‹ Nos Amis Les BêtesChapitre 14 sur 29 · Ces petits sangliers savent-ils se défendre? Comment · texte numérisé non relu

Ces petits sangliers savent-ils se défendre? Comment

9. Leur chair est-elle comestible? Que faut-il faire lorsqu’on tue un pécari?

10. Avez-vous déja vu des spécimens de Vespéce? Ou les avez-vous vus? Décrivez-les.

PONGO PYGMAEUS, L’ORANG-OUTAN

Ce spécimen est une femelle. Le male est trés joufflu, au point de ressembler 4 la pleine lune. L’orang-utan est supérieur en intellect au gorilla, mais inférieur au chimpanzé. On reconnait facilement l’orang-outan a ses poils rougeatres et ses petites oreilles,

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Parmi les innombrables espéces de singes qui peuplent le monde, quatre méritent d’étre rangées a part. Elles sont, d’ailleurs, groupées par les zoologistes sous la désignation d’anthropoides, terme qui évoque une analogie entre

5l’Homme et ces quadrumanes. Ce sont les gorilles et les chimpanzés, qui vivent en Afrique; les orang-outans, propres aux grandes iles de Sumatra et de Bornéo ; enfin, les gibbons, qui se rencontrent également dans ces deux jles, mais qui ajoutent a ces domaines insulaires la partie ro tropicale du continent asiatique, et pullulent notamment dans les foréts indochinoises.

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Le fait que ces quatre espéces soient groupées sous une méme désignation n’implique pas qu’elles aient les mémes moeurs et les mémes habitudes. Certes, elles ont des traits en commun: par exemple, elles excellent 4 grimper dans les arbres, et elles sont toutes omnivores, en ce sens 5 que, bien qu’elles connent la préférence aux aliments végétaux (fruits, graines, racines), elles sont friandes d’insectes, et ne dédaignent ni les ceufs ni les oisillons qu’elles volent dans les nids.

A Vexception des orang-outans, qui vivent en solitaires 1 ou par couples, ces grands singes sont des créatures éminemment sociables, qui forment entre elles de véritables tribus composées de familles plus ou moins nombreuses. Chaque bande obéit 4 un vieux chef, et ses membres sont toujours préts a se secourir, en cas de danger. I

Parlons d’abord du gorille, ce qui lui est bien dd, puisqu’il est le plus grand de tous les singes. Son histoire est aussi vénérable que pittoresque. Au VI® siécle de l’ére ancienne, Hannon, navigateur carthaginois, qui explora le littoral de l’Afrique Occidentale, en rapporta la nouvelle 2 fabuleuse qu’il y avait vu des singes plus grands que des hommes. Ses contemporains se moquérent de lui, et sa mémoire dut attendre vingt-quatre si¢cles pour obtenir satisfaction |

Ce ne fut qu’en 1847 qu’un voyageur anglais retrouva dans l’intérieur du Gabon le monstre décrit par Hannon. Triste découverte pour l’espéce, qui ne demandait qu’a vivre ignorée dans ses foréts vierges! Bientdt, tous les muséums du monde voulurent posséder une peau et un

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squelette de gorille, et le massacre s’organisa. II fut mené 30

si rondement que, cinquante ans plus tard, ces grands singes avaient disparu presque complétement de |’Afrique Occidentale. Vers 1912, on en découvrit une colonie a autre bout de l’Afrique: dans la région des Grands Lacs,

sur les pentes boisées du Mont Kiwou. La guerre ajourna les entreprises des amateurs de trophées de chasse. Mais, dés 1920, plusieurs expéditions décimérent terriblement cette colonie. Elle ne serait plus maintenant qu’un sousvenir, si le gouvernement du Congo Belge n’avait mis le hola. Actuellement, il est interdit d’attaquer, ou méme d’importuner, ces sympathiques survivants de la grande faune africaine.

Sympathiques, ils le sont, car aucune espéce animale n’a 1oétéautant calomniée. Il est humain (voire tartarinesque !) qu’un chasseur raconte qu'il a terriblement risqué sa peau en prenant la sienne a un gorille; mais tous les récits des explorateurs consciencieux s’inscrivent en faux contre de pareils racontars. Un de mes amis, directeur d’une entre-

15 prise forestiere au Cameroun, m’a conté que, plusieurs fois, en suivant un étroit sentier, il s’était brusquement trouvé face a face avec un gorille qui, aprés quelques secondes Vhésitation, avait battu en retraite dans la jungle.

Loin d’étre féroce, comme on l’a prétendu, le gorille est 20d’une timidité extréme. Sa taille, qui peut atteindre deux métres, et sa force musculaire, qui est considérable, en feraient pour ’homme un adversaire redoutable. Mais il s’enfuit 4 son approche, et je ne suis méme pas bien certain quil se défende avec l’énergie du désespoir, lorsqu’il

25 est blessé, car les récits des explorateurs qui ont récemment chassé les gorilles en Afrique Orientale sont muets sur ce point, et donnent plutét l’impression que des gorilles atteints griévement par leurs balles se précipitérent du haut @une falaise pour échapper a leurs coups.

30 Onacru longtemps que ces singes vivaient presque exclusivement sur les arbres; mais ils n’y grimpent, semblet-il, que pour en cueillir les fruits, et passent une bonne partie de leur existence sur le sol, ot ils aménagent de confortables demeures en tapissant d’herbes et de feuilles le trou qui

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leur sert de lit. Ceux de 1|’Afrique Occidentale savent, dit-on, construire avec des branches des plates-formes au sommet des arbres; mais nous en sommes encore a attendre la photographie qui nous montrerait une de ces maisons aériennes.

Force nous est d’abandonner le gorille pour nous occuper de son camarade africain, le chimpanzé, qui est loin d’atteindre sa taille colossale, et qui montre peut-étre moins de timidité que lui a Pégard de homme, car il s’aventure parfois en bandes nombreuses dans les parages des habitations humaines pour piller les plantations.

On a dit que les chimpanzés sont les plus intelligents des animaux, et leur réputation ne parait pas usurpée, si nous en jugeons par ceux que nous présentent les cirques ou que nous voyons figurer dans les piéces cinématographiques. Capturés jeunes, ils s’apprivoisent avec une aisance incroyable, et il n’est point de tour que l’on ne puisse leur apprendre. Ils sont donc éminemment susceptibles d’éducation, et supportent bien mieux |’expatriation et la captivité que les autres singes anthropoides.

Dans leur pays natal, ils vivent, je l’ai dit, par bandes nombreuses, qui obéissent a des chefs. Comme grimpeurs, ils font preuve d’une agilité étonnante, et sautent de branche en branche avec presque autant d’aise qu’un oiseau. On les rencontre fréquemment a terre, ou ils courent tant6t 4 quatre pattes, tantdt dans la position debout, mais en s’appuyant sur la face externe des doigts repliés.

On en a fait un grand massacre, tant pour se procurer des peaux que pour fabriquer des orphelins, tragique expression qui tombe de ma plume a la pensée qu’il faut tuer la mére, et parfois aussi le pére, pour s’emparer de l’enfant qui a le triste privilége d’étre candidat a la profession de singe savant! Graces soient rendues aux autorités colo-

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niales francaises qui, depuis quelques années, interdisent la chasse au chimpanzé ! Parlons de l’orang-outan, qui ne le céde guére en taille et en force au gorille, mais qui supporte mieux que lui la 5 captivité, car on le rencontre assez fréquemment dans les ménageries a l’état adulte, alors que son congéneére africain n’a été exhibé en Europe que deux ou trois fois, et toujours sous forme de trés jeunes individus.

Ce grand singe malais ne descend qu’exceptionnellement 10a terre, et passe la majeure partie de son existence dans les arbres. Quand on le voit se transporter nonchalamment de branche en branche, avec une lenteur qui évoque le souvenir d’une tortue, on pense qu’il est incapable du moindre effort, hypothése qui a cotité la vie 4 plus d’un chasseur. ts Un orang-outan qui, blessé par une balle, tombe de son arbre, est un adversaire beaucoup plus redoutable que le gorille. Avec une rapidité de gestes déconcertante, il se précipite sur les chasseurs, et malheur 4 ceux qui n’ont pas eu le temps ou la sagesse de battre en retraite! Sa tac- 20tique de combat consiste 4 nouer sa main puissante au poignet ou a la cheville d’un homme, et 4 exercer une traction si formidable que le membre s’en trouve complétement désarticulé. On l’a vu aussi déchirer de ses doigts la gorge ou le ventre d’un indigéne. Notez que, pour 25 cette expéditive besogne, il se sert indifféremment de ses mains et de ses pieds, ceux-ci étant aussi ( prenants » que celles-la.

Malgré les dangers de mort que présente l’opération, les pourvoyeurs de ménageries réussissent 4 capturer vivants 30 des individus adultes, et le jeu, si ’on peut dire, vaut bien la chandelle, car un orang-outan trouve toujours acheteur a un prix qui varie entre cent cinquante et deux cent mille francs. Nous décrirons sommairement le procédé de capture le plus employé.

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Les rabatteurs, sans se montrer, suivent les évolutions aériennes de la créature jusqu’a ce qu’elle ait atteint une partie peu dense de la forét. A leurs signaux accourent les renforts, conduits par un chef qui donne ses derniéres instructions. Tandis que des hommes attaquent a la hache la base de l’arbre, d’autres préparent de grands filets a larges mailles. La pauvre béte aurait le temps de gagner un arbre voisin; mais les coups qui ébranlent son refuge la glacent de terreur. Enfin, l’arbre s’incline vers l’espace que lon a débroussaillé ; le singe s’empétre dans un filet. Adieu la liberté!

Nos derniéres lignes seront consacrées aux gibbons, justement réputés pour leur douceur et leur intelligence. Hauts de plus d’un métre, d’apparence grotesque avec leurs bras qui sont aussi longs que les jambes, ils vivent par bandes nombreuses qui décélent de fort loin leur présence par un concert de cris discordants. C’est une joie pour les yeux que d’assister 4 leurs ébats, quand ils sautent de branche en branche avec une grace et une agilité incomparables.

Et je connais des chasseurs qui, bourrelés de remords, ne se consolent pas d’avoir tué dans les foréts cambodgiennes de ces créatures charmantes, qui devraient étre protégées contre le meurtre imbécile par les autorités de cette grande colonie asiatique.

QUESTIONS

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