ACTE II, SCÈNE III
Tu le crois ?
ADALGISE
Dans leur sein les dieux gardent votre ame.
Votre sommeil n’a point de longs rêves de flamme ; Comme un présent du ciel vous attendez le jour, Et ce rameau glacé vous défend de l’amour.
NORMA. | | De l’amour.. mais le tien, comment prit-il naissance ? ADALGISE. —— Mes jours près des autels passaient dans l'innocence 9 J'appartenais aux dieux : bien loin d’un monde vain, Tout mon cœur se perdait dans un transport divin, Et je croyais errer durant ces chastes heures, - Sur les ailes de l’ame aux célestes demeures. | Un jour, que j’admirais d’un regard curieux, Sous la faucille d’or le gui mystérieux, Et que j'amoncelais dans nos blanches corbeilles La fleur de l’églantier disputée aux abeilles, Près du temple un jeune homme apparut à mes yeux ; Son regard à mon cœur révéla d’autres cieux ; À nos dieux , malgré moi, je me sentis parjure: Ma voix pour les prier n’était plus assez pure, Et si jusqu'à leurs pieds je fuyais un mortel, Son image enivrante. était là , sur l’autel. . . ...: NORMA , à part.
Comme moi , comme moi. chaire ADALGISE.
Bravant notre loi sainte, Souvent j'osai l’attendre en la-divine enceinte ; Et lui, lui me disait : je serai ton amant; Ta voix, ta douce voix est un enchantement ; ; Les filles de la Gaule ont un charme suprême ; Oh ! viens, ne rougis pas d'être belle... je taime.
Laisse-moi de ton souffle enivrer tous mes sens, Baiser de tes cheveux les anneaux caressans ; Laisse-moi retrouver dans ce bois solitaire
Tout ce que j ai révé de bonheur sur la terre.
Mais tu disais qu'hier ta bouche avait juré . ADALGISE.
De fuir ces lieux, de suivre un anfant adoré.
Oui, je tombe à vos pieds, c’est en vous que j'espère; Revoyez, consolez, désarmez mon vieux père.
Dites-lni que j'ai fui ce sort qu’il crut si beau : Dites-lui que ce temple eût été mon tombeau.
Obtenez son pardon pour moi, pour ma faiblesse ; Qu'il ne maudisse pas l’enfant de sx vieillesse. Je ne le verrai plus!!!
Sèche tes pleurs, enfant, , De toi-même aujourd’hui ma pitié te défend; Nous briserons tes fers.…., j'unirai vos deux ames, L'hymen de votre amour sasCtifera les flammes. ADALGISE.
Que dites-vous ?
Ton père entendra tes aveux :
Tu n'as point prononcé d'irrévocables vœux.
ADALGISE
Ciel ! !
| NORMA. - Ce temple est soumis à mon obéissance.
Heureuse en ta faveur d'employer ma puissance, J’ apaiserai ce cœur de remords combattu.
ADALGISE
O combien Pollion ! ! !