COLLECTION GRAND IN-18 JÉSUS A 8 FRANCS LE VOLUME
lES PRUSSIENS CHEZ EOX 1 vol
«ES BBLLES FOLIES ..... 1 vol,
QCt;r>. - Pans. — Imprimerie Tolraor et C*«, 3, rue Madame.
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Place Dauphine, tout près du Palais de Justice qu'on aperçoit se découpant net, sur le ciel^ en un bloc massif et blanc, un soir de Février, àTheure où ce triangle de maisons hautes s'emplit du gris du crépuscule, une femme est accoudée à l'appui d'une fenêtre ouverte : sur Tescalier du Palais — toute grande, comme un œil anxieux. •• .: - ' t .'■■' "'^"
• . La femme est jeune, très pâle, frissonnante dans le aoanteaa de fourrure qui l'enveloppe et, de temps à \ autre, penchant à demi son buste hors de la fenêtre, ; elle interroge, au loin, de «es yeux brûlés de fièvre, le»
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marches de pierre par où descendra la vieille servante qu'elle attend, sa Victorine qui doit lui dire ce qu'auront répondu les jurés et décidé les juge». . .
Les juges I
Qui lui aurait dit, à la pauvre Victorine, qu'elle irait un jour voir monsieur « passer en justice » et qu'il lui faudrait, de ses pas lo^^rds, aller apprendre le résul tat du procès à mademoiselle Norisj enfermée, là-baîr, dans une chambre d'hôtel louée tout expr{»s pour ce terrible jour -là, comme un asile où Ton peut se cacher et attendre, en étranglant ses sanglots? Oui, qui lui aurait dit cela, à la servante? Monsieur qui était si bon, si doux! Une pâte de dupe et non de coquin. Et mademoiselle qu'elle avait élevée, Victorine ! Ah I mademoiselle !... Un ange, mademoiselle/
Il y a des heures et des heures que Noris attend. Elle a, un moment auparavant, quitté cette chambre, cette fenêtre ouverte, traversé la place, monté les marches du grand escalier, poussé la porte vitrée et, dans les immenses salles qui avoisinent la « Correctionuelle » où on le juge, — on le juge I lui, son père I — elle a marché, épié les gens qui sortaient, écouté les propos, étudié les rires, essayé de deviner l'arrêt probable sur ces faces souriantes ou froides d'avocats dont les yeux cherchaient & traverser le voile de cette grande jeune fille qui passait là, drapée dans son deuil et droite comme une statue. . ,
Rien ! EUe n'a rien pu savoir,
La chaleur lourde de la galerie des Pas-Perdus Tétouffait. des bruits iourds de talons sur les dalles
prises, cernées de noir comme des lettres mortuaires, l'étourdissaient. Elle s'arrêtait, attirée par un magnétisme bizarre, devant les niches creusées dans la muraille et portant, comme sur un fronton, ces mots tragiques : Arrêts de la Cour d^ Assises, avec de grande? affiches blanches collées là et donnant en do sinistres petites cases des noms et des signalements de con* damnés...
Extraits des Arrêts ! Elle les lisait machinalement,
épelait la liste des crimes : vols, abus de confiance,
cherchait le chiffre de la peine^ puis s'éloignait avec
horreur de ce pilori, où il lui semblait qu'elle lisait, —
I qu'elle lirait peut-être, la malheureuse, — le nom de son
^ pèrel
I Affaire des Mines de Sierra^Fuente, — Les journaux
en avaient tant parlé depuis des mois 1 II devait y avoir
du monde là-haut, à la 6« Chambre. Oui, autant de monde
i qu'à une de ces pi^e^nières où elle allait autrefois
r avec sou père, Eugène Féraud ; lui, fier de sa belle
Noris,. elle tout heureuse de se montrer avec Thon-
: nête homme adoré et qui avait du talent, beaucoup de
\ talent, dans ses vieux romans oubliés : — autant et plus
; de talent que les nouveaux, avec leurs faits divers Ion-
guement analysés et leurs descriptions éternelles...
. Noris lui répétait cela, bien souvent, et le littérateur,
célèbre autrefois, besoigneux aujourd'hui, se consolait
de ses lecteurs perdus avec le bon sourire admiratif de
sa ûdèle, de son unique lectrice. . .
j — Ce qui est certain, fillette , disait le bonhomme,
<e8t que tout ce que j*ai écrit, tu peux le lire! Vieilte
f NORlS.
bête, soit, comme ils diraient s'iVf parlaient de moi» mais brave homme I
Ah I on avait reparlé de loi, — de loi dont on ne par* lait plus, — il était redevenu une acttuiltté, Eugène Féraud, depuis Y affaire! Les petits journaux, qui l'ignoraient naguère, rabâchaient sa biographie, lui faisant un crime d'avoir « délaissé les lettres » pour c la finance » et troqué sa plume de « créateur » conire l'outil de secrétaire-rapporteur de la Compagnie des mines de Sierra-Fuente. Sa plume de créateur / Il y avait longtemps qu^elle ne le faisait plus vivre et puisqu'il faut vivre... Maintenant tout Paris le regardait, le vieux Féraud, assis au banc des accusés, entre deux financiers de grande route qui Tavaient embauché par hasard. Et Noris, comme si ces regards eussent traversé les murailles, sentait sur son front même la brûlure des prunelles qui dévisageaient Eugène Féraud.
Elle n'avait pas longtemps pu demeurer dans le Palais. Il lui semblait que des curiosités narquoises, des chuchotements ou des coups de lorgnon d'avocats l'insultaient. Elle était remontée à ce deuxième étage de V Hôtel Henri IV; et là, sa fenêtre ouverte, tantôt nerveuse, mordillant ses gants jusqu'à percer un peu de sa chair avec ses dents, tantôt pétrifiée, elle attendait, guettait l'apparition d'une silhouette cassée : celle de la pauvre vieille servante qui allait se montrer, pliée en deux, sur l'escalier, là-bas.
Malgré le soir tombant, Noris voyait tout, ses yeux d'un noir violât embrassant ce grand bâtiment au XoiX