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Noé dans son arche

oyons, mes enfants, nous n'avons plus beaucoup à nous amuser, dit ce matin-là le patriarche Noé en réveillant tout son monde et en faisant grand tapage dans sa maison. Allons! debout, Sem,'Cham et Japhet! Et vous aussi, mesdames Japhet, Cham et Sem . A partir d'aujourd'hui, les femmes se lèveront à la même heure que leurs maris. Il y a du travail pour tout le monde, et beaucoup, si nous voulons

arriver à temps Non, non, non, madame

Japhet, ne commencez pas par vous regarder dans voire miroir, et par essayer vos bijoux. Plus de toilettes, plus de parures. Du reste, il n'y aura pas de miroir dans l'arche. Tout ce qui tient de la place inutile, vous le savez, est supprimé. Avec tous les animaux et les provisions, nous n'aurons pas un pouce à perdre.

r > NOE DANS SON ARCHE.

Madame Japhet fit une moue, mais Noé eut l'air de ne pas s'en apercevoir.

— Allons bon! continua Noé, voilà Cham qui s'est rendormi! Quand il ne se moque pas de quelqu'un, il dort. A quoi nous servira-t-il, ce paresseux-là? Ah! s'il n'était pas nécessaire d'avoir un dessinateur à bord pour conserver le portrait des animaux qui pourraient mourir, je crois que je laisserais mon fils Cham dormir au fond de l'eau...

Mais tout en disant ces paroles, Noé avait un bon rire qui les dé-

mentait, et l'on voyait au fond qu'il avait même un faible pour ce dormeur obstiné.

Lorsque toute la famille fut enfin debout et habillée, il ne manqua plus que Madame Noé.

— - Notre mère est sans doute en train de donner à manger à ses bêtes, dit Sem. Lorsque nous serons dans l'arche, il faudra pourtant qu'elle les nourrisse un peu moins. Il serait même peut-être déjà temps que...

— Sem, mon ami, il faut de l'économie, mais tu en as trop. Tu ne voudrais pas empêcher ta mère, pour les quelques jours qui nous séparent encore du voyage, de distribuer quelques douceurs à ses poules favorites, à ses chiens, à ses chats et à sa colombe préférée. Mais enfin, ta qualité, ou ton défaut, pourra nous servir. C'est toi qui seras chargé de rationner les provisions...

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— Ah! mais non! s'écrièrent à la fois les deux autres frères et les femmes, y compris Madame Sem elle-même. Nous mourrons de faim, et il restera encore une quantité de vivres desséchés et moisis quand nous reprendrons pied sur la terre!

Japhet se mit à développer ce point de vue avec une grande éloquence, mais il était tellement bavard que personne nel'écoutaitdéjà plus, lorsque

Madame Noé apparut, suivie de son chien, de sa chienne Didine et sa colombe familière perchée sur son épaule.

— Voilà Sem qui commençait à craindre la famine, dit Noé. 11 croit que tu donnes trop de graines et de pâtées à tes animaux.

— Il en restera toujours, dit la maman Noé avec son rire réjoui. Nos pauvres compagnons

auront bien le temps de se priver d'ici

quelques jours. En at-

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mangent à leur appétit... Mais cela ne m'étonne pas de Sem... Cet-enfant-là est tellement économe que tout petit, lorsque je nourrissais ses frères, il trouvait toujours que je leur donnais trop de lait.

On éclata de rire à cette plaisanterie de la mère, sauf Sem qui déclara gravement « qu'il avait raison ».

Là-dessus on se mit à déjeuner rapidement, et on sortit pour se rendre à l'ouvrage.

II était grand matin. On n'aurait jamais supposé que la terre était presque à la veille d'être en proie aux plus terribles cataclysmes. L'air était d'une pureté délicieuse. Les arbres étaient tout embaumés par les

senteurs des oranges, des citrons, des fruits de toute sorte qui faisaient ployer les branches, cet automne merveilleux, comme Noé ne se souvenait pas d'en avoir vu de pareil, lui qui était déjà si vieux. Vous auriez dit que c'était fait exprès pour donner aux hommes qui avaient abusé des bienfaits de la nature le regret de les quitter. Mais ils étaient incrédules, et malgré les avertissements charitables que Noé leur avait donnés, ils ne croyaient pas au Déluge prochain; ils continuaient à vivre entre eux comme des bêtes brutes ou des bêtes féroces. Cela n'empêchait pas les petits oiseaux de chanter gaîment ce matin-là, et les poules de Madame Noé de pondre avec de beaux et sonores cocoricos.

La famille alla d'abord visiter l'arche, pour voir s'il ne lui était rien arrivé pendant la nuit. C'était la promenade habituelle depuis que la construction était en train.

Des centaines d'ouvriers y travaillaient avec activité.

Ces pauvres gens bâtissaient un vaisseau de sauvetage qui ne devait pas les sauver eux-mêmes. Mais il faut dire qu'ils étaient les premiers à rire de leur besogne. Ils exécutaient les ordres de Noé et suivaient ses plans, parce qu'il les payait généreusement et qu'il les nourrissait bien. Seulement aussitôt qu'il avait le dos tourné, ils riaient de lui entre eux et le considéraient comme un vieux fou.

C'est ce qui vous explique pourquoi ceux qui firent un aussi immense travail furent noyés comme les autres.

Vraiment cela s'avançait et l'arche avait bonne tournure. On pouvait maintenant se rendre compte de ce qu'elle serait une fois terminée. Vaisseau par en dessous, maison par en dessus, c'était en somme une construction bizarre et qui faisait rire non seulement les ouvriers, mais encore les voisins, et tous les habitants du pays, et bon nombre d'étrangers qui venaient de loin pour la voir.

Les gens sérieux et qui se piquaient d'avoir du bon sens haussaient les épaules avec mépris.

l'arche.

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— Si c'était une maison, disaient les uns, il faudrait des fondations. Au lieu de cela, ils la font tenir sur une quille de navire! Aussitôt qu'on aura enlevé les poutres qui la tiennent en équilibre de chaque côté, la maison de Noé va rouler sur le flanc.

— Si c'était un vaisseau, disaient les autres, il faudrait des mâts, des cordages et des voiles. Mais tout le pont est occupé par cette grande cabane. Joli vaisseau, en effet ! Comment fera-t-il pour se diriger? D'ailleurs il n'a pas besoin de se diriger du tout, au beau milieu des terres. Il faudrait au moins mille chevaux attelés pendant plus d'un mois pour le tirer jusqu'à la mer!

— Mais, disaient les plaisants, d'un air fin, vous oubliez le Déluge...

Cette plaisanterie ne manquait jamais son effet et la foule éclatait de rire, tandis que les gens sérieux démontraient que le déluge était impossible parce que la terre finissait toujours par boire la pluie, et que le trop plein était porté jusqu'à l'Océan parles fleuves.

Comme il était bon matin, tous ces beaux raisonneurs n'étaient pas encore là; Noé et sa famille purent visiter l'arche à leur aise, sans être encombrés par les curieux.

Toute la grosse construction était terminée, coque du navire et extérieur de la cabane. On était occupé à présent à établir les divisions intérieures.

Dans le fond de la cale on avait disposé de grandes soutes pour les provisions. A l'étage au-dessus, commençaient les logements pour lesani-

maux. C'était toute une série cle cabines disposées autour deFarche comme les loges d'un théâtre, avec une petite lucarne ouverte sur l'extérieur et du côté de l'intérieur une porte faite seulement en treillage. Une galerie,

une sorte de balcon passait tout le long cle ces portes.

11 y avait ainsi trois étages cle cabines, reliés entre eux par deux escaliers, un à chaque extrémité du vaisseau et descendant du pont jusqu'au fond des cales. Le milieu de l'arche était donc simplement un grand vide, une sorte de vaste hall dont vous connaîtrez bientôt l'usage.

Ainsi, Noé et sa famille pouvaient, rien qu'en descendant un des es-

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caliers, voir tout ce qui se produisait dans l'intérieur de toutes les cabines à chaque étage. De plus, en longeant les galeries ils passaient devant chaque cabine pour distribuer la nourriture aux habitants et s'entretenir avec eux à travers les claires-voies.

Enfin, ces habitants pouvaient voir les uns chez les autres, du moins chez ceux qui leur faisaient vis-à-vis. Lorsqu'ils seraient fatigués de regarder à l'intérieur, ils pourraient passer leur tête à la lucarne extérieure. Comme cela, ils seraient, autant que possible, préservés de l'ennui, qui est un des principaux inconvénients des voyages. Vous voyez que tout cela était parfaitement calculé. Aussi Noé, en visitant l'arche avec les siens, était-il chaque matin plus fier de ses plans et plus content de son œuvre à mesure qu'il la voyait s'avancer.

Il n'était pas moins satisfait de sa propre demeure, c'est-à-dire, vous l'avez deviné, de cette grande cabane qui, s'élevant au-dessus du vaisseau proprement dit, faisait la partie supérieure de l'arche. Mais il n'occuperait pas seul cette immense bâtisse : vous le comprenez bien, c'eût été trop grand pour huit personnes alors que tout le vaisseau eût été rempli par des centaines et des centaines d'animaux. Aussi la cabane était-elle divisée en trois parties inégales.

A une extrémité, le logement de la famille Noé, formé de quatre chambres et d'une pièce servant à la fois de cuisine et de salle à manger.

Au milieu une salle presque aussi grande qu'une église. On avait tout d'abord beaucoup critiqué cette disposition dans la famille de Noé. Sem avait trouvé que c'était de la place perdue. Cham avait fait toute sorte de plaisanteries lorsque son père lui avait expliqué que ce serait à la fois une salle de réunions, une salle des fêtes, un tribunal, etc., etc.

— Une salle des fêtes, ou un tribunal pour les animaux! avait-il dit d'un air moqueur.

— Tu seras le premier à ne pas bouger de là, avait répondu Noé, car cela pourra faire un très bel atelier de peintre.

Celle réflexion avail calmé le railleur el il avait convenu qu'en effet l'idée n'était pas si mauvaise. Les femmes avaient reconnu assez vite que l'on pourrait danser à l'aise dans ce grand liai], et Japhet se promettait d'y prononcer de longs discours, avec ou sans auditoire. De telle façon que tout le monde à la fin avait été enthousiasmé de ce qu'il avait discuté d'abord. Il en est ainsi de toutes les bonnes idées.

La troisième division, à l'autre extrémité de la maison de bois, était formée d'un assez grand nombre de cabines et de petites boîtes ou cages de dimensions diverses. Était-ce clone une partie destinée à des bêtes privilégiées? Vous ne pouvez pas tout savoir à la fois. Nous le verrons peutêtre à mesure que les choses s'organiseront, Mais Noé devait bien avoir son plan pour cela comme pour le reste.

Pour en finir avec cette première visite de l'arche, je n'aurai plus à vous faire remarquer que le chemin de ronde qui régnait, sur le pont, tout autour de la cabane. Comme le toit dépassait assez largement les parois, on pouvait se promener le long de ce chemin, commodément, à l'abri de la pluie.

- Allons, dit Noé en terminant sa visite, tout va bien, autant qu'on peut parler ainsi à la veille de choses aussi terribles. A présent, le plus difficile commence. Pour moi du moins, car vous, mes enfants, vous n'avez qu'à vous occuper des provisions, des emballages et de tous les préparatifs de départ. Mais moi, ajouta-t-il avec un profond soupir, il faut que j'entre en pourparlers avec les animaux! Seront-ils aussi incrédules et aussi durs de cervelle que les hommes? Par précaution, je vais emporter une bonne trique, et Japhet, qui m'accompagnera pour seconder les effets du bâton par son éloquence, fera de même. Là-dessus, mes chers amis, travaillez bien jusqu'à notre retour. Que tout soit prêt pour ce moment-là. Japhet et moi nous demeurerons encore une huitaine de jours absents.

Noé embrassa tendrement sa femme, ses deux fils et ses trois brus. A

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madame Noé qui s'alarmait un peu pour sa santé, il répondit que la nuit, ils dormiraient à la belle étoile, le temps devant demeurer magnifique jusqu'au moment prescrit, et il fit remarquer que pour le reste, il ne courait aucun danger, puisque, grâce au rôle qui lui avait été assigné, le Déluge ne pourrait pas commencer sans qu'il fût présent et que tout fût paré.

Vers la fin du jour, après avoir fait beaucoup de chemin, Noé et Japhet arrivèrent dans un lieu fort désert et fort rempli de rocs et de cavernes.

D'une de ces cavernes sortaient des rugissements terribles, et aussi une odeur de fauve qui saisissait à la gorge bien avant l'entrée. C'était la demeure du roi des animaux, auquel, par politesse autant que par logique et par diplomatie, les voyageurs avaient réservé leur première visite.

— Sa Majesté veut-elle nous recevoir?

demanda très poliment Noé à la porte de la grotte.

Aucune réponse ne se fit entendre.

Au contraire, les rugissements avaient

cessé. Noé répéta plusieurs fois sa question sans plus de résultat. Alors, il dit à l'éloquent Japhet cle prendre la parole.

— lion, ô roi des bêtes, commença Japhet, écoute la voix de ceux qui viennent te sauver, toi et ta race, d'un danger qu'en ta qualité d'animal tu ignores. Le patriarche Noé et son fils Japhet viennent t' avertir

que si tu ne les suis, tu seras noyé d'ici beaucoup moins de temps qu'il ne t'en faut pour manger cinquante moutons. Par conséquent tu as tout avantage à ne pas rester ainsi dans ta tanière. Ne crois pas que ta puissance et ta cruauté puissent te sauver du sort que nous t'annonçons. A moins que tu ne saches nager assez bien pour rester dans l'eau pendant quarante jours d'abord, puis encore les jours qu'il faudra pour que les eaux se retirent, ou bien à moins que tu ne saches construire toi aussi une arche pour toi et tes pareils, tu risques fort de...

Le discours cle Japhet fut soudain interrompu, d'abord par un rugissement plus effrayant que les précédents, puis par une apparition qui n'était pas des plus rassurantes, enfin par la propre peur de l'orateur. Une seule de ces trois causes suffirait pour nuire aux plus brillants effets d'éloquence.

C'était monseigneur le lion qui venait de paraître à l'ouverture de sa caverne. Un lion, le plus gros, le plus fier, le plus chevelu, le plus griffu, le mieux pourvu de mâchoires, d'yeux étincelants et de naseaux froncés par la colère que vous pouvez imaginer.

11 aurait fait probablement un très mauvais parti à l'orateur, mais Noé leva majestueusement son bâton, non comme pour frapper le lion, mais pour le saluer

et en même temps lui imposer le silence.

Le vieillard avait une si noble mine et un si grand air d'autorité que le monstre

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se calma aussitôt, et cessa de rugir pour parler beaucoup plus posément.

Parler, disons-nous? Mais oui, et nous ne voulons pas ici vous inventer des histoires invraisemblables. Seulement,, pour faciliter les opérations compliquées du recrutement des animaux et de leur séjour dans l'arche, il avait été, très raisonnablement, donné à Noé de comprendre le langage des animaux et aux animaux choisis de comprendre le langage des hommes. C'est ce qui fait que toutes les conversations que nous rapporterons par la suite n'auront pas besoin d'être écrites en imitation

de cris d'animaux, pour lesquelles il faudrait un dictionnaire qu'il est très difficile de se procurer. Cette explication donnée une fois pour toutes, écoutons parler le lion.

— Vénérable père, je te salue à mon tour, et je cesse, tu le vois, d'être en colère. Mais j'avoue que ce jeune homme (et il jeta encore du côté de Japhet un regard assez mauvais) m'avait mis en fureur en m 'appelant « le roi clés bêtes » et en traitant « de tanière » mon superbe palais. Que veux-tu de moi? Je suis prêt à te rendre service.

Noé recommença les explications, et le lion, après avoir fait quelques objections, fut enfin convaincu. Il promit de se trouver exactement au rendez-vous pour le jour de l'embarquement.

Seulement, il exigea de la façon la plus formelle qu'on lui donnât une cabine pour lui seul, et une cabine pour la reine lionne, avec une cabine mitoyenne pour servir de salon et Noé dut en passer par là.

De plus, les relations faillirent se gâter au moment de prendre congé, lorsque Noé, pour économiser du temps, demanda au lion s'il voudrait bien se charger de renseigner sur le Déluge et d'amener avec lui, le tigre, le léopard, le jaguar, la panthère, etc. Non seulement le lion déclara qu'il ne parlerait pas « à ces gens-là » et qu'il était au-clessous de lui de faire des commissions, mais encore, il dit tout net :

- Si le tigre vient avec vous, moi je ne viens pas. Cet animal rampant et cruel a l'insolence de se dire mon rival!... Lui, ou moi, choisissez!

Il fut dur de lui faire comprendre qu'un spécimen de chaque race devant absolument figurer dans l'arche, il ne pouvait être question de rivalités ni de haines pendant le séjour. Enfin, le lion céda, mais à la condition que le tigre serait logé plus bas que lui.

Les pourparlers ne furent pas toujours commodes avec les autres animaux que Noé et Japhet virent pendant leur expédition. Le tigre et le léopard n'étaient pas non plus très satisfaits de voyager avec leur ennemi le lion. L'éléphant et le rhinocéros n'avaient pas voulu promettre de s'embarquer, disant qu'ils redoutaient le mal de mer. Mais l'ébquent Japhet leur avait fait admettre à la fin qu'il valait mieux avoir, à la rigueur, le mal de mer que d'être noyé. La girafe, personne de caractère difficile et de plus très difficile à loger, s'inquiétait de savoir si les appartements seraient assez hauts de plafond. Noé fut un moment embarrassé, parce qu'il n'avait pas pensé à cet obstacle. Toutefois, après s'être un peu gratté la

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tête, il réfléchit qu'il pourrait, pour la girafe, percer trois étages de cabines, et il lui promit qu'elle serait parfaitement contente.

Les plus malaisés à convaincre étaient encore moins les animaux féroces que ceux d'une nature paisible et craintive. Le mouton, le lièvre, le cerf, et autres douces bêtes, aimaient mieux se laisser noyer que de vivre sous le même toit que les loups, les tigres et les serpents. De sorte que ce fut avec les bêtes les plus aimables et de meilleure nature qu'il fallut employer la force, pour les sauver malgré elles.

Les ambassadeurs n'eurent pas non plus beaucoup d'agrément avec les reptiles. Le serpent affirmait, en sifflant traîtreusement, qu'il n'était pas nécessaire de lui donner une cabine à part. Il aimait à aller et venir, à se promener pour sa digestion. Avec lui, aucun danger à craindre qu'il blessât, étouffât ou avalât ses compagnons de voyage. C'étaient de mauvaises gens qui l'avaient calomnié en disant qu'il avait du venin. Personne n'avait les dents plus saines que lui. Noé se promit de lui donner à manger dès le premier jour, assez pour qu'il dormît le reste de la traversée.

Le crocodile, avant de donner une réponse, demanda s'il y aurait des petits agneaux.

— Des moutons seulement, répondit Noé.

Sur quoi, le crocodile se mit à pleurer de tendresse, et Noé se promit bien de ne pas lui donner le mouton pour voisin. Mais, après réflexion, il continua encore quelques instants la conversation avec ce vilain person-

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