PREFACE XXIII
témoignages qui promettent Y immortalité à la France.
Saint Remy disait à Glovis à l'occasion de son baptême : « Le royaume de France est prédestiné... il durera jusqu'à la fin des temps. Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la foi romaine ; il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation. »
Le savant Baronius ajoutait que les prières de saint Remy avaient obtenu à notre pays la promesse que Dieu avait faite à la postérité de David : « Si vos fils violent le pacte que j'ai fait avec vous, je visiterai leurs iniquités par mes châtiments, mais je n'écarterai pas d'eux ma miséricorde (i). »
Enfin, Benoît XIV ne disait-il pas que la France, royaume de Marie, ne périrait jamais, et Léon XIII ne découvrait-il pas en elle « un germe de vie impérissable » ?
Les Allemands ne peuvent-ils en dire autant ?
Je sais bien que les Allemands soutiennent la même thèse pour leur pays, et ne cessent de répéter : Gott mit uns. Dieu est avec nous. Guillaume disait en 1908 dans une conférence militaire : « Le Dieu tout-puissant a toujours été le grand et véritable allié de la maison de HohenzoUern (2). »
(i) Baronius, Ann. eccles., an. 5i4, n. 26.
(a) Cité par la Croix (supplément du 19 février I9i5).
XXIV PRIÉFACE
Dans un service religieux célébré à la fin de février iqiS à Niobovo, en Pologne russe, il s'écriait : « Nous devons mettre notre confiance en nos grands alliés du ciel, qui mèneront notre Juste cause à la inctoire. A^ous savons que Dieu est du côté des crojyants. Commue mon ami Luther le déclarait, qui est avec Dieu a toujours le dessus (i). »
Voilà donc Guillaume qui, en février igiS, emploie exactement le même terme que nous avions, ea décembre 1914» donné pour titre à ces conférences : nos alliés du ciel. C'est donc, pourra-t-on dire, Ja même prétention des deux côtés. Chacun tâche de tirer le ciel à soi : ce qui prouve que ces discussions sont bien vaines.
Pardon, elles ne le sont pas. Notre ennemi attache évidemment une grande importance à cette idée, puisqu'il s'en sert comme d'une arme morale contre nous. Mais quel homme de cœur pourrait croire que Dieu est avec le peuple qui viole ses engagements les plus sacrés et qui excuse sa félonie par un mensonge, en disant que la France allait commettre ce crime si elle n'avait pas été prévenue ? J'ai tué la Belgique parce que, si je ne l'avais pas fait, un autre assassin allait le faire ! Comment Dieu serait-il avec les soldats qui bombardent ses cathédrales, sans aucune raison militaire, qui fusillent ses prêtres, qui outragent les femmes et massacrent les petits enfants ?
Et puis, — je m'adresse évidemment à des catholiques, — quel catholique pourrait admettre que Dieu
(i) D'après le journal allemand Danziger Zeltung.