‹ Noëls anciens de la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 21 sur 51 · NOELS ANCIENS SI · texte numérisé non relu

NOELS ANCIENS SI

Ça, bergers, assemblons-nous, se lit couramment, tant les mots en sont encore usuels, connus et peu vieillis. Personne n’a dû recourir au dictionnaire pour les comprendre.

Mais la lecture du noël-type qui servit de décalque au Venez, divin Messie, est autrement ardue. Chacune de ses strophes renferme pour le moins un mot barbare. Un oiseau s'appelle une #auvis, un lourdaud un Zoriguart, une trompette une bwccine, un galant un wguet, un bâton un {lard On y gringotte au lieu de /redonner, on estraqgue au lieu d'arracher, on mène un grand soulas

pour dire que /'ox s'amuse, etc. Bref, la moitié du noël

se lit dans le glossaire.

Le voici, d’ailleurs, au grand

complet, en regard du cantique de Pelleorin.

) Le) 4 Le]

NOËT, POPULAIRE

Laissez paître vos bêtes,

NOËL, DE PELLEGRIN

Venez. divin Messie,

Pastoureaux, par monts et par vaux ; Sauvez nos jours infortunés ;

Laissez: paître vos bêtes, Et venez chanter Nau !

J'ai oui chanter le rossignol

Qui chantait un chant si nouveau, Si haut, si beau, Si résonneau ;

Il me rompait la tête,

Tant il prêchait et caquetait ;

Adonc pris ma houlette

Pour aller voir Nolet.

Laissez pailre vos bèles, ete.

Je m'enquis au berger Nolet :

— As-tu oui le rossignolet ?

Tant joliet

Qui gringottait (1) Là-haut sur une épine ?

—Ah! oui, dit-il, je l’ai oui ; J'en ai pris ma buccine (2) lit m'en suis réjoui.

Nous dîimes tous une chanson ; Vinrent les autres tous au son.

Or, sus, dansons ; Prends Alison, Je preu .'ai “ruillemette, Margot, tu prendras gros Guillot.

Qui prendra Péronnette ?

Ce sera Talebot,

Venez, source de vie, Venez, venez, venez !

Ah! descendez, hâtez vos pas, Sauvez les hommes du trépas ; Secourez-nous, Ne tardez pas.

Venez, divin Messie, Sauver nos jours infortunés ; Venez, source de vie, Venez. venez, venez !

Venez, divin Messie, ete.

Ah! désarmez votre courroux ;

Nous soupirons à vos genoux, Seigneur, nous n’es-

pérons qu'en vous.

Pour nous livrer la guerre,

Tous les enfers sont déchaînés :

Descendez sur la terre,

Venez, venez, venez!

Que nous souffrons de maux divers !

L'affreux démon nous tient aux fers :

Nous gémissons dans les enfers :

Vous voyez l'esclavage Où vos enfants sont condamnés :

Conservez votre ouvrage, Venez, venez, venez !

(1) Gringotter, c'est-à-dire /redonner, chanter. (2) Buccine,

pour /rompetle.

D 2 NOFLS ANCIENS

Ne dansons plus, nous tardons trop ; Eclairez-nous, divin flambeau ; Pensons d'aller, tretous (3) le trot. Parmi les ombres du tombeau

—Viens-tu, Margot ? Faites briller —Attends, Guillot, un jour nouveau.

J'ai rompu ma courette ; (4) Au plus affreux supplice à Il faut renouer mon sabot. Nous auriez-vous abandonnés ? Or, tiens cette aiguillette, Venez, Sauveur propice, Elle servira trop. Venez, venez, venez !

—Comment,Guillot, ne viens-tu pas ? Que nos soupirs soient entendus ! —Oui-dà, j'y vais tout l’entrepas ; (5) Les biens que nous avons perdus

Tu n’entends pas Ne nous seront- Trop bien mon cas : ils pas rendus ?

J'ai aux talons la mule, Voyez couler nos larmes, Pourquoi je ne puis pas trotter ; Grand Dieu ! si vous nous pardonnez, Je l’ai prise en froidure Nous n’aurons plus d’alarmes ; Ein allant estraquer (6) Venez, venez, venez ! Marche devant, pauvre mulard, Si vous venez en ces bas lieux, Ein t'appuyant sur ton billard (7) Nous vous verrons, victorieux, Et toi, Coquart, Fermer l'enfer, Vieux loriquart, (/ourdaud) ouvrir les cieux. Tu dois avoir grand’honte Nous l’espérons sa:.+ cesse : De rechigner ainsi des dents, Les cieux nous furent destinés ; Düûsses m'en tenir compte Tenez votre promesse, Au moins devant les gens, Venez, venez, venez ! Courûmes de telle raideur Ah! puissions nous chanter un jour, À Pour voir notre doux Rédempteur. Dans votre bienheureuse cour, Et créateur Et votre gloire, Et formateur. et votre amour.

I1 avait (Dieu le saiche) C'est là l’heureux partage De linceux assez grand besoin. De ceux que vous prédestinez ; Il gisait dans la crèche Donnez-nous en un gage, Sur un bouteau (bof{e) de foin. Venez, venez, venez ! Or, nous avions un grand paquet Pas ne laissâmes de gaudir ; De vivres, pour faire un banquet; Je Ini donnai une brebis Mais le muguet (ga/ant) Au petit Fils ; De Jeanne Huguet Une mauvis (oiseau) Avait sa lévrière, Lui donna Péronnette : F Qui mit le pot à découvert, Margot lui a donné du lait Ce fut la chambrière Tout plein une écuellette Qui laissa l’huis ouvert. Couverte d’un voilet, Or, prions tous le Roi des rois Qu'il nous donne à tous bon Noël, ' Et bonne paix ; De nos méfaits Ë

Ne veuille avoir mémoire.

Ains nos péchés nous pardonner ; A ceux du Purgatoire

Leurs péchés effacer.

(3) Tretous, c'est-à-dire /0s. (4) Courette, c'est-à-dire pezife courroie. (5) Tout l’entrepas, c'est-à-dire à pefit pas. (6) Estraquer, c'est-à-dire arracher. (7) Billard : bd/on.—Suivant le Sxpplément au Glossaire Au Roman de la Rose b///ard est celui qui, à carse de sa vieillesse ou de ses infirmités, ne peut marcher sans bâton. Ce bâton recourbé avait le nom de hard.

beau ; beau

Nés ?

itendus !

perdus

pardonnez, rmes ;

lieux, rieux,

tinés ;

ter un jour, cour,

lire petite 6) Estrat le Swpui qui, à ‘her sans

La musique du noël d'Arpajon sur laquelle est écrit lun des cantiques les plus remarquables de Pellegrin, tant il pétille de verve satirique, nous offre le troisième exemple d’une mélodie quatre fois centenaire demeurée vivace dans la mémoire attentive du peuple. Il serait faux d'écrire qu’elle s’est miraculeusement conservée par un prodigieux effort ; deux causes rendent facile à expliquer comme à reproduire ce phénomène aussi naturel qu'étonnant.

La première, Victor de Laprade nous la donne en style excellent dans son beau livre: Questions d'Art et de Morale.

‘ Une qualité, dit-il, que personne ne refusera au langage poétique, c’est l’action du vers sur la mémoire. Les vers se retiennent mieux que la prose; c’est là un fait que tout le monde reconnaît. L'histoire abonde en merveilleux exemples du secours donné à la mémoire par le rythme. On n’a jamais raconté qu’une composition en prose de trois pages se soit transmise oralement d’une génération à une autre ; et nous voyons des poèmes de plusieurs mylle vers traverser des siècles avant d’avoir été écrits. Depuis combien de générations les chants homériques ne circulaient-ils pas dans la bouche des Grecs avant que Pisistrate les fit recueillir ? Il a existé des littératures entières qui ne se sont jamais servi de Pécriture et qui ont duré ainsi pendant toute la vie d’une nation, conservées qu’elles étaient par le rythine et l'harmonie.??

L'action de la prosodie sur la mémoire se complète par l'influence prépondérante de la musique sur cette même faculté. (1) Combinez les forces d'appui du rythme, de la rime et de la mélodie, faites-leur prêter un mutuel secours, et vous comprendrez, sans peine, comment il est

(1) Le shérif du Saguenay, M. Pamphile-Henri Cimon, m'a raconté avoir entendu, de ses oreilles, un libre ef indépendant électeur chanter les vingt couplets d'une chanson politique, diffamatoire au premier chef, et dont il ne pouvait récr/c" un seul mot au tribunal devant lequel il comparaissait comme témoin.

advenu que des illettrés, des ignares, d’obscures généraji tions d'ouvriers et de paysans, nous aient transmis, à

| E trois ou quatre siècles de distance, les chants de leurs qi noëls anciens avec une précision qui stupéfie à première NL lecture.

LE Celui-ci en est un des plus remarquables au point de vue de la conservation du rythme et des notes essentielles | de sa mélodie.

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Je réfère à la page 1060 du /Yc/ionnaire de Noëls et Cantiques, É Pass tome 63, de L'ENCYCLOPÉDIE THÉOLOGIQUE def l'abbé" Migre, Cro) l édition de 1867, les musiciens désireux de cempater sur cette de

version ancienne la version moderne de cette mélodie,

S cénétraansinis, à de leurs première

point de sentielles

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sur cette

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