Allait-il connaître les sombres et arides royaumes de la volonté, souveraine de tout : des hommes et des choses, et renoncer à la fantaisie ? L'homme jeune, naïf, crédule, prompt à la ferveur, ferait alors place à un homme fabriqué de toutes pièces, produit de la peine et de l'effort de chaque heure, dénudé comme la plaine où l'orage a sévi, et comme elle nivelé. Adieu donc gerbes fleurissantes.
humbles fleurs du cœur épanoui, sensations douces et musicales, prenante ardeur qui s'agrippe aux choses et aux êtres ! Il irait, peut-être, jusqu'à ne plus se reconnaître lui-même dans la peur indicible d'un retour de ses souffrances de jadis et de celles qui étaient encore tout près de lui, mais que, pour se tromper, assoiffé d'équilibre et de possession, il s'efforçait à nier. Ceux qu'il avait connus autrefois ne pourraient soupçonner ce dur passage à travers le feu et dont il gardait, invisibles au regard, les traces certaines, les brûlures non éteintes.
Souvent, le ciel, — muet pour ceux qui ne savent le regarder, ni le comprendre, et qui lui ont dit adieu depuis longtemps, — servait de témoin à ses luttes, lui faisait don de son mystère et de son silence. Il y savait découvrir l'harmonie et la beauté. Le jour, sous son dôme de lumière, la création terrestre, éclatante dans son élan de force et de vie, s'emparait de lui pour qu'il en éprouvât, par la raison cordiale, le charme et les réalités. La nuit, comme un adolescent qui veut la richesse et la gloire, il appareillait son rêve vers les étoiles. Et il s'élançait, oubliant ce qu'il savait, reporté par l'illusion et l'espérance.
Il lui paraissait s'éveiller parfois d'un long cauchemar durant lequel ses volontés, ses espoirs d'homme, sa vie de l'esprit, ses goûts d'âme, s'étaient annihilés. Peu d'êtres, crovait-il alors, avaient
moins de racines que lui dans la terre. Il avait tellement rêvé ! Il n'était qu'un figurant, un homme qui passe sur le rideau mouvant des apparences, une ombre où le vent joue. Lui qui avait souri à des attaches solides et durables, il ne se sentait désormais tenu à aucun lien résistant ou bien les liens qu'il chérissait lui semblaient menacés. Il n'avait pas encore, à lui, une demeure dont il eût épousé la chaleur capitonnée, l'intimité, le silence. Il était triste de toutes ces joies qui lui avaient manqué ; dans son âme lasse, il souffrait de cette privation. Ce qui composait le fond de sa tristesse, c'était cela, cette absence, cette aspiration secrète vers la terre ferme où il eût voulu empreindre sa marque d'homme. Le rêve ne suffisait plus à remplir son esprit et son âme : c'est à la réalité qu'il en voulait de l'avoir trahi, à la nature qu'il chargeait de tous les crimes, aux circonstances qui l'avaient desservi. Il n'oubliait pas, certes, de s'accuser en même temps qu'il condamnait ceux qui s'étaient acharnés contre lui. Après de longues années de crise, où la personnalité d'un homme se modifie à l'insu de tous dans ce désert de tristesse qu'est parfois le cœur humain, il s'était, de toutes pièces, et par un effort désolé de sa volonté, créé une sérénité amère. Il traînait, avec un sourire sur les lèvres, des pas de désabusé ; il s'imposait de croire encore. Mais le jaillissement, la spon-
tanéité, l'ardeur de vivre étaient taris. Il survivait à l'homme de jadis, ne se consolait pas d'être ce fantôme qui, grâce à une rare ivresse, récupérait si rarement la joie et le rire des jours de jadis.
... Par la pensée, il revenait souvent en arrière, sur les dernières années qu'il avait vécues, si cela s'appelle « vivre » que de les avoir passées en proie à toutes les agitations de la pensée et les tourments du cœur. Il était surpris que le souvenir qui lui en restait ne fût pas davantage cuisant, insupportable. Elles avaient existé et plus rien n'en demeurait qu'une réminiscence qui, peu à peu, s'estompait d'une ombre injurieuse. Il n'avait pas cru, pourtant, qu'elles dussent jamais sortir de sa mémoire ou descendre en lui ainsi qu'une poussière indifférente. Aujourd'hui, il les comparaît, ces années de souffrance, à ceux qui firent partie de notre vie et qui reposent dans un cimetière ignoré autour duquel l'oubli s'est fait tout entier. Mais ce détachement actuel ne s'était pas produit soudainement. Et il se flattait, sans doute, un peu de leur abolition, à ce moment de son existence, car il se sentait comme une ville dépouillée, mise au pillage, et qui, malgré ses ruines, conserve encore un peu de sa physionomie d'autrefois, les signes visibles, néanmoins, de son épanouissement d'hier, des témoignages divers, quoique mutilés, de sa
force, et sur des remparts croulants, des couronnes de verdures, je ne sais quel sourd espoir de résurrection. Cette comparaison plaisait à son romantisme, à ce manège intérieur qui, dans le fond de son être, créant des analogies, l'incitait aux mirages. Peutêtre que ce jeu flattait une manie commençante de vieillard qui se console de n'être plus jeune par des imaginations qui reculent la catastrophe. qui ne se rapproche plus qu'en pensée de ce qui est jeune, triomphant, éternel, et pallie l'irrémédiable a\'ec des songeries de désastres, de forces trompées, de destinées arrêtées dans leur essor, de pièges où certains hommes connurent, avant la mort définitive, un trépas préalable. Ce lui était, en tout cas, chose incompréhensible maintenant que ces après-midis au Luxembourg, où écroulé sur un banc, transi de frayeur, il regardait les branches des arbres rasant la terre et sur lesquelles son attention fiévreuse se posait comme sur vnie oasis qui le distrayait de lui-même, tout en augmentant son épouvante et sa soif. Il était alors comme un être d'où la pensée s'est enfuie. Rien qu'une âme souffrante dans un corps qui souffrait aussi : une pauvre machine humaine détraquée, lancée dans le délire, et qui ne sait s'arrêter. Le démon de l'angoisse le tenaillait. Il n'avait plus ni regards, ni goût, ni désir, ni passions, rien de ce qui l'eût rattaché à ceux qui le coudoyaient, si
ce n'est la passion de souffrir, et cela dans une totalité de détresse dont l'ampleur l'effrayait. Il avait beau, à ses heures de lucidité cruelle qui ramenaient sur lui-même un coup d'œil si aigu, si impitoyable, comprendre l'inutilité de ces douleurs-là, l'instant d'après il retombait dans un enfer d'âme qu'il emplissait de ses plaintes. Il en décuplait l'intensité par l'analyse, l'ironie qu'il savait tourner contre lui-même. Et il était ce malade hagard, pantelant, traqué, impuissant à guérir et qui, dans un miroir, riait de dégoût et de colère à sa misère. Il était humilié par les folies de son cœur, les sensibilités multiples qui se livraient bataille et en venaient à tarir, il se le disait, le moi véritable que dans son espoir de vivant, malgré tout, il voulait sauver des carnages dérisoires.
Que de fois il avait cherché la compagnie de gens s^rossiers pour oublier, tâcher d'oublier le drame qui se jouait en lui, à l'insu de tous ! A force de connaître à chaque instant du jour la souffrance sous ses divers aspects, sentir son orgueil déchiré et crucifié, sa sensibilité atteinte de toutes parts, la parole humaine se refusait à passer sur ses lèvres ; elle s'éteignait dans cette région de l'être d'où partent les cris, les indignations, les révoltes, l'adhésion. Et il écoutait ce qu'on disait, ailleurs, distrait, perdu dans un songe désert, souriant néanmoins comme à un bruit de notes frappées sur un clavier et qui trouaient sa fixité douloureuse.
11 avait fréquenté les faux délicats, les dénigreurs de tout et de rien, et il avait éprouvé auprès d'eux un malaise plus indicible encore.
Un jour que, caressant un rêve, il voulut s'arracher à lui-même, pénétrer sa vie de silence et d'ordre, il apprit que le désir, sous ses formes les plus simples et les plus ordinaires, peut donner à l'illusion un visage encore plus décevant. Il souffrit alors davantage, et durant trois jours, étendu sur son lit, dans une solitude plus grande encore que toutes celles qu'il avait subies, il se disputa à la mort.
Puis, plus tard, après des prostrations et découragements quotidiens, un matin, comme sur une montagne dénudée dont une main sacrilège a arraché les herbes et les fleurs, parut le pâle soleil de la sérénité. Il consentit, quand les révoltes se calmèrent, à ce que cette douleur ait eu lieu, il alla jusqu'à en reconnaître la fatalité, et il souhaita de mourir.
Il reparut au milieu des hommes avec ce reste •de confiance qu'ils avaient bien voulu lui laisser. Bien avant sa guérison, il se reprit à parler, à accomplir les gestes mécaniques de chaque jour. Il rusa de tout lui-même au point de faire croire qu'il était joyeux, mais un œil averti eût reconnu la fausseté de cette joie, l'amertume au fond de son sourire. Il s'enorgueillissait peut-être du tragique intérieur -dont il était le théâtre, heureux et choqué de l'in-
compréhension de tous. A part soi, il méprisait ceux qui, comblés par la vie, lui prêchaient l'optimisme et la soumission, reconnaissant en eux des « sépulcres blanchis ». Il commençait déjà à entrevoir que le salut n'était qu'en lui.
Les hommes, impénétrables et impuissants à s'éclairer les uns par les autres, ne peuvent se porter que des secours misérables. Ce sont des étrangers dans l'ordre psychologique : ils ne parlent pas le même langage. D'ailleurs, il ne se sentait plus seul, car dans le désert qu'il avait parcouru, il avait cru rencontrer Dieu.
Comme vers une espérance jaillie des espoirs, effondrés, il s'était précipité au-devant de lui, avec son cœur blessé et des mains suppliantes. Ce dieu naissait de ses souffrances et de ses agonies ainsi que jadis, dans son enfance, il éclosait des lèvres de sa mère, des limbes où remuait sa conscience mystique. Ses mains réapprirent à se joindre, et le rideau de ténèbres et de terreurs qui l'enveloppait était percé du cri de sa prière. Installée en lui, en intruse malfaisante, la désolation cependant n'en était pas chassée par ces supplications adressées à un être invisible. Mais il supportait mieux son fardeau. Devant un dieu découvert, il humiliait ses doutes et son orgueil... Battu par tant d'orages, il se tenait en sa présence dans l'attitude du pauvre en face du riche ; il ne savait que balbutier, ractniter
ses luttes et ses déboires en des termes haletants ; avec les débris de ses ferveurs de jadis, il confessait une foi chancelante, pleine de réticences. Cet appel craintif à l'aide céleste l'apaisait. Il avait l'impression d'être entendu et écouté. Quelqu'un, dans la demeure d'éternité, se penchait sur son cœur déchiré, écoutait les sanglots qui s'en échappaient. Il ne se voyait plus comme un être perdu qui mendie inutilement du secours. Les portes de sa prison s'ouvraient sur un ciel habité. Et peu à peu, il remontait à la lumière.
A la lumière ! Mais une lumière parcimonieuse qui ne livre ses rayons que par intermittence pour ensuite le rejeter dans l'ombre, aux susceptibilités, aux doutes, aux débats de la conscience, à des interprétations fallacieuses qui ont des airs de vérité. Plus de nuit opaque où tâtonnent, en marchant, ceux qui y plongent. Une nuit que traversent parfois, les étoiles, la brise, l'appel des hauteurs ; un élan qui secoue des entraves, le désir d'apercevoir une vérité et de s'en saisir. Il donnait alors à sa misère un autre nom ; il avait la perception qu'elle se modifiait, mais c'était encore elle. Il ne s'en était pas délivré. De ce qu'elle avait adopté une autre forme, il éprouvait quand même sa réalité. Mais il espérait qu'un jour il la chasserait définitivement. Il se préparait à d'autres combats au milieu de l'oppression de sa nuit. La solitude morale l'ac-
câblait encore, il la voulait peupler, la remplir de chimères moins fatiguées que celles dont il avait orné le mur de sa geôle. Il était las de tant de rêves par lesquels il cherchait à s'évader du réel. Il voulait d'un réel abolissant sa vie imaginaire. De toutes les forces de son âme épuisée, il aspirait à une réalité qui remplacerait cet éden profané où il faisait tenir des dieux semblables à lui-même et qui, comme lui, étaient frappés de nostalgie et de caducité. Il se voulait et se voyait autre. Il s'appelait dans le possible, à une autre vie, à un mode de penser et de croire, éloigné de ce qui avait fait naître, jadis, en lui, la foi et l'extase. Dans sa fièvre, il se dressait, écoutant la grande voix mystérieuse qui parlait au fond de lui-même et d'où montaient, mêlés à des affirmations encore craintives, les pressentiments de l'avenir. Il cherchait dans son esprit et son cœur un appel irrésistible de délivrance. Il se cramponnait à ce qui n'était encore qu'une illusion : l'idée de l'impossible le brûlait comme une flamme A cause d'elle, il lui semblait qu'il n'était pas un vaincu total, un automate gémissant, enfermé dans une prison d'habitudes et de gestes dont il av^ait compris le néant. Il en recevait comme une caresse : celle qui passe sur le front des agonisants, des blessés, de tous ceux qui ont cherché et cherchent encore à briser les liens qui les enserrent.
C'est alors que s'ébaucha l'idée que son univers
moral était sur le point de se renouveler. Descendrait-il enfin parmi les vivants ? A ses yeux, il n'était plus cet humain misérable d'un monde condamné, pliant sous un fardeau de fautes et de hontes sans rémission. A travers les barreaux de sa prison, une voix lui parlait de la tendresse, du désir, de tous ces fragiles et divins appuis que tant d'êtres connurent et qui les aidèrent à vivre sur terre. Et il écoutait cette voix qui lui parlait.
Ses yeux disaient encore l'ardeur d'une prière inexaucée, la prière qu'il avait faite aux hommes et à la vie. Et sur ses joues que tirait l'angoisse, des larmes brûlantes roulèrent.
Il ramena sur son corps tressaillant et fiévreux son manteau qui était tombé jusqu'à sa ceinture et qui le faisait jaillir, pâle et torturé, au-dessus des ténèbres de la nuit finissante. Au dehors, une aube fouettée de pluie cinglait les vitres de l'auberge où il s'était réfugié.
Il se courba sur une table boiteuse, et la tête plongée dans ses bras, il se mit à sangloter comme un enfant.