‹ Noëls anciens de la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 49 sur 51 · BARTHÉLEMY VIMONT · texte numérisé non relu

BARTHÉLEMY VIMONT

En 1897, la basilique de Québec comptait donc deux cent cinquante ans. Cette doyenneté d'âge, deux siècles et demi, ne lui est disputée par aucune église au Canada.

(1) Je me suis inspiré, pour la préparation de cette vignette, d'un dessin de M. Fred. B. Schell, et dont la gravure a été publiée dans le Pic{uresque Canada, (Vol. I, page 51) de G. M. Grant,—Toronto, chez Belden Bros,

(2) Archives de la Fabrique Notre-Dame de Québec,

Notre-Dame de Québec ne fut ouverte au culte qu'en 1657. Elle avait alors la forme d’une croix latine et son clocher s'élevait sur le transept. Elle mesurait cent pieds de longueur sur une largeur de trente-huit pieds.

Trente ans plus tard, en 1687, on résolut d'agrandir l'église, c'est-à-dire de l’allonger par le portail. Un architecte de Paris, Hilaire Bernard, mandé à cet effet, dirigea les travaux. Les deux tours carrées actuelles furent bâties, mais une seule fut ter. minée : c’est le beffroi qui existe encore. (1)

Le 23 décembre 1745 on décida, en assemblée publique, de rebâtir l’église d’après les plans de Gaspard Chaussegros de Léry, chevalier de Saint-Louis, ingénieur de la marine, Les anciennes murailles furent utilisées : les piliers actuels de la nef en sont une partie; les bas-côtés datent aussi de cette époque (1745). Les travaux furent terminés le 15 novembre 1748, précisément un siècle après la première construction.

Incendiée au siège de 1759, la cathédrale fut rebâtie en 1768, par un architecte canadien, M. Laflèche, qui utilisa les mêmes murs ; mais on allongea le sanctuaire de vingt-deux pieds. Ce qui donne, pour les dimensions actuelles de l'édifice, deux cent seize pieds de longueur sur quatre-vingt-quatorze pieds de largeur.

En 1843 on fit disparaitre l’ancien portail, (2) que l’on reconstruisit en pierre de taille d’après un plan nouveau. Par bonheur, on épargna le beffroi dont la lanterne est l'exacte reproduction de celle qui existait avant l'incendie de 1759. (3)

De sorte que si nos premiers ancêtres, les Français-canadiens

(1) La seconde tour fut terminée en 1843, quand le portail de la cathédrale fut reconstruit.

(2) Cf: lues de Québec en 1872, —dessins de Sproule, chromo-lithographies de Craven.

(3) A la fin du quinzième siècle, Marie de Luxembourg fit bâtir une église sur les ruines d’une construction très ancienne élevée à l'endroit où était venu prêcher saint Martin, l'apôtre des Gaules. Je signale à mes lecteurs le clocher de cette église, connue sous le nom de Saint-Martin de Vendôme, dans le département de Loir-et-Cher, car le clocher de notre basilique lui ressemble étonnamment. Consultez à cet effet le Magasin Piltoresque de Paris, année 1838, page 164, et faites la comparaison,

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du dix-septième siècle et les Canadiens-français du dix-huitième, revenaient à Québec, la nuit de Noël, ils pourraient encore s'orienter sur le clocher de leur vieille cathédrale,

La seconde photogravure représente une statuette de l'Erfant Jésus appartenant à la chapelle de la Mission huronne de la Jeune Lorette.

Ce bambino a-t-il une histoire ?

Suivant la tradition huronne, cette statuette de l'Enfant Jésus fut apportée de France au Canada par le Père jésuite Paul Le Jeune, en 1632. Quelques années plus tard, 1637, à la fondation de la mission algonquine de St-Joseph de Sillery, le Père Le Jeune en fit cadeau à la chapelle où elle demeura jusqu'en 1673.

Nous connaissons les migrations nombreuses des Hurons. Chassés de leur pays par les féroces Iroquois, ils arrivent à Québec le 23 juillet 1650. L'année suivante, 1651, ils s'établissent à l’lie d'Orléans. Six ans plus tard, en 1657, ils reviennent à Québec. En 1668, nouveau départ de la tribu qui se rend à Notre-Dame de Foy.

Or, la mission huronne de Notre-Dame de Foy était desservie, en 1673, par les Jésuites qui résidaient à la mission algonquine de St-Joseph de Sillery, comme le prouvent incontestablement les Aelations inédites de la Nouvelle-France, 1672-1679 :

‘ Vers la fête de la Toussaint, de l'année 16#3, les chemins étant très mauvais, et les Pères chargés de cette mission demeurant pour lors à Sillerv, qui est à une demi-lieue de Notre-Dame de Foy, avaient bien de la peine à s'y rendre, comme ils v étaient souvent obligés plusieurs fois par jour.”" (1)

Cet inconvénient fut peut-être la raison d'une sixième exode de la tribu huronne, qui, cette fois, alla s'installer à l’'Ancienne Lorette, Et ce fut probablement à cette occasion que la statuette de l'Enfant Jésus fut donnée aux Sauvages de Notre- Dame de Foy en souvenir des Jésuites de Sillery et des bonnes re-

(1) Vol rer page 299, Douniol, éditeur, Paris, 1861,

latioff de voisinage établies entre les Algonquins et les Hurons. On était alors bien près du Jour de l’An (la tribu émigra le 29 décembre 1673) et les bons Pères ne voulurent pas laisser partir sans une étrenne leurs chers enfants de la forêt.

Les Hurons vécurent à l’Ancienne Lorette jusqu'en 1699, an-

née où ils déménagèrent, une septième fois, à la Jeune Lorette.

Leur installation y paraît bien définitive et permanente, car elle compte aujourd’hui deux siècles révolus. Le bambino historique du Père Le Jeune les y a suivis. Il demeura, jusqu’au 10 juin 1862, dans leur chapelle qu'un désastreux incendie dévora malgré les plus énergiques efforts apportés pour le combattre. Par bonheur, on réussit à sauver le trésor archéologique de l’église, et, avec lui, l’admirable statuette de l'Enfant Jésus, une merveille de sculpture en bois, un pur chef-d'œuvre d'art français. Monsieur le notaire Paul Picard Tsa8enhohi, de la Jeune Lorette, en est actuellement le possesseur. Il la garde avec un soin jaloux. La vigilance du dragon qui défendait les pommes d'or au jardin des Hespérides n'est que de la trahison, comparée à la sollicitude de TsaSenhohi, l’homme qui voit clair, l'œil de vautour. ‘‘ Mon frère ’’ Paul justifie son nom de baptême, le nom parlant donné par la tribu.

La troisième photogravure donne le fac-similé de la page 22 du recueil allemand ;—Za//ades et chants populaires.

J'ai voulu que la dernière pensée de ceux-là qui liront cette étude historique fut pour les vieilles églises paroissiales de nos campagnes qui, tant de fois, entendirent chanter les Voë/s anciens de la Nouvelle-France.

Aussi, ai-je demandé à l'habile crayon de Monsieur Léonidas Guenette, professeur à l’école des arts de Netre-Dame de Lévis, attaché au ‘département de la Colonisation et des Mines, un dessin qui représentât un clocher renaissance. C'est le sujet de la quatrième et dernière photogravure. Ce clocher, de profil aussi gracieux qu'original, caractérisait, au dix-septième siècle, l'architecture extérieure de nos édifices religieux. De ce nombre nous comptons les plus célèbres et les plus vénérés de nos sanc-

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