‹ Noëls anciens de la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 25 sur 51 · VERSION DE PELLEGRIN · texte numérisé non relu

VERSION DE PELLEGRIN

Or, nous di-tes Ma - ri- e, Où é-tiez-vous a - lors, Quand Ga-bri- el ar-chan-ge vous fit un tel rap-port?

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Jusqu'en 1833, et, vraisemblablement aussi, quelques années plus tard, cette mélodie quadricentenaire se chantait encore par tout le diocèse de Québec sur les paroles d'un cantique dont voici les couplets :

Sous les pas du Messie, Grands, qu'un faux éclat trompe,

O cieux ! abaissez-vous ; Habitez des palais ;

Pour nous rendre la vie Que la pourpre avec pompe,

Il descend jusqu'à nous ; Vous couvre sous le és ,

Déjà les chœurs des Anges, La grandeur véritable

Par leurs divins concerts, N'a pas de tel besoin,

De ses justes louaszes Jésus, dans une étable,

Font retentir les airs. Est couché sur du foin.

C'est Lui dont la parole Par sa grâce féconde

A produit l'univers ; Les vertus vont fleurir,

Par Lui la foudre vole, Et d’une paix profonde

Il commande aux éclairs ; Les trésors vont s'ouvrir.

Il prend notre nature, Une nouvelle terre,

PUR donner, à bonté ! Avec de nouveaux cieux, Part À sa créature, Seront un sanctuaire

De sa divinité. Où tous vivront heureux.

Bénis, bénis, mon âme,

Cet aimable Sauveur ; Qu'une éternelle flamme Pour Lui brûle en mon cœur ; Que tout en moi publie

Ses immenses bienfaits ;

Que plutôt je m'oublie

Que d'y manquer jamais. (1)

La mélodie de ce noël que nous n’entendons plus dans nos églises, aux fêtes de la Nativité du Christ, qu'à

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‘(1) Recueil de Cantiques (dixième édition) —Québéc— Néilson” & Cowan, Imprimeurs-Libraires, 14, rue la Montagne, 1833— pages 340 et 341.

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l’'Agnus Dei de la wiesse de Perrault, se chante encore aujourd’hui, en tout temps, par toute la France dans les écoles primaires. J'ai sous la main Ze Livre de Musique par Claude Augé (1) qui donne comme exemple de morceaux écrits dans le ton de #7 naturel mineur la mélodie même du noël que les petits Français chantent, awdantino, à leur leçon de solfège :

Nous voici dans la ville

Où naquit autrefois

Le Roi le plus habile

Et le plus saint des rois.

Elevons la pensée

Vers Dieu qui nous conduit Durant cette jouraée.

Voici venir la nuit.

Tel est le j, “isier couplet de la version moderne de ce noël popuiaire ‘vit la musique immuable endort, depuis quatre sie.. 4, à son rythnie caressant, tous les berceaux de France, notre ancienne mère-patrie.

Ce n’est pas mon intention de publier ici, à la queueleu-leu, les treize autres noëls anciens que me signale le précieux ouvrage de Pellegrin. Les trois noëls populaires mis en regard des trois noëls religieux que mes lecteurs viennent de lire suffiront, je crois, à leur donner une idée assez juste et assez développée de leur caractère et de leur valeur comparés. Des dix-huit woë/s anciens qui servirent de type aux woë/s nouveaux de Pellegrin, cinq, ai-je dit, ont survécu dans la mémoire du peuple, grâce au charme réel de leurs mélodies. Les treize autres, absolument ternes et vulgaires, sont d’une fadeur qui explique mieux que tout leur disgrâce et l’oubli définitif où ils sont tombés. Ecrites, pour la plupart, sur le mode

(1) À Paris, chez Ve P. Larousse & Cie, Imprimeurs-Editeurs, 19, rue Montparnasse,

mineur, leu:: mélodies insipides et monotones ont une tristesse d> complainte qui dégénère bien vite en une impression d’incurable ennui pour celui qui les écoute. Elles n’ont rien de caractéristique, encore moins de distingué ; ell:s rappellent, hélas! les chansons banales que fredonnent machinalement les désœuvrés de toutes les besognes, plutôt pour s'occuper la langue que pour se récréer le cœur ou l’esprit. Je me rappelle à leur sujet le mot typique d’un musicien :— Voilà des airs qui ne sont pas précisément. ... #ambants !

Un tel verdict fixe leur sort. Inutile de songer davantage à ressusciter ces mélodies mortes, /Zzmbées à tout jamais, pour parler le langage imagé de mon critique.

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J'ai dit que Pellegrin composa la majorité de ses Moë/s Nouveaux—93 sur 176—sur des chants de noëls populaires ; il écrivit le reste sur la musique des vaudevilles et des airs d’opéras du dix-septième siècle. Leur nombre, —73 en tout—sinon leur qualité, mérite bien qu’on s’en occupe.

Quand l’abbé Pellegrin publia ses /vésies Chrétiennes, il en fit la dédicace à Madame de Fiennes, abbesse de Saint-Rémy.—" Dans le dessein, lui disait-il, que j'ai de rendre cet ouvrage utile aux personnes véritablement pieuses, je ne puis mieux faire que de le mettre sous votre protection. La solide piété dont vous faites profession me répond du succès et je ne doute pas que votre exemple n’excite, non seulement toutes les religieuses qui ont le bonheur de vivre sous votre conduite, mais encore toutes celles qui ont pour vous les sentiments d'estime et de vénération qu’on ne peut refuser à votre vertu, à faire retentir les voûtes de leurs monastères des louanges du Seigneur qui sont contenues dans ce recueil de cantiques spirituels.

“ Si je suivais ici le style des épîtres ordinaires, je ne me contenterais pas de vous couvrir de votre propre gloire ; j'irais remuer les cendres de vos ancêtres pour vous en chercher une nouvelle ; l’histoire me fournirait une infinité d'hommes illustres dont vous êtes descendue ; je découvrirais des connétables dans votre famille, et des rois d'Ecosse dans vos alliances.

‘“ Mais tout cela, Madame, serait-il capable de rien ajouter à vous-même? En seriez-vous plus digne des véritables et solides éloges que méritent tant de belles qualités que vous faites éclater dans l’état que l'humilité vous a fait embrasser ? A Dieu ne plaise, Madame, que je vous entretienne d’une gloire si vaine que vous avez si hautement condamnée par un généreux mépris de tout

ce qui peut flatter l'esprit humain. Le monde ne vous montrait que des fleurs, vous les avez quittées pour les épines de la vie monastique. Vous avez préféré l’huimilité aux grandeurs, la pauvreté aux richesses et la pénitence aux plaisirs. Voilà en quoi une âme aussi noble que la vôtre fait consister la véritable gloire, pour ne la rapporter qu’à Dieu qui en est le principe.

t: C'est la connaissance de tant de précieuses qualités qui m'a porté à vous faire un présent qui n’est digne de vous, Madame, qu’autant qu'il a de conformité au zèle que vous avez pour les intérêts de Dieu.”

L'abbesse de Saint-Réimy dut être fort satisfaite de l'abbé de Pellegrin (c'est ainsi qu’il signait), car cette épitre dédicatoire, complimenteuse et bien tournée, a véritablement bonne mine. On y reconnaît l’habileté du librettiste expert en l’art d'écrire de pieux cantiques sur de gentils airs de cour.

La dernière phrase de sa préface est aussi très heureuse : “Si le succès répond à mon espérance, dit-elle, ma récompense ira bien loin au delà de mon travail et de mes veilles, et m'animera toujours de plus en plus à consacrer ma plume à la solide satisfaction des âmes véritablement pieuses, qui est de publier les louanges du Seigneur et de commencer dans le temps un exercice qui les doit occuper dans l'éternité.”

Cette pensée est un écho très étonnant, trop fidèle même, de la dernière phrase d’une autre préface écrite, sept ans auparavant, sur un sujet identique. ‘ Au reste, ‘“ déclarait le Père Surin, dans la quatrième édition de ‘ses Cantiques Spirituels de lImour Divin, tâchez de “ vous souvenir qu’ils sont une belle image de ceux qui “se chantent dans le ciel ; et cependant que vous sou- ‘“ pirez doucement après cette musique immortelle, pré- ‘“Cparez, pour ainsi dire, votre langue à l'emploi qu’elle “ doit avoir dans l'éternité.” Aïnsi rapprochées, ces deux finales de préfaces ont une ressemblance inquiétante pour la probité littéraire de Pellegrin. 11 était, sous ce rapport, d’une réputation d’intégrité si absolue que

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je préfère, et de beaucoup, croire à une indiscrétion de sa mémoire, plutôt qu’à un petit péché de plagiat.

Le jésuite Surin nous donne les raisons qui l'ont induit à publier ses Cantiques.—"* Mon principal objet est de tarir, si possible, ce fleuve honteux dont parle saint Augustin, qui roule, avec un nombre infini de chansons profanes, tant d’impuretés, de mensonges, d’ivrogneries qui flattent l'oreille et blesse le cœur (1) et qui font naître chaque jour mille et mille horribles péchés. Et, pour cela, considérant que le chant et la musique qui charment l'esprit humain sont comme ces véhicules qui, passant agréablement par l'oreille, portent malheureusement le poison des vices jusque dans le cœur, j'ai voulu donner une matière plus sainte qui édifie et instruise les âmes en divertissant les esprits et les divertisse en les instruisant ; afin que toute la vie du chrétien se passe utilement dans la pratique de la vertu, et que les plus petites récréations en soient sanctifiées. Intéressez-vous avec moi dans ce lowable dessein. Le chant et la poésie ne nous doivent pas moins divertir dans ces cäntiques que dans des chansons profanes. C’est ce dessein qui m'a porté à donner au public ces chansons pieuses qui toutes ont pour leur sujet l’.Amour Divin qui sans doute est le premier maître des bonnes pensées et qui, dans la paix qu’il inspire à l'esprit des gens de bien, leur fait goûter par avance l'harmonie du Paradis.”

Ces motifs excellents de Surin, Pellegrin les partage,

(1) Quiconque étudie les chansons populaires du Canada français y constate un travail identique d'expurgation.—": Plusieurs de nos chansons se chantent en France avec des variantes lascives que nous ne connaissons pas en Canada. De là il suit évidemment qu'il a dû se faire ici un travail d'expurgation à une date quelconque, ou peut-être insensiblement. Or, ceux qui connaissent l'histoire des premiers temps de la colonie— alors qu'on ne permettait qu'à des hommes exemplaires d'émigrer au Canada, et que, suivant les chroniques du temps, ceux dont la vertu était un peu douteuse semblaient se purifier par la traversée ; alors que toute la colonie naissante ressemblait à une communauté religieuse, et que les missions huronnes rappelaient les âges de foi de la primitive Eglise—ceux-là, dis-je, compren-

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et, avec lui, l'éditeur Garnier (1) qui publia, à son exemple, un Xecuerl de Nouveaux Cantiques Spirituels “ avec des parodies sur les grands airs de musique instrumentale”.—" Quoique tous les airs de ces cantiques ne soient point propres à être chantés à l’église, à cause de leur trop vive gaieté ou de l’excessive vulgarité des paroles profanes, il est cependant fort utile d’avoir des cantiques sur ces airs afin qu'on puisse les chanter à la maison et oublier, par ce moyen, les chansons mondaines qui ont été composées dessus.”

Ce Mot d'avertissement de l'éditeur Garnier, le bon Père Daulé semble en avoir fait son profit; car plusieurs des cantiques de son volumineux recueil se chantent, ou mieux se chantaient, sur des airs de chansons triviales et grossières que lui avaient apprises, à Québhec, des artisans, des ouvriers, et des porteurs d’eau. Daulé notait les airs, puis écrivait sur leur mélodie des paroles pieuses qu’il substituait habilement aux couplets scabreux. Un peu plus tard, et au grand ébahissement de la dévote assistance agenouillée dans la cathédrale, la chanson, bachique ou grivoise, métamorphosée en cantique spirituel, retentissait sous les voûtes du sanctuaire, appuyée d'un magistral accompagnement d'orgue tenu alors, à

dront facilement qu'à cette époque, on n'aurait jamais osé chanter devant ses frères des couplets obscènes, et que le peuple ait pu, de lui-même, introduire dans certaines chansons les variantes qui nous sont restées et qui les dégagèrent de toute immoralité. ’" —Ernest Gagnon: Préface des Chansons populaires du Canada.

Les missionnaires oblats qui prêchaient des retraites dans les chantiers de l’'Ottawa—il y a de cela quarante ans—avaient composé des cantiques de morale sur les airs les plus en vogue et les mieux connus de nos chansons canadiennes. Il y en avait d'écrits sur la musique d'A /a claire fontaine, A'En roulant ma boule, de La belle Françoise, Dans les prisons de {Vantes, Fringue, fringue sur la rivière, etc, ete., bref, tout le répertoire de nos chansons de rame y passait. Le succès en était merveilleux... chez les raftsmen !

(1) NOUVEAUX CANTIQUES SPIRITUELS, avec des parodies sur les grands airs de musique instrumentale.—A Paris, chez Jean- Baptiste Lrarnier, imprimeur, libraire de la Reine et de Madame la Dauphine, etc., etc, —1750,

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Notre-Dame de Québec, par monsieur Molt, un Allemand, ancien protestant converti (1). Ces adaptations audacieuses firent sourire tout d’abord ; puis il advint qu'après un temps relativement court, de la chanson apprise à l'auberge ou ailleurs il ne resta plus dans les mémoires que la mélodie ancienne, les strophes religieuses du prêtre-musicien ayant absolument fait oublier ses couplets lascifs ou vulgaires. ‘On les chante, écrit très justement M. Ernest Gagnon, on les chante aujourd’hui sans penser à leur origine ; de même qu’à Rome on peut entrer dans les églises du Panthéon et de Santa Maria sopra Minerva sans songer aux héros de l’Antiquité ou aux rêveries de la théogonie païenne.”

Voici un amusant exemple de la manière de procéder de l’abbé Daulé.

Au monastère des Ursulines de Québec on chante, depuis bientôt quatre-vingts ans, un noël (2) que Daulé composa spécialement pour les messes de minuit du couvent cont il fut le chapelain plus d’un quart de siècle. Il est écrit sur la musique d’une chanson à boire ; la mélodie en est délicieuse, et j'en sais peu qui aient un carac-

(1) Sa femme et deux de ses fils périrent, en 1846, à l'incendie du théâtre de Québec, où brûlèrent vives près de cinquante personnes.

(2) Il est demeuré inédit jusqu'en 1897, date de la publication des Cantiques populaires du Canada français, par M. Ernest Gagnon, car il ne setrouve pas dans le Aecueil que Daulé publia, en 1819, sous le voile de l'anonymat.

Le Père Daulé eut un collaborateur dans la personne du colonel Joseph-François Perrault, fils de l’ancien protonotaire Joseph François Perrault.—": Le Père Daulé avait entrepris de composer un recueil de cantiques pour les offices religieux. Or, il était loin d’avoir l'oreille musicale et encore plus loin de posséder le feu sacré du poète. Dans cette double indigence, il songea à utiliser le savoir-faire du colone! Perrault, bon musicien, qui connaissait et chantait toutes les chansons du Pont Neuf. Celuici se prêta, avec plus ou moins de sérieux, au désir du Père Daulé en lui fournissant des chansons de l'ancien temps que le bon prêtre travestissait en cantiques,

tère aussi pénétrant d'émotion religieuse, (1) Eh! bien, jugez du contraste entre le premier couplet de la chanson bachique et celui du cantique de noël mis en regard.

Chanson bachique Cantique de Noël Dans ce monde on aime le bruit, Dans le silence de la nuit L'éclat fascinant de la gloire; Un Sauveur pour nous vient de naître; On peine, on tâche jour et nuit Quoique dans un sombre réduit, Pour graver son nom dans l'histoire, Vous ne pouvez le méconnaitre.

Chœur Chaur

Muis moi, qui n'aime que le vin, L'Enfant, des enfants le plus beau, Un seul bruit frappe mon oreille: Vous appelle avec allégresse :

C'est le trin-trin (hs) A son berceau (bts) De mon verre et de ma bouteille ! Portez les dons de la tendresse,

J'ai donc raison de prétendre, et mes lecteurs conviendront volontiers, en face d’une telle preuve, que mon assertion n’a rien d’exagéré, que les Voë/s anciens de la Nouvelle-France, idéals et divins pour nous, n'étaient rien moins d’ascétiques dans l’opinion de nos grandspères. En effet, si nous connaissions, comme eux le savaient, les paroles des chansons amoureuses et le mot À mot des refrains bachiques sur la musique desquels se chantaient leurs noëls, précisément composés en vue de faire oublier leurs couplets déshonnêtes, notre dévotion comme notre goût en souffriraient énormément. Félicitons-nous d’une telle ignorance : elle sert merveilleusement au charme de l’illusion.(2) Il en est de la poésie, de la musique, de la sculpture, comme de l’art culinaire :

(1) Cf. : Ernest Gagnon, Canfiques populaires, ete, pages 22, 23 et 24.

(2) Au nombre de ces cantiques, heureusement tombés en désuétude, il en est où l'amour divin (?) parle un audacieux langage érotique :

Allez, à mon bon ange, Et cet autre : Vos charmants attraits

Dire à mou bien-aimé Comblent mes souhaits Que ma peine est étrange l'out en vous, tout me plaît, Depuis qu'il m'a charmé ! Tout m'enchante !

Cf: P. B. Casgrain: Mémorial des familles Casgrain, Baby et Perrault, page 182.

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n'en demandons pas tous les procédés et n'en cherchons pas tous les dessous. T'el plat succulent nous extasie..., à table ; ne descendons pas à la cuisine pour voir comment il se prépare. Restons dans la salle du banquet si nous voulons conserver intacts et notre admiration pour le maître-queue et notre appétit pour son chef-d'œuvre, Agissons de même à l'égard des chansons populaires, aïeules ou marraines de nos cantiques de Noël modernes, n’en retenons que les douces mélodies sans chercher davantage quels sentiments les inspirèrent ou quelles paroles elles chantaient à l’origine.

L'exception prouve la règle : c’est un axiome de grammaire et d'histoire, J'établis donc encore, au défi de toute contradiction sérieuse, que les noëls religieux l’ont victorieusement emporté, en France et au Canada, sur les noëls populaires, en citant, à titre d’amusante curiosité, trois cas accidentels où la chanson profane a non seulement triomphé du cantique religieux qui la voulait supplanter dans la mémoire et l'affection du peuple, mais, au contraire, sut garder tout son terrain, c’est-àdire tous les mots de ses couplets et toutes les notes de sa mélodie.

En étudiaut les Vouveaux Cantiques Sprirituels du recueil Garnier, il m’arriva d’en lire un, fort typique, Les Bergers de Bethléem, qui se chantait sur l'air :

11 la passa toute Sans en boire goutte.

D'’ordinaire, quand on veut indiquer au lecteur que la musique de tel ou tel cantique est empruntée à telle ou telle chanson, on le fait par la citation du ou des premiers vers de cette chanson. (1) Maïs ici l'éditeur, ou plutôt le compilateur du recueil Garnier procède tout autrement. L'air de la chanson sur lequel est écrit le cantique y est désigné par les deux derniers vers du second couplet.

Il la passa toute, Sans en boire goutte : ces mots, à première lecture, firent écho dans ma mémoire.

(1) Ou bien encore, par le premier vers du refrain de la chanson. Le recueil Garnier nous en donne un exemple à la page 116 de la 4ième partie des Cantiques Spirituels, tome 1er. Le 7ième cantique se chante sur l'air: O? est-il, le petit Nouveau- Né? C'est le refrain du noël populaire sur la musique duquel Pellegrin écrivit son noël religieux, Ça, bergers, assemblons-nous. —Cf: pages 72 et 72 de ce livre,

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Ils me semb'aient très connus, me rappelaient même le timbre d'une voix familière qui, bien certainemenit, me les avaient chantés quelque part. Mais où et quand ? L'hésitation fut courte cependant, le refrain de la chanson bachique—c'en était une—m'était revenu tout à coup en une bouffée de joie, en un éclat de rire que je reconnus parfaitement. (C'était la chanson du Grand Pèr' Noé, un air du Caveau de Paris, d'un comique irrésistible, et que l’on chantait au Petit Cap Saint-Joachiin du temps que j'étais écolier, à l’âge d'or des vacances. La voici, telle que transcrite des Annales musicales du Petit Cap, ouvrage inédit de Mgr Thomas-Etienne Hamel (1).

(1) Les Messieurs du Séminaire de Québec possèdent, sur leur Ferme du Petit Cap, à Saint-Joachim, comté de Montmorency, une princière villa. C'est à cette somptueuse maison de campagne qu'un certain nombre d'écoliers, par un privilège que leur a mérité leur bonne conduite durant l'année scolaire, passent leurs vacances. Sans parler de ses dépendances, la villa se compose de deux grands corps de logis séparés : du Château Belle-Vue où résident les prêtres, et de Notre-Dame de Liesse— un heureux vocable, n'est-ce pas ?—où pensionnent les écoliers. Une chapelle, dédiée à Saint-Louis de Gonzague, patron de la jeunesse, occupe le centre d'un bois planté de chênes et d'ormes, superbes de stature et de feuillage.

Mgr Hamel, un des hommes les plus actifs que je connaisse, et qui se repose en travaillant, a pris à cœur de recueillir, dans ces Annales musicales du Petit Cap, toutes les chansons en vogue à Saint-Joachim, au temps de vacances : chansons de marche, chansons de rame, etc., etc. Il s'est principalement étudié à collectionner les différentes versions musicales de chacune d'elles avec le nom de l'écolier, du prêtre ou de l'hôte qui l'ont introduite au Petit Cap. Ce précieux ouvrage, encore inédit, sera d’un grand secours à nos musiciens désireux d'écrire plus tard l'histoire de la chanson canadienne-française.

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