‹ Noëls anciens de la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 7 sur 51 · JÉSUS EST N · texte numérisé non relu

JÉSUS EST N

pes)

Hommes, prenez courage, Jésus est né !

Maintenant que le règne du diable est détruit

N'écoutez plus ce qu'il dit à vos esprits.

Jésus est né !

Ecoutez les anges du ciel.

Ne rejetez pas maintenant ce qu'ils vous ont dit.

Marie a enfanté le Grand Esprit, comme ils vous l'ont dit. Jésus est né!

Trois chefs se donnèrent parole

En voyant l'étoile au firmament :

Et ils convinrent de suivre l'étoile.

Jésus est né!

Alors Jésus leur suggéra l'idée de venir Le voir

Et la pensée que l'étoile les conduirait vers Lui :

Et ils se dirent donc qu'ils iraient vers l'étoile. Jésus est né!

Ces chefs firent des offrandes ; en voyant Jésus Ils furent heureux, et lui racontèrent de grandes choses : Ils Le saluèrent et lui parlèrent sincèrement.

Jésus est né!

A présent venez tous Le prier,

Adorez-Le. Il a exaucé nos vœux,

Ecoutez-Le. Il veut que vous soyez saints.

Jésus est né!

L'honneur et le mérite de cette traduction en reviennent à “ won frère ” Paul TSASENHOHI, de la tribu des Hurons de Lorette. Monsieur Paul TsaSenhohi —({ "Aomme qui voit clair, littéralement : l'œr1/ de vautour, à cause de son regard très vif et très perçant)—répond, en français, au nom de Paul Picard. Il est notaire, et professe comme tel dans son village natal qui se trouve être, par comble de bonne fortune, la capitale de son pays. Il est le fils du célèbre chef huron, Paul Picard 7a/ourhenché, (Ze point du jour), surnom bien caractéristique, fine et gracieuse allusion aux habitudes matinales du sagamo

nonagénaire, toujours levé à l’aube, ax point du jour. Ironie des mots! Le dernier des Hurons s'appelait /e point du jour. Pour l’histoire de sa nation ne devrait-il pas se nommer /e so/er/ couchant ?

En remerciant publiquement ici M. le notaire Paul Picard, je serai l'expression de la gratitude de tous les dévots au culte de notre littérature nationale. Mais, s’il convient d'être reconnaissant envers les archéologues et les archivistes, savants découvreurs ou gardiens jaloux de nos trésors historiques, quels sentiments d’admiration patriotique, quels applaudissements enthousiastes n’éveillera-t-11 point celui-là qui ressuscite une langue morte— l'idiome sacré de ses ancêtres—et lui fait chanter, aux éches mêmes du sépulcre dont il renverse la pierre, un noël radieux comme une aurore de Pâques ?

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J'ai cru devoir assigner la quatrième place dans l’ordre chronologique des NOELS ANCIENS DE LA NOUVELLE- FRANCE au noël orléanais S/ence, ciel; silence, terre. Il importe peu, d'ailleurs, que ce cantique soit, par la date, le cadet, le contemporain ou l’aîné du noël français de 7645, ou du noël huron de 1649. Il existe, en archéologie, aussi bien qu’en mathématiques, des quantités négligeables. Sience, ciel; silence, terre, ne se trouve pas dans les ouvrages du jésuite Surin, du capucin Martial de Brives, et de l'abbé Pellegrin, pour cette excellente raison qu'aucun de ces trois chansonniers spirituels n'en est l’auteur. Le recueil de l’imprimeur Garnier ne le contient pas davantage. En faudrait-il conclure qu'il fût postérieur à l'édition de cet ouvrage, et qu’il aurait été composé après 1750 ? Nullement. En 1877, Mgr Victor Pelletier, chanoine de l’église d'Orléans et chapelain d'honneur de Sa Sainteté Pie IX, a publié une seconde édition de Za Grande Bible des Noëls, comprenant les noëls orléanais et ceux des contrées voisines. (1) C’est un recueil de noëls rarissimes français. Or, S#ence, ciel ; silence, terre, est au nombre de ces perles inestimables dans l'esprit des bibliophiles, des archéologues et des érudits. En autant que l'identification en a été possible, chacun de ces noëls est signé du nom de son auteur. Celui-ci est anonyme : ce qui établit, mieux que toute autre preuve, l’antiquité de son origine. Une autre grave raison qui me fait rattacher ce noël anonyme à la seconde moitié du dix-septième siècle est son indéniable perfection littéraire. Elle m'autoriserait même à le chercher dans les œuvres des grands maîtres de la langue

(1) La Grande Bible des Noëls, comprenant les noëls orléanais et ceux des contrées voisines, par Mgr Victor Pelletier —seconde édition, —Orléans.—H, Herluison—Libraire éditeur.—17, rue Jeanne-d’Arc, 1877.—La première édition parut en 1866.

fratiçuise, car il mériterait l'honneur d’être compté parmi les Cantiques spirituels d'un Pierre Corneille ou d’un Jean Racine.

Quant à sa musique, elle appartient absolument à la tonalité grégorienne. Il suffirait, pour s'en convaincre, de l'entendre chanter par les Labitants de nos campagnes, accoutumés à interpréter le plain-chant. Ces braves gens chantent dans le genre diatonique, sans même soupçonner ce qui caractérise cette tonalité. Phénomène merveilleux que cette inconscience artistique, et qui justifie étonnamment le mot génial de Leibnitz: ‘{ la musique est un calcul secret que l’âme fait à son insu |” Elle possède l’admirable simplicité des hymnes liturgiques. Par une rencontre rare, une occurence exceptionnellement heureuse, il arrive que la poésie du noël orléanais partage toutes les qualités de la musique sur laquelle on le chante. Ce qui établit un trait de ressemblance—le seul assurément—avec le solennel 47nuit, chrétiens, de nos maîtrises modernes ; car on admet volontiers aujourd’hui que les belles strophes de Marie Cappeau sont dignes de la musique d'Adolphe Adam. (1)

J'étudiais les belles-lettres au Séminaire de Québec quand j’entendis chanter, pour la première fois, au mi-

(1) Ce fut le 25 décembre 1858, à l'église St-Jean-Baptiste, à la messe du jour, que Madame François-Xavier Pichette—née Rose de Lima Belleau—chanta pour la première fois à Québec, et très probablement au Canada, le célèbre Voé/ d'Adolphe Adam. Ce cantique, aujourd'hui fameux, nous avait été apporté de Paris par M. Ernest Gagnon au retour de son premier voyage en Europe. Voici un extrait de la lettre que m'écrivait à ce sujet le distingué musicien :

Québec, 21 février 1890.

Cher monsieur Myrand,

Je viens de consulter les anciennes liasses du ‘Courrier du Canada,’ et je constate que le cantique de Noël d'Adolphe Adam a été chanté à l’église St-Jean-Baptiste de Québec, à la messe du jour, le 25 décembre 1858, par madame F.-X. Pichette (née Belleau), avec accompagnement de harpe par madame Sheppard. Je tenais l'orgue. C'était une primeur pour le public de la ville. à

Le Voël d'idam fut répété le même soir, à l'église de Notre-Dame des Victoires, À 1a Basse-Ville, où il y eut un salut solennel précédé d’un sermon, M. l'abbé Cyrille Légaré, revenu de Paris l’année précédente, avec

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nuit du 25 décembre 1869, le vieux cantique orléanais. Nous étions bien trois cents écoliers réunis dans la chapelle particulière du collège, mais, tel en était le recueillement qu’elle semblait vide, déserte absolument. “ Le silence priait,”” eût écrit Paul de Saint-Victor. Une voix soprane, très douce, très pure, s’éleva dans l’assistance muette d'émotion, et fit tomber sur elle les paroles impératives du premier couplet :

Silence, ciel ; silence, terre, Demeurez dans l'étonnement !

En vérité, cette voix d'enfant, craintive, intimidée, commandait.

Pour nos jeunes mémoires, saturées d’études classiques, l'identité des mots rappelait le cri de Joab au troisième acte d’Afhalie :

Cieux, éc ‘lez ma voix ; terre, prête l'oreille !

un diplôme de licencié ès-lettres conféré par la Sorbonne, y fit ses débuts comme prédicateur. Ontrouva son discours trop académique pour une fête de Noël... Mais le /Voë/ d'Adam recueillit tous les suffrages. Tous mes saluts et compliments, ERNEST GAGNON.

Je n'ajouterai qu'un mot d'explication à cette lettre intime, pour le bénéfice du lecteur. Cette madame Sheppard dont il est parlé était madame \Villiam Sheppard (née Desbaratz) mère de notre aimable concitoyen M. l'aide-de-camp Henry Sheppard et de feu l'inspecteur du bureau de poste, M. William G. Sheppard.

Madame François-Xavier Pichette est décédée à Ste-Foye le 18 septembre 1899. Les journaux de Québec ont publié, entre autres notices nécrologiques, un obituaire où l'on disait :

‘ Madame Pichette a demeuré pendant de longues années au faubourg ‘° St- Jean- Baptiste, et les anciens se rappellent encore tous les services

‘ qu’elle a rendus au chœur de l'orgue de l'église St-Jean-Baptiste, par le | CONCOUTS de sa voix puissante et douce, dans maintes et maintes circon-

‘ stances.

Aussi l'Union Musicale, c'est-à-dire le chœur de l'orgue de l'église St-Jean-Baptiste, se fit un devoir de reconnaissance d'assister aux funérailles de la regrettée défunte.

La connaissance de ces petits faits sera peut-être utile à ceuxlà qui écriront plus tard l’histoire de la musique à Québec.

Il y avait bien un harmonium, accompagnant en soutdine, mais qui donc l’écoutait? L’attention fascinée allait toute entière à cette voix claire du petit écolier chantant maintenant avec plus d'assurance :

Un Dieu pour nous se fait enfant.

L'amour, vainqueur en ce mystère, Le captive aujourd'hui, Tandis que toute la terre,

Que toute la terre est à Lui!

La voix s’est tue, et, avec elle, le petit orgue. Il s’écoule bien encore deux ou trois secondes de silence absolu, puis soudain, les trois cents écoliers reprennent en chœur, dans un #«{{i formidable, le couplet entier. L’effet de toutes ces voix chantant à l’unisson était immense.

Un flegmatique lecteur me reprochera sans doute cet enthousiasme juvénile, le meilleur en somme et le plus excusable assurément. Je ne crois pas, cependant, qu’il échappe lui-même à l'émotion que me cause la seule lecture de cette poésie séculaire, — de ce carmen seculare de l’Orléanais monarchique, dont les strophes harmonieuses semblent autant de coups d’aile le maintenant immobile, comme un aigle qui plane, à la hauteur d’un chef-d'œuvre.

Silence, ciel ; silence, terre,

Demeurez dans l’étonnement :

Un Dieu pour nous se fait enfant.

L'amour, vainqueur en ce mystère, Le captive aujourd’hui, Tandis que toute la terre,

Que toute la terre est à Lui.

Disparaissez, ombres, figures,

Faites place à la vérité ;

De notre Dieu l'humanité

Vient accomplir les Ecritures.

I1 naît pauvre aujourd’hui, Tandis que toute la terre,

Que toute la terre est à Lui !

en soutfascinée t écolier

Il s’éice absonent en r. L,'ef-

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oute cet le plus nt, qu’il ule lecseculare harmontenant ut d’un

A minuit, une Vierge mère

Produit cet astre lumineux ;

En ce moment miraculeux

Nous appelons Dieu notre frère, Qui croirait aujourd'hui, Hélas ! que toute la terre,

Que toute la terre est à Lui ?

Il a pour palais une étable, Pour courtisans deux animaux, Pour lit la paille et les roseaux, Et c'est cet état lamentable Qu'il choisit aujourd'hui, Tandis que toute la terre, Que toute la terre est à Lui !

Quel spectacle, humaine sagesse !

La grandeur dans l'abaissement !

L'Eternel, enfant d'un moment !

Un Dieu revêtu de faiblesse, Souffrant et sans appui !

Tandis que toute la terre, Que toute la terre est à Lui !

Glaçons, frimas, saison cruelle, Ah! suspendez votre rigueur ; Vous faites souffrir votre Auteur, Le Dieu de la gloire éternelle, Qui s'abaisse aujourd’hui, Tandis que toute la terre, Que toute la terre est à Lui!

Venez, pasteurs, en diligence ; Adorez votre Dieu sauveur ; Il est jaloux de votre cœur, Il vous aime par préférence.

Il naît pauvre aujourd'hui, Tandis que toute la terre, Que toute la terre est à Lui !

Assemblons-nous, pleins d’allégresse,

Venons au berceau de Jésus Mettre à ses pieds tous les tributs De l'amour et de la tendresse, Tous ensemble aujourd'hui Chantons que toute la terre, Que toute la terre est à Lui!

Noël, Noël, en cette fête,

Noël, Noël, avec ardeur,

Noël, Noël au Dieu sauveur,

Faisons de nos cœurs sa conquête.

Chantons tous aujourd'hui Noël par toute la terre,

Car toute la terre est à Lui! (1)

L'enthousiasme du dernier couplet dépasse encore le dramatique de la première strophe :

Noël, Noël, en cette fête, Noël, Noël, avec ardeur, Noël, Noël au Dieu sauveur !

Noël! Noël! C'était le grand cri de joie du Moyen- Age devenu celui de l’humanité. Noël! Noël! C'était l’hosanna de la France impériale et monarchique aux sacres de Charlemagne et de saint Louis demeuré l’acclamation de l'Eglise aux anniversaires du royal avènement du Christ en ce monde !

Un savant musicien de mes amis me fait l'honneur d'écrire pour mon livre la musique de ce noël. ‘ Faites “ bien remarquer, me dit-il et il insiste sur ce point— faites bien remarquer que cette mélodie n'appartient ‘ pas au mode mineur de la tonalité moderne, maïs au premier mode authentique de la tonalité grégorienne. “ Voilà pourquoi la clef n’est pas armée d’un bémol.”

(1) Cf: Mgr Pelletier: Za Grande Bible des Noëls, pages 59, 60 et 61, Daulé: Vouveau recueil, elc., pages 233 et 234.

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pages 59, 34:

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