ACTE I, SCENE IV
s'il déshonorait le nom de ses nobles ancêtres... Kl pour le sauver , nia mère se sacrilia ! Pour lui , elle abandonna notre village, tandis qu'on embarquait mon père sur un vaisseau qui l'emporta dans un pays lointain ! El plus tard , lorsqu'il revint , on lui fit croire qu'elle était morte !
ANETTE
Pauvre mère !
NOÉMiE, pleurant.
Oui, pauvre mère! me suis-je écriée aussi! « Oh! bien malheureuse... et bien désespérée , me dit-elle; car, après quelque temps, lorsque je trompais ma douleur par le souvenir de mon sacrifice , lorsque j'étais fière de l'avoir sauvé en me perdant, je sentis avec épouvante que ce n'était pas seulement mon bonheur et ma vie que j'avais donnés, mais aussi le bonheur et la vie de mon enfant... Je sentis enfin que j'allais être m^re... Oh ! alors, je mis à rechercher celui dont on m'avait séparée , toute l'ardeur , toute la persévérance que j'avais mise à le fuir... mais toujours... toujours inutilement... Toi , ma fille , tu seras peut-être plus heureuse... Dieu secondera les efforts de l'enfant innocente et pure, il le rendra ion père... et quand tu l'auras retrouvé, remets-lui celte lettre , Noémie, ii le donnera un appui plus ferme que celui que lu perds aujourd'hui , une tendresse égale à celle que j'ai toujours eue pour loi...
Air du Savoyart. (Béral.)
< Mon enfant, bonne espérance.
1 En Dieu mets la confiance;
a II te rendra, je le pense, '
« A l'ami que j'ai ppnîii.
a Dis-lui qu';! ma dernif-re heurp a C'est encor lui que le pleure, a Lui qu'en mon hunihie demeure, a Hélas! je n'ai pas revu!... »
Puis, elle es! morle, n-.a mère...
Morte!... mais, auparavant.
Elle a prié pour mon père.
Elle a héni son enfant.
(Moment de silence, pendant lequel les deux jeunes filles essuient leurs larme.»;.)
ANETTE
Noémie... je comprends maintenant que Iti aies voulu quitter le pays... Mais pourquoi est-ce en lisant e'te lettre de .M"^ Valeniine de Quercy...
Que je me suis décidée à partir, à venir ici ?... c'est qu'elle t'attendait, disait-elle, au village de Saint- Florentin, dans le château du comte d'Avrigny, et que le comte d'Avrigny.. c'est mon père...
ANETTE
Lui... ton père !...
Comprends-tu maintenant? comprends-tu toute ma joie , tout mon bonheur , tout mon délire !... Je suis ici près de lui... je vais le voir , l'embrasser... je ne serai plus seule au monde ! J'aurai un père ! un [lère que j'aimerai, que je chéris déjà de toute mon âme, et dont la tendresse me paiera au centuple ce que j'ai sacrifié pour lui.
ANETTE
Ce que tu as sacrifié... De quoi parles-tu ?