PREFACE XXVII
espéré, mais elle ne reculait guère, tandis que le triomphe de nos ennemis serait un tel désastre pour la civilisation et la religion qu'on ne peut en envisager qu'avec effroi les conséquences.
Supposons, en effet, que l'Allemagne, attaquée par dix nations et déjà singulièrement affaiblie, se relève tout à coup et remporte une victoire éclatante, n'entendez-vous pas les cris d'orgueil qu'elle pousserait et ne voyez-vous pas jusqu'où se porterait son ambition doublée par sa colère? Elle se proclamerait victorieuse du monde entier : elle écraserait tous les peuples, incapables de se défendre. Ce serait l'asservissement du genre humain à l'odieuse kultur germanique.
Et l'on peut craindre un autre écrasement. Le virus de Luther fermente toujours dans l'âme teutonne. Le Kaiser a écrit à une princesse de sa famille qu'il avait la haine de la religion catholique. S'il venait à l'emporter, ne voudrait -il pas en donner des preuves ? Ne reprendrait-il pas ce Kaltiirkampf que Bismarck a vainement tenté, mais pour lequel le vainqueur du monde aurait des armes infiniment plus redoutables ? N'irait-il pas dans cette voie beaucoup plus loin que Henri IV et Frédéric II, ses impies prédécesseurs ?
La France ne serait plus là pour l'arrêter comme elle a jadis arrêté les autres ennemis de la Papauté. Joseph de Maistre écrivait, le 28 octobre 1794^ donc sous la Convention, c'est-à-dire à une époque où il semblait que la France, devenue révolutionnaire, dût à tout jamais être inutile ou même hostile à l'Eglise, ces graves paroles : « Je vois dans la destruction de la France le germe de deux siècles de massacres,...