XXVI PREFACE
vengeance contre le peuple qui en est coupable et contre son gouvernement.
Mais Dieu, direz-vous, permet parfois que l'injustice l'emporte. C'est vrai, et il le fait d'ordinaire pour châtier les fautes du peuple soi-disant innocent, et en se réservant de retomber un jour plus terriblement sur les coupables. Il y a donc des victoires criminelles que Dieu permet pour des fins transcendantes. Mais ici le crime est tel et il aurait, semble-t-il, des conséquences si désastreuses pour l'espèce humaine et pour l'Eglise que sa victoire dérouterait toutes nos pensées et l'idée que nous nous faisons de la justice et de la bonté de Dieu.
Saint Bernard comptait sur le succès de la seconde croisade qu'il avait prêchée avec tant d'enthousiasme à Vézelay. Quand il la vit échouer lamentablement, il en fut atterré, et il dut faire appel à toute sa foi devant cet écrasement des armées chrétiennes par l'Islam. Il écrivait : « Ah ! certes les jugements de Dieu sont équitables ; mais celui-ci est un abîme, et je puis déclarer bienheureux quiconque n'en sera pas scandalisé. »
Si Dieu permettait le triomphe de la barbarie allemande de nos jours, certes nous devrions, comme saint Bernard, nous incliner devant ses jugements ; mais l'abîme, semble-t-il, serait plus profond. L'échec de Louis VII en Syrie était regrettable sans doute, mais en somme il ne changeait pas beaucoup la situation de la chrétienté Ais-à-vis de l'Islam. C'était plutôt pour elle, si l'on peut ainsi parler, un manque à gagner ; elle n'avançait pas, comme elle l'avait