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“ sur lequel fut mis, dans le temps, le noël, aussi très “ connu, l’otre divin maître.”
A quelle époque vivait L’'Isle-Adam ? Hoefer, Fétjs, Michaud, que j'ai consultés, ne font pas à L’Isle-Adam l'honneur de le nommer dans leurs biographies dites universelles. On n’en doit pas conclure que ce vaudevilliste n'ait pas existé, ou qu’il soit aussi obscur que ces auteurs le prétendent en l’ignorant de la sorte.
Rien ne prouve d’ailleurs que ce cantique soit postérieur à l’année 1763; conséquemment, il est permis de croire encore, sans commettre une hérésie historique, que Votre divin Maître appartient à la catégorie des Moëls anciens de la Nouvelle-France. Le recueil Daulé, malgré la pénurie de ses renseignements, fournit toutefois un précieux indice aux chercheurs ayant du loisir, un clue qui leur permettra peut-être de fixer la date précise du noël que nous étudions, partant de le classer suivant l’ordre de son identification. Daulé nous donne le vers initial du vaudeville—le caractère de la musique le prouve clairement—sur lequel est écrit ce cantique : Æh quoi ! tout sommeille ! C'est évidemment le même vers initial que nous a donné Barbarin: //6/as ! tout sommetlle ! Les archivistes de bonne volonté n'auront plus qu’à feuilleter les répertoires de messieurs les vaudevillistes des 17ième et 18ième siècles, répertoires qui se trouvent.... à Paris, à la Bibliothèque Nationale. Je n'ai pas la prétention de diriger, à cette distance, les fouilles laborieuses de ces braves gens ; seulernent, s’il m'était permis de leur donner un conseil, je commencerais par les œuvres de Cassanea de Mondonville, maître de chapelle de la maison de Louis XV. Cassanea (Jean- Joseph) naquit à Narbonne en 1,15, et mourut à Belleville, près de Paris, en 1773. Le nom de Mondonville, que Cassanea aétoupla au sien, pour lui donner plus de relief, était celui d’une terre qui avait appartenu à sa famille.
Cet artiste se livra, très à bonne heure, à l'étude du violon et devint l’un des plus habiles exécutants de son
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NOËLS ANCIENS 185 époque. Mais sa célébrité comme compositeur ne tarda pas à surpasser celle qu’il s'était acquise comme virtuose. Telles de ses mélodies devinrent célèbres et furent classées plus tard parmi les Asrs populaires de France qui sont censés n'avoir jamais eu d'auteur, quoiqu'il en fallut bien un pour les écrire. C’est la raison déterminante que j'offre aux archivistes-musicienus pour les induire à commencer leurs recherches dans le répertoire de Cassanea (1).
En attendant que ces messieurs découvrent la pièce à conviction, je maintiens que lotre divin Maître appartient aux Voë/s anciens de la Nouvelle-France. Strictement, je n’ai pas, à l appui de mon assertion, une preuve directe et positive, mais enfin pourquoi refuser à cette pastorale le bénéfice de la certitude comme on accorde à des œuvres d'art le bénéfice du doute, le mystère de leur origine ajoutant au charme de leurs heautés archaïques ?
Un autre cantique très populaire chez nous—j'entends la province de Québec—est le noël languedocien : Les anges dans nos campagnes, qu'à mon grand étonnement je n’ai pas retrouvé dans les cinq vieux recueils consultés aux archives de l’Hôtel-Dieu de Québec. Migne nous le signale comme fort ancien. ‘Nous nous sommes em- ‘ pressés, dit-il, à la préface de son Prctionnaire de Noëls ‘el de Cantiques, nous nous sommes empressés d’intro- ‘“ duire dans notre dictionnaire des sortes de romances ‘“ ou complaintes dont les airs et les paroles ont long- “temps joui d’une très grande PRÈS telle que
&) Son molle ouvrage est une pastorale en patois tengue. docien: Aaphnis et .Icidamure, jouée à Paris, en 1754. Les critiques de l'époque ne se génèrent pas pour crier sur tous les toits que le travail du compositeur s'était borné à arranger en opéra de vieux airs populaires du midi, ceux-là même que Fléchier avait entendus bien souvent alors qu'il professait la rhétorique à Narbonne. Qui sait ? on trouverait peut-être, en cherchant dans les motifs de Daphnis et Alcidamure, \a mélodie tant aimée sur laquelle le futur évêque de Nîmes écrivit son délicieux noël: Dans cette étable.
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“ celle qui débute ainsi: Æn/ends ma voix fidèle, — Pasd “ eur, suis-moi ; celle qui commence par ce vers: Allons 4 € jous à la crèche ; la complainte du Mauvais Riche : Venez ouir avec crainte ; les vieux noëls Cantons avec “ yéjouissance, J'entends, là-bas, dans la plaine (1), /e & suis le maître de la grange,” etc.
Il se chantait donc en France au dix-septième siècle, ou, plus tard, dès le commencement du dix-huitième, puisque, d’après Migne, il est le contemporain du noël de ii de Pellegrin: Æn/ends ma voix fidèle, publié en 1701. 1 Maïs ici, au Canada, sous le régime français ? Rien ne f me permet d’en affirmer le fait ; et je ne puis que le supà. poser. Des vieillards que j'ai consultés à ce propos m'’as- 1 surent que de leur temps, c’est-à-dire lans leur jeunesse, ce qui nous reporterait à l’année 1840, ce noël était tout ci nouveau pour eux, et qu’il était absolument inconnu de leur enfance.
É En 1842, l'abbé Louis Lambillotte publia chez Pous- | sielgue-Rusand, libraires, Paris, rue Hautefeuilie, No. 9, | 14 un Choix de cantiques sur des airs nouveaux pour toutes les fêtes de l’année. Ce recueil, spécialement dédié aux maisons d'éducation, renfermait (pages 8 et 9, cantique l No. 3) le noël languedocien que nous cherchons: Zes anges dans nos campagnes. Des exemplaires de cet oud vrage furent apportés à Québec l’année même de sa publication en France et se vendaient, sur la rue La d' Fabrique, à la librairie Crémazie. On pourrait donc vraisemblablement fixer à 1842 l’apparition ou le retour ‘au Canada du vieux cantique que nos ancêtres connurent peut-être mais qu’ils ne chartaient certainement pas sur
l'air modernisé de Lambillotte.
fi (1) Le vers initial et le premier couplet du noël languedocien, 4 Echos de Bethléem, varient, suivant qu'ils appartiennent à la | version ancienne ou à la version moderne de ce cantique.